Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 1.400 articles.
29 Avril 2018
Chaque belle-mère est un morceau de la culotte du diable.
Proverbe alsacien
Cela m'a toujours intriguée...
Et je ne suis pas la seule.
Oui, l'attitude de la mère de Guillaume Seznec, Marie Anne Colin vis-à-vis de sa belle fille Marie-Jeanne.
C'est important une belle-mère pour une belle-fille.
Moi, j'avais, hélas, hérité de la pire espèce.
Le jour de notre mariage, alors que j'attendais mes demoiselles d'honneur dans le jardin de notre maison chaudonnaise,...
Elle est arrivé, mal virée :
"Je voulais t'offir une plante, mais je me suis dit, avec ses parents fleuristes, elle va être très gâtée."
ça, c'était mon cadeau !
Et, mauvaise, elle a ajouté : "J'espère que maintenant que tu vas t'appeler Langellier, tu vas cesser de travailler. Ce qui fait honte à ton mari."
Et pourtant, pourtant j'avais le parcours sans faute d'une jeune fille de bonne famille.
Pendant les quinze année de notre mariage, nous lui devions les seules disputes entre nous.
Alors, oui, j'avais été sensible à l'étrange comportement de Marie Anne Colin vis-à-vis de Marie-Jeanne Seznec.
Désormais, je ne l'excuse pas, mais je le comprends.
Ah juste avant de commencer, je suis contente d'avoir partagé en fin de mon dernier billet les petites vidéos qui révèlent ce qu'est vraiment Laurent Maillot.
L'un de mes amis, après les avoir visionnées, m'a écrit :
"Vraiment consternant, ce monsieur Maillot. Ses fautes de grammaire sont beaucoup plus tolérables que le ton qu'il emploie à l'oral."
Il a été intelligent de lui laisser la parole, Denis Seznec.
Ainsi tout le monde a pu juger sur pièce.
Mais pourvu qu'on ne lui donne pas la parole le dimanche 6 Mai chez Laurent Delahousse.
Il souille l'affaire.
Je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour tenter d'arrêter les dégâts.
Mais revenons à l'opposition belle-mère vs belle-fille.
1/ Pendant l'enfance de Guillaume :
Il est le chouchou à sa maman.
Et Kernéol est loin d'être une petite propriété.
Comme le prouve le recensement de Plomodiern en 1881.
Avec les nombreux employés.
Yves Seznec, le père, meurt le 26 janvier 1884.
Guillaume devient alors le seul homme de la famille.
Il n'a pas 6 ans (né le 1er mai 1878).
2/ Lors du mariage :
Je l'ai lu chez Denis Langlois, en page 11 :
"Et puis tu avais, comme on dit, des "vues" sur la Marie-Jeanne Marc, la fille du marchand de grain de Plomodiern. Une jolie brunette aux yeux marron aperçue à la fête du Menez-Hom, à qui tu avais osé adresser la parole, toi le taciturne. Derrière l'église, vous avez échangé votre premier baiser. On a commencé à jaser, puis les parents s'en sont mêlés. Ta mère et ta soeur auraient souhaité que tu épouses une fille de paysan bien dotée en bonnes terres. Les parents de Marie-Jeanne auraient préféré un bourgeois de Châteaulin. Mais les amoureux sont têtus. Le mariage a eu lieu le 18 juillet 1906."
C'est vrai qu'elle était jolie, Marie-Jeanne. Jolie. Coquette. Et pas sotte. Trois qualités pour attirer contre elle les foudres de la mère de son futur époux.
Guillaume l'écrit lui-même dans ses cahiers :
"C'est en 1906 que j'ai épousé la fille d'un commerçant de Plomodiern. Ma soeur avait fait tout ce qu'elle avait pu pour empêcher ce mariage, car ma fiancée n'était pas riche. Mais je jure que celle-ci était une brave et gentille personne. D'ailleurs, elle l'a bien prouvé plus tard, quand le malheur s'est abattu sur nous."
Parce que, comme la belle-mère ne suffisait pas, la frangine de Guillaume s'y met aussi. Ah ! Les femmes jalouses ! Quelle plaie ! Mais quelle plaie !
Je vous laisse lire le contrat de mariage (photos ci-dessous), signé chez Me Le Doaré.
