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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec. De la responsabilité des journalistes dans la construction de l'usine à bobards.

Bobard = Mensonge, déclaration qui se révèle être fausse dans le but de tromper son interlocuteur.
Synonymes : canular, rumeur, tromperie, mensonge, fantaisie.

Pendant le mois de répit qu'ils ont eu :

Du 27 mai au 24 juin 1923...

Guillaume et Marie-Jeanne Seznec ont eu tout le temps de peaufiner leur immense bobard.

Pas seulement sur le damné voyage...

Mais aussi pour s'accaparer la propriété de Quémeneur...

Et, ça, c'est carrément honteux.

La police a enquêté...

Certes...

Mais les journalistes ont, eux aussi, fait de nombreuses enquêtes parallèles.

Ce qui a contribué à mettre en place encore plus rapidement l'usine à bobards.

 

1/ Le bobard des dollars or

C'est Maurice Jan qui, dans L'Ouest-Eclair du 28 juin 1923 va évoquer le premier cette histoire des dollars or.

Non sans un certain humour !

"S'il en est ainsi, l'assassin de M. Quemeneur n'aurait pas fait une mauvaise affaire."

 

Lisez bien...

Guillaume Seznec donne carrément la date du 15 mai au journaliste alors qu'il annonce le 22 mai à Vidal !

Qui va croire que les Seznec possédaient 4.040 dollars or auxquels ils n'auraient pas touché...

Alors qu'ils étaient au bord de la faillite ?

Sans compter que Seznec, au Havre, le 13 juin 1923, a une bien curieuse démarche dans l'unique but de faire croire à l'existence de ces foutus dollars :

Denis Seznec dans “Nous les Seznec“ :

“Cinquième personnage : M. James Azzopardi, directeur de l’agence de l’agence de voyage Balkan-Express, au Havre. Le 13 juin, il reçoit la visite d’un inconnu. L’homme mesure 1,75 mètre, arbore un feutre mou, porte une barbe de plusieurs jours et a des mains velues. Il lui demande d’établir un reçu fictif pour une vente de dollars, en échange d’une bonne récompense. L’honnête commerçant proteste aussitôt : sa maison ne saurait se livrer à une telle opération, qui est un véritable délit ! Le demandeur n’insiste pas et s’en va…”

Voulez-vous me dire qui, possédant 4.040 dollars, a besoin d'un reçu de vente des dits dollars or ?

Les membres de la secte Hervé vous diront que Guillaume Seznec avait donné tous ses dollars à Pierre Quémeneur et qu'il n'avait pas eu de reçu en échange.

D'où la démarche Azzopardi.

Azzopardi était un escroc, certes, mais Seznec a bel et bien effectué cette démarche.

Et puis, ce chiffre de dollars tout rond, c'est intrigant...

Voyons, mais c'est bien sûr : 4.040 dollars or = 65.000 francs !

Soit, juste la somme pour arriver à 100.000 francs (en y incluant les 35.000 francs à verser lors de l'entrée en jouissance).

Au total, le gars Guillaume n'a versé aucun kopeck.

Malin, non ?

Mais...

La Dépêche de Brest du 7 septembre 1923

"Elle affirme que son frère, à son retour, n'avait pas de boîte, et que certainement, par curiosité tout au moins, il l'aurait montrée."

La Dépêche de Brest du 8 septembre 1923

Le Petit Parisien du 31 août 1923

"Or, dans sa missive, le prisonnier demandait à sa femme d'aller voir un ami, Rennais, pour que celui-ci déclarât que, dans la soirée du 24 mai et précisément à l'l'hôtel Parisien, il avait vu le conseiller général sortir de sa poche quelques dollars."

Le Matin du 7 août 1923

 

2/ Le bobard du voyage

C'est sûr que l'ami Seznec a dû passablement énervé les commissaires Raymond et Vidal.

A s'emmêler les pinceaux entre les gares de Houdan et de Dreux.

Le Petit Parisien du 14 septembre 1923

Tout cela parce que, à mon avis, ils ont filé, après la gare de Houdan, immédiatement vers Gambais.

Ce qui laisse à Seznec un laps de temps suffisant pour accomplir son forfait.

 

Dans l'Ouest-Éclair du 13 octobre 1923, Mme Godefroy, fille de salle du restaurant Le Plat d'Etain, dit que les deux zigs sont arrivés forcément après 21 h 20 et sont restés 1/2 heure.

Jeangirard a entendu repartir la bagnole qu'ils avaient laissée devant chez lui à 22 heures...

Piau, sa femme et Garnier affirment qu'ils sont arrivés à la gare à 22 h 10...

Les horaires coïncident...

Et il est totalement impensable que ces témoins se soient concertés entre eux pour faire tomber Seznec !

