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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec : Les confidences de Jean-Yves Seznec à Liliane Langellier

Prenez garde : tous ne sont pas dignes de la confidence.
René Char / Rougeurs des matinaux

J'en avais déjà publié la moitié... 

Mais, là, j'ai fini de décrypter le reste (et c'est pas rien de le dire !).

Parce qu'en cette Pentecôte, la force de L'Esprit Saint m'a aidée, n'est-ce pas, cher Alain...

Et puis dans ces 64 pages, tout n'est pas important.

Mais cela permet de voir en quelle bonne entente je suis avec les petits-fils.

Qui ont une totale confiance en moi.

Il y a environ 2 heures 30 de communication sur les 5 heures 30 de ce lundi-là.

Puisque Gabriel m'a téléphoné après son frère.

Et nous nous sommes reparlés maintes fois depuis.

Jean-Yves Seznec est un professeur à la retraite.

Il est très pédago, comme vous pourrez le lire, d'ailleurs... 

Il est aussi maire de son petit village.

JEAN YVES SEZNEC 26 MARS 2018

Jean-Yves Seznec : Moi j’ai su en 78 par un élève de ma classe, moi je savais qu’on avait un truc caché, je ne savais pas quoi…

Et puis finalement j’ai acheté ce journal. J’ai lu la trame.

Ça m’a retourné, évidemment et puis j’ai compris pourquoi on vivait de cette façon-là.

Dans notre jeunesse, c’était strict.

Liliane Langellier : Il était strict Guillaume ?

Ah oui oui très strict.

C’est pour ça qu’on n’avait pas de lien avec sa sœur qui baignait dans l’affaire.

Dans ma vie, j’ai dû la voir 4 fois.

Elle est venue une ou deux fois à Courmelles.

Quand elle est venue et qu’elle est partie, je voyais que mon père n’était pas content et qu’il discutait avec ma mère.

Je l’ai revu une deuxième fois à 17 ans.

Récit du retour des vacances en Angleterre où Jean-Yves a été hébergé une nuit par sa tante Jeanne.

« Elle aidait alors qu’elle n’avait rien elle-même »

Ce jour-là elle m’a fait comprendre qu’il y avait un truc qui se tramait autour du grand-père.

Elle m’avait paru pas très équilibrée.

Je l’ai revu à l’enterrement de mon père.

Et je me suis aperçue que chaque fois qu’elle ouvrait la bouche elle parlait de ça.

Elle me disait, tu vas voir, il va être innocenté, après tu seras riche…

Pour moi elle n’était pas équilibrée…

Mon père disait « Jeanne, à cette époque-là, elle n’était pas à la maison. Elle ne connait rien de ce qui s’est passé. Elle a toujours voulu remuer l’histoire avec Le Her.  Le Her c’était un bandit… C’est pour ça que quand j’ai lu, quelque part dans votre écrit… Oui Le Her il a peut-être été acheté ou pas…

Ils l’ont acheté pour un témoignage ou pas.

Ou il est venu tout seul pour s’incruster.

Et donc elle a pas épousé Le Her pour garder à l’œil un témoin (vous dites comme ça)

Moi je pense que concrètement c’est pas juste.

Elle savait rien. Elle n’avait aucun ordre de qui que ce soit.

Et je pense que malgré elle, elle était victime parce que Le Her ayant de la bouteille, forcément il a eu la petite jeunette, elle lui plaisait certainement, et puis c’était lié à l’affaire…

Il a vu l’intérêt au début peut être de la femme…

Pour moi et pour mon père, c’est un escroc.

Ses différentes escroqueries, mon père en connaissait quelques-unes, il me les avait racontées…

Je pense que Le Her étant mariée à Jeanne, dans le couple, Le Her devait mener la barque, à mon avis. Pour, avec l’affaire, pouvoir glaner quelques sous à droite à gauche. C’était un escroc.

Mon père était conscient de tout ça et moi, je pense ça aussi.

Et Jeanne elle devait certainement, puisqu’elle s’est mariée avec, être amoureuse. Elle a eu des enfants. Après il y a la vie de couple, il y a les habitudes de couple qui se font, elle aussi elle a voulu glaner de l’argent.

En même temps que elle elle avait une sorte d’ambiguité, elle voulait que son père soit réhabilité.

Et puis, quand Le Her n’était plus de ce monde…

La pauvre femme, le seul  homme correct qu’elle ait connu, c’était son père.

Et puis après, quelque part, d’une façon obsessionnelle, elle s’acharnait à continuer, ce qui déplaisait à mon père, forcément, elle s’acharnait à faire en sorte que l’affaire soit remise au goût du jour.

Dans le même temps, en plus du traumatisme pour ses enfants d’avoir perdu leur père, ils ont eu le traumatisme de l’histoire du grand père. Qui, tous les jours, revenait sur la table.

C’est pas étonnant que Denis soit comme ça !

Oui, il a des circonstances atténuantes, alors que nous, même si d’après le comportement de mon père, le traumatisme, il était différent, finalement on l’a mieux vécu même si finalement ça nous touche au plus profond de nos tripes.

Donc on n’a pas le même vécu.

Dans vos écrits, vous voyez, nous, on a été mis à l’abri, mais Jeanne, pour moi, elle a été victime de Le Her, c’est une victime de la vie.

Je m’étais dit qu’en l’épousant, au moins le seul témoin qui pouvait innocenter son père, elle l’avait sous la main…

Ah je pense pas quand même… Une personne jeune comme ça…

Moi je pense que c’était une victime….

(ndlr il veut me dire qu’il n’y avait pas d’acte délibéré chez Jeanne Seznec qui aurait épousé Le Her pour circonscrire le seul témoin, ce que j’avais laissé supposer dans mes écrits).

Pour moi, elle a eu un déséquilibre, qui a fait qu’elle a pas eu assez de recul… Par rapport à ses enfants..

Oui, oui, vu par mes yeux à moi.

Et après…

Mon père avait un désaccord sur la façon…

Sur la médiatisation ?

D’autant que lui, il était présent.

C’est pour ça, prenez du recul, par rapport…

C’est ce que m’avait dit Gabriel ! Vous me faites peur tous les deux !

En fait, bon. Moi, il m’a parlé, il m’a parlé..

En fait Langlois, il a pas inventé, vous savez, Bernard non plus, mais mon père…

Mon père, il a dit à Bernard que ce qu’il avait envie de dire à Bernard.

Pourquoi ?

Parce que en 1979, à l’époque de Bellemare, mais par contre c’est en 1978 que les journaux ont remis ça au goût du jour mon père ça a du fortement lui déplaire…

Langlois était à l’époque l’avocat de l’affaire, on est bien d’accord…

Oui…

Pour lui, il s’est dit voilà Denis, il recommence, donc c’était une façon, en disant certaines choses à Bernard de…

Qu’il soit freiné dans son truc ?

Voilà.

Pour être clair, il a dit certaines choses à Bernard. Bernard les a entendues. Mais je sais qu’il a dit le strict minimum à Bernard pour que Bernard le répète à Denis de façon à ce qu’il cesse ce qu’il était en train de faire.

Ça veut pas dire que c’est faux, Hein…

Suffisamment mais partiellement.

Vous voulez dire qu’il aurait vécu ça Guillaume ?

Il a vécu quelque chose de terrible !

C’est pour ça qu’il ne faut pas être dans l’erreur non plus. Il faut accepter certaines choses – intellectuellement parlant – sachant que ces gens là n’étaient pas des mauvaises gens et mon grand père il a du après..

Et puis même dans la conversation avant qu’il me raconte, pensant que je savais ou qu’on aurait pu savoir, il disait souvent : Ah bah ce qui s’est passé avec le grand père il y a eu un accident…

Et moi, je ne comprenais pas de quoi il parlait. Accident, tout ça, moi je pensais accident de voiture.

Vous faites bien de me le dire parce que moi j’ai dit c’est pas possible, Petit Guillaume il a pas dit ça !

C’est pour ça faut pas être…

Il m’avait dit Gabriel, faites attention prenez des distances.

Il m’avait dit : mon père savait que Bernard Le Her l’enregistrait mais il s’est laissé faire parce que ça l’arrangeait…

Exactement.

Mon père m’a dit que la première fois qu’il a voulu l’enregistrer, il a supprimé la bande. Et que Bernard, il est revenu une deuxième fois accompagné d’une personne mais qu’on ne connait pas.

A mon avis, c’est moi qui dis, hein, soit que la personne a pris des notes, ou soit que d’une façon secrète ils l’ont enregistrée.

Mais mon père n’était pas dupe de toutes façons et lui ce qu’il voulait c’est faire passer qu’une partie de l’information à Denis pour qu’il arrête ses conneries.

Parce que mon père ne voulait pas de la médiatisation ayant vécu, lui, certaines choses dans son enfance.

Ayant vécu réellement ces choses-là.

Moi je suis sûr qu’on peut se souvenir…

Vous voyez, moi je me souviens de mon enfance, par exemple…

Je devais avoir 4 ans et qu’une fois la fille de Le Her, Juliette, parce que mes parent ils ont construite leur maison de leurs mains.

Oui, ça, votre mère me l’avait dit.

Ma mère elle était mère au foyer. Mon père, il travaillait dur : 12/14 heures…

J’étais tout petit, on habitait Mercin, donc une commune à côté de Courmelles , à côté de Soissons, donc ils ont construit à Courmelles, à une dizaine de kilomètres…

Et je me souviens, j’étais tout petit mais c’est incroyable les souvenirs…

Ils avaient fait les fondations et il y avait les quatre petits murs autour avant la dalle Là il y a une femme qui est venue, sur le chantier, nous, on était là, les enfants, il devait faire beau…

Une femme qu’on ne connaissait pas.

Ma mère et mon père étaient là et j’ai senti qu’il y avait un malaise…

Cette femme-là est restée et puis après j’ai senti que mon père et ma mère il y avait un malaise…

Vous voyez qu’à 4 ans on se souvient…

Ils se demandaient comment ils avaient su l’endroit où on construisait la maison.

C’est ma sœur, a dit mon père, qui lui a dit l’endroit où on construisait la maison..

Je crois que ma mère n’avait jamais rencontré Juliette, c’était la seule fois…    

Ça a créé un malaise quoi. On sentait l’entente entre mon père et ma mère.Mais là il y avait un malaise et ce jour là, ils ont fait une photo.

Alors qui l’a fait j’en sais rien, cette photo elle doit être dans les affaires de ma mère, il faudrait que je cherche…

Ou alors est-ce que c’est elle qui a fait une photo de mon père avec les fondations et les machins…

Je crois même que je suis sur la photo, et je l’ai vu après coup cette photo…

Il faut que je la recherche…

Et donc, vous voyez, on peut se souvenir à 4 ans, comme moi, de ce moment-là !

Je me souviens de trucs comme ça…

Je me souviens qu’Albert, il est mort en 65 et quand il venait à la maison… Avant 65, j’avais 9 ans…

Comme quoi on peut se souvenir.

Mon père, il avait 12 ans à peu près quand ça c’est passé.

Oui, il avait eu 12 ans en mars, le 1er mars…

Quand il me l’a raconté, il m’a dit qu’il avait « environ », j’ai pas fait le calcul…

Langlois il a écrit qu’il avait 11 ans..

Peut être qu’il lui avait dit ça à l’époque…

Oui mais quand on publie, on vérifie…

C’est pour ça que Gabriel a eu raison de vous dire…

Oui, il m’a dit…

Surtout Madame Langellier, prenez vos distances, je ne peux pas vous dire pourquoi… Il y a des choses vraies et des choses fausses, mais attention…

Il y a des choses vraies et des choses fausses : exactement.

Vous pensez que Guillaume, il a vraiment vu quelque chose entre sa grand-mère et Quémeneur ?

Qu’est-ce que vous appelez « vu quelque chose « ?

Est-ce que c’est vrai le récit où il regarde par la fenêtre et il voit sa grand-mère qui se dispute avec Quémeneur…

Pour moi, c’est vrai.

Ouaouh !

Maintenant attention, c’est pas parce que quelqu’un dit quelque chose… Voilà…

Comme vous dites ça peut être vrai ou faux, mais…

Pour moi, c’est vrai !

Je l’ai senti comme ça.

Quand même..

Après …

Ça ne s’est peut être pas passé dans les conditions où c’est raconté…

Après l’histoire du chandelier, c’est une connerie…

Oui, ça je sais, c’est la connerie du brocanteur.

Oui, c’est sûr…

Je ne vais pas vous dire là ce que éventuellement je pense savoir…

Mais le gros problème dans cette affaire-là, c’est le début de l’enquête…

Ça veut pas dire que les gens qui ont été chargés de faire l’enquête étaient des nuls…

Au début, vous savez bien, je l’avais écrit moi, le commissaire Vidal, il s’est polarisé sur Houdan !

Il s’est polarisé surtout sur certaines dates.

Dans la nuit du vendredi 25 Mai au samedi 26 Mai… Ma mère est morte un 25 Mai, je ne vous raconte pas, j’étais déjà dans l’affaire Seznec…

Il y a des signes du Bon Dieu quand même…

Donc vous êtes en train de me dire, vendredi 25, samedi 26 et dimanche 27…

Ces dates-là ont été fournies par mon grand père !

Donc, tout le monde s’est polarisé à chercher des choses…

Et les témoins se sont fiés à ces dates-là pour resituer dans l’espace-temps leurs témoignages.

Mais oui, parce qu’on essaye tous, on s’est polarisé sur le voyage…

Oui, mais le voyage, le voyage, le voyage, la date du voyage a été fixée par mon grand-père.

Les enquêteurs, c’est eux qui ont bafouillé après, ils se sont acharnés sur cette date-là qui était considérée comme réelle.

Jamais personne a pensé…

Tous les témoins, par exemple, même les banquiers, les machins qui ont dit « J’ai vu Quémeneur trois ou quatre fois.. » en fonction de ce que j’ai lu, hein !

Je ne me suis pas polarisé sur les lectures, ça ne m’a pas comme ça quelque part parasité !

Là je commence à lire, la preuve je commence à vous lire…

Je n’ai pas été pollué par tout ce qui a été écrit.

Oui, il y a une forme de pureté…

Je n’ai pas été parasité parce qu’après quand vous êtes parasité, vous avez lu un truc, vous ne savez plus si vous l’avez lu ou si c’est une réalité, vous voyez…

Mais vous savez quand c’est arrivé, j’ai été la première à faire l’interview de Langlois, avant qu’il ne sorte son bouquin…

Et, moi, j’avais une image de Langlois, à l’époque, comme l’avocat qui se battait. Il fait partie de la Ligue des Droits de L’Homme…Comme moi d’ailleurs, LDH…

Et pour moi, c’était l’avocat de la LDH avec tout ce que ça comporte…

Donc il ne pouvait pas mentir…

Mais je pense qu’il est sincère dans ce qu’il fait, il y croit…

Mais on peut être sincère, y croire, et être à côté !

Oui, mais en même temps on ne peut pas ne pas penser qu’il règle un compte avec Denis Seznec…

C’est pas une histoire de penser, ça se voit, c’est flagrant…

C’est ce qui me gêne, moi…        

Moi aussi c’est ce qui me gêne…

Une fois de plus, l’affaire elle est ailleurs parce que maintenant on en est dans le combat des deux Denis.

Plus personne ne se soucie de savoir ce qui s’est passé ou non.

