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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Une histoire de L’affaire Seznec par l'historien Michel Pierre dans Sud-Ouest du 6 février 2020

« On est dans l’Ouest, ici. Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende ».

 

Article écrit par Michel Pierre :

 

Depuis bientôt un siècle, ce fait-divers breton est devenu un mythe de notre histoire judiciaire. Comment ramener un peu de raison dans ce dossier passionnel et irrationnel  ?

Depuis près d’un siècle, l’ « Affaire Seznec » est devenu le mythe le plus incroyable de l’histoire judiciaire française. Elle commence en 1923 de manière presque banale puis devient tout à la foi une saga familiale, un épisode de manipulation, consciente ou inconsciente, de l’opinion publique, un exemple d’indépendance de la justice face à l’hystérie de cette même opinion publique et une fable médiatique. À contrario, elle n’est ni une affaire d’État, ni une machination policière, ni le résultat d’un improbable complot. Et c’est cela qui interroge l’historien. Par quels mécanismes un fait divers crapuleux a -t-il pu se transformer en fable médiatique, pour ne pas parler de farce médiatique.

 

Les faits

 Tout commence en mai 1923 lorsque Guillaume Seznec, maître de scierie à Morlaix et Pierre Quéméneur, négociant à Landerneau et conseiller général de Sizun dans le Finistère se rendent à Paris pour la vente d’une torpédo Cadillac provenant de stocks de matériel militaire laissé par l’armée américaine après la fin du premier conflit mondial. Destiné à l’origine aux officiers, ce véhicule est réputé pour sa solidité et ses qualités mécaniques.
 Ils partent à deux le 25 mai puis Guillaume Seznec revient seul à Morlaix le 28 au matin sans plus s’inquiéter de son compagnon dont il dira plus tard qu’il a pris un train pour Paris dans la soirée du 25. Un temps rassuré par un télégramme daté du 13 juin et envoyé du Havre à sa sœur à Landerneau et signé Quéméneur, la famille ne voit toujours pas réapparaître le disparu et passe de l’inquiétude à la certitude que quelque chose de grave est arrivé.
Alertée, la police, tant à Paris, Rennes et ailleurs enquête et trouve tant d’incohérences dans les témoignages de Guillaume Seznec que l’on passe bientôt du doute au soupçon d’autant que sa réputation, en Bretagne, est déplorable. De plus, la découverte, toujours au Havre, le 20 juin de la valise de Quéméneur dans la salle d’attente de la gare contenant une promesse de vente à Seznec faite par Quéméneur d’une importante propriété située dans l’estuaire du Trieux intrigue.

Les différentes phases de l’enquête démontrent ensuite que le télégramme du 13 juin est un faux envoyé par Seznec du Havre, jour où il y achète également une machine à écrire comme des nombreux témoins l’affirment à la police. Machine ayant servi à taper les promesses de vente qui s’avèrent être des faux. La découverte de cette même machine dissimulée dans une pièce de la scierie lors d’une perquisition effectuée le 6 juillet finit d’accabler l’inculpé par ailleurs incapable de fournir des alibis pour les journées du 13 et du 20 juin où, par contre, nombreux sont les témoins à l’avoir vu et reconnu soit au Havre, soit dans les trajets en train, aller-retour, menant de Bretagne en Normandie via Paris.

L’instruction

L’instruction scrupuleusement menée à charge et à décharge est peu favorable à l’inculpé qui tente, de plus, depuis sa prison de Morlaix de faire passer frauduleusement à sa femme des messages lui expliquant comment et à qui s’adresser pour susciter de faux témoignages en sa faveur. Certes, le corps de Quéméneur n’est pas retrouvé et Seznec clame son innocence à l’instruction mais c’est insuffisant pour le disculper. Les preuves accumulées et le mobile avéré de s’emparer frauduleusement d’une partie des biens de Quéméneur l’emportent sur l’absence de cadavre de la victime qui, pour l’opinion d’alors, incite à imaginer son habileté à faire disparaître un corps plutôt que toute autre hypothèse. Il est vrai que, deux ans auparavant, lors du procès ayant mené Landru à la guillotine, il manquait huit corps jamais retrouvés sur les onze disparitions recensées…

Le procès en cour d’assises qui se tient à l’automne 1924 à Quimper, se conclut par une condamnation aux travaux forcés à perpétuité de Guillaume Seznec, sans qu’aucun chroniqueur judiciaire d’une presse tant locale que nationale (qui s’est déplacée en force pour l’événement) ne mette en cause la tenue des débats ou le jugement rendu.

La fabrication d’un mythe

Ce n’est que quelques années plus tard qu’une étrange coalition se met en place pour mobiliser l’opinion publique en dénonçant une erreur judiciaire ayant envoyée un innocent au bagne de Guyane. Tout part d’un ancien juge d’instruction sujet à des troubles mentaux, d’une institutrice de Riec-sur-Belon, représentante locale de la Ligue des Droits de l’homme et d’un hebdomadaire de Rennes, La Province, s’affichant « antisémite et antimaçonnique » et pour qui tout est bon pour attaquer les autorités.
Cet attelage hétéroclite parvient à mobiliser des auditoires considérables en une forme de fabrication d’une « affaire Dreyfus à la bretonne » alors que de premières demandes en révision basées sur des hypothèses farfelues ne donnent aucun résultat.

