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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 880 articles.

L'étrange lyrisme de Dzerjinski, égorgeur en chef de Lénine...

Pour ceux qui ne sont pas de notre avis, quatre murs, c’est trois de trop.
Felix Dzerjinski.

Dzerjinski et Staline

Voilà que notre cher brocanteur, se met à parler le russe pour lire un livre sur Felix Dzerjinski...

Il ose nous pondre : 

"La documentation en français sur la Tcheka-OGPU concernant la période Dzerjinski de 1917 à 1926 est très peu fournie."

Je me suis aussitôt souvenue de cet article de François Forestier...

Dans sa célèbre "boîte à bouquins"...

In BibliObs du 16 décembre 2016...

L'étrange lyrisme de Dzerjinski,
égorgeur en chef de Lénine

Le livre s’ouvre sur une appréciation qui sent l’encens, la poussière des estrades, la sueur des membres du Comité Central:

Felix Dzerjinski, disciple et compagnon d’armes du grand Lénine, glorieux fils du peuple polonais, fut un vaillant champion du communisme.»

Et ça continue, vas-y ! Chevalier de la Révolution, héros sans peur et sans reproche, exemple magnifique, noble vie, travail de géant, n’en jetez plus, la cour du Kremlin est pleine. Pour un gars qui a fondé et dirigé la Tcheka et, plus tard, le Guépéou (la bande d’égorgeurs qui enchantait Aragon-le-fétide, n’oublions pas l’envolée du poète: «Je chante le Guépéou nécessaire en France, Vive le Guépéou véritable image de la grandeur matérialiste»), c’est pas mal.

Curieusement, alors que tous les dirigeants de la Révolution d’Octobre ont droit à des biographies détaillées, notre Felix, lui, est un peu oublié dans le monde de l’édition. Mais pas sur le terrain: il a laissé des souvenirs dignes de la Gestapo. C’est pourquoi ce petit livre, «Journal, lettre à ses proches», publié par les Éditions de Moscou en 1959, vaut son pesant de coco (sans jeu de mots – euh, si, avec jeu de mots, après tout).

 

Dzerjinski, roi des faux-culs

 

Combien d’hommes et de femmes sont passés entre les griffes de la Tcheka et du Guépéou? Koulaks, trotskystes, simples passants ou «ennemis du peuple», ils sont des milliers, des centaines de milliers – on n’ose pas parler de millions – à être tombés sous les balles, dans des caves à rigoles de sang, ou à être morts sur les routes du goulag, là-haut, au bout du monde. D’où l’humour de ce livre. Félix D., futur grand bourreau, condamné aux travaux forcés par l’administration impériale, écrit, en 1914:

Plus l’enfer de l’existence actuelle est affreux, mieux je perçois l’hymne éternel à la vie, à la vérité, à la beauté et au bonheur…»

Et ta sœur, elle perçoit l’hymne ?

Dans le genre faux-cul, on ne fait guère mieux. Devenu bolchevik en 1917, acteur crucial de la Terreur Rouge, séide de Staline, commissaire du peuple à l’Intérieur et aux Voies de Communication, président du Conseil Suprême de l’Économie National, artisan de la NEP, délégué spécial du Comité Exécutif Central et du Conseil du Travail et de la Défense, «Félix de fer» avait une règle:

Pour ceux qui ne sont pas de notre avis, quatre murs, c’est trois de trop.»

Ça, c’est quand il était chef, dans les années 20. Mais avant, en 1908, simple «subversif» social-démocrate, il écrit:

L’issue est dans l’idée d’une vie basée sur l’harmonie, d’une vie qui engloberait toute l’humanité»

(on a le droit de sa gausser).

Quel poète, ce tchékiste

De sa prison tsariste, il écrit (en 1914) à sa femme des lettres d’amour: «Je veux être digne des idées que nous partageons», décrit «le chant des oiseaux» et se livre à un éloge de «la belle et noble vie humaine». Ah ouiche ! Vive «les hirondelles », vive «les pigeons», vive «le couchant pourpre et feu», quel poète ! En 1919, devenu tchékiste en chef, Félix écrit encore à sa femme:

Aujourd’hui, comme par le passé, l’amour est tout pour moi, et je le sens chanter dans mon âme.»

C’est curieux, cette manie de faire du lyrisme, chez les crapules, la fleur aux lèvres et le flingue à la main.

Fort heureusement, il y a un happy end. Selon toute probabilité, Félix Dzerjinski a été empoisonné, en 1926 (il avait 48 ans), au motif qu’il aurait eu entre les mains le dossier concernant Joseph Djougachvili, dit «Staline». Lequel Staline aurait été un indic de l’Okhrana, la police secrète tsariste. Lire «Journal, lettres à ses proches» aujourd’hui, c’est la garantie de bien se marrer. Mais ce rire-là est amer, amer…

François Forestier

Journal, Lettres à ses proches,
par Felix Dzerjinski,
Éditions de Moscou, 1959.

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Voilà donc qui admire Bertrand Vilain...

Juste parce qu'il roulait en Cadillac (si, si...)

Quant à manquer de documentation sur la période de 1917 à 1926....

Lire ci-dessous...

Plutôt que de se vanter de lire un livre en russe, langue qu'il ne parle pas...

D'autant plus que, pour lire le Russe, il est nécessaire de connaître l'alphabet cyrillique...

 

Il devrait s'informer sur l'énorme documentation qui existe en France sur Felix Dzerjinski.

