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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 880 articles.

Affaire Seznec. Guillaume Seznec : 36 métiers, 36 misères....

Mon Dieu, quel malheur
Mon Dieu, quel malheur
D'avoir un mari qui bricole !
Mon Dieu, quel malheur
Mon Dieu, quel malheur
D'avoir un mari bricoleur !
Chanson de Patachou.

Fin novembre 1906...

Après avoir emménagé dans l'une des maisons de son beau-père Marc...

Guillaume Seznec va à Paris, au salon de l'automobile, où il achète nombre de bicyclettes de soldes d'occasion de la Maison Cottereau.

En décembre 1906...

Il se lance dans les machines agricoles, les écrémeuses, les semoirs, les herses, les machines à coudre...

En mars 1907, il achète un stock de 50 bicyclettes de la Maison Alcyon.

Le 1er novembre 1908 ses magasins sont incendiés.

Trois années après cet incendie...

En 1911, le couple habite à Plomodiern, chez Mme Colin, la mère de Seznec...

Guillaume Seznec : profession : néant !

Avec l'argent de l'assurance pour l'incendie de Plomodiern...

Ils achètent ensuite en 1912 une maison à Saint-Ségal.

Appelée "La Roseraie".

Sans doute parce que le jardin de la maison était planté de rosiers.

Les Seznec occupent les parcelles 1036/1037/1038/1039 sur le bourg de Saint-Ségal.

Sur le plan napoléonien.

NDLR J'ai joint la mairie de Saint-Ségal, ce jour, confirmation de ce que disent les différents recensements Saint-Ségal : La Roseraie n'est pas un lieu dit.

30 mars 1911. Les lieux dits à Saint-Ségal. Pas de Roseraie à l'horizon.

Mais, d'après le maire, les anciens pensent que Seznec occupait une maison à Koskammeg (près de Port-Launay).

Lire aussi sur ce blog :

Port Launay or not Port Launay.

Guillaume Seznec est déclaré "agent de commerce" dans l'acte de naissance de sa fille Jeanne (8 novembre 1912 à Saint-Ségal).

Marie-Jeanne, elle, est déclarée "ménagère".

Guillaume Seznec, lui, fait alors du commerce en grains et d'épicerie.

Le Journal du 20 juillet 1923

Après de longues recherches, aucunes traces d'une soi-disant "auberge à Port-Launay", comme on peut le lire chez les différents auteurs.

Le Petit Parisien du 10 juillet 1923

"Nous avons à Saint-Segall, une villa modeste, mais que nous ne donnerions pas pour 10.000 francs"

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En 1913, il s'associe avec un certain Stutzmann à Brest pour ouvrir une blanchisserie américaine.

 

Chez Bernez Rouz en page 53 :

"Installé depuis 1913 à Brest, au 3, rue Amiral-Linois, Seznec ouvre dans un premier temps une fabrique de cols. Il se sépare vite de son associé Sutzmann."

Note 104 de bas de page : 

"Son associé Sutzmann était de conduite et de moralité déplorable, ivrogne invétéré, fréquentant les lieux de plaisir." Renseignements communiqués par le commissaire de police de Brest le 9 janvier 1924.

Médaille d'argent in La Dépêche de Brest du 28 septembre 1913

Petit-Journal 1er juillet 1923 :

"Samedi soir, vers 17 heures, Fernand Stutzmann, 55 ans, employé au P.-O., 47, rue Simon-le-Franc, se présentait à la Sûreté générale pour faire une déclaration au sujet de faits dont il fut la victime de la part de Seznec. À sa sortie de la rue des Saussaies, il nous a déclaré : — En 1913, j'étais établi blanchisseur à Brest, lorsque, un jour, Seznec, qui était propriétaire d'une importante ferme à Roseray, vint me trouver et m'offrit de me commanditer pour une somme de 120.000 fr. " Vous pourrez ainsi, me dit-il, monter un stand à l'exposition de Brest qui va s'ouvrir." Le lendemain, nous nous rendions chez Me Robin, notaire à Brest, afin de dresser l'acte de commandite. Je pris ce stand et en fit tous les frais durant toute l'exposition. Voyant qu'elle tirait à sa fin et que je n'avais touché aucune somme de Seznec, je me rendis chez lui, à la Roseray. Et là, cyniquement, il m'avoua, qu'il n'avait pas un sou et que son bien était hypothéqué pour 150.000 francs. J'étais roulé. Après conseil de Me Feuillard, avocat à Brest, j'intentais un procès contre Seznec devant le tribunal de commerce, procès que j'ai gagné, mais qui m'a complètement ruiné et a incité ma femme à m'abandonner."

