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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 900 articles.

Affaire Seznec. Le canular de Guillaume Seznec à Ouessant...

« Qui voit Molène voit sa peine.
Qui voit Ouessant voit son sang.
Qui voit Sein voit sa fin.
Qui voit Groix voit sa croix. »

Dessin de Zac Deloupy

 

"L'île d'Ouessant est distante de vingt kilomètres de la côte ouest du Finistère. Elle s'étend sur huit kilomètres de long et sur quatre kilomètres de large, et elle est la terre habitée la plus occidentale de la France métropolitaine. Commune insulaire, elle compte aujourd'hui environ 800 habitants (au début du XXe siècle, elle en comptait plus de 2 900), la plupart vivant au bourg de Lampaul."

 

Toute cette histoire commence par un mensonge.

Notre brocanteur n'a jamais trouvé la lettre de Guillaume Seznec d'Ouessant dans "ses vieux papiers"...

C'est bien sûr, Denis Seznec, qui, las d'avoir cette sangsue sur le dos, lui aura refilé quelques biscuits...

Pour avoir la paix.

Sangsue qui désirait tellement voir son nom associé à une dernière demande de révision.

 

Le texte des lettres

1/ La lettre du 11 mai 1916

"Cher Eugène, Me voilà à Ouessant déjà depuis quelques jours, séjour qui m'était promis depuis si longtemps. Enfin, ce qui me console c'est que je ne suis...

Probablement l'air qui est très vif ici. Il me répond que quand il faisait l'auto l'air devait être encore plus fort donc il y a quelqu'un qui les a renseignés. Comme adjudant nous avons le maréchal instructeur Recouvrance qui fait ici service comme 36. Le courrier part. Bien à toi ainsi qu'à Mme Gueguen. Guillaume."

Quand on effectue une période militaire, parle-t-on de "séjour" ???

D'un séjour qui lui était promis ???

D'un séjour qui lui était promis depuis si longtemps ???

Reprenons...

Les seules casernes d'Ouessant étaient celles de l'Infanterie de Marine qui se trouvaient à la sortie de Lampaul.

Vue générale des casernements de Kernigou, à l'entrée de Lampaul, pour loger les 300 soldats du 21e régiment d'infanterie coloniale.

En 1916, le régiment de Guillaume Seznec, le 87e R.I.T. a quitté Ouessant depuis deux ans déjà pour aller se battre dans l'Est.

Alors que vient donc foutre le Guillaume à Ouessant ???

Petit rappel : il y avait traditionnellement beaucoup de contrebande à Ouessant avec l'Angleterre.

Édouard Corbière, dans Les pilotes de l'Iroise : roman maritime, publié en 1832, écrit :

« Vers la fin de la paix de 1783, c'était une bien bonne île qu'Ouessant, pour ceux qui l'habitaient, et qui ne connaissaient qu'elle. Le tabac et le rum [rhum] y parvenaient en franchise, avantage dont ne jouissaient pas, à coup sûr, les fumeurs et les buveurs du continent. Aussi il fallait voir avec quelle luxueuse prodigalité les heureux insulaires consommaient les denrées qu'ils se procuraient à bas prix ! Lorsque les pêcheurs de sardines de la côte voisine abordaient les bateaux d'Ouessant, que de pipes se chargeaient ! Combien de gorgées de rum [rhum] se flûtaient entre les marins de Camaret ou de Douarnenez, et ceux de l'île privilégiée ! »

La seule poudrière sur Ouessant. Celle de la caserne Kernigou.

L'armée française n'a certes pas besoin de lui sur l'île.

Que pourrait-il bien garder à la poudrière de la caserne Kernigou ???

Qui est Eugène ???

Qui est Mme Gueguen ??? 

Le broc s'en tape.

Ce qui compte (comme toujours) pour lui, c'est de venir frimer avec ces documents "exclusifs".

"Considérant la teneur des 2 courriers, il s’agit plus d’une mesure disciplinaire suite à un refus de permission par un adjudant. » analyse Bertrand Vilain qui a déchiffré ces deux missives."

Si Guillaume Seznec a été transféré sur l'île d'Ouessant par mesure disciplinaire...

C'est donc qu'il n'était pas volontaire !!!

Man Dieu !

Et, en 1916, on sait tous que Seznec s'occupe de sa blanchisserie à Saint-Pierre-Quibignon.

 

1/ La lettre du 17 mai 1916

"Cher Eugène, En réponse à ta lettre du 12 courant, je n'ai plus aucune notion...

