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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 750 articles.

Affaire Seznec : Les incontournables mensonges de Guillaume Seznec

Oh, quelle inextricable toile nous tissons, lorsque nous commençons à nous exercer au mensonge.
Sir Walter Scott

Imaginons la scène...

Lire, pour plus de détails :

L'affaire Seznec revisitée par Liliane Langellier

Imaginons la scène...

Guillaume Seznec rentre chez lui...

Et trouve Pierre Quémeneur mort.

Et bien mort.

Le premier choc passé...

Sans doute a-t-il versé des larmes pour la perte de son pote...

Mais surtout surtout pour la perte de ses économies...

Qu'il avait, bien imprudemment, refilées à Pierre pour acheter la propriété de Traou Nez.

Guillaume monte à l'étage avec Marie-Jeanne, sa femme, Angèle Labigou, la bonne, et son fils Petit Guillaume.

Ils vont rester longtemps, très longtemps, à comploter tous les quatre.

Pour sortir une version crédible de tout ça.

Je rappelle ici qu'avoir 12 ans en 1923 pour un garçon n'a rien de commun à avoir 12 ans en 2018.

A cette époque, dès que la communion solennelle est faite, le petit garçon devient un jeune homme.

Il est même des familles où, lors de la fête de cette communion, on allait jusqu'à pousser l'impétrant à avoir sa première relation sexuelle, c'est dire...

Donc.......

Les voilà tous les quatre à rebâtir l'histoire.

Ou plutôt à bâtir une histoire.

Celle qui sera racontée aux autres.

A tous les autres.

Aux policiers, aux avocats, aux amis, à la famille.......

Reprenons point par point.

.......................

1/ Le voyage à Paris

Histoire d'embrouiller les futurs témoins, Guillaume Seznec va effectuer un autre (d'autres ?) voyage Morlaix/Paris/Morlaix.

L'un d'entre eux avec son chauffeur Samson, c'est sûr.

Il va s'attarder sur les lieux qui sont devenus emblématiques de l'affaire : Dreux et Houdan.

Cela marchera tellement bien que le fameux commissaire Vidal de la Secrète de Paris, le bel Achille, va embrayer illico.

Et qu'il nous fera une fixette sur Houdan.

Pour preuve de toutes ces manigances: le trouble des témoins de la gare de Houdan.

Pourquoi Dreux et Houdan ?

Pour éloigner tout le monde de Morlaix car Marie-Jeanne, fragile, pourrait craquer si questions trop nombreuses et répétées de la Maison Poulaga.

Rien ne prouve que Guillaume ait trouvé le cadavre de son pote au retour d'un voyage à Paris.

Souvenez-vous même...

Ce qu'a dit Petit Guillaume à Bernard Le Her :

"GS : Ah il est venu l’après-midi.  Il est passé le matin et il est venu l’après-midi. .. Je me rappelle que j’ai mangé avec les chevaux de bois, ce jour-là. Il n’y a que Albert qui a mangé, parce qu’il ne savait rien du tout… Jeanne, elle n’était pas là. Elle était à l’école, aux Ursulines. Marie aussi, elle n’a jamais rien su. Personne, il n’y a qu’Angèle et moi qui savions, pas d’autres. Et quand j’en ai parlé à mon père, quand il est revenu, il m’a dit : « T’occupes pas de ça…. »

DLH : Et à quelle heure ça c’est produit ? L’après-midi, le matin ?

GS : Le matin, mais je ne sais pas l’heure. Il était peut-être dix heures ou dix heures et demi, onze heures, je ne sais pas. Je sais que théoriquement on a mangé. Peut-être une heure, une heure et demie après. Mais mon père est venu dans le courant de l’après-midi. C’est la seule fois que je l’ai vu pleurer. Il en était malade. Il était abasourdi. Il ne savait pas comment faire. Ils ont discuté. Moi, je n’étais pas là dans la discussion. Ils ont discuté avec la bonne toute l’après-midi. Et moi, on m’a ramené à l’école, le soir."

2/ Les promesses de vente

C'est une histoire banale de dessous de table entre commerçants.

Tellement banale.

On verse une petite somme pour de vrai devant le fisc et on refile le reste en dessous de table sans le déclarer.

Même si l'on peut trouver bizarre que Pierre Quémeneur ait justement un exemplaire de cette promesse de vente ce jour-là sur lui...

Le jour de sa mort...

Reste que Guillaume n'avait plus qu'un seul exemplaire valable de cette foutue promesse.

L'autre étant tachée du sang du conseiller général et inutilisable.

A lui, donc, d'en établir un second exemplaire.

Et, à partir de ce moment-là, c'est clair, il devient faussaire.

Pourquoi a-t-il tout compliqué avec l'achat de cette machine à écrire au Havre ?

On ne le saura jamais.

André de Jaegher a-t-il participé à l'élaboration de ce faux ?

Possible. Fort Possible.

Ce qui expliquerait pourquoi devant la police, il dit :

"Le 26 juin il m'a présenté ainsi qu'aux personnes présentes, l'acte de vente de la propriété de Plourivo. Il m'a demandé s'il ne risquait pas de perdre ses dollars avec cet acte. Après avoir jeté un coup d'oeil sur l'acte, je lui ai répondu qu'il ne risquait rien, mais qu'il devait le faire enregistrer pour lui donner une date certaine."

in témoignage d'André de Jaegher le 6 juillet 1923.

André de Jaegher est le seul à témoigner de l'existence de ces promesses de vente.

