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Affaire Seznec Investigation

Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 680 articles.

Affaire Seznec : Léon Turrou était-il à bord du Berengaria du 21 mai 1923 ?

Quelle utilité peuvent avoir les mots si nous ne les utilisons pas avec précision ?
Natasha Illum Berg.

Berengaria First Class Lounge

 

Toute la construction intellectuelle (???) du roman de nouvel auteur est basée sur ce fait :

Léon George Turrou aurait voyagé à bord du Berengaria New York / Cherbourg et aurait débarqué le Lundi de Pentecôte 21 mai 1923.

Il aurait joint illico Guillaume Seznec.

Qui, lui, aurait téléphoné à Pierre Quémeneur à Landerneau, le soir même.

Seulement voilà….

On a beaucoup cherché (Thierry, plus)...

Et on n'a pas réussi à trouver une seule liste de passagers qui nous le prouve.

Les deux seuls listes de passagers de 1923 où se trouve notre Turrou sont les suivantes :

 

1/ Le 25 mars 1923. Arrivé à New York, avec femme et enfants, sur le navire "Paris" au départ du Havre :

 

2/ Le 13 juillet 1923. Arrivée à New York, seul, sur le Berengaria au départ de Cherbourg.

Entre ces deux voyages, on n'a aucunes traces d'un retour en France de notre ami Léon.

Pourquoi le paquebot Berengaria plutôt que Le Paris ou Le Mauretania, ou tout autre bateau de la Cunard #oupas ???

Je pense qu'il y a là un rapprochement facile avec le voyage retour de notre Turrou le 7 juillet 1923, justement sur Le Berengaria.

 

Pour l'arrivée à Cherbourg du Berengaria le 21 mai 1923...

C'est Thierry Lefebvre qui a trouvé les docs sur "The Chicago Tribune and the Daily news, New York" des 14, 20 et 22 mai 1923 :

 

Le Berengaria est bien arrivé le Lundi de Pentecôte 21 mai 1923 à 16 heures à Cherbourg.

Mais Léon Turrou était-il  ou non à bord : That is the question...

Et, c'est là qu'intervient Marc du Ryez, dans son dernier commentaire du jour :

"Vous aviez raison de considérer que, le temps de débarquer, Turrou (dépourvu de passeport diplomatique) devait se ruer sur un téléphone pour contacter Seznec avant 20 heures. Or, il n’existait pas de port en eau profonde à Cherbourg à l’époque, car la décision de construire celui-ci n’a été prise que le 23 novembre 1925. À l’époque, on utilisait la gare maritime de 1912, remplacée en 1933. Les transatlantiques restaient dans l’immense rade et des transbordeurs venaient chercher les passagers pour les conduire à la gare maritime. Cela prenait plusieurs heures, sans compter les contrôles en salle des douanes. Je vous donne un exemple qui date du 29 mai 1925 :

"À 5h30, 3 transbordeurs, le Traffic, le Nomadic et l’Alsatia, appareillent pour accoster le Majestic mouillé en rade de Cherbourg. Les passagers du Majestic débarquent à 8h. Ces derniers quittent Cherbourg à 9h15 en empruntant des trains spéciaux.

Le "planning" de Turrou était "assez serré", effectivement."

 

Vous m'objecterez :  si Léon George est reparti en juillet 1923...

C'est bien qu'il était revenu en France, non ?

Oui...

Mais pour que tout cela colle avec l'hypothèse de notre nouvel auteur...

Turrou rencontre Hoover dans la semaine du 4 au 10 mai 1923 à New York.

"Le prochain départ de New York est situé vers le 15 mai avec une arrivée prévue à Cherbourg le 20 ou 21 mai. Nous n'avons pas retrouvé la liste des passagers sur la ligne New York - Cherbourg. Par contre, il est bien sur la liste des passagers de retour vers les Etats-Unis, au départ de Cherbourg, le 7 juillet 1923." in Affaire Seznec : Les archives du FBI ont parlé".

