Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 1.400 articles.
22 Octobre 2024
L’ex-garde des Sceaux Marylise Lebranchu déposa, le 30 mars 2001, une requête en demande de révision du procès Seznec. La cour de révision la rejeta six ans plus tard. L’élue morlaisienne revient sur le sens de sa démarche.
Marylise Lebranchu le redit : elle n’avait pas d’avis sur cette affaire. « J’en ai entendu parler par Marie Jacq (députée socialiste du Finistère de 1978 à 1993, NDLR), dans les années 1980. Plus tard, j’avais été invitée à une conférence de la Ligue des droits de l’Homme consacrée à ce dossier. Le petit-fils était présent. J’en avais une approche non objective, dans la mesure où je n’avais pas tout lu ».
À son arrivée à la chancellerie à l’automne 2000, « j’ai demandé à deux magistrats, qui travaillaient au sein de mon cabinet, de récupérer toutes les archives du procès et de plancher sur le sujet. Ils s’y sont consacrés quasiment une année. L’un était favorable à une demande de révision, l’autre pas. J’ai regardé leur travail et j’ai demandé à la commission de révision de se prononcer. Au vu, non pas du procès, mais du travail de la police sous l’autorité du parquet. Pour moi, l’enquête a été à charge. Il fallait absolument un coupable. Effectivement, le plus facile à documenter était Seznec ».
« Un verdict différent ? Peut-être »
La Cour de révision a conclu le 14 décembre 2006 à l‘absence d’élément nouveau susceptible de faire naître le doute sur la culpabilité de Guillaume Seznec. Elle constatait également « que l’existence d’une machination policière telle qu’alléguée était matériellement impossible ». Un camouflet pour la ministre, qui ne regrette pas sa démarche : « Je trouvais normal qu’il y ait cette révision car pour moi, la révision était de même nature qu’un appel. Mon approche était : « Est-ce qu’à la fin du procès, un appel aurait pu être formé, avec des chances d’avoir un verdict différent ? » Ma réponse était : « Peut-être ». Je dis bien peut-être. Il y avait un doute. Il était mince, mais le doute doit profiter à l’accusé. Donc, j’aurais souhaité qu’il y ait une révision, non pas pour inverser le verdict, là n’était pas le sujet. Le sujet était : « Y a-t-il de quoi nourrir un appel au bénéfice du doute ? » »
Marylise Lebranchu estime « qu’il subsiste une sorte de fêlure dans cette histoire, une fêlure sociale. Par rapport à l’institution judiciaire et son rôle dans la société, ça aurait été beaucoup plus sain en termes de liens entre les citoyens et leur justice qu’il y ait cette révision. Je ne saurais dire s’il est coupable ou non, je n’en sais rien. Au vu de tout ce que j’ai lu, je ne sais toujours pas. Je suis incapable d’avoir un avis tranché. Moi, c’est vraiment l’image de l’institution judiciaire vis-à-vis du citoyen qui m’importait »