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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec : la perquisition du 6 juillet 1923

On a senti le diable dans la machine et on n'a pas tort.
Oswald Spengle

Oui, celle qui permit de trouver cette foutue machine à écrire.

Dans l'appentis au-dessus de la chaudière.

Une perquisition qui aurait du être nulle et non avenue.

Car elle n'a pas été faite "dans les règles".

1/ La découverte de la machine à écrire

Chez Bernez Rouz, en page 102 :

"Le 6 juillet 1923, le commissaire Cunat, accompagné de quatre inspecteurs, effectue "une visite domiciliaire chez l'inculpé Seznec". C'est la deuxième perquisition à Traon-ar-Velin, la première avait concerné la maison principale et le garage. (Note bas de page N°208 : "La perquisition en raison des dépenses qu'elle pouvait occasionner n'avait pas été faite dans la machinerie de l'usine Seznec") Cette fois-ci c'est l'ensemble des bâtiments d'exploitation de la scierie qui est visité : "un appentis contenant une grande quantité de vêtements militaires a été fouillé, tous les vêtements examinés et mis dehors. Un tas de fumier à proximité de cet appentis a été bouleversé. Des recherches ont été faites dans la rivière et les machines ont été visitées. C'est au cours de la visite dans la chaufferie que les inspecteurs Chelin et Thomas (Jules), inspecteurs chauffeurs de la brigade, spécialement désignés en raison de leurs connaissances mécaniques pour les recherches dans la machinerie, ont découvert dans la chambre du chauffeur, derrière un tableau de distribution d'énergie électrique, enveloppée dans un vieux tablier en toile de sac, la machine à écrire qui a été aussitôt saisie par M. Cunat, commissaire de police mobile".  Dans le procès-verbal, Marie-Jeanne Seznec qui n'avait pas assisté à la découverte de la machine déclare : "Je n'ai jamais vu cette machine à écrire chez nous. Vous ne l'avez pas trouvée chez moi. J'en ignore la provenance. je n'ai jamais vu mon mari avec cette machine à écrire". Une amie de Jeanne, l'une des filles des Seznec affirme au contraire avoir remarqué sur le plancher du grenier un paquet qui l'avait intriguée et qui a disparu par la suite. Lorsque les journaux ont relaté la découverte de la machine à écrire, elle est persuadée que c'est le paquet qu'elle a vu dans le grenier."

"La présence de cette machine à écrire est le principal argument de l'accusation pour prouver le faux en écriture". (bas de page 103)

Chez Denis Seznec en pages 171/172 :

"Ce bâtiment, qui n'a bien sûr pas échappé aux recherches antérieures, abrite la machine à vapeur alimentant la scierie en énergie.

(...)

- Cette fois,on tient Seznec ! s'exclame le commissaire Cunat, ravi.

Nul doute qu'avec la découverte d'une telle preuve l'affaire est bouclée, en effet...

Le policier est si sûr de lui...qu'il néglige de demander qu'on protège la machine, afin de relever d'éventuelles empreintes. Les touches d'une machine à écrire sont pourtant l'endroit idéal pour détecter des empreintes digitales Mais non, les policiers s'emparent de la Royal, la manipulent sans aucune précaution, relèvent le numéro, puis vont la montrer à Angèle Labigou.

- Vous connaissez cette machine ?

- C'est la première fois que je la vois, celle-là !s'exclame la bonne. Jamais on ne s'en est servi dans la maison !

Un peu plus tard, quand apparaît Marie-Jeanne, celle-ci a une réaction identique. Mais elle ajoute :

- Sur l'acte de vente de Traou Nez que vous nous avez pris, il y avait des lettres avec des traces rouges, je m'en souviens. Regardez le ruban ce celle-là, il est tout noir ! Il n'a pas servi à taper l'acte de vente, c'est évident."

2/ La perquisition illégale 

Chez Maurice Privat en page 144 :

"Le 6 juillet la police mobile de Rennes ayant reçu une lettre anonyme lui révélant l'endroit où se trouvait la machine Royal, du Havre, demanda une délégation au juge Godinot. Il la lui accorda sans suivre les instructions du code de procédure criminelle. Elles exigent que le défenseur d'un accusé chez qui l'on perquisitionne, soit prévenu vingt-quatre heures à l'avance, par lettre recommandée, qu'il soit présent à l'opération judiciaire faite devant son client ou sa femme. Faute de quoi la procédure peut être annulée. Il aurait suffi à l'avocat de Seznec de s'en prévaloir pour que l'instruction entière fût recommencée. Ne s'en soucia-t-il pas ?