Stutzman était en effet marié en premières noces avec une fille Guéguénnou, sœur du mari de Marie Corentine Marc, elle même sœur de Marie-Jeanne Marc la femme de Seznec.

Seznec se sépare donc de son associé...

Sur les factures de la Maison Seznec, il est alors indiqué "Beurre centrifuge de Quimper, oeufs, fruits et primeurs, vins cidres de toutes provenances, achat et vente de bouteilles et fûts vides."

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En 1914, Seznec est mobilisé dans les services auxiliaires au dépôt d'infanterie à Brest.

Il n'a jamais été volontaire pour aller à la poudrerie d'Ouessant, d'une part parce qu'il était basé à Brest, et d'autre part parce qu'il n'y a jamais eu de poudrerie en activité à Ouessant à cette période.

"Il travaille alors pour l'armée et ouvre, les 20 janvier 1915, une nouvelle blanchisserie à Saint-Pierre Quilbignon au lieu-dit Trémiliau, à l'ouest de Brest, sur la rive droite de la Penfeld. "

In Michel Pierre en page 29.

L'usine de blanchisserie est à Trémilliau, le dépôt au 3, rue Amiral Linois.

La Dépêche de Brest du 19 janvier 1915

Six mois plus tard, il ne fait pas l'unanimité dans le quartier :

Il est catégorisé comme ayant un mauvais caractère :

La Dépêche de Brest 26 septembre 1916

"Jeudi dernier, vers huit heures du soir, M. Noël Floch, 65 ans, retraité, accompagné de sa femme et d'une nièce, regagnait son domicile à Trémilliau, en Saint-Pierre Quilbignon, lorsque soudain il trouva le petit chemin y donnant accès complètement barré par une automobile et de nombreuses planches. Il invita, très poliment, le propriétaire de la voiture, Joseph Seznec, blanchisseur, actuellement soldat au 87e territorial à lui faire place Mais, pour toute réponse, ce dernier injuria grossièrement le sexagénaire ; puis, saisissant une barre de fer, il lui porta un violent coup à la face. M. Noël Floch ne fut fort heureusement que légèrement contusionné. La gendarmerie vient de terminer son enquête sur cette affaire. Le procès-verbal a été transmis au parquet de Brest."

Pollueur et bagarreur, tout pour plaire !!!

Mais aussi de très mauvaise foi :

La Dépêche de Brest du 28 septembre 1916

Côté magouilles...

Seznec vend aussi du savon de qualité inférieure qu'il reçoit de Marseille par wagons complets en gare de Brest.

Le 12 novembre 1917, les Américains débarquent alors à Brest et s'installent au camp de Pontanezen.

Guillaume Seznec voit là une occasion rêvée pour étendre encore un peu plus ses petits trafics.

Il obtient le marché du linge du "Camp Hospital 33" du camp américain et la blanchisserie se charge aussi de commandes privées de militaires de l'US Army.

Est-ce à cette période qu'il a engrangé des dollars or (????)

Mais, attention, ils ne sont pas les seuls à blanchir le linge des Sammies sur le marché...

Rappelez-vous ce qu'écrit Azraelle 29 :

"Règne soudain une incroyable prospérité. Les femmes lavent le linge des officiers qui paient bien. Elles livrent les chemises dans de grandes feuilles de papier blanc fournies par l’administration du camp."

L'histoire de la blanchisserie par Seznek :

« Le 13 septembre 1919, le fonds de commerce de la blanchisserie est cédé pour 23 000 francs à Charles Marc, beau-frère de Guillaume Seznec, qui le revend le 17 mars 1921 pour 50 000 francs à deux associés (Balzon et Genoud). L’assurance, contractée au départ par Guillaume Seznec, intervient pour l’indemniser sur la perte du bâtiment. L’indemnisation du fonds et de l’outil de travail, du fait de changements de propriétaires, n’est pas sans difficultés et les différentes parties concernées se retrouvent en conflit. »

12 novembre 1917 / 13 septembre 1919 : les Seznec n'ont pas eu deux ans pour accumuler leurs soi-disant dollars or.

Un peu court, non ?

Fin 1917...

Seznec suit son régiment d'affectation désormais caserné à Morlaix.

Il achète alors Traon-ar-Velin à Castel, de façon pas très honnête.

