Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 1.400 articles.
7 Avril 2018
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Nicolas Boileau
Voilà...
Je ne pense pas aller au-delà de cette page...
Du moins en ce qui concerne la révélation des dires des fils de Petit Guillaume.
Je vois que certains d'entre vous ont pensé que c'était MA version.
Que nenni !
C'est bien la version de Jean-Yves et Gabriel Seznec...
Le fils aîné et le dernier fils de Petit Guillaume.
Lui-même fils aîné de Guillaume Seznec.
J'ai gardé par devers moi les preuves matérielles de ce qu'ils m'ont dit, le lundi 26 Mars 2018.
N'en déplaise aux mauvais coucheurs !
On reprend.
Dimanche 20 mai 1923 (*)
à Traon ar Velin. Morlaix
C'est un dimanche fin mai.
C'est en fait le dimanche de la Pentecôte en 1923.
Dans la scierie de ses parents...
Petit Guillaume joue dans le jardin quand il entend sa mère hurler.
Il va vite, très vite, se hisser à la fenêtre du salon.
(ndlr Pièce et fenêtre se trouvent actuellement dans la maison de Mme Annie Suet, là où il n'y a pas eu de fouilles, du côté gauche de la propriété au 102, rue de Brest)
Et il voit le cadavre de Pierre Quémeneur par terre.
Guillaume Seznec n'est pas encore rentré de son périple.
Car Pierre Quémeneur, après une journée parisienne, l'a doublé en revenant par le train de nuit.
La bonne, Angèle Labigou, arrive aussitôt sur les lieux.
Oui, très rapidement.
Les deux femmes sont tétanisées devant la réalité :
Marie-Jeanne Seznec a été agressée sexuellement par Pierre Quémeneur.
Elle s'est retournée.
Lui a collé une gifle.
(ndlr Ou a levé la main sur lui).
De surprise, Pierre Quémeneur a reculé.
Il a perdu l'équilibre en ratant une marche.
Et est allé se fendre le crâne sur l'accoudoir d'un gros fauteuil breton.
Quand Guillaume Seznec arrive...
Il est catastrophé.
Il en pleure.
Non seulement il vient de perdre un pote...
Mais il vient aussi et surtout de perdre l'argent qu'il a avancé en sous-main pour acheter la propriété de Traou Nez en Plourivo.
Il faut réagir et réagir vite.
Angèle Labigou enveloppe le cadavre dans un drap (ndlr une couverture ?)
Seznec appelle un de ses potes (ndlr sans doute André de Jaegher) pour transporter le cadavre loin de Morlaix.
Très catholiques, les Seznec souhaitent lui donner une sépulture décente.
Pas le brûler car l'Eglise catholique interdit la crémation en 1923.
Une sépulture décente...
Donc, l'enterrer.
Loin de chez eux.
Comment ne pas avoir à la mémoire que Henri-Désiré Landru, le Barbe-Bleu de Gambais, passé à la guillotine en février 1922, a plongé parce que les restes de ses victimes ont été découverts dans le jardin de sa propriété.
L'idéal serait de remettre le corps de Pierre Quémeneur sur ses terres.
Celles de Traou Nez en Plourivo.
Mais ils peuvent l'avoir enterré n'importe où.
Loin de Morlaix.
Avant l'enlèvement du cadavre, les quatre personnes présentes (Marie-Jeanne, Guillaume, Angèle et Petit Guillaume) vont faire un serment.
Oui, jurer solennellement devant Dieu (**)
Qu'ils ne parleront jamais de ce qu'ils ont vu.
Et que seule la mort les délivrera de ce lourd secret.
Lundi 21 Mai 1923 (*)
On est le Lundi de Pentecôte !
Guillaume Seznec et son ami reviennent de leur macabre voyage vers le début de l'après-midi.
Il faut désormais élaborer une version pour que Marie-Jeanne Seznec ne soit pas accusée de ce meurtre.
Et pour récupérer, tant que faire se peut, l'argent liquide et les dollars avancés en sous main pour l'achat de Traou Nez.
Semaine du 22 Mai au 26 Mai 1923
Guillaume Seznec va enchaîner les mensonges.
Et décaler la vérité d'une semaine.
Faites comme lui, reprenez les différents faits et décalez-les d'une semaine...
Il a dû élaborer les promesses de vente en date du 22 Mai 1923.
Il va faire une seconde fois le trajet Paris/Morlaix/Paris pour égarer témoins et policiers.
(ndlr avec André deJaegher ?)
Il tient les policiers le plus éloignés possible de Morlaix.
Traîne à Houdan et à Dreux.
Se montre partout.
Les témoins ont toujours dit que l'on n'avait jamais autant vu un assassin que Seznec...