Le chef de la police mobile de Rennes était M. Jean Cunat, aujourd'hui commissaire divisionnaire à Clermont-Ferrand. Grand, carré, rude, il ne craint pas les coups durs. Ceinturer un malfaiteur est sa joie. Il a du courage et de la ténacité. Sa figure de loup-cervier, ses yeux éclatants témoignent de sa force et de son caractère emporté. Dès deux heures de l'après-midi il se présente dans la maison de Seznec avec sept inspecteurs.

Il fait chaud. L'un des policiers est affublé d'une longue pèlerine. Angèle Labigou, bonne de Seznec, le dévouement personnifié, est seule à la maison avec le petit Albert. Les autres enfants sont en pension. Mme Seznec s'est rendue à Brest, d'où elle reviendra à trois heures de l'après-midi."

3/ Vérité ou légende dorée ?

Je suis retournée chez Jeanne Seznec.

Via Claude Sylvane.

Je l'ai déjà écrit, ce livre, écrit en quelques jours, est bourré d'inexactitudes, mais il a le mérite de nous donner "l'ambiance" autour des faits.

Oui, d'ajouter un peu de chair autour de l'énoncé brut des faits.

En page 59 de "Notre bagne" :

"La machination de la machine à écrire n'en reste pas moins exacte. On cria au triomphe pour avoir découvert chez nous - sans même la chercher, car les policiers sont allés tout droit à l'endroit où elle se trouvait - une machine à écrire dont la présence avait, paraît-il, été signalée au Parquet par une lettre anonyme, une machine "Royal" n° 10 cachée sous un tableau électrique et sans un grain de poussière, dont les pieds n'avaient même pas laissé d'empreintes, et cela dans un bâtiment couvert de sciure et dans lequel marchait une machine de 100 chevaux chauffée au bois..

Ouest-Eclair 9 août 1924

Et pour cause, puisque cette machine à écrire n'avait passé là qu'une seule nuit !

Cette "découverte" qui mettait un poids énorme dans la balance contre mon père, ne trompa personne. Mon frère nous avait raconté ce qu'il avait vu. Ma mère l'emmena chez Maître Le Hire, mais un enfant de neuf ans ne peut pas être témoin,surtout lorsqu'il s'agit de témoigner pour son propre père. Pourtant, aujourd'hui qu'il est un homme, Albert est prêt à répéter, sous la foi du serment, ce qu'il a dit alors :

- J'ai vu un homme qui montait la machine à écrire par l'escalier de fer..."

Ouest-Eclair 16 août 1924

Maître Langlois en page 232 :

"Et la machine à écrire ? Avec constance, lorsqu'il est interrogé officiellement mais aussi dans les lettres clandestines qu'il adresse à Marie-Jeanne ou dans la note confidentielle qu'il adresse à Me Kahn, Seznec affirme que la machine à écrire ne pouvait être chez lui où les policiers l'ont découverte. Il imagine qu'on l'y a déposée. En prison, il échafaude tout un stratagème destiné à établir que la machine vendue au Havre à Ferbour a été racheté à Paris par un nommé Pouliquen. Il demande à Marie-Jeanne de rechercher de faux témoignages allant dans ce sens. Mais il ne varie jamais sur la surprise qu'il a eue en apprenant qu'on a trouvé la machine dans le grenier de sa chaufferie.

La police a été accusée de l'avoir déposée puis découverte. On a été obliger pour cela de bâtir un scénario très compliqué, une vaste machination policière impliquant la participation de nombreuses personnes. Ne serait-il pas plus simple de considérer que la machine ayant servi à taper les faux signés par Seznec avait été cachée par celui-ci ou l'un de ses proches ailleurs que dans la scierie ? La police a pu l'apprendre et l'a déplacée pour enfoncer davantage Seznec. Le témoignage officieux d'un autre fils de Seznec,Albert, est à ce sujet intéressant. Il affirme que, quelques jours avant la découverte de la machine, il a vu deux hommes gravir l'escalier de fer montant au grenier. Ils étaient porteurs d'un lourd paquet. Policiers ou non ? Nous en sommes réduits aux hypothèses. Dans une lettre publiée le 16 août 1924 par le journal Ouest-Eclair, Marie-Jeanne Seznec déclare : "La présence de la machine sera expliquée en temps et en lieu" L'article figure dans le dossier et cette phrase est soulignée."

 

Alors...

Alors, non, l'inspecteur Bonny n'était pas présent à la perquisition de Traon-ar-Velin.

Cette perquisition se déroule sous les ordres du commissaire Jean-Baptiste Cunat (Brigade mobile de Rennes) assisté des inspecteurs Le Gall, Chelin, Thomas et Faggiani.