Exactement, c’est pour ça qu’en fait ça commence à me titiller et que je dis voilà, je vous dis : le point de départ des enquêteurs a été faussé.

Et tous les témoins après, vous vous rendez compte quand on vous demande l’enquête que vous avez fait il y a un mois, le 24 Machin, etc…

in Pascal Bresson

Et puis on dit « Ah oui je me souviens, j’ai vu Monsieur Untel et je l’ai vu deux jours avant qu’il fasse ça ! »

Et si on vous dit : il  fait ça telle date, il a fait ça le 25 Mai, vous dites, je l’ai vu deux jours avant, donc ce que je suis en train de vous dire ça s’est passé le 22 !

Et puis vous écrivez ça, et puis c’est entériné, et puis longtemps après, on se fie toujours à ces dates-là...

Je rigole, parce que je repense à ce qui s’est passé ici en Eure-et-Loir, les anciens disaient « Si c’est écrit dans le journal, c’est que c’est vrai ! »

Mais même pour un enquêteur, après c’est figé dans le marbre…

Après il le dira pas…

Vous en dérogez pas de ces dates-là…

Et si ça correspond pas à la réalité au départ que ça avait été des faits réels qui ne se sont pas passés à ces dates-là !

Moi je pense que c’est trouble entre le moment où Guillaume a quitté Dreux, en gros, je parle du retour, là !

Quand il a quitté Hodey, après on n’a plus du tout de témoignages… Il quitte Hodey, je crois que c’est vers 16 h 30…

Ah ça vous en savez plus que moi…

Et après, personne ne le voit, d’accord ?

Mais si je vous dis que justement il y a un problème de dates !

Bah oui, j’ai bien compris…

S’il y a un problème de date et que la date a été fixée par mon grand père…

Volontairement ?

Oui volontairement.

Il était malin quand même…

Tout le monde a cherché autour de cette date-là parce que…

Oui je comprends.

J’ai mis hier La Dépêche de Brest, le tout premier article, parce que c’est important les premières fois…

Le grand père il avait déjà eu le temps d’élaborer son scénario.

Bah, si ça c’est pas passé à cette date-là…

Et puis regardez bien, quand vous parlez du beau temps, ce jour-là, il faisait mauvais.

Il faisait peut-être beau justement, parce que c’est pas le même jour.

Et puis quand les témoins disent – schématiquement parce que moi, j’ai pas dans la tête tout ce que vous connaissez, hein ?

Par contre j’ai d’autres choses que vous ne connaissez pas forcément.

J’ai pas besoin de précisions pour moi dans ma tête parce que j’ai une donnée, une donnée qui est différente.

Quand certains témoins ont dit « ah bah ce jour-là il gelait » et que d’autres ont dit « ah bah non il gelait pas… »

Ah ça c’est le coup des tomates à Houdan !

Voilà. Et bien, dites-vous bien, regardez bien parce que du coup j’ai relu l’histoire, regardez, c’est pas les mêmes dates.

Dans la réalité.

Mais je sais… Alors là Houdan…

Ça correspond pas aux mêmes jours.

Il ya en effet quelque chose qui s’est passé à cette date-là.

Vous n’êtes pas en train de me dire qu’il est rentré beaucoup plus tard de Paris ?

Heu, je ne sais pas de quoi vous parlez…

Mais si, vous me dites que ça correspond pas les dates…

Non.

Donc ça signifierait que Seznec il est rentré plus tard de Paris ?

Non, je suis en train de vous dire en gros, quand on parle du voyage à telle date, ce voyage-là n’a peut être pas été fait à telle date mais que la date a été donnée par mon grand père et que tout le monde a suivi parce que, en fait, d’après ce que j’ai compris : la disparition de Quémeneur n’a jamais arrangé le grand père.

C’est ce qu’il m’avait dit votre frère, il m’avait dit :je vois pas comment ça aurait pu arranger…

Non. Ça a été un drame !

Pour eux. Pour plein de choses, et moi je pense que c’est vrai...

Parce que en fait, dans notre vécu, quand mon père était vivant, qu’on était petit mais qu’on ne connaissait pas l’histoire de la famille en fait, mais lui il racontait la vie de son père, qu’il avait eu une blanchisserie, qu’il avait travaillé, qu’ils étaient payé avec des pièces, tout ça…

Il a vu l’existence de tout ça !

Donc il nous le racontait.

Il a vu les pièces d’or ?

Oui, je ne me souviens plus bien, c’était dans une pièce, dans une petite boite, tout ça, lui, il l’a vu en tant qu’enfant…

Donc ça a existé…

Oui, ça a existé. C’était une réalité. Ils ne pouvaient rien en faire, c’était stocké là, c’était une réalité.

Donc, en gros, il aurait donné les pièces d’or à Quémeneur ?

Bah oui, avec la disparition de Quémeneur ils ont perdu leurs économies. Leur pécule. Ils ont perdu plein de trucs, parce qu’en fait ils devaient acheter cette propriété et ce qui intéressait mon grand père, c’était pas la propriété, c’était les bois qu’il y avait autour..

Oui, ça je sais…

Donc, c’était vraiment… ça se comprend…

Donc ça les arrangeait pas du tout… Et le fait qu’il soit mort ne les arrangeait pas du tout non plus.

Il y avait peut-être l’éventualité que le fait qu’il soit disparu les arrangeait, ça je n’en sais rien. Faudrait voir juridiquement les choses, moi j’y connais rien.

J’ai eu plusieurs contacts et je pense que la promesse de vente devient caduque du fait que l’une des deux parties a disparu.

Une des deux parties, oui, mais après il y a les descendants…

Ah oui…

Il faut voir plus loin. Juridiquement.

Tout à fait, il y avait 7 descendants de Quémeneur quand même encore quand il y a eu le partage des biens en 1925.

Oui, bien sûr mais moi je sais pas juridiquement. Bien sûr qu’il a été dit qu’une fois que la personne a disparu…

Alors est-ce que les Seznec, oui mon grand-père, le savaient ou pas, ça j’en sais rien. Mais en tout cas c’était pas leur intérêt qu’il soit mort.

Moi je suis dans la version d’un accident.

Parce qu’il n’y a aucune raison que mon père m’ait menti quelque part.

Et surtout, le moment où il me l’a dit.

Alors bien sûr si c’est un accident, il y a un délit, ils ont fait disparaître la personne.

Parce que mon père m’a dit ça. Il m’a dit : tu sais cette affaire est une affaire toute simple, si ça se passait aujourd’hui, il y aurait pas d’affaire…

Oui…

Déjà aujourd’hui, la façon dont travaillent les enquêteurs n’est plus du tout la même. Nous, on n’a pas connu 1923 mais j’imagine que…

Ils n’avaient pas les mêmes moyens…

Mais attention il n’y avait pas les mêmes mentalités… Les mêmes comportements…

Il n’y avait pas les profilers, et tout ça…

C’était pas encadré comme maintenant. Les gens ont quelque part de la chance, on a des gens formés, qui sont normalement, majoritairement, qui sont comment dire, qui ont du recul. Tout ça… Vous voyez, c’est pas pareil !

Il n’y avait pas autant de moyens d’information, que maintenant le président de la République, il met ses communiqués sur Twitter, quand même ! Le pouvoir utilise aussi les réseaux sociaux et on ne peut pas leur reprocher.

Moi, mon père m’a dit, ça serait maintenant il ne se passerait rien du tout… Voilà. Les choses seraient démontrées.

Par contre, pour en revenir aux histoires de chandeliers de tout ça, il n’y a jamais eu de…

Quand on dit « accident », c’est vraiment un accident.

Elle s’est défendue ? Il est tombé ?

Elle s’est … Je ne peux pas tout vous dire parce que …

Il y a eu tellement de conneries dites, que ça me fend l’âme moi quand même.

C’était un accident.

Et le grand père est rentré tard dans la journée.

Mon père m’a dit sincèrement les choses…

Mon grand père schématiquement il a pleuré quand il a vu ça…

Mais il le dit l’avocat, il l’écrit l’avocat…

Ah bon.

Mon grand père a pleuré. Mon père il a vu ses parents affolés.

Ils savaient pas quoi faire.

Après j’imagine qu’ils ont gambergé. Bah merde, on doit lui acheter son truc…

Alors après ce qui s’est passé, on n’était pas là !

Mais Angèle, elle était là.

Oui, elle était là la bonne au grand cœur…

Elle était présente et comment dire, ce qu’a dit mon père à Denis…

Ils ont juré de ne jamais rien dire. Attention ils étaient bigots à mille pour cent.

Oui, je sais.

Juré, ça représentait quelque chose. Pour tout le monde.

Oui, je sais, j’ai fait tout un truc sur l’éducation catholique de Guillaume Seznec…

Et le drame de sa vie, le drame de la vie de mon père, c’est le fait d’avoir juré !

Pour lui, il n’a jamais pu dire, donc il n’a jamais pu sauver son père.

Il n’a pas pu sauver son père.

 Par contre son père a accepté… Il a payé largement, et là c’est moi qui parle, à mon avis si ça s’est passé comme ça, il a payé un délit mais à mille pour cent de ce qu’il aurait du payer.

Oui, parce que si c’est uniquement pour avoir caché un cadavre…  C’est pas le bagne !

Comme maintenant vous voyez qu’il y a des gens qui tuent pour rien du tout…

Peu importe parce que moi je suis pour que celui qui fait quelque chose soit puni.

Chacun son truc, vous faites une connerie, vous êtes puni, à la hauteur de la connerie que vous avez faite mais pas…

Voilà, c’est comme ça, c’est une histoire en gros d’amour…

C’est ce qu’il m’a dit aussi.

C’est une très belle histoire d’amour…

Il m’a dit c’est des gens qui s’aimaient fortement…

Bon en gros c’est une histoire d’amour…

C’est une très belle histoire d’amour…

Et c’est pour ça qu’il faut prendre du recul, on ne saura jamais tout.

J’en sais un peu plus dans le sens où je sais que c’est le début de l’enquête et les dates que tout le monde s’acharne à garder…

C’est pas les bonnes dates…

Ce sont pas les bonnes dates.

Mais moi j’ai pas le courage de faire des recherches et de pouvoir prouver certaines choses mais…

Regardez les dates.

Regardez la météo.

Regardez les dires…

Par exemple j’ai lu, mais c’est peut-être vous qui l’avez écrit, j’ai lu ah bah oui ce jour-là Guillaume dit qu’il y avait plein de soleil mais en fait le temps était gris.

Oui, c’est un garçon qui m’a fait ce travail, c’est Thierry Lefebre.

Certainement.

Bah oui, c’est pas le même jour.

Et dans les témoignages des gens au niveau de la gare, quand il y en a un qui dit, bah ce jour là…

C’est la gare de Houdan…

Il dit : j’ai mis des trucs sur mes tomates et puis l’autre …

Bah oui c’est pas le même jour !

Et quand vous réfléchissez, vous pouvez passer à un endroit à une semaine d’écart deux fois…

Vous voyez ce que je veux dire…

Ah mais ça je l’avais repéré. Je l’avais repéré, à un moment il y a une semaine d’écart.

Il y a une semaine d’écart.

Il y a une semaine les gens sont passés là et une autre semaine la même voiture est passée là.

Volontairement.

Il l’a fait volontairement ?

Parce que quand il se passe quelque chose dans votre vie et que vous voulez cacher quelque chose, vous cherchez quelque part un alibi…

Je suis conscient qu’en disant ça, je dis voilà il s’est passé quelque chose, j’en suis conscient…

Il s’est passé quelque chose et que la personne a voulu s’en défaire en venant au mieux…

Au mieux…

Bien sûr juridiquement…

Mais ça se comprend quelque part, nous on vit pas mais à cette époque-là…

Ça serait maintenant on procéderait… C’est sûr qu’on fait beaucoup plus, il y a tellement de techniques…

Allez, il se passe quelque chose chez vous, vous appelez les gendarmes…

Ça serait immédiat.

Ça serait immédiat, et moi j’imagine bien qu’à cette époque là ça se passait pas comme ça et puis il y avait leur histoire certainement d’achat, ils se sont dits non seulement – c’est moi qui dis ça, hein - on lui a donné tout, on n’a plus rien, on n’a plus de liquidités, plus rien du tout…

Et puis merde comment on va faire pour s’en sortir…

Ça il me l’avait dit Gabriel, il continue à me dire : « Il y a pas de cadavre ! » Voilà.

Il y a pas de cadavre…

Ah oui à Morlaix.

Ben oui il y a pas de cadavre.

Je dis la même chose.

La chaudière ?

Non plus.

Donc vous savez pour faire disparaître quelqu’un complètement, vous n’y arrivez pas..

Même en Inde  quand ils mettent 5 mètres cubes de bois…

Exact, exact…

Mais vous vous rendez compte le temps qu’il faut…

Même avec les techniques actuelles, les fameux fours… Ma mère elle va se faire incinérer… L’énergie qu’il faut pour réduire en cendres quelqu’un.

Avec les techniques des fours hyper sophistiqués qu’on a là maintenant…

A l’époque le malheureux four il n’avait pas ces pouvoirs ces capacités-là !

C’est pour ça je dis tout ça c’est des gens qui se montent le cabochon…

C’est très joli, ça, l’affaire Seznec c’est quoi, c’est des gens qui se montent le cabochon…

C’est mon parler à moi…

Enfin voilà, vous avez à la fois mon point de vue et…

Après tout ça c’est à prendre c’est sûr avec des pincettes.

Bon, moi, la vérité, entre votre frère et vous, j’arriverai peut être à la cerner… Peut-être…

Mais ce qui me gêne, c’est que les deux autres-là, les deux Denis…

Moi, j’ai rien à tirer de cette affaire. Que des emmerdes pour l’instant, hein. Moi j’ai rien, si vous voulez, ni sur le plan argent, ni sur le plan personnel, moi j’ai eu ma carrière, maintenant je suis une retraitée, on va pas non plus, mais c’est vrai qu’ici je me rends compte pour eux, je suis la petite journaliste Seznec…

Quand l’affaire a recommencé, moi, ils m’ont appelée, ils m’ont dit : « T’en penses quoi ? » Il faut que j’en pense quelque chose…

Moi j’étais contre les fouilles parce que je savais, j’ai 225 mails de l’avocat, et je savais qu’il doutait, parce qu’il me l’a dit. Et j’ai les preuves qu’il me l’a dit..

Bah oui..

Mais c’est pour ça qu’il est si méchant avec moi Bertrand Vilain…

Il ne pouvait qu’en douter parce que de toutes façons comme il avait une partie du récit…

 

in Pascal Bresson

Oui, il avait un récit…

Un récit de mon père, voilà !

Mon père il a dit dans la retranscription que Langlois m’a envoyé par contre et que vous avez sûrement…

Oui, les 20 pages, là, les 20 pages…

Mon père, à un moment donné, il dit un truc du genre : ah bah une fois moi je me souviens qu’il y a eu des travaux dans le fameux cellier, là…

Oui, il l’a dit ça…

Mais si après on réfléchit bien…

Il y a certainement eu des travaux dans ce cellier-là, mais…

Mon père il était pensionnaire…

Mais bien sûr… Je l’avais écrit, moi…

Il ne rentrait que le week-end et pendant les grandes vacances.