Quand les policiers vont les interroger...
Les témoins s'embrouillent dans leur récit des deux voyages.
Qu'ils résument à un voyage.
Les plus volubiles, ceux de la gare de Houdan, vont plonger dans le plan de Seznec.
Mais pour bien situer la date...
Il y a les gelées.
Oui, il n'a pas gelé le week-end du 25 mai mais celui du 18 mai 1923.
Petit Guillaume a beaucoup parlé à ses fils de l'erreur des dates prouvée par la météo et les gelées.
Oui, il en a beaucoup parlé.
Lundi 27 Mai au Samedi 2 Juin 1923
Il faut tenir le choc.
Et aller jusqu'à Paris pour égarer encore plus témoins et policiers.
Qu'importe les rendez-vous.
Il faut, bien sûr, faire semblant de chercher Pierre Quémeneur.
Et, pour ça, être vu et passer notamment à la Poste du boulevard Malesherbes.
Réclamer la lettre du beau-frère Pouliquen.
Les 13 et 20 Juin 1923
Toujours dans la même optique : éloigner les enquêteurs de Morlaix et récupérer l'argent versé en lousdé lors des promesses de vente...
Le 13 juin, Guillaume Seznec va aller au Havre.
Pour acheter une machine à écrire.
Pratique quand on habite Morlaix et qu'on peut, à défaut d'en avoir déjà une, en acheter une sur place.
Il va aller au Havre via la gare de Plouaret, tellement discrètement qu'on ne verra que lui !
Il va balancer là-bas la valise de Pierre Quémeneur.
Pierre n'avait pas eu le temps de s'en débarrasser car il a voyagé directo Paris / Morlaix de fameux dimanche-là.
(train Paris Morlaix : 20 h 05 / arrivée Morlaix : 6 h 08)
Le 20 Juin, le plan de Seznec marche à merveille : la valise est retrouvée au Havre.
Celui qui la trouve est-il un de ses potes (ndlr Querné ou de Jaegher ?)
C'est donc lui qui va plonger pour sauver Marie-Jeanne.
La mère de ses enfants.
Chez les pratiquants catholiques, on ne prive pas des enfants de l'amour de leur mère.
On connait la suite.
Convoqué par les policiers de la Sûreté Générale, Guillaume Seznec se rend librement à Paris le jeudi 28 juin 1923.
Il ne recouvrera sa liberté que début Juillet 1947.
Les mensonges de Pouliquen
Le notaire ne veut pas perdre d'argent dans cette affaire.
Ni entacher sa réputation.
Ni celle de son beau-frère Pierre, conseiller général de Sizun.
Il va d'abord rafler les liquidités et les dollars or avant la perquisition policière du 29 Juin à Ker Abri, Landerneau.
Il va ensuite élaborer, par écrit, un emploi du temps de Pierre Quémeneur.
Avec moult détails (la primo-enquête).
Emploi du temps qu'il va mettre tout de suite en place.
Les petits-fils de Guillaume m'ont affirmé que la famille de Pierre Quémeneur se souciait peu, fort peu, de l'emploi du temps du conseiller général.
Qui voyageait beaucoup.
Si vous reprenez toutes les déclarations du notaire Pouliquen à la police (que ce soit à Cunat, à Rennes, ou à Vidal, à Paris) vous verrez que j'ai raison.
Le notaire a bobardisé.
Ainsi ce ne sont pas les policiers qui auraient orienté l'enquête, mais bel et bien Guillaume Seznec et Pierre Pouliquen.
Marie-Jeanne Seznec et l'innocence de son mari
C'est l'enfer pour Marie-Jeanne quand Guillaume est arrêté.
Car si une personne sait qu'il est innocent, c'est bien elle.
Un jour, à bout de force, elle va craquer.
Et s'accuser devant les policiers.
Qui ne la croiront pas.
Elle va, dès le début de son emprisonnement, enchaîner les demandes de révision pour que Guillaume ne quitte pas le sol de France.
En hurlant partout qu'il est innocent.
Ce qui est tristement vrai.
Mais...
Le 7 avril 1927 (ndlr et oui, il y a juste 91 ans aujourd'hui) Guillaume Seznec quitte Saint-Martin de Ré pour Cayenne.
Dont il ne reviendra que début Juillet 1947.
Liliane Langellier
(*) C'est moi qui ai avancé cette date, les petits fils ont juste dit :
"avant la date officielle".
(**) Jean-Yves et Gabriel Seznec ont respecté le serment de leur père Petit Guillaume.
Ils ne m'en ont parlé qu'après la mort de leur maman Claudie Neyret-Seznec, veuve de Petit Guillaume, survenue le jeudi 22 Mars 2018.