Les choses se tassent par la suite puis ressurgissent au retour de Guillaume Seznec du bagne en 1947, gracié l’année précédente, non pas individuellement par le général de Gaulle comme le dit la légende mais par un décret signé de Félix Gouin et concernant globalement les quelques centaines de forçats encore présents en Guyane.

Un déferlement médiatique

Avec ce retour et ayant compris que le thème du « martyr innocent » envoyé en Guyane garantit de beaux tirages, on assiste à un véritablement déferlement médiatique que la mort de l’ancien bagnard en 1954 fait peu à peu s’étioler. De nouveau, aucune tentative de révision alors effectuée pour des motifs où l’invraisemblable le dispute à l’absurde ne peut aboutir.
En 1967, une émission de « Cinq Colonnes à la Une » animée par le chroniqueur judiciaire Frédéric Pottecher relance l’affaire, sans rien apporter de nouveau. Il en est de même vingt plus tard lorsque Denis Le Her, petit-fils de Guillaume Seznec par sa mère, apparaît sur la scène médiatique et sait attirer l’attention des médias.

Demande de révision accordée en 2005

À la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, des ministres de la Justice successifs, soucieux de satisfaire à bon compte l’opinion publique, vont tout faire pour faciliter une demande de révision finalement accordée en 2005. L’année suivante, 33 magistrats de la Chambre criminelle de la Cour de cassation reprennent le dossier et, à la grande stupéfaction de beaucoup, conclut, fort logiquement, qu’il n’y pas lieu de réviser le jugement de la cour d’assises de Quimper de 1924. De fait, le seul document qui vaille sur les extravagances des décennies précédentes est la lecture des quarante pages de l’arrêt porté par une très large majorité des magistrats de la Chambre criminelle ( Affaire Guillaume Seznec . 05–82.943 Arrêt n° 5813 du 14 décembre 2006 ).

Qu’importe ! Les thèses farfelues expliquant pourquoi on a condamné un innocent au bagne reprennent de plus belle. Robert Hossein y participe en créant une pièce de théâtre en 2010 que la télévision retransmet. Appelés à voter, le public des représentations théâtrales et les téléspectateurs d’un soir votent l’innocence à près de 95% des suffrages avec le même engouement et les mêmes procédés menant, en d’autres temps, à la condamnation de suspects. Mais il est vrai que c’est moins grave de déclarer un coupable innocent que de faire l’inverse…

Il était une fois dans l’Ouest

De plus, l’affaire Seznec est la rencontre parfaite d’une famille incarnée (le grand père, la fille, le petit-fils), d’un territoire pittoresque (la Bretagne), de théories complotistes (la fameuse Cadillac aurait été destinée à un gros marché vers l’URSS à travers des hommes politique hauts placés et corrompus) et donc de machination policière (le fait que Pierre Bonny ait été, en 1923, l’adjoint du commissaire chargée de l’enquête, devenu par la suite un policier stipendié par les Allemands, a permis de bien délirantes supputations).

Depuis, le rouleau compresseur d’une forme de croyance irraisonnée en une erreur judiciaire a continué sa course folle sans que plus personne ne sache vraiment de quoi il s’agit. Comme disait Einstein : « la définition de la folie, c’est de refaire toujours la même chose et d’espérer des résultats différents ». Mais comme le disait aussi le journaliste à la fin du western de John Ford L’Homme qui tua Liberty Valance, « On est dans l’Ouest, ici. Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende ».

Rappel des dédicaces à venir de Michel Pierre :

- Brest. Vendredi 28 février 18 heures. Librairie Dialogues.

Parvis Marie-Paul Kermarec.

- Morlaix. Samedi 29 février. Librairie Dialogues.

9, rue d'Aiguillon.

 

P.S. Si vous voulez lire une vraie bibliographie sur l'affaire Seznec, c'est par là :

P.S. 2 Merci à toutes et à tous…

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Une histoire de L’affaire Seznec par l'historien Michel Pierre dans Sud-Ouest du 6 février 2020
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L
Félicitations pour votre blog que je viens de découvrir. L'affaire Seznec m'a toujours passionné et me passionne toujours. J'ai dans ma généalogie un oncle qui a fait partie tout comme Guillaume Seznec des quelques condamnés suivis et interrogés par le célèbre journaliste Albert Londres pour le magazine Détective.Mon aïeul était également breton des Côtes d'Armor et a sans aucun doute croisé Guillaume en Guyane puisqu'il y a été détenu de 1922 jusqu'en 1936, année de son évasion définitive, même si entre temps il s'était déjà fait "la Belle" en compagnie de Dieudonné. Albert Londres a d'ailleurs décrit cette fantastique évasion dans "l'homme qui s'évada". Même si j'ai retrouvé beaucoup de coupures de presse de l'époque, et ai pu avoir accès à son dossier aux ANOM d'Aix en Provence, je suis frustré car je n'ai pas réussi à trouver de traces des différents interrogatoires qui ont conduit à son arrestation et son procès aux Assises de St Brieuc en 1920. Auriez-vous par hasard exploré d'autres sources que les archives pour récolter des renseignements fiables ? Merci par avance pour votre aide. L. HETET
Répondre
L
Cher Monsieur Hetet…
Merci de votre aimable commentaire.

Je le fais suivre à Michel Pierre, l'historien des bagnes.

Bon Week-end.
Liliane Langellier