Pour que tout colle dans le scénario du brocanteur, il faut que Turrou soit en France entre le 21 et le 26 Mai 1923.

Le 21 mai pour téléphoner à Guillaume Seznec, avant 20 heures, pour amorcer l'arnaque.

Le 26 mai, pour aller avec Pierre Quémeneur à la Bankers Trust de la Place Vendôme, pour finaliser l'arnaque.

"Le samedi 26 mai, Pierre Quéméneur rencontre Léon Turrou. Il verse un dépôt de garantie de 60.000 FF. Il doit encore déposer une rallonge de 40 000 FF quand il aura touché le chèque de Pouliquen. Il se présente deux fois au bureau de poste mais le chèque n'est pas arrivé. Les deux hommes ont rendez-vous l'après-midi pour finaliser le détail du marché des Cadillac. Mais, en fin d'après-midi, Léon Turrou est introuvable. Pierre Quéméneur se présente à sa banque la Bankers Trust, Place Vendôme, où il apprend que le compte a été vidé. Léon Turrou a pris le train pour Monaco où il va mener grande vie. Il dispose d'environ 160 000 FF car il vient d'arnaquer des commerçants russes."

Or, même s'il est reparti vers le 7 juillet 1923 à New York...

Turrou peut être revenu en France à une toute autre date...

Entre le 15 mai et le 6 juillet 1923.

Et via un tout autre bateau..

Qui aurait accosté à un tout autre port..

Capisce ?

 

Liliane Langellier

P.S. Le voyage à Monte Carlo :

 

D'après le Chaix de 1922, Paris - Monte-Carlo = 1104 kms.

Le prix d'un billet de 3è classe (le moins cher) est de 10,65 fr les 120 kms soit 95,85 fr pour 1080 kms + 2,15 fr pour les 24 kms supplémentaires pour atteindre les 1104 kms. Ce qui fait un total de 98 fr. En 1ère classe, ça coûtait 233,20 fr. En 2de, 153,65 fr.

 

Paris - Marseille = 862 kms Marseille - Monte-Carlo = 242 kms

Total = 1104 kms.

En prenant le train de 15h15 à Paris, il arrivait à 11h11 le lendemain à Monte-Carlo.

 

P.S. 2 Dans son ouvrage, le dernier auteur nous conseille ce lien pour en savoir plus sur Léon George Turrou.

Il y est écrit ce qui suit :

Overview (4)
Born in Kobryn, Poland, Russian Empire [now Kobryn, Belarus]
Died
Birth Name Leon George Turrou
Height 5' 8" (1,73 m)

Mini Bio (2)

Leon George Turrou was born on 14 September, 1895 in Kobryn, Poland (then part of the Russian Empire), of French and Polish parents. His father had died six months before his birth and his mother passed away not long after. Turrou was eventually adopted by a well-to-do merchant and spent much of his youth living in Egypt, India, China, Japan and Australia. He attended schools in Berlin and London before moving to America at the age of eighteen. There his fluency in seven languages landed him a job as a translator at the New York Times.

In 1916 Turrou joined the French Army and was soon sent to fight on Eastern Front. Wounded in an engagement with the Germans, Turrou was recuperating in Paris when he fell in love with a Polish girl who had lived in China. After the war the couple moved to China where Turrou found work as an administrator and became the father of two sons. Sometime later Turrou's wife Teresa and their two young sons, Edward and Victor (at the time Teresa may have been pregnant with Victor) traveled to Siberia to visit her family. Later, after his wife and children failed to return, Turrou was told that they had all been murdered during the chaos that followed the Russian Revolution.

After the death of his family, Turrou returned to America and joined the US Marine Corps. While stationed in France he was assigned to accompany the American Relief Organization's mission to Moscow. There, he took the opportunity to travel to Siberia to investigate the disappearance of his family. Much to his surprise and relief he discovered that they were alive and well.