Je me dis : ça c’est une déduction d’adulte, vous vous dites après, ça je me souviens il y a eu des travaux et après quand vous regardez…

Vous êtes là à un moment donné, il se passe quelque chose.

Votre père vous envoie à l’école tout de suite après.

Il rentrait, de toutes façons, j’avais calculé, il rentrait à 7 heures du soir au collège…

Ah peut-être…

Donc, vous retournez au collège.

Il devait pas être bien parce que ça il l’a vraiment vu ça…

Vous retournez au collège, si il y a des travaux dans la guitoune vous pouvez pas le savoir.

Si vous avez vu des travaux c’est qu’ils se sont passés avant en fait, parce qu’après, ça, mon père, il est resté il est revenu que de temps en temps chez lui le week-end certainement vous voyez…

Oui , oui, je l’ai dit, parce qu’à un moment c’est écrit je ne sais plus où quand est-ce qu’il revenait…

Pendant un an et demi…

Il dit que pendant un an et demi, c'est-à-dire l’affaire, lui, il était pensionnaire, c’est ce qu’il dit..

Oui, oui…

Il était pensionnaire donc il a du rentrer très peu et j’imagine que des gens qui auraient fait des travaux pour cacher quelqu’un, ils auraient pas attendu que leur fils revienne du machin…Ils l’auraient pas fait chez eux, ils l’auraient pas fait chez eux…

Quand tu veux cacher quelqu’un.

C’est exactement ça…

Donc , il s’est passé quelque chose, vous ne gardez pas la personne chez vous, vous n'avez pas envie qu’il soit trouvé, vous le mettez ailleurs.

Voilà.

Et une fois que vous avez fait tout ça, ben…

Après, c’est ce que j’ai écrit, hein, après il était obligé de mentir.

Après il est obligé de mentir et surtout sur la date.

Moi je l’aime bien Guillaume, ça vous parait peut-être étrange, mais…

Moi aussi parce que – même si je ne l’ai pas connu – je sais que fondamentalement c’était pas des gens méchants.

Dans le sens où il n’y avait pas de préméditation.

Ils étaient très catholiques.

Vous voyez, moi ça ne me pose pas de problème intellectuel dans le sens où ce n’est pas comme si quelqu’un avait eu la volonté préméditée…

Il n’y a pas de préméditation.

La volonté et tout ça….

Là, ils ont été confrontés à un fait et après ils ont eu le problème de l’argent et c’est ça qui les amis dedans. Puisqu’en fait…

Ça, il me l’avait dit, Gabriel…

Y’a le côté peut-être, comment dire, sous. Alors moi ce que je ne peux pas savoir…

Combien il y avait de dollars or, on ne saura jamais…

Il y avait une caisse. Une petite caissette d’après mon père…. Mais bon, il me l’a montré comme ça avec ses mains.

Donc je ne sais pas j’évaluerai ça…

On ne sait pas les dimensions…

Oui, oui, il y avait des dollars or.

Ils s’amusaient avec les dollars.

C’est des pièces, hein, donc ils les manipulaient les enfants surtout qu’ils les sortaient et les remettaient dedans. Non non, il les a eus concrètement.

Ils étaient dans la merde en clair…

Ils étaient dans la merde…

Du fait qu’il soit disparu.

Et à mon avis, ils ont voulu résoudre ce problème là comme ça… Enfin résoudre…

Ça a du être horrible pour ces gens parce qu’ils étaient extrêmement catholiques.

Oui, et c’est pour ça que je pense qu’ils ont absolument respecté la sépulture…

Vous pensez qu’ils l’ont enterré chrétiennement ?

Je pense vraiment que comme c’était des gens très très pratiquants, très très croyants, et tout ce qu’on veut, vraiment ils ont respecté la personne.

En tant que personne…

En tant que…

Je pense qu’ils l’ont respecté…

C’est pour ça que le fait de dire, on l’a désossé, on l’a foutu dans un four, ou je sais pas quoi, moi je vois pas du tout ça comme ça, c’est que je pense qu’ils ont respecté…

Vous vous retrouvez avec quelqu’un qui est mort, j’imagine et vous êtes très croyants, vous respectez la personne…

Alors…

A mon avis, ils l’ont respecté en tant que personne.

Après ils ont résolu le problème d’argent.

Ils l’ont enterré donc dans la terre, on est d’accord ?

Je sais pas mais à mon avis ils ont respecté sa dépouille.

Je vais vous dire pourquoi je pense que vous avez raison, c’est que moi, la piste de Lormaye, à Lormaye donc ici, il y avait une histoire de cadavre dans une maison où habite un de mes amis. Et cet ami, Thibault de Boisfossé, il est extrêmement catholique, extrêmement pratiquant croyant et quand il a appris ça, qu’est-ce qu’il m’a dit immédiatement : « Liliane, je veux qu’on creuse parce que je veux qu’on donne à cette personne une sépulture décente. »

Voilà…

Et il est extrêmement catholique, hein Thibault !

Donc c’est pour ça que j’y crois..

Alors après on peut pas savoir mais ce qu’il y a de sûr c’est qu’il n’a pas pu le faire tout seul et qu’il a été aidé…

Angèle, elle était baraquée, hein ?

Elle était baraquée et elle pouvait l’aider…

Je ne pense pas que Madame Seznec, elle était assez frêle…

Mais Angèle c’était une force de la nature, la bonne !

J’ai vu une photo, ça veut rien dire…

Oui, oui, j’ai mis une photo…

A mon avis, il a été aidé, mais ils ont fait ça,…

Correctement…

Mais humainement, ils ont fait ça dans les règles de l’art.

Après on peut pas savoir où et ça on ne saura jamais.

Mais je pense que c’était pas des mauvaises gens…

Vous pensez qu’ils auraient pu emmener la dépouille en-dehors de Morlaix ?

Ah oui, je pense, parce que je sais – en fonction de ce qu’on nous a raconté – qu’ils sont partis longtemps.

Ah bon ?

Les Seznec ?

Ah pas les Seznec mais forcément il a fallu l’emmener et à mon avis ils ont pas mis ça tout près.

Donc, on ne le trouvera jamais.

On ne le trouvera jamais.

Ou alors vraiment des concours de circonstances et après il faut encore prouver que c’est bien la personne en question et tout ça, alors vous savez…

Ils sont partis ?

Donc le couple est parti ?

Non pas le couple, non.

Alors qui « Ils » ?

Je vous le dis il a forcément du se faire aider.

Donc, une tierce personne.

Un homme ?

C’est pour ça que…

Hé le chauffeur Samson ?

Comment ?

Le chauffeur qu’ils avaient, Samson…

Mon père m’a parlé du chauffeur mais le chauffeur n’a pas participé à ça.

Il a participé justement à la date du 25 qui n’était pas le bon voyage.

D’accord.

C’est pour ça que les gens, vous voyez, quand au départ, l’enquête a pris comme date une date qui n’est pas la bonne date.

Tout le monde a tourné autour d’une fausse date.

Qui était la date fixée par mon grand père.

Parce qu’il pensait certainement à un alibi,je sais pas moi…

Oui…

C’est un truc très simple qui s’est compliqué par…

Par les mensonges, je le dis, moi !

Comment ?

Par ses mensonges pour s’en sortir.

Pour que sa femme ne soit pas inculpée.

Exactement.

Pour éloigner tout ça de Morlaix.

Mais elle l’aurait tué comment alors ?

Bah il s’est tué tout seul…

C’est pas qu’il s’est tué tout seul mais il y a un dénivelé, une petite marche entre… Je ne sais plus si c’est la cuisine ou le séjour ou l’entrée ou le salon, je ne sais plus, moi…

Ce que m’a dit mon père c’est que : il y a un dénivelé…

Il a eu un geste déplacé.

Elle, elle aurait levé la main pour…

Oui, pour lui mettre une baffe.

Oui, lui, il aurait reculé – je dis « il aurait » parce que j’étais pas là, hein –

Oui, oui, on est bien d’accord.

Il aurait reculé et il serait tombé à la renverse, enfin par derrière, et alors là mon père il a pas su me dire si…

Parce que, lui, il a regardé, mais après coup…

Il a pas su me dire s’il s’était fracassé sur le gros retour du fauteuil en bois ou du canapé en bois qui était là.

Après que ses parents ont fait disparaître.

Il y a un lien quand même…

Les parents ont fait disparaître le fauteuil ?

Le fauteuil, oui, parce qu’il y avait quelque chose, je n’en sais rien.

Je ne sais pas s’il…

Parce que mon père, ça il peut pas le dire, parce que ça il l’a pas vu.

Il n’a pas vu l’action.

Et puis qu’Angèle, quand par contre, quand il a regardé, elle était elle aussi là sur le bas de la porte.

Ils étaient quatre, hein, liés par le secret…

Hein ?

Ils étaient quatre…

Y’avait donc Guillaume Seznec, sa femme Marie-Jeanne…

Lui il était pas là quand c’est arrivé…

Ah oui, exact…

Il est arrivé après.

Et puis c’est lui qui leur a demandé…

Il s’est passé du temps, après, ils ont du réfléchir à ce qu’ils allaient faire.

C’est là qu’il a pleuré.

Tout de suite quand il est arrivé.

Mais vous imaginez ce que ça représentait ?

Un drame.

Alors que quand tu penses aujourd’hui, avec #balance ton porc et tout le battage qu’il y a eu pour les femmes qui sont harcelées,

Aujourd’hui elle serait acquittée avec les applaudissements du public.

Tiens, je vais l’écrire ça !

Surtout qu’après ce que j’ai compris…

J’ai compris : soit elle l’a poussé, ou soit elle a esquissé une défense, et en tous les cas comme il y avait un dénivelé d’une marche (alors là à vérifier parce que moi je ne connais pas l’endroit)

En fait en tombant, il s’est tué, quoi !

Alors là mon père m’a dit : je ne sais pas, en Bretagne ils avaient des fauteuils gros – moi je ne connais pas le mobilier breton…

Ah bah c’est des gros meubles, hein, avec du bois tourné…

Oui, des gros accoudoirs en bois…

Surtout que votre père, il était ébéniste entre autres.

Donc il sait pas s’il s’est cogné en tombant à la renverse sur l’accoudoir de ce machin-là ou si c’est directement par terre…

Alors ça il n’a pas su me dire.

Il m’a dit : après coup le fauteuil ou le canapé, je sais pas comment ça s’appelle, ils s’en étaient séparés.

Donc voilà.

in Pascal Bresson

Moi, cette hypothèse je l’avais donnée quand même…

Oui ,

Pas si complète, j’avais pas parlé du fauteuil et tout ça mais moi je pensais qu’il était possible qu’elle se soit défendue, parce qu’en tant que femme quelque part… Bon, je ne suis pas une féministe endiablée, mais il y a une solidarité des femmes.

Oui, et puis vous savez là maintenant…

Oui, moi aussi, j’étais une jolie femme et j’ai été emmerdée…

Oui je suis d’accord mais là maintenant pour qu’une femme se rebelle, il faut que le mec il mette le paquet…

Alors qu’à l’époque, il fallait peut-être pas grand-chose pour que la femme…

On est  d’accord.

Vous voyez ce que je veux dire…

Bigots. Très à cheval sûrement sur les principes,

Tout à fait…

Peut-être que le gars , il a pas fait grand-chose, vous savez…

Mais ça a suffi pour esquisser un mouvement soit de défense disproportionné – moi, j’imagine ça, vous voyez…

Que peut-être lui-même, faut pas trop l’entasser dans le sens certainement, comment dire, un geste déplacé à l’époque mais qui aujourd’hui ne compterait pas pour une fille mais qui à l’époque avait son importance…

Bien sûr, et catholique, hein…

Voilà. Moi j’imagine ça soit qu’elle a eu une réaction vraiment disproportionné aux yeux, à nos yeux aujourd’hui, ou soit qu’en effet, elle l’a poussé ou je sais pas quoi…

Mais voilà… C’est le truc…

C’est le truc tout con…

Moi je me rappelle ce que m’a dit mon père, aujourd’hui, ça ça durerait une demie journée, les faits seraient constatés et il ne se passerait absolument rien.

Sauf que là, y avait un autre truc, eux, ils n’avaient pas intérêt à ce qu’il soit mort…

L’argent…

Ils avaient pas intérêt à ce qu’il soit mort.

Parce qu’il y a autre chose aussi qui reste, ce que m’a appris le voisin de la maison mitoyenne des Seznec, c’est que dans l’imagination bretonne et locale, il y a toujours l’argent, l’or…

Y a des gens qui viennent chercher l’or.

C’est ce que vous m’avez dit l’autre fois…

Mais j’y croyais pas, moi…

C’est terrible…

Moi cette affaire Seznec, elle m’a montré le pire et le meilleur…

Vous savez après, j’ai essayé de voir encore plus loin, c’est que forcément, ils se sont démunis de cet or-là, mais cet or-là, il est quelque part, quand même…

Et je pense que…

C’est gratuit ce que je dis, c’est absolument gratuit. C’est vraiment mes déductions à moi.

Que, à un moment donné, j’ai lu ça je sais plus où… Je ne sais plus qui avait relaté ces faits-là…

Que, à un moment donné, avant que la police n’aille fouiller le bureau de Quémeneur…

Oui …

Ou que les enquêteurs aillent fouiller le bureau de Quémeneur, la famille de Quémeneur elle a fouillé son bureau.

Ça, je sais…

Et imaginez, vous fouillez un bureau pour des raisons qui leur étaient personnelles, peu importe…

Et puis vous trouvez, vous trouvez, je sais pas moi, des pièces d’or…

Donc ça veut dire que Pouliquen, le notaire, il aurait piqué l’or.

Je pense ça et puis ça serait compréhensible…

Pour moi, je trouve ça logique, quelque part…

Ils fouillent un bureau,

Ils trouvent de l’or, le mec il le récupère…

Ils ont dû trouver peut-être du pognon…

Forcément vous ne fouillez pas un bureau gratuitement quand même…

Soit que vous voulez récupérer des papiers parce que vous savez plus ou moins, ils étaient peut-être en affaires, avec leur… Avec  des membres de leur famille et que peut-être aussi…

Mais Pouliquen, c’était un féroce, hein, le notaire !

Je sais pas… Et puis vous trouvez de l’or, alors vous allez pas le laisser…

Si vous êtres rentré pour fouiller…

Bah moi, je le prends, j’ai pas de soucis là-dessus…

Avant je l’aurais pas pris, mais maintenant oui…

Voilà. La logique veut que vous le prenez et vous n’y voyez pas vraiment un mal parce que vous vous dites « il a disparu »…

Bah bien sûr, c’est chez lui…

Il a disparu. Il est plus là. C’est chez lui. Ils ne savent pas encore les tenants et les aboutissants de ce qui s’est passé, mais par précaution, même par précaution ils se disent "Bah on prend ça, de toutes façons, ça va être fouillé."

C’est drôle parce que je ne vous avais pas parlé, mais hier matin j’étais dans la semaine où Guillaume est resté, donc, à Morlaix sans bouger, parce qu’après, le 2 juin, il est allé à Paris… Le 1er juin au soir, il a pris le train pour Paris, mais pendant cette semaine-là, il a dû élaborer son schéma de défense…

Mais il l’a élaboré avant puisque je vous dis, qu’après ce qu’on sait, la date n’est pas la bonne…

Donc, il l’a élaboré avant…

Peut-être pas sa défense, parce que sa défense quelque part elle était quand même nulle…

Moi, j’ai quand même eu des gens qui ont hurlé au complot maçonnique, au complot national de la police, au complot international…

Moi j’adhère pas du tout là-dessus…

Moi j’ai toujours dit ça peut être une affaire très simple.