Et au cas où André de Jaegher aurait participé à l'élaboration de ce faux, a-t-il également aidé Guillaume Seznec à se débarrasser de la machine à écrire ?

Sans doute.

Et on peut aller encore plus loin.

Pour moi,de Jaegher était un ripoux de chez ripoux.

Il bouffait à tous les râteliers, alors quand la police a un peu (beaucoup ?) insisté auprès de lui pour savoir où était cachée la machine à écrire, il a balancé.

D'où le retour de la foutue machine à Traon ar Velin à la grande surprise de tous.

Et l'inculpation de Seznec.

3/ Les dollars or

Ils ont bel et bien existé.

Gagnés dans la blanchisserie brestoise.

Mais leur montant a été artificiellement fixé par Guillaume Seznec.

Comme suit.

Soit une propriété d'une valeur 100.000 Francs.

Soit 35.000 Francs qui ont été versés en liquide à la signature de l'acte.

Reste donc 65.000 Francs.

65.000 Francs, c'est la valeur de 4.040 dollars or.

Capisce ?

D'après Petit Guillaume, ces dollars or auraient été versés par Guillaume Seznec à l'évêque Adolphe Duparc avec pour but de payer les futures études des quatre enfants.

Un geste précautionneux de chef de famille qui va lui coûter très cher..

4/ Le cadavre de Pierre Quémeneur

Pendant toute l'enquête...

Pendant l'instruction...

Et à son procès, Guillaume Seznec ne cessera de dire :

"Montrez-moi le cadavre de Pierre Quémeneur !"

Bien évidemment car lui seul sait où il a enterré Quémeneur.

Et il est sûr que personne ne pensera à ce lieu.

Loin de Morlaix.

Très loin de Morlaix.

Après l'affaire Landru, guillotiné le 25 février 1922, aucun citoyen français sensé n'enterrerait un cadavre dans son propre jardin !

Idem après le crime de La Grande-Palud où le lieu d'enfouissement du cadavre de Louis Cadiou a été trouvé pas loin de l'usine grâce à une pythie nancéenne.

Quelques temps après son retour de chez Léon Sacré dans le Tarn-et-Garonne (1951/1952 ???), Guillaume Seznec va habiter chez Petit Guillaume et Claudie Neyret à Estrez, du côté de Magny-en-Vexin dans le Val d'Oise..

Là, il parlera beaucoup à son fils.

Mais quand Petit Guillaume ose lui demander où peut être caché le cadavre de Quémeneur...

Guillaume Seznec s'énerve et retourne illico chez sa fille Jeanne à Paris 13ème.

.....................

Donc............

Résumons...........

C'est l'histoire toute simple d'un homme qui n'a pas voulu perdre les économies qu'il avait investies dans une affaire pas vraiment très nette.

Même si cet homme doit être blanchi de l'accusation de crime...

Devant la justice, Guillaume Seznec s'est quand même bien rendu coupable de :

- confection de faux,

- dissimulation de preuves,

- faux témoignages,

- recel de cadavre...

A défaut d'être condamné au bagne à perpétuité...

Il risquait quand même une très lourde peine.

Difficile de demander une révision du procès avec de tels motifs d'accusation.

Liliane Langellier

 

 

P.S. Dans la version soutenue par l'avocat Langlois...

C'est bien pire encore...

Car Marie-Jeanne, en assommant Pierre Quémeneur avec un chandelier, même en état de légitime défense, devient une meurtrière...

Alors à quoi sert tout ce remue-ménage que nous fait Langlois pour une éventuelle révision ?

#jedemande

 

P.S. 2 J'ai trouvé d'où vient la rumeur selon laquelle Petit Guillaume et Albert Seznec seraient allés creuser en 1936 dans les caves de l'ancien café Au Tambour, avenue de la Bourdonnais.

C'est d'abord dans le livre de Claude Bal "Seznec était innocent" (1955) en page 230 :

"M. Lohat se mit en rapport avec les trois enfants de Seznec, Jeanne, Albert et Guillaume, et des fouilles furent entreprises."

(ndlr Louis Lohat, c'est l'épicier du boulevard de Grenelle qui a trouvé un paquet enveloppé d'un papier bleu et une lettre le 17 juillet 1936 signée d'un certain Louis qui accusait Marthe du café du Tambour d'avoir occis Quémeneur).

Denis Seznec, lui, va plus loin, en page 369 (édition 2006) :

"Il (Lohat) se met ensuite en rapport avec un radiesthésiste, puis avec un second, en lui soumettant lettre et plan.Tous deux affirment que le corps est enterré dans la cave de l'établissement. Le propriétaire autorise des fouilles, et des terrassiers se mettent au travail. C'est un moment de grand espoir, car, malgré le recours à l'irrationnel, cette lettre, elle, est bien réelle. Albert et Guillaume Seznec fils viennent prêter main forte et creuser avec pelles et pioches."

Ah l'irrationnel dans l'affaire Seznec...

Lire :

Le paranormal dans l'affaire Seznec.

 

Bernez Rouz signale la piste du Tambour en page 160 de son ouvrage, mais ne parle pas de la présence de Petit Guillaume et d'Albert sur le lieu des fouilles.

Denis Langlois ne parle ni de Lohat ni de la piste du Tambour.

Denis Seznec aurait-il inventé la présence de Petit Guillaume et d'Albert sur le lieu des fouilles ?

Ce ne serait pas la première fois qu'il extrapole à partir de faits connus dans son ouvrage...

Affaire Seznec : Les incontournables mensonges de Guillaume Seznec
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