On 13, July, 1923 Turrou returned with his family to America and started a business importing dehydrated mushrooms from Poland. After the venture collapsed he found employment as a postal clerk at the New York Post Office. Not long afterwards he became Postal Inspector and, because of his language skills, was put to work translating suspected obscene material from overseas.


In 1928 an interview with FBI chief, J. Edgar Hoover, led to his appointment as an agent even though he lacked the normal qualifications required of most prospective FBI agents. Over the next decade Turrou would be involved in a shootout with "Pretty Boy" Floyd, the Lindbergh baby kidnapping investigation, the investigation of the Kansas City Union Station murders (in which an attempt was made on his life) and the investigation into the crash of the USS Akron (ZRS-4), a rigid helium-filled airship that crashed off the coast of New Jersey. But the case that brought him his most notoriety was his participation in the smashing of a Nazi spy ring in 1938. After the successful conclusion of the Nazi spy case, Turrou resigned from the FBI to write "Nazi Spies in America" (1938). Upon learning of Turrou's plan to write a book, Hoover rejected his resignation and fired him.

During World War Two Turrou served on Gen. Dwight D. Eisenhower's staff as an intelligence officer and at the close of the war was instrumental in the rounding up of some 35,000 suspected Nazi war criminals. In 1945 Turrou was awarded the Bronze Star in recognition of his service to his country. Turrou's book, "Where My Shadow Falls" (1949), chronicles his experiences with the FBI and as a lieutenant colonel with the CID during the war. Turrou's son, Victor, served as a Second Lieutenant with the US Army 66th Bomber Squadron 44th Bomber Group. He was killed in action on 16 August, 1943 and interned at the American Military Cemetery at Nettuno, Italy, 38 miles south of Rome.

In 1949 Turrou began working for billionaire Jean Paul Getty in matters pertaining to security. He spent most of the rest of his life living in Paris, France, where he became known as the unofficial "American Mayor" of Paris and served as commander of the Paris chapter of the Veterans of Foreign Wars. In 1976 he served as translator between Vietnamese officials and a private group of Americans in a fruitless attempt to ascertain the fate of USAF pilot Capt. Robert L. Tucci, who was shot down over Laos in 1969.

Leon George Turrou died on 10 December, 1986, probably in Paris.

- IMDb Mini Biography By: John F. Barlow

Leon had two sons with Teresa. The oldest, Edward A. Turrou, was born in Tayga, Siberia on November 10, 1918. The youngest son, Victor Turrou, was born there, also, on December 9, 1919. Leon and his family left Russia from Vladavostok. Edward's earliest memories were of people hanging by their necks from telephone poles, killed by the communist revolutionaries, when the train that he and his family were on entered, passed through and left towns along the Trans Siberian railroad.

It was March 9, 1923 that Leon and his family arrived in New York City, not July 23, 1923.

Leon became a naturalized citizen of the United States on Feb. 7, 1921.

- IMDb Mini Biography By: Robert M Turrou

Spouse (1)
Teresa Turrou (? - ?) ( 2 children)

"En 1916, Turrou rejoint l'armée française et est rapidement envoyé combattre sur le front de l'Est. Blessé lors d'un engagement avec les Allemands, Turrou se remettait à Paris lorsqu'il est tombé amoureux d'une Polonaise qui avait vécu en Chine. Après la guerre, le couple a déménagé en Chine où Turrou a trouvé du travail en tant qu'administrateur et est devenu père de deux fils. Quelque temps plus tard, l'épouse de Turrou, Teresa, et leurs deux jeunes fils, Edward et Victor (à l'époque où Teresa était peut-être enceinte de Victor) se sont rendus en Sibérie pour rendre visite à sa famille. Plus tard, après que sa femme et ses enfants ne soient pas revenus, Turrou a appris qu'ils avaient tous été assassinés pendant le chaos qui a suivi la révolution russe.

Après la mort de sa famille, Turrou est retourné en Amérique et a rejoint l'US Marine Corps. En poste en France, il a été chargé d'accompagner la mission de l'Organisation américaine de secours à Moscou. Là, il en a profité pour se rendre en Sibérie pour enquêter sur la disparition de sa famille. À sa grande surprise et soulagement, il a découvert qu'ils étaient bien vivants.