C’est une affaire très simple…

C’est ce que m’avait dit Gabriel…

C’est une affaire très simple, c’est ce que m’a dit mon père, mais les gens s’en mêlant après, les différents types de personnes qui s’en sont mêlés ont trouvé des intérêts, tout ça…

Bien sûr..

Donc il y a un tas de choses qui n’a rien à voir avec l’affaire, qui s’est greffé dessus à d’autres fins, et puis voilà, alors ça a compliqué encore largement…

Mais, moi, je vois ça comme ça bêtement, mais c’est ce que j’ai compris…

Alors, moi je vais pas bouger parce que j’allais quand même mettre quelque chose, là, j’allais expliquer que ça pouvait quand même être juste, vu ce que Gabriel m’avait dit, je note tout, j’essaye de…

Je me disais…

Oui…

Et encore ça revenait..

"Faites attention, n’en dites pas trop, ne défendez pas trop le grand père…"

Quand même, Gabriel, hein !

On peut le défendre justement parce que c’est pas un criminel…

C’est une histoire d’amour…

Rappelez-vous, c’est ce qu’il a dit Denis Seznec…

Denis Seznec dans ses dernières paroles à la presse, il a dit : « Mais si mon grand père n’a pas tué et s’il s’est accusé pour protéger ma grand-mère, alors, là, je vous le dis c’est une très belle histoire d’amour »…

Sauf que là, il a répété…

Oui. C’est ce que je lui ai dit au téléphone, parce que moi, je lui ai dit qu’il fallait tenir compte quand même des dires de mon père…

Il a jamais voulu l’entendre…

Parce que, il voit la stratégie…

En même temps, il a raison…

Lui, il veut incriminer Pouliquen et son frère…

Quelque part il a raison, si on voit juridiquement parlant, lui, il dit et je pense qu’il pense ça, c’est que, en prenant une autre thèse, parce que lui il dit… Une réhabilitation éventuelle…

Donc, autrement, voilà, il peut pas..

Il prend la thèse de Traou Nez…

Ça peut pas aboutir, sauf que… Moi j’ai jamais dit ça avec lui, mais j’ai compris que quand il parlait, il se voile la face, d’une part, et en plus, stratégiquement, il a considéré que c’était pas une façon d’aboutir, vous voyez, il voit ça stratégiquement…

Tandis que moi, personnellement, à la limite qu’il soit réhabilité ou pas, c’est secondaire pour moi, moi, ce qui compte, c’est…

C’est la belle histoire d’amour du grand père…

C’est la vérité.

Et dans une vérité, il y a des choses qui sont pas belles, certainement, mais il y a aussi des choses qui sont belles…

Evidemment la dissimulation de cadavre, c’est pas beau…

Pour mon identité, notre identité est issue de tout ça et j’ai discuté de ça avec mes deux filles…

Ah oui ? Qu’est-ce qu’elles disent ?

Qu’est-ce qu’elles disent vos filles ?

J’ai surtout discuté avec la plus grande, et elle pense la même chose que moi, dans le sens…

Elles pensent que c’est une belle histoire quelque part…

Voilà et qu’il n’y a que la vérité qui compte.

Oui, qu’elle soit belle ou moins belle..

L’histoire, c’est comment vous allez agir ? Vous voulez pas agir ?

Alors moi j’ai…

Vous voyez on est toujours confronté, c’est des paroles, ça reste des paroles…

Vous voyez ce que je veux dire ?

Très bien.

Mon père m’a dit, il m’a dit quand il m’a raconté certaines choses, comme il a dû le dire à Gabriel parce qu’on n’était pas ensemble quand il m’a raconté ça…

Il m’a dit : n’en parle jamais, parce qu’on va te prendre pour un dingue et tu auras tous les ennuis du monde…

Oui d’accord.

Donc, j’en ai jamais parlé…

Encore que tous les ennuis du monde, faut pas exagérer non plus maintenant…

Parce qu’il avait pas vu les derniers rebondissements, Petit Guillaume…

Non, dans la vie de tous les jours…

Oui, la vie de tous les jours, vous savez…

Je sais, je sais, j’en sais quelque chose en ce moment…

Moi qui suis obligée d’aller au procès contre le taré de Bertrand Vilain, vous croyez que ça m’amuse ça ?

Moi, je me serais pas emmerdé avec tout ça…

Non mais là, ça a été trop loin, il a été trop fort quand même, il y a des choses qu’on fait jamais…

Ça me fait profondément suer de prévenir mon avocate… J’ai écrit au procureur, ça c’est normal, mais intenter un procès, ça me fait profondément suer mais d’autre part, on ne peut pas salir quelqu’un non plus pour des histoires qui ne nous appartiennent pas !

Oui…

Moi, l’affaire Seznec ne m’appartient pas, d’accord ?

Mais, après, attention, j’ai pas regardé ça de près… Vous savez parce que moi, je vous l’ai dit l’autre fois, je ne m’intéresse pas aux histoires entre les gens…

Vous commencez aussi à vous intéresser à l’affaire quand même de plus près ?

C’est pas que je commence, moi, elle a toujours fait partie de moi…

..J’ai jamais eu besoin de m’y intéresser parce que j’ai eu une version.

Et oui..

Après tout le reste pour moi, c’est de la littérature.

Ah ça c’est joli…

Mais oui, ça, c’est un peu ce que Gabriel m’avait laissé sous-entendre…

Bah oui mais c’est logique…

Il m’avait dit « Attention, ne prenez pas trop le parti de ma grand-mère ! »

Bah oui, le seul truc auquel je peux m’intéresser, c’est voilà maintenant c’est de me dire, bah tiens je vais vérifier tel truc ou je vais regarder quelle date vraiment ce qui s’est passé…

Pour connaître à peu près la trame…

On n’a jamais pu savoir par exemple, quand est-ce qu’ils ont vendu le fauteuil ou des trucs comme ça…

Ils l’ont jeté, hein. Ils l’ont pas vendu.

Ils l’ont peut être brûlé tout simplement ?

Oui ils l’ont peut-être brûlé…

Parce que là, le bois il brûlait…

Il a disparu, il a disparu…

Heu comment dire, tout ça, je veux dire après quand vous avez une vérité que vous savez qu’il y a été a été écrit plein de trucs…

A la limite il faudrait revoir que les premiers écrits qui n’ont pas encore été trop…

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........... déformés…

C’est ce que j’essayais de faire hier.

J’ai cherché le tout premier article où il s’est exprimé…

Mais ça reste des articles et quelqu’un qui s’exprime dans un but bien précis, de toutes  façons c’est faux !

Vous voyez ce que je veux dire…

Son but c’était donc de diriger les enquêteurs vers Houdan.

Ah bah non, vers une autre date surtout.

Vers une autre date.

Parce que, d’après ce que je sais, bah oui, certainement, après je ne sais pas ce qu’ils avaient vraiment dans la tête…

Parce qu’ils n’avaient pas intérêt à ce que Quémeneur soit mort.

Disparu, ça pouvait.

Mais mort, parce que juridiquement, enfin pour tout ce qui est promesse de vente, quand la personne est disparue, au bout d’un moment, d’après ce que j’ai compris les descendants sont, non, seraient, je dis seraient parce que moi je ne suis pas juriste, seraient susceptibles d’accepter  les clauses d’une promesse de vente.

Tout à fait…

Donc il y a ça… Ces promesses de vente, d’après ce que je sais, il y a eu une promesse de vente…

Est-ce que c’est celle qui a été découverte, alors là…

Après c’est compliqué…

Partiellement oui,  mais certainement pas pour les deux quoi…

Parce qu’il y a forcément un faux, donc il faut l’accepter.

Après c’est compliqué…

Il a fait des tas de trucs, d’ailleurs Seznec lui-même n’a pas voulu qu’il y ait une contre-expertise de son écriture…

Comment ?

Seznec lui-même n’a pas voulu qu’il y ait une contre-expertise de son écriture…

Au procès, on a dit, c’est lui qui a bien signé tout ça et il aurait pu dire non c’est pas moi… Et il a pas demandé, c’est ce que dit Me Langlois…

Parce que la promesse de vente c’est la promesse de vente, on en était resté au fait qu’il fallait qu’elle soit honorée…

De toutes  façons si c’est un faux c’est vraiment sa signature.

Et ben oui…

Moi je comprends tout ça, pourquoi ils auraient été amenés à la réécrire, ou à en réécrire une sur les deux, il y en avait peut-être une vraie et puis une qu’il fallait retrouver, j’en sais rien…

Parce que personne n’a pensé à tout ça…

Parce que tout le monde est parti dans une autre histoire…

Tout le monde est parti dans une autre histoire.

Il a vachement gagné Guillaume Seznec, n’empêche quelque part…

C'est-à-dire ?

Et bien il doit bien se marrer là-haut parce que tout le monde s’est empatouillé  dans son histoire à lui…

Il doit se marrer, enfin, il ne s’est pas marré pendant…

Oui, oui, ça a dû être horrible le bagne et il n’a pas arrêté de dire, il n’a pas accusé sa femme mais il n’a pas cessé de dire je suis innocent puisqu’il a même refusé les grâces.

C’est vrai qu’il est innocent, innocent pour ce dont on l’accuse.

 

in Pascal Bresson

Il n’a pas tué…

Maintenant il faut accepter de dire, et bien voilà, ils ont peut-être fait des choses juridiquement…

Réprouvables ?

Pardon, je n’ai pas entendu ?

Réprouvables.

Juridiquement réprouvables.

Ah, réprouvables, voilà, oui, oui, voilà, c’est vrai et puis ça serait vrai, il y a des pénalités pour ça…

M’enfin il ne méritait pas le bagne et alors de ce que vous me dites, moi, ça m’explique, j’ai cherché ça…

Pourquoi au tout départ Marie-Jeanne Seznec, quand il était encore à Saint-Martin-de-Ré elle essayait d’avoir des histoires pour qu’il ne quitte pas la France.

Parce qu’au fur et à mesure si tu demandais vite des révisions, il a quitté la France en avril 1927, d’accord ?

Ah bah vous vous connaissez ça par cœur…

Oui, heureusement Jean-Yves parce que si au bout de 25 ans je ne savais pas vous le dire, ça serait un peu pénible…

Moi je le ressentais, je le ressentais comme femme, elle s’est battue pour que son mari ne quitte pas la France, si elle avait pensé un instant que c’était un sombre assassin, vous croyez qu’elle aurait fait tout ce…

Oui, oui, bien sûr…

Donc double peine…

En repensant maintenant…

Parce qu’entre nous, quand ça a recommencé l’affaire, moi, ça me saoulait…

Je me suis dit Merde ! Il va falloir se remettre en selle, ras-le-bol avec tous ces malades qui racontent n’importe quoi, bon, je veux dire que j’étais pas heureuse, voilà.

Vous voyez ? Mais je l’ai fait parce qu’il faut être clean par rapport à soi-même.

Et puis il fallait que je puisse répondre aussi à mes confrères et consoeurs, c’était important de dire ce que j’avais à dire…

Alors, moi, j’avais réfléchi, mais ça, on n’est pas du tout obligé…

Je me disais votre père et Albert, quand ils ont été en pétard contre Jeanne, ils ont fait une dépêche AFP, Vous ne vous rappelez pas de ça ?

Si, si, si, mais…

Le contenu je ne l’ai pas en tête.

Je dois l’avoir quelque part, je vais vous l’envoyer…

Parce que j’ai lu quelque part que leur sœur…

Elle avait pété les plombs en quelque sorte quoi..

En gros.

Et que, eux, ils rapportaient les choses autrement.

Je me demande pourquoi Jean-Yves et Gabriel ne font pas une dépêche AFP ? Dans ce cas-là vous n’avez pas besoin de… Mais c’est pas pressé, vous avez le temps…

Je vais le mettre ça.

Je vais émettre une hypothèse autre, à savoir que ben oui elle peut vraiment s’être défendue.

Mais effectivement on avait tous oublié et vous avez bien fait de le rappeler l’époque, la vertu des femmes à l’époque, et puis le grand catholicisme des Seznec…

Ah oui… Parce que mon père, il était destiné, d’après ce qu’il m’en avait dit,

A être prêtre ?

Voilà.

Ah bah bien sûr, moi je vais vous dire chez mes beaux-parents, il y avait l’Eglise, l’armée et puis la famille, vous imaginez ? Pourtant je ne suis pas trop vieille quand même.

L’Eglise, l’armée et la famille…

Oui, ça devait être pareil chez eux.

Alors ça veut dire un enfant pour être prêtre, un enfant pour rester dans l’armée, parce que mon beau-père était dans l’armée, et un enfant pour faire croître la famille…

Quand j’ai entendu ça, mais j’étais hallucinée, moi !

Alors quand on parle de mon père, il avait 12 ans, il avait déjà une paire d’années derrière lui de petit séminaire…

Pas d’endoctrinement…

Si, si, si…

Comment dire, de conditionnement, voilà. Et puis même si après il a pris...

C’est ça que je vais écrire…

Il faut reprendre les personnages à l’époque.

Et puis nous, on ne peut pas se remettre dans le contexte de l’époque parce qu’on ne l’a pas connue, on sait ce qu’on a lu, tout ça, mais tant que vous n’avez pas vécu une chose, vous ne savez pas.

Je pense encore à mes grands-parents par exemple…

Ma grand-mère était catholique, mais mon grand-père de Lormaye, lui, il était communiste. Et elle avait adhéré à ses valeurs de communiste. Moi j’ai toujours vécu dans une ambiance comme ça, voilà !

Oui oui je comprends.

Mais maintenant, ça c’est à voir avec votre frère et vous, est-ce qu’il faut…

Je n’ai pas qu’un frère, j’ai un frère et une sœur…

Et oui, il y a Ghislaine et Hervé…

Non non Thierry…

Mais bon Ghislaine, on n’a jamais discuté vraiment et c’est vrai que mon père… Ghislaine elle ne vivait plus à la maison et je crois que Ghislaine, elle n’a pas eu les confidences.

Elle a quel âge Ghislaine ?

Elle a un an de moins que moi.

D’accord, mais vous êtes tous entre 50 et 60, quoi !

Oui.

C’est Gabriel le petit dernier (rires)

C’est celui avec lequel j’ai le plus communiqué mais lui il est perturbé aussi, je suppose, par la mort de sa maman,…

J’ai été étonné parce qu’en fait, on n’en a jamais parlé sauf là récemment, depuis 2015 en fait mais épisodiquement, donc en 2015 on en a parlé, et puis maintenant…

Moi, Gabriel ne m’a jamais parlé de vous.

Je sais que vous existez, attention Jean-Yves…

Mais il ne m’a jamais dit mon frère aîné ceci, mon frère aîné cela, jamais !

Il parle très peu Gabriel.

Ah oui, c’est pas un causeux, ça c’est sûr.

Donc, je ne sais pas si c’est tout ça…

Vous savez il y a quelque chose qui me choque terriblement, quand je lis… Je le remettrai ça, quand je lis ce que dit Vilain, il dit que vos grands-parents étaient fourbes, qu’ils avaient tout manipulé,  et Langlois, il met « ça » sur son site ?

