Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 1.400 articles.
29 Octobre 2023
“C’est leur pertinence qu’on reproche aux impertinents.”
Claude Frisoni / Frisoni soit qui mal y pense
Il est important aujourd'hui de republier la critique de SaintOp/Seznek sur la bible de Denis Seznec.
SaintOp a supprimé son blog et nous sommes privés de ce précieux document.
J'ai donc décidé de le republier.
Il me l'avait fait parvenir le 16 septembre 2011.
Il est important de le faire car je lis un peu partout que l'on prend désormais la parole de Denis Seznec pour parole d'évangile...
Et...
On a bien tort !!!
Plusieurs auteurs [d’après ce que SaintOp m’a dit] ont réalisé cet énorme travail.
C'est, avec la primo-enquête de Me Pouliquen publiée par Bernez Rouz, ce qu'il y a de plus précieux sur l'affaire Seznec.
Liliane Langellier
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Nous les Seznec, l'ouvrage de Denis Seznec, maintes fois réédité depuis 1992, est considéré comme l'ouvrage de référence sur l'affaire Seznec - soit. Dans "l'Avertissement" qui présente le livre ne lit-on pas : "S'ils y avaient décelé la moindre inexactitude, les hauts magistrats n'auraient pas hésité, en effet, à le faire savoir" ? Cette interrogation est une sorte de défi lancé au lecteur, essayons donc de le relever. Notre édition de travail est celle de 2006, nous serons amenés à faire des rapprochements avec d'autres éditions qui, sur certains points, comportent des nuances. Notre critique, libre et impertinente, commence au chapitre "Le Dossier" (p.67) - [la première partie n'ayant pas trait à l'affaire proprement dit] Cependant, attardons-nous un instant sur le tableau généalogique que l’auteur place en tout début d’ouvrage, nous n’insisterons pas sur sa présentation et la pauvreté de son contenu, mais jetons un œil à la date de décès d’Emile Petitcolas (beau-frère de Guillaume Seznec) : l’état-civil nous indique 1928… l’auteur, dans les éditions successives depuis 1992, nous précise 1931… le moins qu’on puisse dire, c’est que la partie est mal engagée…
p. 69 : "... La scierie est une entreprise prospère " "...
"Donc, en cette année 1923, tout va plutôt bien pour les Seznec" Réalité ou fiction ? - à vous de juger... Si l'on s'en tient à la valeur des biens possédés par les époux Seznec (Morlaix et Plomodiern), on peut en déduire que la situation est plutôt satisfaisante. Mais sauf vente de tout ou partie de ces biens, cela n'aide en rien à la trésorerie de la scierie et de la famille. Aucun élément ne vient étayer un constat d'une quelconque prospérité, tout vient plutôt renforcer l'idée que Guillaume Seznec est en proie aux difficultés financières accentuées par un bon nombre de procédures judiciaires en cours ou qui se sont soldées par un jugement à son désavantage. Examinons de plus près les éléments. M° Belz, liquidateur nommé en juillet 23, remet un inventaire en février 1924. L'actif est évalué à 300 000 francs, le passif à 260 000 francs. Peu avant, la régularisation de créances urgentes a nécessité la vente de biens (marchandises, chevaux, charrette) pour 17 000 francs. Ce bilan qui dégage un résultat positif est un leurre, tant le compte d'exploitation est déséquilibré : l'en-cours de règlements/clients est inexistant, la situation bancaire n'apparaît pas... Guillaume Seznec n'a aucune trésorerie, il jongle au jour le jour pour payer ses salariés, ses fournisseurs... rien à voir avec une entreprise prospère. Côté litiges, procédures, dettes diverses... qu'en est-il ? : • 1921 : divers jugements (4) pour somme globale de 12 000 francs • 1922 : 1 200 francs contre Tréal • .........23 000 francs contre marquis de Lescoët • 1923 : 15 600 frans contre Caillet • .......... affaires Souêtre, Crédit Nantais, Cie Gle d'Assurances • dettes envers Angèle Labigou (la bonne), Samson (le chauffeur), Bergamasco, Le Grand, Le Bail, Fleuriot, Léon, Pouliquen (Relecq-Kerhuon), Paul Cette liste non exhaustive montre qu'en mai 1923, Guillaume Seznec se débat dans diverses affaires judiciaires - avocats, juges, huissiers sont ses interlocuteurs quotidiens... en fait, tout va plutôt mal pour la famille Seznec...
p. 73 : "Avec la vente de la petite ferme et le douaire de Marie-Jeanne, ils achètent un commerce sur la place de Plomodiern, en face de l'église. Vente et réparation de vélos..."
Approximatif. La maison de la place est achetée en janvier 1909 aux beaux-parents de Guillaume - ce n'est pas dans cette maison que Guillaume démarre son activité cycles, mais dans une maison mitoyenne, qui 3 mois avant cet achat, fut ravagée par un incendie démarré dans une grange attenante. Il y a une erreur de chronologie par rapport au fait suivant évoqué dans l'ouvrage.
p. 73 : "Guillaume doit effectuer une période militaire de vingt-huit jours à Brest. C'est là qu'il reçoit un télégramme lui annonçant que sa femme vient d'accoucher. Marie est née... L'heureux père se précipite mais loupe le dernier train. il emprunte une bicyclette et effectue soixante-douze kilomètres à travers les monts d'Arrée. Il n'est pas arrivé que, loin, des contreforts du Menez-Hom, il aperçoit un incendie dans Plomodiern : c'est la grange voisine de chez lui qui flambe.
Epique mais inexact. L'auteur nous donne ici une variante par rapport à l'édition précédente (1992) où la période militaire est faite à Chateaulin, qu'en conséquence les 72 km à vélo ne faisaient qu'une vingtaine et qu'il n'était pas question de train raté. En réalité, il s'agit bien de Brest et personne n'est en mesure de confirmer le voyage à vélo (minimum 3 h, sans les crevaisons). Marie naît le 1er novembre 1908, Guillaume est informé par télégramme, il demande une permission dont la signature tarde. Quand et comment rentre t-il sur Plomodiern ? - l'incendie se déclare dans la grange dans la nuit du 2 au 3, les pompiers de Chateaulin sont sur place à 3 h. - plusieurs témoignages attestent de la présence de Guillaume sur place avant l'incendie. Conclusion : l'auteur nous bâtit un roman.
p. 74 : "Grâce aux dédommagements accordés par l'assurance, Guillaume et MarieJeanne se lancent dans une nouvelle aventure, toujours dans le commerce. en juillet 1912, ils montent une blanchisserie industrielle à Saint-Pierre-Quilbignon, un faubourg de Brest."
Faux. Suite à l'incendie, Guillaume, sévèrement brûlé, est soigné plusieurs mois à Saint-Ségal. A son retour, il ne persiste pas dans l'activité de vente et réparation de cycles et en 1910, le couple s'installe comme cafetier-aubergiste à Port-Launay (commune née du morcellement de Saint-Ségal et de Chateaulin). En 1913, il cherche à travailler sur Brest, un projet de fabrique de faux-cols avec un certain Stuztman avorte. En août 1914, il est versé dans le service auxiliaire à Brest et début 1915, il se lance dans la blanchisserie à Saint-Pierre. La réalité est bien éloignée de ce que nous dit l'auteur. Est-ce bien utile de travestir à ce point la vérité ?
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Critique impertinente de « Nous les Seznec »