Le 13 juillet 1923, Turrou revint avec sa famille en Amérique et fonda une entreprise d'importation de champignons déshydratés de Pologne. Après l'effondrement de l'entreprise, il a trouvé un emploi de commis des postes au New York Post Office. Peu de temps après, il est devenu inspecteur des postes et, en raison de ses compétences linguistiques, a été contraint de traduire des documents obscènes suspects de l'étranger."

R.M.S. BERENGARIA.

R.M.S. BERENGARIA.

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Thierry Lefebvre 05/03/2020 07:52

Joli travail de Marc, bravo !
Mais le Berengaria était prévu d'arriver le 22 mai, et ça Vilain l'ignorait !
Turrou a aussi bien pu arriver un autre jour au Havre, comme le 20 mai sur le Lafayette, qu'il a déjà emprunté en 1919, ou en juin à Marseille.
On ignore totalement si il était à Paris le 26 mai.

Marc du Ryez 04/03/2020 18:02

J’ai consulté aujourd’hui le registre des entrées et sorties du port de Cherbourg, et je peux confirmer la date du 7 juillet pour l’embarquement à Cherbourg à destination de New York. Je vous donne ci-dessous la liste des passages à Cherbourg du Berengaria de fin avril à début août. Chaque fois il arrive et repart le même jour. Je n’ai malheureusement pas les heures, mais j’ai d’autres détails, et bien entendu il est indiqué qu’il stationne dans la rade (c’était impossible à quai). Je pourrai vérifier les mouvements de tout autre bateau dans le port si besoin est plus tard.

30 avril, provenance : New York, destination : Southampton
5 mai, S-NY
21 mai, NY-S
26 mai, S-NY
11 juin, NY-S
16 juin, S-NY
2 juillet, NY-S
7 juillet, S-NY
23 juillet, NY-S
4 août, S-NY

Marc du Ryez 04/03/2020 19:22

Pour Cherbourg, deux paquebots en provenance de New York le 19 mai, un le 20 mai, un le 21 mai (Berengaria) et un le 22 mai, mais le Berengaria est de loin le plus grand et peu de passagers descendent des autres paquebots : 41, 9, 40 et 24, à comparer aux 282 touristes et 89 émigrants du Berengaria (l’article américain ne donne que 39 passagers de troisième classe, mais le 8 est très bien formé et indiscutable sur le registre du port).

Liliane Langellier 04/03/2020 18:39

Merci, Cher Marc…
De mémoire, Thierry avait repéré 5 paquebots entre le 20 et le 22 mai 1923 ayant accosté à Cherbourg et au Havre...
Et on ne sait même pas si il est arrivé en France à ces dates.

Marc du Ryez 04/03/2020 10:46

Bonjour, chère Liliane. Attention, la mini-biographie sur IMDB écrite par John F. Barlow contient de nombreuses erreurs. Certaines ont été corrigées par Robert M. Turrou (qui doit s’y connaître un peu) dans son texte additionnel que vous citez également. L’histoire des champignons est visiblement mal située par Barlow, ainsi que les mouvements entre la Chine et la Sibérie. Je pense, par contre, que le fait que Turrou a cru sa famille massacrée pendant près de deux ans est vrai, mais entre 1919 et 1921. Bertrand Vilain considère qu’il a abandonné son épouse enceinte et émigré aux États-Unis "pour refaire sa vie" car c’était "un personnage pas très sympathique et assez immoral", mais certainement à tort.

Marc du Ryez 04/03/2020 17:37

En effet, non seulement ses sources ne sont pas fiables, mais il ne les lit par correctement.

Liliane Langellier 04/03/2020 11:16

Oui, je sais, Marc. Mais c'est justement pour cela que j'ai indiqué la principale source que l'auteur nous conseille dans son ouvrage.