Ah bah dis donc, il a pas la honte…

Je ne sais pas comment étaient les grands parents mais d’après ce que je ressens… Et par le biais de ce que j’ai pu entendre pendant 40 ans de ce que mon père il a vécu pendant qu’il était avec ses parents, moi je vois ça plus comme des gens qui étaient travailleurs qui…

Ils avaient parfois du mal à joindre les deux bouts…

Etaient parfois aimés de certains, et haïs d’autres, voilà ce qu’il m’a dit parce que ça me fait penser à ça aussi…

Après on imagine que dans une vie active…

Mais moi aussi j’ai été haïe par certaines personnes…

Vous aussi vous avez dû être haï de certaines personnes, vous aussi vous avez dû vous faire des ennemis sans le vouloir…

Oui, dans la vie, en fonction de notre caractère..

Forcément. Sans parler d’ennemis, on se froisse avec des personnes qui vont vous en vouloir, par exemple. Et puis, après vous dire, et bien Untel il est comme ça et comme ça, parce que vous paraissez peut-être comme ça et comme ça…

Exactement.

C’est le rôle que vous avez socialement, c’est autre chose, ça !

Pour le grand père, c’est pareil.

Oui, voilà, c’est pareil .

Après, on peut penser que quelqu’un est fourbe… Après les gens qui font des affaires, affaires, entre guillemets, hein, forcément ils savent qu’il faut mieux faire ça comme ça que comme ça…

Ben vous savez, il n’y a pas besoin d’aller en 1900, il suffit de regarder les gens dans leur métier actuel, le gars qui va être, je sais pas, je dis n’importe quoi , agent immobilier par exemple, il ne va pas vous dire que l’escalier de la cave il est pourri…

C’est clair…

Alors on peut dire, il est fourbe, mais en même temps je comprends que c’est pas très droit, vous voyez ce que je veux dire ?

Tout à fait.

Donc moi, j’avais fait mes quatre papiers parce que je voulais dire : on m’a harcelée, mais, moi, je m’en fous, je continue, j’avais fait mes 4 papiers, comme Gabriel me disait.. On a correspondu aussi par mails, hein, Gabriel il m’a bien fait comprendre que c’était quasiment sûr, que la grand-mère, elle avait fait quelque chose. Mais je ne pouvais pas le dire comme ça !

Oui.

Alors, il faut que je trouve, je vais trouver une hypothèse, je vais écrire une dernière hypothèse…

Comme vous voulez.

En essayant de vous protéger et de pas…

Voilà.

Parce que c’est vrai, qu’après, on ne sait pas, on a du temps, on n’est pas mort.

Je peux faire une dernière hypothèse en ajoutant bien qui étaient vraiment les Seznec, ils étaient extrêmement catholiques...

Oui.

Ils avaient effectivement fait des économies avec des pièces d’or.

Oui.

Et caetera, et caetera, quoi, remettre un peu de l’humain autour de tout ça.

Après leur situation je ne la connais pas…

Elle était très obérée.

Je ne sais pas.

Oui, elle était très obérée, moi, je l’ai cherché. Mais bon ça peut arriver, hein !

Pourquoi pas on imagine, mais tout ça, maintenant c’est naturel.

Alors je vais vous dire votre petit frère c’était : attention Madame Langellier ne vous exposez pas parce que la grand-mère gnâ gnâ…

Et puis si, il y avait deux choses, et il est même venu me le mettre sur mon blog : attention il n’y a pas de cadavre !

Oui.

Et ben non, il n’y a pas de cadavre.

Non.

Parce qu’on ne sait pas où il l’a enterré.

Oui, c’est une disparition. Et en même temps c’est ce qu’il voulait.

Et bien voilà.

Et bien dites donc, je suis contente quelque part parce que moi, dans mon blog je n’arrêtais pas de leur dire : c’est une affaire toute simple.

C’est exactement les mots de notre père.

Il a dit : c’est tout simple, tout le monde a brodé là-dessus, il s’exprimait comme ça, c’est ce qu’il nous a dit : tout le monde a brodé là-dessus…

En gros ils ont eu une vie…

Parce qu’attention, nous honnêtement on ne nous a jamais fait référence à ça, mais par contre mon père il a vécu…

Oui ça n’a pas été facile, hein pour lui…

Mon père il changeait tout le temps de métier pour partir, il a fait…

Ah bah je m’en doute... 36 métiers 36 misères...

Ah bah oui, parce qu’aussitôt que c’était connu,  il ne voulait pas que les gens s’apitoient et inversement il y avait des gens qui au lieu de s’apitoyer…

C’est pour ça il a épousé Claudie parce qu’elle était complètement en-dehors...

Maman elle m’a raconté... Après 2015, parce que je lui ai posé la question : quand elle a connu mon père, elle ne savait pas que c’était lié… Que son grand père, c’était son grand-père !

Ah oui ?

Elle l’a appris par une de ses amies à ma mère qui lui a raconté…

Elle était déjà mariée quand elle l’a appris.

Ah ça, je ne pense pas.

Non, non, avant, quand elle le fréquentait.

Oui quand elle fréquentait Guillaume. Il était beau, Guillaume ?

Oui écoutez les photos que j’ai vues, vous savez, au Havre, ils sont beaux les deux fils, là.

Ah oui, mais là on ne voit pas bien, oui en effet.

Oui, je pense oui. Je ne sais pas c’est les critères d’une femme.

Ah bah non mais quand même il y a des critères qui restent…

Moi je le trouve beau mais c’est mon père.

(...)

Et bien, écoutez, c’était très sympathique de vous parler alors je vais essayer de faire un truc avec une dernière hypothèse, sans vous citer, je n’ai pas à vous citer, je vais tourner ça parce que, à chaque fois, moi j’écris dans mes papiers : « Et si on réfléchissait ensemble ? » Donc là, je peux le tourner aussi comme ça ?

Oui, oui.

Je peux peut-être mettre une citation de Guillaume : « C’est tout simple » parce que là c’est pas trahir que de dire ça, parce que tout le monde sait que j’ai des contacts avec Gabriel, tout le monde le sait. Depuis 2015. Il m’avait autorisée à le dire. Mais ça, tout le monde le sait, mais je n’ai jamais dit que j’avais des contacts avec vous,…

Oui, oui.

Bon ben écoutez, on va avancer…

 

 

Honnêtement dans ma tête je ne mets pas de doutes sur la trame que je connais.

Après les détails… Il y a peut-être des mensonges ?

Peut-être Gabriel a plus de détails ?

Oui je sais…

Il m’avait dit, il m’avait dit qu’il était le garçon qui savait le plus de choses. Parce que c’était le petit dernier.

C'est-à-dire que moi j’ai été étudiant puis après militaire oui à l’armée pour le service militaire…

Oui, lui, il était présent.

Oui, lui, il vivait à la maison que moi j’étais, comment dire, pensionnaire, pas loin mais pensionnaire, après militaire, pensionnaire encore quand j’étais étudiant à Créteil… Puis après le service militaire, j’étais de passage à la maison…

Lui, il était plus présent.

Alors, forcément, mon père, vers la fin, avait 70 ans et il parlait plus à Gabriel. Gabriel il a posé des questions, moi, je n'ai pas posé de questions, je l’ai laissé parler mais c’était dû à un contexte bien précis, c’est pour ça que je n’ai émis aucuns doutes…

Bien sûr…

Je regrette de ne pas avoir posé des questions pour avoir plus de précisions…

Peut-être que Gabriel en a ?

Forcément, lui, il a dû poser des questions…

Je vais le joindre, je vais lui mettre un petit mot…

Il était plus jeune…

Oui, je vais lui mettre un petit mot en lui disant : « et bien voilà quoi ! »

Donc il a dû revenir sur le truc mais moi, il m’a dit ça après j’ai jamais…

Bon mais là ça va là, on a le tout…

C’est plutôt mon père, après qu’il me l’ait dit qui me redisait des petits trucs mais anodins…

Vous vous rendez compte quand même de l’enfance qu’il a eue, de l’adolescence qu’il a eue, votre père ?

Ben toute sa vie, parce qu’en fait s’il a vécu avec cette promesse…

Oui, oui, la promesse…

Ça l’a minée…

Après l’histoire de Juliette aussi…

Vous m’avez dit que même si c’était pas de lui, il a reconnu la fille, elle s’est démerdée la Juliette pour qu’elle porte le nom de Seznec, la fille…

Oui, alors ce qu’elle a fait, bah ça j’ai des écrits, hein, ce qu’elle a fait : elle est allée à la mairie…

Elle a déclaré la naissance ?

Oui, elle a déclaré la naissance au nom de Seznec, enfin en disant que…

Elle s’appelle Anne Thérèse ?

Oui, c’est ça, (elle est allée à la mairie) en disant que c’était la fille de Guillaume Seznec et les gens qui ont pris note à l’état civil n’ont pas essayé de savoir… Parce qu’en fait le père doit reconnaître, moi je sais que quand j’ai eu mes filles, les enfants quand ils naissent, ils ont d'abord le nom de la mère, hein ?

Oui bien sûr…

Et après faut  que le père les reconnaisse pour qu’ils aient le nom du père…

Tout à fait…

Mais mon père n’a jamais fait cette démarche-là…

D’accord…

Il ne l’a su qu’après qu’il avait une fille à son nom et bon après, le rapprochement des choses fait que, à mon avis intellectuellement parlant, ou sentimentalement, ça, c’est mon avis à moi, sentimentalement parlant, il a dû se dire « Bon, elle est de la famille, forcément, si c’est de son frère… »

Bien sûr…

Donc, après tout qu’elle porte le nom des Seznec, c’est normal.

Il a peut-être pensé plus à la fille, vous voyez…

Connaissant mon père…

Il a été humain parce qu’il en avait chié, on va être clair, lui, dans sa vie ça n’a pas été rose…

Voilà.

A mon avis, mais ça c’est moi qui le dis parce qu’il ne me l’a pas dit, à mon avis, son comportement c’est de faire l’autruche et puis les conséquences, il les a peut-être un peu… Oui, il a fait… Il a dû se dire, bon, c’est la fille d’Albert, et Albert n’est plus…

Et après.. Quand est-ce qu’on a.. Parce que, une fois, quand est-ce ? Parce qu’il n’a pas su tout de suite qu’elle a été mis à son nom et tout ça…

Ah oui ?

Non non non, je sais qu’il l’a su bien après…

Elle a pas été dans une histoire elle aussi de crime, oh où est-ce qu’elle est allée ? Qui m’avait dit ça ? Dans le forum de Marilyse Lebranchu, elle a pas été dans un crime… Un notaire… Oui, Bruay-en-Artois… Voilà..

J’en sais rien du tout…

Juliette, Bruay-en-Artois…

J’en sais rien du tout…

Faut dire que ça a été quelque chose le forum de Marilyse Lebranchu (rires)…

Et en même temps c’est intéressant, parce qu’il faut voir..

Ah oui ?

Il faut voir l’affaire et il faut rester attentif aux derniers développements, quand même… Voir comment tout ça s’est goupillé…

C’est intéressant…

Vous voyez, là, on s’intéresse à tout ça parce que c’est lié à la famille Seznec, mais vous savez dans les familles…

Ah bah y a des secrets, hein ?

Dans la mienne y en a…

Il se passe plein de choses. Secrets ou pas secrets, c’est la vie humaine… La vie humaine fait qu’il y a un tel qui fait ça, et puis ça a une incidence sur la vie de machin, et puis, de fil en aiguille, là, on s’intéresse plus à tout ça, les gens, le commun des mortels, vivent tout ça autrement, vous savez plus maintenant encore parce que maintenant, c’est encore pire, les gens sont moins regardants à…

C’est pas pareil maintenant…

C’est pas pareil.

Mais c’est vrai, vous avez raison, peut-être qu’on n’a pas assez…On ne s’est pas assez mis dans l’époque. Avec les mœurs, les coutumes, les Catholiques, on a oublié tout ça…

Oui et aussi pourquoi une enquête n’est pas dirigée comme il fallait parce qu’il y a aussi des habitudes de l’époque, il y a aussi la façon de faire, il y a plein de choses que, nous, on ne peut même pas imaginer…

Maintenant, c’est facile, je vous parle là, il faut trois secondes pour faire le numéro de téléphone,…

Ah mais on est d’accord, si quelqu’un peut vous comprendre, c’est bien moi, depuis le temps que je bosse là-dessus…

Parce qu’en plus, moi, j’ai eu tous les personnages…

Je connais Langlois, 220 mails, quand même, je connais Denis Seznec, alors moi j’ai toutes… je vois très bien comment tout ça s’est articulé…

Intéressant, en même temps…

Bon, ben je vais faire un petit billet avec dernière hypothèse (rires)

Ben écoutez…

En essayant de remettre tout comme il faut, c'est-à-dire de bien dire… Je vais quand même citer Petit Guillaume, et dire c’est tout simple, et puis après, moi, je vais récapituler en disant : « Attention, à l’époque, les Seznec étaient très catholiques, etc » et puis dire ce qu’on avait toujours dit : ils étaient quatre à savoir la vérité, avec Angèle, et qu’ils avaient fait la promesse…

Oui, mon père me l’a dit, il a dit c’est un truc tout simple, ça serait maintenant ça ne serait pas une affaire, quoi. Il m’a dit un truc dans ce sens, ses mots exacts, je m’en souviens, il m’a dit « tout simple » parce qu’après il y a ce qu’on retraduit parce que je retraduis des choses avec mes mots à moi… Il m’a dit ça, « c’était tout simple ! » ça serait maintenant, il y aurait une enquête qui durerait une demie journée…

Exactement…

En gros, c’est ça qu’il m’a dit. Enfin voilà…

Bon et bien écoutez, on va essayer de sortir quelque chose de tout ça…

Bon, après, maintenant j’espère que mon père n’a pas inventé…

Ah non, j’y crois pas…

Mais je ne pense pas, parce que vous savez pourquoi il m’a dit ça ?

Non ?

Sans ça, je pense qu’il ne me l’aurait jamais dit.

C’est parce que…

Il était en colère après Denis, non ?

Non, c’est moi qui était en colère après lui.

Parce qu’il ne vous avait pas parlé ?

Mais en même temps…Comment ?

Parce qu’il n’avait pas parlé ?

Non.

Vous allez comprendre…

Allons bon !

On avait un chien…

Oui, jusque là, je suis…

Et puis, on n’en avait jamais parlé de ça, moi je le savais depuis 1978, lui, il ne savait pas qu’éventuellement je pouvais savoir, mais il s’en doutait bien parce qu’il y avait des émissions comme vous savez, Bernard, et tout ça, en 1979, mais on n’en a jamais parlé pour autant sauf que lui, il faisait des allusions de temps en temps, en parlant de « Ah ce qui est arrivé à grand père » mais sans me dire, « tiens, je vais te parler de grand père ! » On mangeait à table par exemple, il disait « Ce qui est arrivé à mon père… » il attendait peut-être que je lui pose des questions…

Ben c’est ça souvent…

Mais on ne parlait pas, je vous le dis tout de suite, on ne parlait pas beaucoup… Ce qui est arrivé au grand-père, c’est un accident, tout ça…

Et puis, il le disait en même temps à ma mère, et puis à un moment donné, je sais qu’une fois, on a un terrain autour de la maison, il y a un terrain, il faut l’entretenir et tout ça, il mettait du désherbant…

Oui… Et le chien ?