Denis Langlois"Pour en finir avec l'affaire Seznec" en pages 258/259 :

"Dans son récit d'après-bagne, il décrit par le menu une opération qu'il a réalisée au début de l'année 1918 et à laquelle je n'ai pas prêté suffisamment d'attention. Son régiment d'affectation est transféré de Brest à Morlaix. Seznec blanchit le linge d'une partie des soldats français et américains cantonnés à Brest. Ce transfert est pour lui et pour sa femme, qui est la directrice de la blanchisserie, un sale coup. Le capitaine Bousquet lui suggère une solution : trouver à Morlaix un local et y installer une partie de ses machines.

A Morlaix, à l'entrée de la ville, le long de la rivière Le Queffleuth, Seznec repère une scierie fermée depuis le début de la guerre : Traon-ar-Velin. Le problème, c'est que le propriétaire, Jean-François Castel, ne veut pas vendre. Il attend le retour de ses deux fils mobilisés sur le front pour rouvrir sa scierie. Il veut bien louer jusque là, mais avec l'interdiction de toucher à l'agencement des lieux et certainement pas de les transformer en blanchisserie.

Avec la complicité du capitaine, Seznec met au point un stratagème assez sordide. Il raconte : "Le capitaine s'installe au Grand Café de Morlaix à 3 heures avec le commandant du camp. Je viens et je m'assois avec le propriétaire de la scierie le plus près possible de leur table. Dès qu'il me voit le capitaine me demande si j'ai trouvé quelque chose. Je réponds : "Oui, j'ai trouvé une scierie fermée mais le prix du loyer et les conditions sont inacceptables." Alors, le commandant dit : "Mais si c'est fermé, nous allons la réquisitionner !" Comme le propriétaire ne veut pas entendre parler de réquisition, il change d'avis. Il me dit : "Si vous voulez l'acheter, je veux bien vous la vendre." Le prix me convient. Je l'achète donc à 40 000 francs, soit 10 000 en sous-main et 30 000 déclarés au notaire."

S'emparer ainsi de la scierie d'un père de soldats combattant au front, et en plus ne pas la payer totalement - en 1923, il doit encore à Castel 18 000 francs - ne peut qu'être mal vu par les habitants de Morlaix. Pas étonnant que les voisins de Seznec le détestent et témoignent contre lui."

Georges Castel (né le 30 mai 1893) a été tué le 9 mai 1915. 

Son frère Paul Castel (né le 15 décembre 1896) a été hospitalisé le 2 octobre 1918 pour une myocardie suite à une grippe infectieuse.

D'autre part...

Notre gars Seznec, lui, en perd la tête. Il achète et revend à tous vents. Là, on va aller lire chez Bernez Rouz  en pages 45 et 46 :

"Guillaume Seznec achète un camion en février 1917. (...) Seznec achète plusieurs voitures en 1919 à Brest. (...) La Cadillac qui fit le voyage de Paris avait été achetée 18.126 francs aux stocks américains de Brest.

Seznec semble très au fait des filières d'acquisition et de revente de voitures américaines. Ainsi en janvier 1920, il abandonne une voiture américaine dans une ferme de Ploéven, à proximité de son village natal Plomodiern."

Il va même jusqu'à en acheter à Paris. Avec la complicité active de son beau-frère Pierre Marc, mécanicien à Clichy (sur lequel aucune enquête n'a jamais été effectuée) et d'autres potes."

Bernez Rouz écrit encore en bas de page 49 :

"Le 4 juin 1922, il assure toujours à la compagnie L'Union, un camion Liberty, marque USA Type B 1 400 portant le n° 2968 pour une somme de 15 000 francs, et une voiture automobile Torpédo 7 places, marque Briscoe pour 12 000 francs."

La paix revenue, il rend à Traon ar Velin sa vocation première : saboterie et planches et bois sciées dans l'entreprise.

Mais il est bien plus souvent sur les routes pour brasser des affaires pas très nettes.

Ainsi, il a aussi acheté et revendu des machines à écrire....

Et, une fois Seznec arrêté, on trouve chez lui de grandes quantités de vêtements militaires et de couvertures...

Tout cela provenant des stocks américains.

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Alors quand Guillaume Seznec est soupçonné du meurtre de Pierre Quémeneur....

Et une enquête diligentée...

C'est sûr que tous ses jobs successifs et ses magouilles pas très claires vont jouer contre lui...

C'est sûr. 

Le père Marc ne le loupe d'ailleurs pas dans Le Petit Journal du 1er juillet 1923 :

Et cela n'arrangera pas ses affaires !

 

Liliane Langellier

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