Article 4 : dot de la future épouse
En considération du mariage Monsieur et Marc déclarent donner et constituer en dot, chacun pour moitié, en avance sur leurs successions futures, à Mademoiselle Marc, leur fille, future épouse, qui accepte, une somme de dix-mille francs, qu'ils s'obligent solidairement entre eux, à lui payer dans les trois mois du jour de la séparation des futurs époux d'avec eux, avec intérêt au taux de cinq pour cent par an, à compter du jour de la célébration religieuse du mariage.
10.000 francs 1906, presque le prix d'une maison !
En conversion en euros 2018, nous obtenons : 39.333 euros
via France Inflation et Christian Creseveur.
Soit presque 28 plaques, quand même !
3/ Les années 1906/1923 :
Guillaume et Marie-Jeanne vont aller habiter chez Marie-Anne Colin.
Comme le prouve le recensement Plomodiern 1911 :

Après l'incendie de 1908, j'ai retrouvé le difficile parcours de Guillaume chez "L'affaire Seznec revisitée" :
"Suite à l’incendie, Guillaume, sévèrement brûlé, est soigné plusieurs mois à Saint-Ségal. A son retour, il ne persiste pas dans l’activité de vente et réparation de cycles et en 1910, le couple s’installe à Saint-Ségal (comme cafetier-aubergiste à Port-Launay, affirmeront certains, dont Maurice Privat). En 1912, il cherche à travailler sur Brest, un projet de fabrique de faux-cols avec un certain Stuztman avorte mais on trouve bien, en 1913, la famille Seznec dans l’activité de blanchisserie-repassage, rue Amiral Linois, à Brest et non à Saint-Pierre de Quilbignon. En août 1914, il est versé dans le service auxiliaire à Brest et le 20 janvier 1915, il ouvre sa “Blanchisserie Moderne” à Saint-Pierre tout en gardant un dépôt à son ancienne adresse.
Ne pas oublier que lorsque Guillaume Seznec achète sa scierie à Morlaix, c'est sa mère qui vient l’aider.
Tandis que Marie-Jeanne continue la blanchisserie sur Brest.
4/ Lors du procès :
Elles ne sont pas ensemble.
Pour faire face à l'adversité.
Oui, Marie-Jeanne est dans son coin avec Angèle Labigou tandis que la belle-mère est seule dans un autre coin.

La mère de Seznec au procès.
5/ Pendant la période du bagne :
Souvent, dans ses lettres, Guillaume demande à Marie-Jeanne si sa mère n'est pas trop dure avec elle. Ainsi, dans le livre de Denis Seznec "Le bagne", en page 46 :
"Marie-Jeanne. Pourvu que sa mère soit gentille avec elle. C'est qu'elle est dure, la mère. Marie-Jeanne !"
6/ Richesse de la belle-mère en 1923 :
- Maison à Plomodiern :
C'est la maison Marchadour en centre bourg, branche maternelle de Marie-Jeanne.
Elle y abrite toute sa nichée en 1911.
Faut bien le dire les recensements, c'est incontournable !
Côté des fermes, en 1935, il ne reste que Kernéol.
Qui sera léguée à Marianne Seznec.
- Maison de Roc'h ar Bleiz :
Pour être au plus près de son fisset, pardi !
Ne pas oublier que c'est Marie-Anne Colin (Allô Mamam Bobo) qui aide le fringant bosseur Guillaume Seznec à la scierie transformée en blanchisserie en 1918 (et un peu volée à Castel, quand même.)
Pendant ce temps-là, Marie Jeanne, elle dirige la blanchisserie de Saint-Pierre-Quilbignon.
Je n'imagine pas la soeurette tremper ses jolies mains dans les lessiveuses, mais alors pas du tout....
- Maison à Morlaix au 59, rue du Mur :
Elle en était propriétaire.
Pas le genre pauvre locataire qui a du mal à payer son loyer en fin de mois, hein ?
N.B. Elle a vendu Roc'h ar Bleiz pour acquérir le 59, rue du Mur à Morlaix.
La rue du Mur sera l'héritage de Marianne Petitcolas en 1935. Qui héritera également de créances à récupérer (environ 30.000 francs - à vérifier)
7/ Les années 1923/1931 :
Bernez Rouz. En page 57 :
"Peu après l'inculpation de Seznec, le 13 juillet 1923, l'avoué Joseph Belz de Morlaix dépose le bilan du maître de scierie. Mme Seznec était incapable de continuer l'exploitation industrielle, expliquera-t-il au juge, mais il estimait que la situation n'était pas mauvaise, l'actif dépassait le passif de 276.464 francs. Le Petit Breton du 22 juillet 1923 publie le bilan.