Et le chien, il a léché le désherbant…

Il  ne devait pas être bien, le chien, après il ne devait pas être bien…

Non. Il allait mourir, et puis, de colère, je lui ai dit « Ah t’es comme ton père, t’es un meurtrier ! »

Wauaouh !

Ah quand même !

Et vous aviez quel âge ?

Ben, j’étais vieux, j’avais 20 et quelques…

Ah quand même, mais moi aussi j’ai eu des disputes avec mon père, je l’adorais, mais…

Et du coup, c’est là qu’il m’a dit ça, il m'a expliqué.

Je ne pense pas que dans ces circonstances-là, il m’aurait dit un mensonge.

Bon, ben, on va essayer de tourner ça correctement, on n’en est pas loin, on n’en est pas loin…

Ne dites pas que je vous ai dit ça…

Oui mais il fallait que ça sorte aussi…ça vous a permis au moins de savoir...

Moi, j’ai bien dit à mon père, c’était en 68, « ces connards qui s’étaient battus à la guerre parce qu’ils n’avaient pas pu faire autrement… »

Faut le faire aussi, ça, quand même, quand je pense que j’ai dit ça, j’ai pris un claque… Et je le méritais largement…

Ne dites pas ça parce qu’en fait…

J’étais embrigadée à Nanterre, hein, à Nanterre, j’étais embrigadée…

Je n’ai peut-être même pas employé le mot meurtrier, j’ai dit « t’es un tueur » ou quelque chose comme ça.

Les mots exacts ont dépassé votre pensée…

Il a dû comprendre que vous étiez mal…

Les mots exacts, je ne m’en souviens plus, mais ça voulait dire ça, ah oui mais je ne le pensais pas du tout…

Parce que, pour moi, de toutes façons, mon grand-père, il était innocent…

A travers ce que j’avais lu, il était innocent… Quand j’avais lu le journal qui m’a appris l’histoire, pour moi, il était innocent…

Mais c’est un mensonge, quelque chose que je ne pensais pas que j’ai dit sous le feu de la colère…

C’était déjà arrivé une fois qu’il avait failli crever à cause du désherbant, puis il avait recommencé, alors, là, j’étais en colère et je lui ai dit un truc dans ce genre là, oui, ça voulait dire ça…

Oui oui, j’ai dû dire, « t’es comme ton père t’es un tueur ! » mais je ne le pensais pas parce que, pour moi, mon grand-père, il était innocent.

Mais, dans ma tête, j’avais mal que le père de mon père ait été condamné à tort…

Bien sûr, il a été condamné à tort…

Oui, mais dans ma tête, je devais souffrir parce que mon père devait souffrir parce que son père avait été condamné à tort.

Vous voyez ce que je veux dire ?

Très très bien..

Et que, pour moi, ça me faisait mal au cœur, en tant que descendant que cette personne que je ne connaissait pas avait été condamné à tort et que c’était mon grand père…

Oui, c’est affectif, si vous voulez…

Bon, ça va être quelque chose quand Laurent Delahousse, il va raconter ses conneries, avec les deux Denis…

Les circonstances font que je suis sûr que mon père m’a raconté une vérité…

Mais, attendez, rappelez-vous Gabriel qui me dit, en 2015 : « Attention Madame Langellier, ne défendez pas trop mes grands parents, prenez la distance… »

Oui, après je ne sais pas par contre, parce que quand mon père il m’a raconté ça, il m’a dit : « J’en ai parlé à Bernard, qui a essayé de m’enregistrer, il est revenu plusieurs fois et c’est là que…

Bernard, quand même, quand il a essayé de l’enregistrer, Guillaume il était pas sot, il a dû s’en rendre compte…

Oui, parce que la première fois et la deuxième fois, Bernard, il a mis le magnéto sur la table.

Ah ? Il l’a mis sur la table ?

Oui, mais après mon père s’est ravisé, et la bande, il l’a pas eue, Bernard…

Et après, comme il est revenu trois fois, Bernard…

Il est revenu trois fois ?

Ben oui puisqu’il n’avait pas la bande…

Il a l’air malin, celui-là aussi…

Donc il est revenu une fois accompagné, mais on ne sait pas par qui ?

Peut-être l’avocat, non ?

Non.

Et la dernière fois accompagné ?

Je lui ai demandé et en fait, apparemment c’est pas un homme, donc ça peut pas être lui…

Il était marié, Bernard ?

Oui, oui, mais c’est pas sa femme non plus.

Ah non, mon père, il connaissait sa femme et tout ça, il l’avait vue une fois…

En même temps, vous ne trouvez pas que ça nous apprend plein de choses tout ça si on veut être positifs ?

Moi, j’ai tout appris dans l’affaire Seznec, le mensonge, la vérité, la haine, tout quoi…

Tout le monde ment. Dans votre vie est-ce que vous avez déjà menti ?

Bien sûr…

Bien sûr parce que j’ai menti surtout pour ne pas faire de mal…

Oui ça peut être pour des choses graves, pas graves, peu importe…

Mais celui qui dit « Je n’ai jamais menti ! » c’est faux.

Bien sûr…

Ben oui c’est forcément faux, et les gens disent toujours des mensonges mais est-ce que c’est important, pas important, vital, pas vital…

Je ne suis pas une sainte, moi aussi  j’ai menti heureusement…

Oui, parce que si vous me dîtes, je n’ai jamais menti, je ne vous crois pas…

Même si globalement vous êtes quelqu’un d’honnête, de droite, qui ne mentez pas dans l’ensemble, mais il y a toujours des façons de ne rien dire qui correspondent à des mensonges…

Oui…

Moi, mes confrères à L’Express, ils me le disaient : "toi t’as le don, les gens ils tombent en pâmoison avec toi ou alors ils te haïssent, mais tu ne laisses personne indifférent."

Oui, ça c’est la vie aussi, j’ai un tempérament comme ça, un tempérament battant heureusement d’ailleurs !

Bon ben je vais essayer de faire ma petite sauce avec tout ça, hein, Jean-Yves ?

Dessins de Gérard Berthelot

On est le 26 mars aujourd’hui…

Comment ?

On est le 26 mars, je viens de regarder…

Mais je n’en étais pas loin parce que, rappelez-vous, je ne sais plus à la fin de quel article, moi, je disais, « pour moi, l’affaire Seznec, c’est tout simple ! »

Et oui, c’est simple. C’est la vie humaine.

Avec la promesse…

La promesse ?

Oui, ils avaient juré de ne pas dire…

Ah oui, le fait de jurer, ah oui, ça, c’est capital !

Et ça a tenu tout le monde jusqu’au…

Donc, c’est hallucinant parce que moi je disais que c’était pas possible qu’il ait repris le train pour rentrer à Morlaix… Si, mais si…

De qui vous parlez là ?

De Quémeneur.

Oui Quémeneur quand il est rentré de Paris, moi je disais, il n’a pas pu prendre le train… Mais… Si !

Moi, je ne sais pas..

Mais comment voulez-vous qu’il fasse ?

Parce que vous, vous en restez là ?

Il est rentré plus tôt que Seznec...

Puisque ça s’est pas passé le jour où je vous dis…

Bien sûr qu’il est rentré plus tôt et Guillaume il est aussi rentré plus tôt que prévu ?

Bah oui parce que la voiture elle n’avait pas de problèmes, pas autant de problèmes qu’on dit…

Mais les problèmes ont été structurés à la date voulue pour qu’il y ait justement des traces…

Parce que moi hier, parce que j’ai du mal avec les bagnoles, les kilomètres, l’essence…

Ah mais moi je ne cherche pas à voir ça, j’ai vu que vous faisiez des trucs avec des kilomètres…

Oui, j’étais avec le guide Michelin 1922 que j’ai acheté à prix d’or…

Donc là, j’ai les vraies distances, après t’as la consommation de la Cadillac, tu essayes de faire des choses à peu près justes, quand même…

Parce que mon père, à ce qu’il m’a dit…

Mon grand père, pas à cette date-là, mais à une autre date, était arrivé à Paris au rendez-vous, sauf qu’il n’y avait personne…

Votre grand père serait allé jusqu’à Paris ?

Sauf qu’il n’y avait personne au rendez-vous, il n’y avait pas Quémeneur, il n’y avait personne.

Parce qu’il était reparti à Morlaix ?

Parce que le rendez-vous, il n’était pas là, il n’y avait pas de rendez-vous en fait…

C’était un faux truc imaginé par Quémeneur ?

Je ne peux pas vous dire, mais il y est allé, il est revenu…

C’est ce que je pense aussi… Parce que moi je dis, il y a eu trop d’essence consommé quand il a été trouvé à Gambais, là ?

Oui, mais on ne parle pas du même jour…

Ah Merde ! Encore !

Non, mais on ne parle pas du même jour…

Le jour où Quémeneur a disparu, c’est le bon jour mais ce n’est pas la date que tout le monde connaît, c’est une autre date…

Bah c’est le dimanche quand même ?

Il y a un écart d’une semaine…

Ah bon ?

C’est ce que je vous dis depuis tout à l’heure…

Ah bah je n’ai pas compris alors ?

Il y a un écart d’une semaine…

Vous voulez dire qu’il est mort plus tôt ?

D’après ce que j’ai compris, moi, oui…

Il  ne serait jamais parti avec Guillaum ?

Et que tout le monde s’est référé à cette date-là et que tout le monde a enregistré des dates « Oui, j’ai vu Quémeneur deux jours avant qu’il ne parte, mais ces deux jours-là, c’est pas forcément par rapport à la date qui a été… »

En fait, il serait mort, il serait mort plus tôt ?

Ah bah voilà !

Y’a quelqu’un qui me l’avait dit ça…

Comment ?

Il y a quelqu’un qui m’avait dit, pas quelqu’un de chez vous, quelqu’un qui m’avait dit et si c’était une semaine plus tôt ?

Et puis après quand vous regardez tout ce qui  météo et tout ça vous trouvez des concordances…

Ah oui…

Donc c’est la date…

Ah j’avais pas tout compris, heureusement que vous insistez…

Parce qu’effectivement, donc, c’est une semaine avant…

Ça serait une semaine avant.

Moi j’affirme rien, je n’étais pas là…

Ça serait le 17, par là, j’ai regardé…

Le 16…

Le 16 mai.

Et vous regardez maintenant..

Alors, à la lumière de ça, on ré-éxamine les faits…

Vous regardez la météo et puis vous voyez que les témoins n’ont pas menti.

Sauf qu’il y a des témoins, ils parlent du 16 et il y en a d’autres, ils parlent d’une semaine après, parce que, effectivement, ils ont vu deux fois la même voiture…

Au même endroit…

Donc, ça veut dire qu’il a créé de toutes pièces…

Le deuxième parcours.

Il a créé ça de toutes pièces, bah la vache !

De façon à éloigner…

Sacré mec, quand même !

Comment ?

Sacré mec hein pour faire ça…

De façon à…

A éloigner les gens de tout ça…

Bah oui, je pense.

Il avait un côté un peu…

Bah oui, vous faites un truc, vous faites disparaître quelqu’un…

Vous dites, bon, pour ne pas être accusé de quoi que ce soit, ou que ma femme soit accusée de… Là, c’est moi qui le dis, c’est pas du tout lié à tout ça…, mais quand même, la logique veut, vous vous séparez d’un corps, vous dites voilà on a intérêt que ce corps là ne soit pas découvert parce qu’il ne faut pas que la personne soit morte, vous avez intérêt qu’il soit considéré comme disparu, après vous savez que tout le monde sait que vous avez fait le parcours avec lui,

Oui…

Officiellement.

Oui.

Donc comme vous avez fait le parcours officiellement avec lui, vous vous dites bah tiens ça peut être une solution puisqu’il y a eu une réalité qui fait qu’il ne soit pas allé jusqu’au bout…

Ça c’est vrai, et puis qu’il soit revenu sur Morlaix, c’est vrai aussi…

Je parle de Quémeneur…

Oui, oui…

C’est vrai aussi ça vous donne l’idée de différer les trucs… Officiellement… et puis de créer une histoire pour faire en sorte de ne pas être soupçonné…

Mais le 16 mai, c’était pas un dimanche, Jean-Yves ?

Comment ?

Le 16 mai c’était pas un dimanche…

Je sais pas…

Je sais que ça serait une semaine avant, la même chose une semaine avant…

D’accord.

Donc, il faut regarder les dates, moi, comment dire ? Mon père il ne m’a pas donné de dates…

Il m’a dit : « Voilà, une semaine avant. »

Par contre ce que je n’ai pas vérifié, moi personnellement, mais je ne sais pas comment on peut faire…

C’est le 20, le 20 mai…

C’est de savoir justement…

C’est le 20 mai ?

Bon.

Le dimanche d’avant, c’est le dimanche 20 mai…

Peut-être…

Ça serait le 20 mai ?

Une semaine avant ?

C’est le dimanche 20 mai…

Votre père vous a dit ?

Après il faut savoir si mon père était vraiment en week-end ce jour-là ?

Bah quand même, il n’aurait pas inventé tout ça…

Je sais que tous les dimanches, il repartait à 19 heures…

Oui, c’est sûr qu’il est reparti en fin de journée.

Parce que vous savez les Bretons, ils cherchent vous ne pouvez pas savoir, moi, il y a un certain L.… qui m’a appelée longuement, je vous l’ai dit d’ailleurs, il me dit mais vous n’avez pas raison parce que vous mettez qu’il est allé en pension, il n’a pas pu y aller tout petit, moi, je vous le dis il est allé à l’école communale de Plomodiern…

Moi, je lui dis « écoutez… »

Je sais qu’il y ait allé dans le plus bas âge, après je ne sais pas…

D’ailleurs, j’avais trouvé que Jeanne Seznec, elle y est allée à 3 ans à l’école…

Oui…

Trois ans, quand même…

Oui…

Bon maintenant, on va arranger tout ça, on va voir ce qu’on peut faire…

Même en imaginant qu’il y a des mensonges, je ne pense pas que c’est un mensonge aussi important que ça…

Mais il a quand même profité de l’absence de  votre grand-père pour faire ça Quémeneur ?

Ah oui, ça c’est autre chose, parce que nous en tant qu’adultes maintenant on peut très bien se dire : « Tiens il avait envie de se faire… »

La grand-mère !

Et puis être venu exprès, on peut imaginer plein de trucs… Ou bien il s’est passé quelque chose qui fait qu’il a rebroussé chemin… Parce que – d’après ce que j’ai compris – il était amené à aller souvent chez mon grand-père…

Ah bah il y dormait parfois…

Oui, voilà, alors est-ce que c’est d’une façon autre qu’il s’est retrouvé là et qu’il avait cette intention et que, par exemple, il se soit quand même permis à un moment donné un acte qui n’a pas été accepté par la grand-mère…

Est-ce qu’il a prémédité… M’enfin là ce serait quand même…, d’envoyer mon grand père à Paris, et se dire pendant ce temps-là je vais, vous voyez…

 

Dessins de Gérard Berthelot

Oui, ça serait bon, ça…

Mais je ne pense pas non plus parce qu’il y avait tellement d’autres possibilités dans la vie de tous les jours de se retrouver là sans que le grand père soit là…

Non, je ne pense pas, je ne pense pas qu’il ait fait ça, je pense que c’est venu, il avait ça dans la tête… Et puis il est venu, et puis voilà !