La seule tâche officielle de l'inspecteur Bonny fut de rapporter la machine à écrire (pièce à conviction) à Paris.

Ainsi qu'en témoigne l'Ouest-Eclair du 2 août 1923, cité par Denis Seznec en page 172 :

"Hier soir, la machine à écrire est partie pour Paris, confiée à M. l'inspecteur Bonny."

Guillaume Seznec sera officiellement inculpé le 7 juillet 1923.

Liliane Langellier

P.S. Jean-Yves Seznec vient de me dire par mail :

"Mon père nous a dit que sa mère et Angèle n'ont jamais compris la présence de cette machine puisqu'elles en ont discuté par la suite en sa présence ."

P.S. 2 Reminder : Discussion entre MarcD et JPasc95 sur J.A.C. (Justice Affaires Criminelles) le 23 décembre 2006 :

A propos de la machine à écrire, bien sûr que c'est très important, contrairement à ce que soutient marc d. 

l'accusation prétend que G Seznec l'a acheté chez M Chenouard au Havre. 

La machine retrouvée chez G Seznec à Morlaix est une Royal type 10 avec le n° de série 434080. 

Or, chose très curieuse, M Chenouard a indiqué au journal Le Petit Havrais qu'il avait fourni aux policiers un autre n° de série, le 684604. 

On a cherché mais on n'a pas trouvé dans la boutique de M Chenouard la facture de la machine à écrire avec le n° de série 434080. 

Comme c'est étrange !! 

Mas bon, ce n'est pas grave, ce n'est qu'un détail...

Et dans mon blog "La Piste de Lormaye", en date du 4 juin 2013 :

Je viens juste de me souvenir de l'existence des deux machines à écrire (cf livre de Denis Seznec en page175). La machine ROYAL type 10, découverte le 6 juillet à la scierie de Morlaix, porte le numéro 434.080. Alors que la référence de la machine inscrite sur la facture de Chenouard au Havre, vendue le 13 juin,  porte le numéro 684.604. Et c'est bien ce numéro-là que Chenouard avait fourni à la police dès ses premières dépositions.

P.S. 3 Cet article-là est le 63ème article, depuis le 26 Mars dernier, jour des révélations des petits-fils.

Histoire de faire coller l'histoire des petits-fils à l'histoire Seznec.

C'est le 141ème article sur ce blog Seznec Investigation.

 

La machine à écrire dans l'Ouest-Eclair.

La machine à écrire dans l'Ouest-Eclair.

Morlaix. Traon ar Velin. Plan Trémon.

Morlaix. Traon ar Velin. Plan Trémon.

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M
Merci d'avoir rassemblé toutes ces versions, Liliane.

Il y a vraiment trop d'affirmations sans preuves du côté Seznec épouse et fille. Nous attendons toujours l'explication "en temps et en lieu".

Jeanne dit : "les policiers sont allés tout droit à l'endroit où elle se trouvait". Ceci est contredit par ce que raconte Bernez Rouz. Ils ont fouillé partout, très activement. Jusque dans la rivière !

Elle parle d'une lettre anonyme de dénonciation dont on n'a pas la trace, apparemment.

Elle dit : "sans un grain de poussière, dont les pieds n'avaient même pas laissé d'empreintes, et cela dans un bâtiment couvert de sciure et dans lequel marchait une machine de 100 chevaux chauffée au bois." La machine était enveloppée dans son emballage en papier d'origine de chez Chenouard, et le tout dans un tablier en toile. De plus, elle se trouvait derrière un panneau de distribution électrique. Elle ne risquait pas de prendre beaucoup de poussière dans ces conditions, car elle était très en hauteur dans une partie du bâtiment qui avait servi de chambre à un ancien employé, et qui ne devait pas tellement être envahie par la poussière.

Les explications de Jeanne sont donc juste n'importe quoi.
Répondre
L
Bonjour Marc...
Oui, bien sûr...
Il faut bien penser que les voisins des Seznec à Morlaix les détestaient.
Et les jalousaient...
Alors, tout est possible !
Et les Français nous ont prouvé un peu plus tard, hélas, leur déplorable tendance pour les lettres de délation.
M
Si cette lettre anonyme a existé, elle n'était pas nécessairement une fabrication de la police (genre : Bonny). Il pouvait également s'agir d'une véritable lettre de dénonciation par quelqu'un qui savait que les Seznec avaient caché une machine à écrire.
L
C'est vrai, Marc, moi aussi j'aimerais bien retrouver la lettre anonyme.
Détail intéressant : Petit Guillaume a bien entendu sa mère et Angèle Labigou parler devant lui de la machine à écrire...
Et raconter la machination.
Denis Langlois aussi y croit.