J'ai écrit au commandant d'ici mais il aurait fallu les certificats que vous avez pu obtenir pour que je puisse faire une demande de sursis par voie hiérarchique. Tu m'excuseras de mon écriture car j'écris sur mes genoux. Tu dois bien comprendre ce que c'est.

Bien à toi Eugène, mes respects à Mme Gueguen.

P.S. Mon papier n'est pas grand alors je ne peux t'écrire plus long."

D'après la légende dorée...

Guillaume Seznec se serait donc porté volontaire pour aller défendre la poudrerie d'Ouessant en 1916.

Poudrerie qui n'existe pas.

Et là...

Bim, bam, boum...

Il parle de demander un sursis par la voie hiérarchique !!!!!!

Drôle de façon de se porter volontaire pour combattre l'ennemi !!!!

Tout cela n'est pas clair.

Il ne suffit pas de publier des morceaux de papier.

Encore faut-il avoir la finesse nécessaire pour pouvoir les analyser.

Et, ça, dormez tranquilles, braves gens, ça, c'est pas pour demain.

Un pti dernier pour la route...

En direct de notre autrice rose bonbon : 

"Guillaume Seznec semble avoir été envoyé à la poudrière d'Ouessant par mesure disciplinaire. Il ne semblait pas en être ravi ! Travailler sur des explosifs n'est pas une sinécure !"

Une fois de plus...

Si c'est par mesure disciplinaire, il n'était donc pas volontaire.

Elémentaire mon cher Watson !

Et vla-t'y-pas que le gars Seznec, travaillant sur des explosifs, a risqué de sauter maintenant...

Fortius, altius, citius !

Mais surtout cunnus.

Le Master 2 de psychopathologie clinique "ne fait rien à l'affaire" (cf la chanson de Brassens).

Rien ne les arrête : voilà maintenant que les deux sbires complotistes sont partis sur l'hypothèse de messages codés de Guillaume Seznec à Eugène...

En attendant que vienne le décodage...

Je rappelle que, le jeudi 21 septembre 1916, Guillaume Seznec était bel et bien à Brest.

Et qu'il n'est donc jamais parti une année entière à Ouessant.

Dont acte.

 

Liliane Langellier

 

Un peu d'histoire (source : La Gazette N°163)

"Lors de la Première Guerre mondiale, les combats terrestres eurent lieu essentiellement dans l’Est du territoire. Mais sur la côte atlantique, les îles furent également mobilisées. Car sous l’impulsion de l’amiral Von Tirpitz, l’Allemagne a construit la deuxième flotte mondiale en tonnage. La maîtrise des mers est essentielle et a quatre buts : éviter une invasion, lancer des opérations sur le littoral ennemi, assurer la liberté des communications maritimes et détruire le commerce de l’ennemi. Pour atteindre ces objectifs et concourir à la défense du territoire, les îles ont donc un rôle primordial. Poste avancé en pleine mer, une île est un point d’observation idéal pour surveiller les mouvements maritimes. Aussi, les fortifications à usage militaire souvent construites par Vauban sont réarmées.
Les bastions, redoutes, casemates tombés en déshérence sont réactivés et dotés d’un effectif allant de quelques hommes à un bataillon en fonction de l’ampleur de la mission. Mais l’état-major profite de cette présence pour transformer les fortifications en camps de prisonniers et les militaires en garde-chiourmes.

La France de l’Ouest était armée par les réservistes des régiments d’infanterie territoriale. Le commandement y affectait des hommes âgés de 34 à 49 ans, plus assez entraînés ou handicapés suite à des blessures, qui ne pouvaient plus être intégrés dans une unité de ligne. Dès 1914, le plan de mobilisation prévoyait leur emploi à la police des frontières, à l’occupation et la défense des places fortes, à la garde et à l’escorte des prisonniers. Les militaires affectés dans les îles étaient employés comme sentinelles pour la surveillance des flottes ennemies, l’amélioration des performances de l’artillerie, les soins aux blessés, la garde des internés civils et des prisonniers de guerre. Les correspondances officielles ont majoritairement été détruites. Ainsi, les traces des militaires en poste ne subsistent que grâce à des courriers personnels, le plus souvent sur cartes postales.

Ballon militaire à Saint-Pierre-Quilbignon

Île d’Ouessant

Le grand rêve de batailles navales décisives, entre escadres en ligne se faisant face, est mis à mal dès le début de la Première Guerre mondiale. C’est la guerre sous-marine qui prédomine et la Bretagne ne devient zone de combat qu’en 1916. Des postes de vigie par ballons captifs sont installés sur l’île d’Ouessant et prennent la relève de la défense côtière."

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