Huit mois plus tard, le 23 février 1924, Joseph Belz fournira au juge un estimatif plus précis des biens de Seznec. Pour faire face aux créances, il a vendu les marchandises, les chevaux et les charrettes pour 17 000 francs. L'actif de Seznec est évalué à 300.000 francs contre un passif de 260.000 francs, soit un actif net de 40.000 francs."
C'est donc cette somme que va empocher Marie-Jeanne pour vivre.
Elle s'est bien battue, lors du procès de son homme, Marie-Jeanne. Et pour se battre elle avait mis tous les atouts dans son jeu. Ce foutu jeudi 30 octobre 1924 :
"Voici que l'on appelle à présent Mme Seznec. La femme de l'accusé, d'un pas décidé, s'avance au milieu du prétoire, souriant à celui qu'elle veut défendre avec toute son énergie. (...)
Sous son costume de velours noir de Quimpéroise, elle aborde la barre sans la moindre gêne, dépose son parapluie "Tom-Pouce" sur une chaise voisine et prend pose pour écouter le président qui fait savoir que le témoin ne prêtera pas serment, mais va être entendu pour renseignements.
(...) Brusquement Mme Seznec enlève son collet de fourrure et le pose sur le dossier de la chaise à laquelle elle s'appuie, comme pour soutenir plus aisément une discussion qu'elle sent devoir être rude. Puis elle se tourne vers son mari et, comme elle le fixe longuement, le président intervient.
- Regardez-moi, vous ; vous regarderez votre mari plus tard."
In La Dépêche de Brest du vendredi 31 octobre 1924.
Juste après, Marie-Jeanne présente, en décembre 1924, une demande d'assistance judiciaire au tribunal civil de Morlaix afin d'obtenir une "séparation de biens" pour récupérer la somme de 10.000 francs figurant sur le contrat de mariage.
De 1925 à 1931, Marie-Jeanne sera bonne dans différentes familles à Paris. Sous son nom de jeune fille Marc.
Voici comment la décrit Jane chez Claude Sylvane, en page 112 :
"Tout à coup, un taxi s'arrêta devant la porte. Une femme en larmes en descendit. C'était ma mère.
Je la regardais, émue, surprise, et très déçue. Où était ma jolie maman avec sa coiffe brodée et sa longue jupe de soie et de velours ? J'avais devant moi une femme modestement vêtue avec un petit chapeau de feutre et une robe qui laissait voir ses mollets."
On arrive les situer au 58, rue de Monceau. Puis, dans une chambre sous les toits avenue Vélasquez. Paris VIIIe.
8/ La mort de Marie-Jeanne Seznec :
Elle meurt seule.
Abandonnée de tous le jeudi de l'Ascension 14 mai 1931.
A l'hôpital Beaujon.

9/ L'enterrement de Marie-Jeanne Seznec :
Jeanne Seznec raconte les obsèques de sa mère, dans le livre de Claude Sylvane, "Notre bagne" en page 131 :
"Ma mère fut enterrée au cimetière de Saint-Ouen, après une courte cérémonie à l'église Saint-Philippe-du-Roule. La famille de mon père, pas plus que la sienne du reste, ne jugèrent bon de se déranger pour l'accompagner à sa dernière demeure.
Il y avait longtemps que tous l'avaient abandonnée dans son acharnement à chercher la vérité qu'on voulait étouffer. Mon grand-père Marc était mort sans qu'elle héritât de lui. Ne l'avait-il pas supplié d'abandonner son mari après son arrestation ? Jusqu'à un cousin qui était curé et qui vint lui conseiller de demander la séparation. Mais ma mère n'avait écouté que son coeur :
- Dehors, Satan en jupe ! avait-elle crié sans mesurer ses paroles.
Et, depuis, le vide s'était fait autour de son malheur."
Chez Michel Keriel in "L'impossible réhabilitation" en page 37 :
"Le 14 mai 1931, à quarante-cinq ans, Marie-Jeanne meurt à l'hôpital Beaujon à Paris. Elle est enterrée au cimetière de Saint-Ouen (N.D.L.R. : curieusement, ses restes ne seront alors pas transférés à Plomodiern contrairement à ce que pourrait laisser panser l'excellent film d'Yves Boisset : L'affaire Seznec. Ils ne le seront pas plus ni après la mort de son mari en 1954, ni de celle de sa fille en 1994. On devinera pourquoi plus loin (1)... Aujourd'hui elle est à la fosse commune)."