Un concours de circonstances qui fait que…

Alors je ne sais pas quand ils se sont séparés…

Parce qu’il y a eu forcément un transport avec Quémeneur,  vers Paris, mais à un moment donné, Quémeneur n’a pas poursuivi en voiture, ça c’est à peu près sûr…

Est-ce que…

Moi, les histoires de dates, de trains, j’ai jamais essayé de comprendre quoi que ce soit… Mais est-ce qu’à un moment donné, Quémeneur, pensant continuer vers Paris, ne l’a pas fait, ou il n’y avait pas de train, et il est retourné dans l’autre sens…

Et puis, c’est tout, sans l’avoir prémédité, vous voyez…

Alors ça c’est le 20 mai ?

Voilà.

Sans l’avoir prémédité, il se retrouve là, et puis mon grand père arrivé à Paris, il se retrouve tout seul, il n’y a personne au rendez-vous…

Oui …

Bah oui parce que l’autre il a fait demi tour…

Les portables n’existant pas à l’époque…

Et bah non !

Après du coup, il a fait demi tour…

Mais d’après ce que j’ai compris, la voiture elle marchait très bien…

Je ne dis pas qu’il n’y aurait pas eu des crevaisons possibles, mais…

Par contre, dans le deuxième parcours, il fallait créer des points où il y avait des gens qui remarquent des choses…

Il fallait que des gens racontent ce qu’ils avaient vu..

Voilà.

Mais tout ça ce ne sont que des paroles…

Oui mais on essaye parce que la grande histoire c’est quand même elle qui a tué même involontairement.

Involontairement.

Est-ce qu’elle l’a touché ou pas, on ne sait pas, mais il faut l’admettre.

Pour moi, honnêtement, dans mon for intérieur, ça ne me choque pas.

Pour moi, il n’y a rien de réprimandable…

Vous vous défendez de quelqu’un puis malheureusement, toc…

Vous savez ça arrive tous les jours…

Et vous savez qu’il y avait une petite marche sans doute entre les deux pièces, c’est ça ?

Oui, ça c’est mon père qui m’a dit qu’il y avait l’équivalent d’une marche…

C’est lui qui dis ça, hein..

Il y avait une porte avec un petit dénivelé, lui, c’est ce qu’il m’a dit que lui, il avait imaginé, qu’il avait dû, à cause de cette marche-là,…

Mais ça, il était sûr que sa mère s’était défendue, c’est sûr…

Elle s’est défendue, voilà, d’un geste, je ne sais pas…

Bah ça, il le dit aussi l’avocat qu’elle s’est défendue…

Oui, parce qu’il a repris ce que mon père a dit…

Il faut le reconnaître…

Comment dire ? Elle s’est défendue d’un geste, après, comme de toutes façons il a été amené à rentrer dans la maison, mon père…

Bien sûr…

Et surtout quand son père est rentré…

Oui puisqu’il l’a vu pleurer…

Oui, il a vu pleurer son père, Guillaume, il le dit…

Et puis la mère, elle a expliqué au père…

Quelqu’un arrive, il voit ça…

Mettez-vous à la place de la grand-mère…

Oui…

Désolé, mais…

Non non mais allons-y…

Il vous arrive quelque chose, votre compagnon rentre, il voit ça, et bien vous êtes bien obligée de dire ce qui s’est passé quand même…

Bien sûr.

Vous avez un gamin qui est là aussi…

Parce que bien souvent, voilà, on dit à 11 ans on ne se souvient plus, ou à 12 ans, je sais plus…

Moi je dis si, moi je me rappelle bien de trucs bien précis, même je me rappelle de trucs que je devais avoir 2 ans que je badigeonnais la niche du chien avec de la terre, pour y faire sa cabane, vous voyez, on était à Mercin, je ne pouvais pas avoir 4 ans parce qu’on vivait encore à Mercin donc…

Oui…

Je devais être tout petit, et je me souviens de trucs comme ça…

Des trucs qui, dans la vie, qui vous choquent…

Ça fait un peu, comment on dit ?

C’est des marqueurs, et forcément après vous vous souvenez peut-être pas tout d’un seul coup, mais un détail vous fait repenser à un autre détail, dans votre vie intime, vous devez avoir des faits comme ça, vous aussi, qu’il s’est passé tel truc qui vous a sciemment choqué…

Oui, j’ai vécu très jeune la mort de mon mari, donc j’ai des choses qui m’ont choquée, bien sûr, il est mort chez moi, je me souviens très précisément de tout…

Mais, tout jeune, tout jeune…

On peut se souvenir aussi.

Parce que, moi, je vois que je me souviens de trucs, vraiment…

Pourquoi je me souviens de ça, parce qu’à chaque fois, il s’est passé un tout petit truc…

Mais vous vous imaginez, il se passe un truc comme ça, quelqu’un se tue , il y a du sang et tout ça…

Vous êtes gamin..

12 ans, c’est pas vraiment un gamin, parce qu’à 12 ans, moi, je me souviens pas de tout mais de tous les trucs importants qui se sont passés à peu près quand j’avais 12 ans, quoi mais, un truc comme ça, vous ne pouvez pas l’oublier…

Ah bah non !

Un truc comme ça, surtout qu’après dans votre vie, ça suit toute votre vie,

Ce qui s’est passé…

Donc, quand il est arrivé, Guillaume Seznec, il y avait un cadavre dans le salon…

Et oui.

C’est abominable, quand même.

Je ne sais pas si c’est le salon ou la salle à manger, je ne sais pas ce que c’était comme pièces, moi…

Il a dû me le dire, mon père, mais moi j’ai oublié ça…

L’important, enfin ce que j’ai retenu, c’est l’essentiel mais il a dû dire si c’était le salon ou la cuisine… Non, c’était pas la cuisine…

Non c’est pas la cuisine…

C’était pas la cuisine parce qu’Angèle, elle était dans la cuisine, et puis elle est venue de la cuisine quand ça s’est passé et elle, elle l’a vu par terre, hein !

Oui…

Mais la seconde d’après, vraiment ça s’est passé en quelques secondes.

Elle, elle l’a vu par terre, Angèle Labigou  ?

Bah oui… Forcément…

Ah bah oui…

C’était dans la maison, c’est pour ça que je pense que le gars ça serait maintenant, ça ne se serait pas passé parce que les moeurs ont changé et les gens sont moins bigots, il a peut-être fait un geste qui nous paraît nous anodin aujourd’hui…

Oui, une main au cul, on va dire, par exemple…

C’est ce que me dit S… ma compagne…

(rires)

Pas bien, Liliane, pas bien…

Faut bien rire un peu quand même.

On peut pas savoir et puis que, elle, elle a eu un geste malheureux de repousser, et puis…

Vous savez, ma grand-mère, je vais vous dire, parce que ça, je le noterai, ma grand-mère, donc d’ici, de Lormaye, me disait que son oncle à elle il aurait fait des kilomètres pour apercevoir la cheville d’une femme…

Quelle époque !

Oui, moi, je pense que c’est possible…

Parce c’est comme un truc, parce que là vous me faites rappeler autre chose, je pense que c’est vous…

Moi je n’ai jamais lu d’autres, je ne lis que vous…

Bah je parle de tous les autres, comme ça…

Comment ?

Je parle des autres aussi, donc…

Parce que là, ça me fait souvenir d’un truc qui n’a rien à voir mais à un moment donné il y a une histoire sur mon grand père qui revient en vélo de son service militaire, je ne sais plus…

Oui, oui, il revient, et il y a un incendie.

L’incendie, bon.

C’est la naissance de Marie, ça !

Avant que je ne connaisse l’histoire du grand père, mon père il nous parlait de tout ce qui se passait chez lui et il nous racontait cette histoire, voilà…

Il était à son service militaire, à un moment, son père il était revenu…

Oui…

Mon père n’était pas né, c’était…

Non, non, c’était la naissance de Marie…

Il n’était pas né… Mais forcément c’est des histoires dans la famille, après… Qui…

Qui se transmettent…

Voilà quand il était petit et il avait surtout lien avec la bonne, les enfants, parce que mon père disait, la bonne c’était comme si c’était aussi leur mère…

Ah bah oui, elle s’en occupait beaucoup…

Ah oui, oui, donc, il m’avait même expliqué comment ils l’avaient soigné, parce que, à l’époque, il n’y avait pas les techniques actuelles, et il me disait que…

Il a été brûlé…

C’était rapporté forcément, oui, entièrement (brûlé), presque entièrement, donc il avait voulu éteindre l’incendie bêtement et qu’il y avait quelque chose qui avait explosé, et donc il avait été brûlé, voilà…

Avant que les pompiers n’arrivent, alors bêtement il voulait sauver du matériel…Chose qu’on ne ferait plus maintenant…

Oui…

Peu importe, c’est ce qu’il m’a dit…

Oui, il voulait sauver du matériel.

Il m’a même raconté que…

Il avait du matériel à sauver dans cette foutue grange qui avait pris feu…

Oui, ça serait maintenant on ne voudrait pas se brûler pour aller chercher du matériel, mais à l’époque…

Mais lui, il a été brûlé en tous les cas.

Il m’a raconté que, pour le soigner, ça m’avait, je ne sais pas pourquoi j’ai retenu ça, mais il y a longtemps, hein, j’étais petit quand il racontait, la vie de son père…

Oui…

On nous racontait l’histoire, voilà.

Oui parce que, peut-être que ça tenait à cœur à mon père, qu’on connaisse la vie de la famille sans cette histoire-là, je n’en sais rien, moi…

Mais je le pense aussi…

Vous savez les gens qui sont orphelins qui ne connaissent rien de leurs parents, ils passent toute leur vie à chercher…

Ah je sais… J’étais chez une amie, hier, et elle me disait (j’avais complètement oublié) qu'elle est une enfant adoptée, et elle me disait que… Je lui demandais, tu es née sous X, tu as cherché quelque chose, elle me disait c’est par moment, par moment c’est insoutenable..

Et puis à d’autres moments je me dis, je me suis mariée, j’ai fondé ma famille, voilà…

On s’en fout jamais parce que forcément, voilà…

Il faut savoir d’où on vient pour savoir où on va…

Et puis ça devait tenir à cœur à mon père, quelque part, peut-être sentimentalement parlant, lui tenir à cœur à ce que l’on ait connaissance de certaines choses de son père ou de sa vie à lui, et donc il m’expliquait que pour le soigner, les femmes (il m’a dit : les femmes) alors il y avait sûrement je ne sais pas qui c’était, sûrement la femme à mon grand père, mais sûrement d’autres qui… Est-ce que Angèle était déjà là ?

Ah elle était là depuis longtemps, Angèle !

Il y avait aussi Samson, le chauffeur…

Il me disait les femmes elles faisaient des compresses, donc il savait ça parce qu’on lui avait dit, des compresses avec différents produits, et surtout des orties, ils l’enrubannaient d’orties…

Ah oui ?

Oui, ben c’est lui qui m’a dit ça, parce que vous savez, maintenant, lorsque vous êtes brûlé vous allez en hôpital en chambre stérilisée, peut-être pas à l’époque…

Ah bah non..

Moi ma grand-mère quand on avait quelque chose, la bonne à la maison, elle prenait de la pomme de terre crue qu’elle coupait et qu’elle nous appliquait…

Il y avait plein de méthodes…

Dessin de Gérard Berthelot

Les fleurs de lys aussi…

Il m’a peut-être parlé de ça, ça je n’en ai pas le souvenir mais ce qui m’avait frappé, c’était ces histoires d’orties, de cataplasmes avec des orties, et puis il me disait qu’apparemment c’est ce qui lui a sauvé quelque part la vie, parce que, je ne sais pas combien de temps ça a duré, mais ça a dû durer des mois et des mois pour des brûlures comme ça…

Ça ça a été horrible, lui, ce qu’il a souffert !

Lui, il ne l’a pas vu mais certainement que la bonne ou dans la famille il relatait ces faits là dans la vie de tous les jours certainement.

Mais lui, en tant qu’enfant, il l’a forcément intégré.

Et donc je me souviens qu’il nous a raconté, je dis nous car il y avait peut-être ma sœur qui était là, il nous a parlé de ça, c’est pendant qu’on mangeait.

Ah oui, tiens c’est marrant ça, et pourquoi ?

Parce que c’était le moment..

C’était le moment où vous étiez là présents…

Je pense oui…

Oui, et bien voilà, c’est aujourd’hui que je devais le savoir (rires)…

Il m’avait préparée quand même votre frère, hein…

En 2015.

Il m‘avait préparée parce que j’écoute tout ce que l’on me dit, il m’avait préparée intellectuellement à ce que la grand-mère avait peut-être tué, il ne me l’avait pas dit comme ça…

Voilà.

Alors le cadavre de Pierre Quémeneur il faut bien l’emmener, il faut l’enterrer surtout parce que eux, ça me fait penser à la réflexion de Thibault : « Liliane, je veux donner une sépulture décente à cette personne qui est dans mon jardin… »

Il s’en foutait complètement de l’affaire Seznec, Thibault, mais il disait, voilà, le catho, le grand catho…

A mon avis, ils n’ont pas abîmé la personne…

Après où ?

Je ne sais pas, un catho qui va avoir la foi, eux, ils avaient peut-être des…

C’étaient des rites, aussi.

Hein ?

C’étaient des rites…

Ils avaient peut-être les deux, celui qui a la foi, il n’a pas besoin non plus des rites fabriqués par l’homme.

Donc, vous voyez ce que je veux dire, donc on peut dire… « une sépulture correcte » pour moi, dans ma tête, c’est moi qui le dis, dans ma tête à moi, c’est respecter la personne, l’enterrer proprement, et puis faire peut-être…

Il y avait eu une histoire aussi, un moment où il avait été enterré à Lencloître, j’avais fait la piste avec Me Langlois, il y a des gens qui disaient qu’il avait été transporté dans un panier et enterré à Lencloître. C’est loin…

Après, tout est possible.

C’est pas tout près, ça c’est sûr !

Pour vous, c’est pas en Bretagne ?

Comment ?

C’est pas en Bretagne ?

Ah bah écoutez, je ne peux pas vous dire…

Ça serait plus loin ?

Je ne peux pas vous dire.

On ne peut pas. Et personne ne pourrait le savoir.

Mais, à mon avis, Guillaume, il n’a pas fait ça tout seul…

Non, non, je vous le dis qu’il ne l’a pas fait tout seul…

Il a été aidé par un copain, hein ?

C’est ça !

Parce que, moi, ça aurait pu être Angèle, mais vous me dîtes que ce n’est pas possible…

C’est un homme ?

C’est moi qui pense que c’est un homme…

Je pense qu’il a été aidé par un homme.

Vous savez, dans la vie, vous avez toujours, je pense, un vrai ami.

Vous avez toujours ?

Enfin j’espère…

Dans les mensonges, il y a toujours quelque chose de vrai…

Mais, dans la vie de tous les jours, si je vous demande combien vous avez d’amis, vous allez me dire, j’en ai pas ou j’en ai un ou deux…

Sur Facebook (rires)

Ah oui, mais alors, là…

En vieillissant j’en ai de moins en moins des fidèles.

Hein, il faut se le dire, ça aussi.