La Dépêche de Brest du 13 octobre 1923

La police de Vidal a fait une très bonne enquête.

Dès le 30 juin, Le Petit Parisien, sous la plume de Louis Pannetier, titre :

C'est très fort ce mot de guet-apens, car cela suppose la préméditation.

Mais, au début, le journaliste croit en plusieurs coupables (Seznec, Cherdy et... Kerné !) :

3/ Le bobard de l'essence consommé et des kilomètres parcourus par la Cadillac

Et ça, policiers et journaliste ont compté et recompté.

Ouest-Eclair du 1er août 1923

Mais l'énigme reste : sur quel chemin Seznec a-t-il consommé autant d'essence ???

Ouest-Eclair du 4 août 1923

La presse annonce même que le commissaire Vidal envisage de refaire le trajet à bord de la Cadillac :

Le Radical du 2 août 1923

4/ Le bobard du trafic de voitures américaines

C'est le Figaro du 27 juin 1923 qui dégaine le premier :

"[...] Il a déclaré qu'il s'était associé avec le conseiller général du Finistère pour acheter des automobiles et les revendre au gouvernement des Soviets. Cette opération devait se conclure par l'intermédiaire d'un courtier américain nommé Cherdy, qui est resté introuvable malgré les recherches faites à Paris."

Michel Pierre souligne que c'est la première fois qu'apparaît dans la presse l'hypothèse d'une destination moscoutaire de véhicules d'occasion.

Le Petit Journal du 8 juillet 1923

"a été échafaudée la prétendue affaire d'autos à vendre aux Soviets..."

 

5/ Le bobard des journées des 13 et 20 juin

Là, les journalistes s'en donnent à coeur joie !

Et mènent, tambour battant, leurs propres enquêtes.

Comme nous l'écrit Charles Léger dans La Dépêche de Brest du 24 juillet 1923 :

Puis dans celle du 26 juillet 1923 :

 

"Nous nous sommes rendus chez ce client..."

La Dépêche de Brest du 2 août 1923

Charles Léger va jusqu'à la gare du Havre (DPB 4 août 1923)...

Il interroge lui-même certains supposés témoins :

La Dépêche de Brest du 14 août 1923

Le Matin du 5 août 1923

6/ L'histoire de la chaudière

La Dépêche de Brest du 3 septembre 1923 se paye le luxe d'interroger Raymond Samson sur l'histoire de la chaudière.

"Les déclarations de M. Paul Baron, ouvrier affuteur de scies chez Seznec, sont d'une gravité assez grande pour que nous les ayons soumises à M. Raymond Samson, ancien chauffeur de Seznec et à Mme Seznec."

7/ Le bobard de la machine à écrire

A lire et relire la presse d'époque...

On en découvre un peu plus chaque jour :

Marie-Jeanne ment encore un peu plus en racontant qu'il y avait quatre machines à Traon ar Velin :

 

La Dépêche de Brest du 23 juillet 1923

Et, on découvre un nouveau témoin au Havre : Mlle Mottelay, caissière des machines à écrire Underwood : 

La Dépêche de Brest du 5 août 1923

8/ Les journaux vont même jusqu'à offrir des tribunes aux membres de la famille Seznec.

Ici, Jean Corentin Marc dans La Dépêche de Brest du 23 juillet 1923 :

 

................................................

Depuis toujours...

Pour blanchir son bagnard...

Le grand jeu de la famille Seznec a été de chercher à discréditer les témoins...

Qui n'allaient pas dans le sens de leur bobard.

TOUS les témoins : Me Bienvenue, Jacob, Chenouard, Garnier, Piau, Héranval, etc...

En sortant des histoires toutes plus sordides les unes que les autres : too bad !

Guillaume Seznec, lui-même, tente d'utiliser les journalistes, et quand il voit que cela ne marche pas, il écrit qu'une fois libéré, il intentera aux différents journaux ayant traité de l'affaire des procès en diffamation et qu'il obtiendra des dommages et intérêts permettant de rémunérer les témoins avec générosité.

Le Petit Parisien du 29 août 1923

Du côté des journalistes...

Ils avaient du mérite mes confrères de l'époque...

Pas d'internet, très peu de téléphones...

Mais il est important de dire que dans une enquête telle que celle sur l'affaire Seznec..

Plus il y a d'enquêteurs divers et variés...

Plus est grand le risque de dispersion et de mensonges.

On l'a vécu, il n'y a pas si longtemps, avec l'affaire Grégory.

Si on rame encore aujourd'hui pour démêler le vrai du faux...

C'est bien parce que toute la famille Seznec a inventé des bobards.

Une véritable usine à bobards.

 

Liliane Langellier

 

P.S. 15 Juin 2021 : Dépassement des 95.000 visiteurs pour 431 articles.

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