Comme femme de bagnard, Marie-Jeanne aurait pu demander le divorce...
"Ce n'est effectivement que grâce à la loi du 27 juillet 1884 que la procédure de divorce est réintroduite en France (elle avait été abolie en 1816). Cette loi prévoit ainsi que la condamnation à une peine afflictive et infamante de l'époux (ce qui était le cas pour une condamnation aux travaux forcés à temps ou à perpétuité) pouvait autoriser une demande de divorce."
D'après Jean-Lucien Sanchez, historien français, spécialiste du bagne colonial de Guyane française
10/ Marie Anne Colin après la mort de Marie-Jeanne :
En 1931, c'est elle qui reprend le dossier Seznec.
Et alors que Marie-Jeanne a usé toutes ses forces à éloigner les recherches de Morlaix...
En créant des pistes de diversion, comme la piste de Lormaye, par exemple.
Marie-Anne Colin, elle, fait place nette et largue Charles Huzo pour Charles-Victor Hervé.
Les thèses du juge Hervé sont donc mises en avant.
Une requête est déposée par Mes Marcel Kahn et Jean-Charles Legrand. Elle est examinée par le Procureur général de Rennes qui transmet au Ministre un rapport défavorable concernant la thèse de Plourivo et les photos anthropométriques.
Elle meurt le 8 septembre 1935, à l'âge de 85 ans.
Donc...
Marie Anne Colin Seznec n'a jamais aidé sa belle-fille Marie-Jeanne.
Alors qu'elle avait largement les moyens de le faire.
Même quand sa belle-fille était dans une misère noire.
Elle a juste daigné aider les enfants de Guillaume.
Mais oui, elle a laissé Marie-Jeanne mourir dans la misère la plus totale.
Et n'a pas même daigné payer ses obsèques et rapatrier sa dépouille sur Plomodiern.
Quand je vous dis : c'est terrible la haine de certaines belles-mères !
Juste une question : Guillaume Seznec avait-il confié son lourd secret à sa mère dont il était très proche ?
Parce que ceci expliquerait cela.
Et oui, elle en a bavé Marie-Jeanne Seznec...
En sachant depuis le 27 mai 1923 que Guillaume n'était pas coupable du meurtre de Pierre Quéméneur.
En étant ruinée et obligée de se placer comme bonne chez les autres.
Lourde de ce secret...
Ce secret...
Dont elle ne pouvait se libérer....
...Sous peine de trahir un serment.
Liliane Langellier

P.S. Pour les promesses de vente, voilà ce que j'ai trouvé dans L'Eclaireur du Finistère du 8 novembre 1924 :
"La condamnation
Seznec est condamné aux travaux forcés à perpétuité.
L’acte de vente de Traounez est annulé.
Seznec s’est pourvu en cassation."
Oui, vous avez bien lu : l'acte de vente de Traou Nez est annulé.
Et dans Ouest-Eclair Rennes du 4 Novembre 1924 en page 3 :
"Me Joncour avoué de la partie civile, est chargé d'exécuter un arrêt annulant les faux contrats fabriqués par Seznec."
Dont acte.
P.S. 2 Marco, à juste titre, m'a demandé pourquoi Marie-Jeanne devait attendre de l'aide de sa belle-mère plutôt que de ses propres parents.
Les Marc, c'était une sacré tribu !

Mais...
La mère de Marie-Jeanne, Marie Anne Marchadour, meurt le 26 novembre 1918 à Plomodiern.
Mais on retrouve son père, Jean Corentin Marc, à Brest.
Tenancier avec sa fille de l'Economie Bretonne.
Il a fui Plomodiern pour s'installer à Brest, Lambézellec.
Où il mourra le 24 février 1931.
Pour les frangins Marc, ça le fait pas non plus.
Charles (9 mars 1891/9 Mai 1871) est celui qui rachète le fonds de la blanchisserie de Brest, le 2 février 1918, mais qui ne peut jamais la payer.
Et qui la revend in fine à Balzon et Genoud.
Reste une embrouille, suite à un incendie de 1921, entre Seznec et ces nouveaux propriétaires.
Pierre Marc (19 avril 1884), lui, est mécanicien à Clichy.

Et trempouille dans des affaires pas très claires de reventes de voitures.