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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 880 articles.

L'affaire Seznec dans la France de 1923....

C'est mal parce que c'est bien ; c'est bien parce que c'est mal !
C'est la devise des Années folles.

C’est l’époque de la vertueuse IIIe République.

Celle où les ministres sautent comme les bouchons de champagne dans les salons particuliers.

Une seconde « Belle Epoque », qui succède à une guerre cruelle et dévastatrice.

Alexandre Millerand est président de la République.

Maurice Maunoury, maire de Luisant, député de Chartres, est ministre de l’Intérieur.

Louis Florentin Marlier est directeur de la Sûreté Générale, surnommée « La Secrète », sise 11, rue des Saussaies dans le VIIIe arrondissement de Paris.

Et la Chambre a été repeinte en bleu horizon.

La France a enterré ses morts du premier conflit mondial.

1 million 700.000 morts (militaires et civils confondus).

600.000 veuves et un million d'orphelins.

30.000 monuments aux morts sont érigés dans les communes françaises.

Le 11 novembre 1920, la tombe du soldat inconnu est inaugurée en grandes pompes sous l'Arc de Triomphe de l'Etoile.

Pour continuer dans l'horreur, la grippe espagnole fauche 200.000 Français.

La France honore ses blessés.

Le colonel Yves Picot invente le terme "gueules cassées" pour les 15.000 poilus blessés au visage.

La France entière rêve de revanche...

Les anciens combattants se réunissent dans des associations. Et animent des réunions patriotiques.

Le 11 janvier 1923, les troupes françaises et belges occupent la région de la Ruhr.

Eros et Thanatos...

Les années deviennent folles.

Le jazz entre en scène.

Le tango chavire les corps.

Les Parisiennes guinchent des nuits entières sur les airs de charleston de Sydney Bechet.

Elles ont coupé leurs cheveux, raccourci leurs jupes et portent des chapeaux cloches.

Elles fument des cigarettes dans ces luxueux cafés de Montmartre et de Montparnasse : La Coupole, Le Dôme, La Rotonde.

Coco Chanel leur invente son jersey.

Victor Marguerite leur écrit "La garçonne" chez Flammarion.

Les années deviennent folles.

Paris est un immense dancing.

Où l'on s'essouffle jusqu'à l'aube pour oublier l'horreur.

Les surréalistes, André Breton, Robert Desnos, Paul Eluard, Louis Aragon, occupent le devant de la scène culturelle.

Marcel Proust meurt en 1922 après avoir achevé sa Recherche du Temps Perdu.

Raymond Radiguet publie son Diable au Corps.

Colette ose Le Blé en Herbe.

C'est à Paris que tout se passe.

C'est à Paris que l'on trouve les grands journaux : Le Petit Parisien, Le Figaro, Excelsior, L'Intransigeant, Le Matin...

Et Comoedia pour la culture.

Les grandes plumes, ces "flâneurs salariés" selon la formule d'Henri Béraud, se nomment Albert Londres, Joseph Kessel, Georges Simenon...

La province, elle, a bien du mal à suivre.

Les langues régionales y sont toujours d'actualité.

Les costumes traditionnels aussi.

"La Bretagne qui ne meurt pas" célèbre ses Pardons.

Et danse la gavotte aux fêtes locales.

Elle a désormais son drapeau Gwen Ha Du...

Où les neuf bandes horizontales symbolisent les 9 pays bretons : noir pour le pays de Rennes, le pays nantais, le pays de Dol, le pays de Saint-Malo et le Penthièvre qui composent la haute-Bretagne, blanc pour le pays vannetais, le Trégor, la Cornouaille et le Léon qui constituent la basse-Bretagne.

Quant aux hermines, elles sont un symbole traditionnel des ducs de Bretagne et visent, à l’évidence, à ancrer cette création dans un passé légitimant.

Elle a aussi ses journaux : La Dépêche de Brest et Ouest-France, certes, mais aussi Le Petit Breton, L'Eclaireur du Finistère, etc...

Et ses belles plumes comme Charles Chassé, Roparz Hemon, Odette du Puigaudeau...

Attraction de la Métropole, les Bretons montent à Paris pour gagner leur vie.

Au mieux, les femmes se placent en domestiques chez les bourgeois.

Cette migration bretonne a donné lieu à la création du petit personnage Bécassine..

Placée comme bonne chez la marquise de Grand Air à Paris.

Au pire, les femmes se retrouvent sur le trottoir, cornaquées par des Jules.

Les hommes, eux, grossissent la population ouvrière, chez Renault et Citroën, notamment.

300.000 Bretons se regroupent régulièrement dans des associations parisiennes.

Pierre Quémeneur, de par sa fonction de conseiller général du Finistère, a bien compris que tout se passait à Paris.

Qu'il voit comme un phare.

Il applique à la lettre la citation de Sacha Guitry "Etre parisien, ce n'est pas être né à Paris, c'est y renaître !"

Et répond parfaitement à la description de Bel Ami de Maupassant :

"Ses camarades disaient de lui : C'est un malin, c'est un roublard, c'est un débrouillard qui saura se tirer d'affaire. Et il s'était promis en effet d'être un malin, un roublard et un débrouillard."

Il envisage d'ailleurs sans peur de se présenter aux prochaines élections législatives de mai 1924.

Guillaume Seznec, lui, est plus provincial.

Marie-Jeanne porte le costume breton.

Elle porte couramment une petite coiffe "Borledenn" en tulle, coiffe du pays Glazik (Petit Bleu en Breton) dont Plomodiern fait partie. Plus la coiffe est grande plus la famille est riche et inversement car le tulle est cher à cette époque là.

Les deux époux parlent breton.

Les devises de Guillaume sont plutôt : "Breizh eo ma bro" (La Bretagne est mon pays !)

C'est un "divorfil" (débrouillard).

C'est le commerce du bois qui va rassembler ces deux hommes si différents...

Pour le meilleur...

Mais surtout pour le pire.

 

Liliane Langellier

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