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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 880 articles.

Affaire Seznec. De l'importance d'un chef de gare...

Il y avait dans une gare de banlieue
Un petit chef de gare amoureux,
Amoureux fou comme c'est curieux,
D'une voyageuse imaginaire ...
Il l'attendait les soirs d'hiver
Sur les quais transis et déserts
Sous la lumière des réverbères
Il l'attendait comme le bon Dieu ...
Les gens le trouvaient pas sérieux
Il ne sifflait qu'un train sur deux
Et souvent on faisait la queue
Quand il arrosait ses primevères ...
Partout il écrivait des vers
Pour son aimée imaginaire...
Art Mengo

Je viens de revoir "La bataille du rail", l'oeuvre de René Clément (1947)....

Savez-vous que la plupart des scènes de ce chef-d'oeuvre ont été tournées en Bretagne et notamment à Plouaret ?

En visionnant ce remarquable film, j'ai réalisé l'importance d'un chef de gare dans ces années-là.

Dans notre affaire Seznec, on parle là de Pierre Piau.

"A l’époque, le Chef de gare était un notable. Aujourd’hui si la fonction existe toujours, chef de l’unité opérationnelle gare, elle a perdu de son prestige par la sectorisation des branches d’activités de la SNCF.

Si une petite gare n’offre – dans sa simplicité champêtre – aucun sujet d’étonnement, une gare d’importance, par contre, avec ses enchevêtrements de voies, ses nombreux bâtiments aux rôles méconnus et son animation permanente, paraît aux voyageurs un monde quelque peu mystérieux. La gare a toujours un double rôle : technique et commercial.

Sa fonction technique consiste à assurer la circulation des trains, à les recevoir, à les former et les expédier en temps voulu. Son activité commerciale consiste à assurer la liaison avec le client. Voilà brièvement définies les deux principales responsabilités d’un chef de Gare. Mais il est bien évident que la fonction varie énormément selon l’importance de la gare.

Mais qui était le chef de gare ?

Au commencement des chemins de fer, les Compagnies vont recruter leur personnel dans les trois grandes familles de Français à l’époque. Chez les « Compagnons du Tour de France » pour en faire des ouvriers du Service de la Traction. Parmi les « Gens de la terre » pour alimenter le Service de la Voie. Enfin, les Compagnies recruteront massivement les gens instruits "ceux qui sont allés à l'école" pour en faire les « Môssieurs » du Service de l’Exploitation notamment les Chefs de gare.

Dans une gare importante, le Chef de gare était un notable que l’on n’oubliait jamais d’inviter aux cérémonies officielles où il représentait, en grande tenue, sa Compagnie.

Au travail dans sa gare, il officiait en uniforme coiffé de sa casquette ornée de feuilles de chêne et de lauriers entrelacées, pour bien marquer sa position de commandement. Un sabre complétait même la tenue jusqu’au jour où Napoléon III décida de leur retirer cet accessoire honorifique.

Ah l’uniforme des cheminots, en a-t-il fait couler de l’encre avec tous ces rappels sur les manquements observés dans la tenue ! Pas de laisser-aller dans le port de la tenue rappelait sans cesse le Chef de gare à ses hommes en « contact ». Comprenez en contact avec le public ! Tout agent « en contact » devait porter chemise blanche et cravate noire, une tenue propre et boutonnée, des chaussures noires cirées !

Le Chef de gare arpentait sa gare, donnait ses ordres, surveillait le travail de ses hommes et s’assurait du respect des consignes de sécurité. Il devait avoir l’œil sur tout et intervenait si nécessaire pour redresser une situation contraire à la sécurité.

Les Sous-Chefs et les Facteurs l’aidaient dans sa tâche mais il restait responsable du bon fonctionnement général de sa gare aux yeux des dirigeants de la Compagnie du P. L. M. Il répondait de sa responsabilité en cas d’accident ou d’incident grave.

Et bien entendu le Chef de gare habitait sa gare. Nous disons bien Sa gare car il est ici chez lui et il ne lui viendrait jamais à l’esprit d’aller habiter ailleurs. Le logement est spacieux, confortable à la hauteur du rang de Môssieur le Chef de Gare.

Depuis son appartement, il bénéficie d’une vue imprenable sur sa gare. Qu’il soit au travail ou en repos il veille donc sur sa gare, sur ses hommes et sur le bon déroulement du service. Dans la surveillance, il était très souvent secondé par son épouse qui ne manquait jamais de lui rapporter les petites entorses au règlement qu’elle avait observées et qui avaient pu lui échapper."

..............................

Ouest-Eclair du 13 octobre 1923

En 1923...

Notre ami Pierre Piau était chef de gare à Houdan.

Pierre Piau est né en Ille-et-Vilaine, à Pocé-les-Bois, le 31 mars 1868. 

Il est donc de la Classe 1888 (Vitré) Numéro 171. 

Service militaire du 12/11/1889 au 1er/10/1892.

Il a été maréchal des logis au 10e Escadron des Trains.

Il s'est battu contre l'Allemagne.

En 1893...

A 25 ans...

On le retrouve chef de gare à Châtelaudren dans les Côtes d'Armor.

A 30 ans...

Le 19 avril 1898, il a épousé Louise Guégan, née à Binic (Côtes d'Armor) le 12 décembre 1876.

A 32 ans...

Son fils, Roger, naît le 29 novembre 1900 à Ploumagoar (Côtes d'Armor).

Ci-dessus Roger Piau nourrisson à Plomagoar (recensement 1901).

Pierre Piau se bat contre l'ennemi du 2 août 1914 au 30 novembre 1918.

En 1922...

A 54 ans...

Il est à Etretat [Ci-dessous recensement 1921].

Médaille d'honneur des chemins de fer décernée le 11 février 1922 à Piau (Pierre) sous-Chef de gare à Étretat, 32 ans de service. (J.O 18.2.1922).

A 55 ans...

Chef de gare de Houdan...

Il témoigne dans l'affaire Seznec.

Procès-verbal d’interrogatoire de Pierre Piau par le juge d’instruction Campion du 29 juin 1923 (source Denis Langlois).

En 1926, sur le recensement de Houdan :

En 1931...

Il ne figure plus dans le recensement de la gare.

Ni parmi les habitants de Houdan (lu tout le recensement).

En 1933...

A 65 ans....

Où vit-il ???

L'Intransigeant du 4 juillet 1933

 

L'âge normal de droits à la retraite des chefs de gare n'était-il pas de 55 ans ???

Tout cela pour dire que l'ami Piau était un personnage important à Houdan en 1923.

Et que ses dires étaient respectés.

Pourquoi cet homme aurait-il menti ?

Pourquoi Seznec et les siens accusent-ils de mensonges tous les témoins ?

Facile, trop facile comme technique pour s'en sortir.

 

Liliane Langellier

P.S. Après réponse de la mairie de Houdan...

Aucun décès de Pierre Piau dans les tables décennales de 1903 à 2002.

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