Mais peut-être que je n’ai plus les mêmes critères qu’à 30 ans…

Des gens sur qui… Voilà…

J’ai vécu donc je sais ce que ça vaut une amitié, hein…

A mon avis, personne n’a beaucoup d’amis, de vrais, donc, dans ces cas-là, vous ne devez compter que sur un ami…

Auquel vous pouvez relater des choses…

Qui est capable d’entendre certaines choses…

Je pense à de Jaegher, moi…

Comment ?

Je pense à de Jaegher. Il y a longtemps que je pense à celui-là…

C’est qui de Jaegher ?

(rires)

André de Jaegher, c’était un pote de Seznec  que Quémeneur n’aimait pas trop parce qu’il devait être beau gosse et qu’il venait souvent à la scierie, et peut-être qu’il était aussi à courtiser Marie-Jeanne, donc…

Oui, Pierre Quémeneur n’aimait pas cet homme-là parce qu’il tournait trop autour de Marie-Jeanne…

Hummmmmmmm

On sait pas, hein ?

C’était vraiment un vrai ami, je pense…

C’était un vrai ami.

C’est le seul qui l’ait défendu, intéressant…

Ah oui, ça me revient maintenant, c’est le seul qui l’ait défendu par écrit en disant que c’était pas lui, donc , s’il l’a dit, c’est qu’il le savait…

Oui, oui…

Moi je vous dis ça comme ça, mais…

André de Jaegher…

On va essayer, voilà…

Peut-être, ça je ne peux pas vous dire.

On n’était pas là…

Vous savez, après, on peut imaginer des tas de trucs..

Moi je ne me fie qu’à ce que j’ai entendu, après le reste si je ne l’ai pas entendu, on peut émettre des hypothèses…

Donc , les trois personnes : Guillaume, Marie-Jeanne et Angèle pas les trois, les quatre…

Les quatre…

Et Petit Guillaume vont faire une promesse de ne jamais rien révéler.

Jurer.

Plus qu’une promesse.

C’est pas « je te promets » mais je jure…

Alors, comment ils ont juré, je sais pas…

Vous savez, une fois, il y a un truc tout bête, un truc qui n’a rien à voir mais…

Oui.

J’étais tout petit enfin c’est vrai que ça me fait repenser à des trucs de gamin..

Bien sûr.

J’allais en vacances, enfin, pour mes grandes vacances, moi, j’allais un mois chez ma grand-mère maternelle, à Magny-en-Vexin…

Oui…

Gentille, très simple, très gentille.

Et l’autre mois d’après c’était ma soeur.

Oui…

Et je jouais avec un gamin – je m’en souviens très bien, il s’appelait Varka, ou un nom comme ça, mais peut importe le nom n’a aucune importance, et un jour, il me dit..

Il m’avait fait jurer sur la tête de ma grand-mère…

Oui…

Je ne sais plus quoi mais un truc, je ne sais plus ce que c’était « Jure sur la tête de ta grand-mère ! » Et…

C’est vachement important de jurer sur la tête de quelqu’un, hein !

J’avais dû dire quelque chose qui était vrai, donc je savais que je ne mentais pas, et puis il me dit : "Jure-le sur la tête de ta grand-mère !"

Oui…

Et puis, alors moi j’avais dit, ben oui, c’est vrai je le jure sur la tête de ma grand-mère.

Pour vous c’était vachement important, c’est ça que vous voulez me dire ?

Mais le fait d’avoir juré, mais j’en ai pleuré alors que j’avais juré quelque chose qui était vrai. Je n’avais pas menti….

Nous, on n’était pas du tout pratiquants, je ne savais même pas ce que c’était qu’un curé…

(rires)

Tout ça, mais j’avais juré…

Rien que le mot « jurer » pour moi était important donc, après je me souviens qu’en retournant jouer – je ne sais pas quel âge j’avais, là, je devais avoir 6 ans, un truc comme ça -  en retournant chez ma grand-mère pour manger, parce qu’on jouait dehors… dans le petit village d’Estrées, il n’y avait pas de bagnoles à l’époque…

J’imagine, oui…

Il n’y avait pas de dangers, disons…

Donc on jouait dehors, et en retournant, je pleurais et ma grand-mère elle ne comprenait pas pourquoi je pleurais…

Oui…

C’était pour ça.

C’est pas vrai ?

Un truc anodin où j’avais juré…

J’avais dit je ne sais pas quoi mais je savais que c’était vrai, le gamin, il avait dû me demander "est-ce que c’est vrai, et puis, jure-le mais jure-le sur la tête de ta grand-mère."

Tout ça c’est important, et même à mon époque…

Et après, moi, je l’avais fait d’emblée parce que je n’avais pas menti, pour moi, ça m’avait perturbé, et j’ai pleuré, je me souviens et je n’ai jamais dit à ma grand mère pourquoi je pleurais…

Alors, maintenant revenons-en à l’époque, aux gens qui étaient croyants, vous savez l’importance que ça avait pour eux s’ils juraient un truc…

Parce que, moi, j’en avais chié quelque part parce que j’avais juré et je ne savais même pas ce que c’était qu’un curé…

Que, pour moi, jurer c’était devenu très important…

J’avais dit « sur la tête de ma grand-mère ! »

Ils étaient cathos, croyants, tout ce que vous voulez…

Alors, vous imaginez quand ils juraient…

Et oui…

Des serments, on ne plaisantait pas avec…

C’est pour vous dire, des gens comme ça qui étaient pratiquement pratiquants, c’était de l’intégrisme religieux, finalement…

Très certainement.

Alors ça, quand ils juraient, ils avaient juré..

C’est après dans la vraie vie ils relativisaient, non, non, jurer c’était important…

C’était un acte.

De jurer.

Donc j’imagine tout ça que bien sûr, après, le fait d’avoir juré devant tout le monde…

Il a improvisé quand même votre grand père ?

Ah bah forcément, vous arrivez…

Il est allé à Paris le bon week-end ?

Hein ?

Il est allé à Paris en voiture le bon week-end ?

Je ne vous comprends pas..

Si, il est allé à Paris en voiture le vendredi 25 mai…

C’est la semaine d’avant que vous voulez dire ?

C’est la semaine d’après.

Ah après ?

Oui oui oui, après coup.

Mais tout seul…

Il était mort l’autre…

Hein ?

Il était mort l’autre donc il est allé à Paris mais tout seul…

Oui, oui, oui ce qui s’est passé c’est une semaine avant.

Ils ont fait…

D’après ce que j’ai compris, il y aurait eu un voyage prévu normal…

Mais qui n’était pas à la date…

Mais il y est allé tout seul ?

Le vendredi 25 mai…

Après, il serait allé tout seul…

Après, il y a peut-être l’histoire du mécanicien qui a peut-être aidé, ça, on n’en sait rien.

Parce qu’en fait, d’après ce que mon père disait, mon grand-père était vraiment très apprécié de certaines personnes et je pense qu’en se remettant dans le contexte de l’époque, parce que vous savez, sans aller à l’époque dont on est en train de parler…

...Moi, je vis dans un petit village, vous savez ce qui se passe dans un petit village, il y a quelqu’un qui fait une connerie dans le petit village…

Ah bah tout le monde le sait..

Mais personne ne le dit.

 

Non, on ne dit pas…

Tout le monde le sait mais personne ne le dit.

Donc, ça a été dit de proches en proches, vous le savez, et puis voilà, en fait quelque part, les gens cautionnent, enfin, d’une certaine façon, en fonction de la connerie les gens vont cautionner ou en fonction de ce qu’on pense de la personne et qu’on sait, oui, en effet, ça c’est vrai, ça c’est faux, vous voyez ce que je veux dire…

Moi j’imagine qu’à l’époque c’est pareil !

Bien sûr.

J’imagine que c’était pareil finalement on sait plus ou moins ce qui s’est passé, là si on parle de cette affaire-là, les gens savent que voilà, un tel est innocent, s’ils pensent ça, et bien voilà, ils lepensent et ils vont faire en conséquence…

Et puis après vous allez avoir des gens qui, eux, justement en voulaient à cette personne-là, et qui, eux, ils vont sauter sur toutes les occasions, preuves ou pas preuves, pour aller salir la personne, c’est des trucs de villages, hein ?

Bien sûr…

Morlaix, là, c’est grand, mais Morlaix je pense qu’à l’époque c’était un petit truc de rien du tout…

Ah bah oui…

Donc, tout le monde se connait, tout le monde se…

Et en plus, les Seznec, ils étaient commerçants, moi, mes parents ils étaient commerçants à Boulogne sur Seine, je peux vous dire que tout le monde savait mes études, mes machins, tout le monde connaissait tout…

Oui…

Les petits commerçants, à l’époque, voilà…

Voilà…

Sans être commerçants, moi je vois dans la commune-là, moi je ne m’occupe pas de la vie intime des gens, mais par contre les gens ils vont tout savoir sur vous…

Ou ils vont tout savoir sur untel..

Ah bah il y a un tel, ils vont vous dire en gros, tout ça c’est marrant…

Ils vont vous dire : "bah une telle elle copule avec machin"…

Bien sûr, moi, on m’attribué des tas d’amants que j’ai jamais eus, mais c’est pas grave…

Non, mais dès fois c’est vrai, dès fois c’est pas vrai alors…

Oui, oui…

Mais bon c’est tout..

Après ils te disent il n’y a pas de fumée sans feu…

Donc, les gens savent des trucs…

Oui.

Ils savent des trucs qui sont forcément faux, mais ils s’occupent de la vie des autres…

Alors, moi, je sais que c’est pas mon tempérament, je m’en fous, à la limite, même si on me dit des trucs, j’oublie… Parce que ça ne m’intéresse pas…

Oui…

J’oublie vraiment, hein, ça passe à la trappe, mais il y a des gens c’est très important pour eux, ils connaissent la vie de tout le monde et vous êtes étonnés qu’ils sachent que vous êtes allé à.. Ou que vous avez fait tel truc à tel moment, pour vous c’est anodin, que vous ayez porté votre poubelle au fond du jardin, vous voyez…

Oui..

Il y a des gens, bon voilà !

Moi j’imagine qu’à l’époque c’était pareil.

Bien sûr. Et voilà !

Mais en pire.

Pareil mais en pire parce qu’il n’y avait pas la télé, il n’y avait pas Michel Drucker, donc ils n’étaient pas occupés…

(rires)

Ah là là là là, bah dites donc…

Donc Petit Guillaume, il a dit « c’est tout simple »

Ah oui, ça serait maintenant…

Il a dit « c’est quelque chose de tout simple, ça serait maintenant ça serait pas une affaire, y aurait une enquête et puis il n’y aurait pas de suites… »

En gros, c’est ce qu’il m’a dit.

Ça  c’est mes mots à moi mais c’est vraiment ce que j’ai retenu de ce qu’il m’a dit…

Vous voyez ce que je veux dire…

Il a dit « il y aurait une enquête et il y aurait pas de suites ? »

Ah, on a été coupé…

Liliane Langellier

 

P.S. Après cette communication téléphonique (et pendant aussi, d'ailleurs) j'ai écrit ce premier billet :

Lundi 26 Mars 2018 : Enfin la vérité dans l'affaire Seznec

 

Affaire Seznec. B.D. Pascal Bresson.

Affaire Seznec. B.D. Pascal Bresson.

L'affaire Seznec. Berthelot, Révillon et Moca.

L'affaire Seznec. Berthelot, Révillon et Moca.

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J
Notre conversation du 26 mars 2018 :

Attention : ne pas oublier que mon père avait 12 ans.

Il avait un souvenir précis de ce qui l'a concerné directement :

- le drame : mort de Mr Quémeneur chez lui à Morlaix. Le retour de son père etc..

- le serment

- la proximité de la famille avec Mgr Duparc, sa prise en charge par ce dernier ensuite etc..

Mais pas de souvenir pour une date : Par déduction c'est un dimanche. .

Il devait aller à Paris avec son père: mais pas d'autorisation de sortie du directeur afin de ne pas perdre des jours d'école.

Tout cela exprimé ci-dessus est sans ambiguïté.

Dans notre conversation du 26 mars, pour le voyage, j'ai relaté ce que mon père a pensé adulte n'ayant pas le souvenir d'une date : souvenirs,approximations et confusions avec d'autres parcours précédents sur Paris dont il avait connaissance (il avait 12 ans) et déductions :il a cherché à déterminer la date..

Pour moi, le dimanche concerné le plus plausible est celui du 27 mai 1923.
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L
Merci, cher Jean-Yves, de votre appel téléphonique et de votre commentaire.
L'histoire de la date est, bien sûr, primordiale dans cette affaire.
Vous semblez dire qu'il n'y a aucune certitude dans les déclarations de votre père à ce sujet.
Je vais regarder de plus près ce que Gabriel, votre frère, m'a écrit.
Et oui, désormais, nous cherchons tous ensemble.
Et "chercher" implique obligatoirement de n'avoir aucunes certitudes préalables.

C
http://www.justice-affairescriminelles.org/Affaire_Seznec/viewtopic.php?f=30&t=1340

"La thèse de Jean-Pierre"
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L
Ah, pardon c'est sur J.A.C.
J'avais compris que c'était sur mon blog...
Parce que vous m'écrivez : "Sur l'ancien blog: "L'affaire Seznec" apparaît un intervenant: Jean-Pierre: qu'est-il devenu ?"
C
Bonjour Liliane,

Sur l'ancien blog: "L'affaire Seznec" apparaît un intervenant: Jean-Pierre: qu'est-il devenu ?

Bien cordialement
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L
Oui, Christophe...
Mais ce commentaire, c'est sous quel article de blog ?
C
L'article est: "la thèse de Jean-Pierre", qui doit être belge.

Voici un extrait: "Quant à Gherdi, il n’intervient dans cette affaire que parce qu’il avait remis sa carte de visite à Quémeneur l’année précédente. Ce dernier s’en est servi pour donner un semblant de vérité à la fable du trafic des cadillac à destination de la Russie, fable qu’il avait montée pour attirer Guillaume Seznec dans ce fameux voyage à Paris. Le seul moyen qu’avait Quémeneur d’y parvenir, était de faire miroiter des profits substantiels à Seznec toujours à court d’argent. Parce qu’il faut rétablir la vérité, ce n’est pas Seznec qui a entraîné Quémeneur à Paris comme le jugement de 1924 l’a prétendu, mais l’inverse (ce que la Cour a implicitement reconnu).

Si l’on avait retrouvé le corps de Quémeneur (sous réserve qu’il ait été tué) il n’y aurait pas eu d’affaire Seznec. L’exploit a consisté à persuader qu’il avait bien été assassiné et qui plus est, par Seznec. Ainsi le doute qui aurait du logiquement lui profiter à servi à le condamner. Ce "rideau de fumée" continue de nos jours à fonctionner et je constate que tous ceux qui s’intéressent à l’affaire ont pour première préoccupation de s’interroger sur ce qu’a bien pu devenir le corps de Quémeneur : Plourivo, le Puits Gallo, le café Au Tambour, la chaufferie de Traon ar Velin …
Cette question est secondaire car elle exclut l’hypothèse de la fuite de Quémeneur à l’étranger.

J’ai déjà exprimé ma conviction que Seznec avait été victime d’une escroquerie et d’une machination qui ont parfaitement (ou presque) fonctionné..." (2007), Catégorie: "Seznec: coupable ou innocent" (Forum Affaire Seznec).
L
Bonjour Christophe !
Il était sous quel article le commentaire de Jean-Pierre ?