Et notamment sur les travaux de Nicolas Werth. Historien, directeur de recherches au CNRS.

Et sur les articles de Russia Beyond.

Il devrait aussi apprendre à conjuguer les verbes au conditionnel...

"Il existe des preuves nombreuses et irréfutables de l'existence d'une affaire de Cadillac en mai 1923"...

À part dans sa tête, je vois pas où !

Même Ernest Ackermann dit que le trafic de Cadillac, c'est terminé depuis février 1923.

Affirmer sans prouver, c'est son truc à Bertrand Vilain :

"Le seul problème vraiment sérieux pour comprendre toute l'affaire Seznec est de se poser cette question : Y a-t-il eu une affaire de vente de cadillac à la Russie des Soviets en mai 1923 ?

Si la réponse est non alors Seznec est coupable.

Si la réponse est oui, alors Seznec est innocent."

De toutes les façons, qu'il y ait eu ou non un trafic de Cadillac avec la Russie en 1923 n'a strictement rien à voir avec notre affaire Seznec.

Strictement rien.

 

Liliane Langellier

Le Nouveau Siècle du 6 août 1926

Le Ruy Blas du 1er août 1926

Il faut lire aussi Russia Beyond :

Pages 320 à 321...

 

Felix Dzerjinski est né le 11 septembre 1877 dans l’Empire russe, en Biélorussie, à Oziembłowo. Il est mort le 20 juillet 1926 à Moscou d’une crise cardiaque pendant une séance du Comité central du parti communiste. Mais cette version officielle est contestée par certains historiens qui estiment que Staline l’aurait fait empoisonner.

Ses parents sont de petits aristocrates polonais. Il ne poursuit pas ses études au-delà du lycée, dont il est exclu en 1895 en raison de ses activités subversives, et dès lors se consacre à la révolution. En 1899, il participe à la création d’une organisation marxiste, le Parti social-démocrate du royaume de Pologne et de Lituanie. Il quitte l’Empire russe en 1902 pour travailler auprès de Rosa Luxemburg, ce qui le conduit à représenter le Parti social-démocrate polonais au congrès de 1906 du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) qui se tient à Stockholm. À cette occasion, il intègre le comité central du PSODR. Ses activités révolutionnaires l’ont conduit à être arrêté ou incarcéré à plusieurs reprises : en 1897, 1900, 1905 et, en 1912, à être condamné à l’exil en Sibérie, dont il s’évade. Libéré une dernière fois en mars 1917, il est disponible pour préparer la révolution d’Octobre dans les rangs des bolcheviks et partage, à cette époque, les positions de Lénine.

Lorsque, le 20 décembre 1917, le Soviet des commissaires du peuple crée la Tcheka, acronyme désignant la « Commission extraordinaire panrusse pour la répression de la contre-révolution et le sabotage », Lénine, qui disait que la Tcheka devait être « une arme dévastatrice contre les innombrables conspirations et les innombrables atteintes contre le pouvoir soviétique, par des personnes infiniment plus fortes que nous », le nomme à sa tête. Pour surmonter la guerre civile, la menace intérieure et extérieure, le pouvoir naissant doit être résolu et implacable face aux ennemis du peuple et de la révolution. Dzerjinski organise la répression – la « Terreur rouge » –, qui repose sur des arrestations arbitraires, des emprisonnements sans jugement, l’enfermement dans des camps, le recours massif à la torture, des exécutions systématiques. Son efficacité explique pourquoi il fut surnommé « Félix de fer ». Sa conception de sa mission est parfaitement résumée dans cette citation qui lui est attribuée : « Pour ceux qui ne sont pas de notre avis, quatre murs, c’est trois de trop. »

Il prend la tête de la GPU, acronyme de « Direction politique d’État », qui succède à la Tcheka, le 6 février 1922, puis de l’OGPU, « Direction unifiée de la politique d’État », à partir du 15 novembre 1923 et jusqu’à sa mort. Il réorganise cet organe de sécurité en le dotant de quatre directions, dont l’une, la Direction secrète et opérationnelle, est subdivisée en huit départements, notamment le département de l’information, qui surveille l’opinion publique, le département spécial, qui surveille l’armée, le département du contre-espionnage, le département secret, qui combat les menées antisoviétiques. Il est en outre, pendant trois ans, de 1921 à 1924, commissaire du peuple à l’Intérieur et président du Conseil suprême de l’économie nationale. Il est devenu un adversaire politique de Lénine lors de la signature du traité de Brest-Litovsk, ce qui amènera celui-ci à réclamer sa destitution en janvier 1918. Il devient alors d’abord un partisan de Trotski, puis de Staline en 1921.

Dzerjinski est considéré comme un bolchevik à l’idéologie pure, un adversaire implacable des ennemis du régime. Il a été honoré comme un héros en Union soviétique, ce qui explique que plusieurs villes en Russie, en Ukraine et en Biélorussie ont été renommées « Dzerjinski ». La place Loubianka, à Moscou, où se trouve le siège des services de renseignement depuis 1917, et aujourd’hui encore celui du FSB (Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie), était appelée « place Dzerjinski » par Staline. Le bâtiment porte toujours sur sa façade l’inscription « Gloire aux tchékistes, soldats de la révolution ». La statue de Dzerjinski, érigée sur cette place, en a été retirée en août 1991. C’est sous le règne de Dzerjinski qu’aurait été inventé, au sein du club sportif du Dynamo de Moscou, le systema, art martial que le régime soviétique protégea comme un secret d’État.

 

 

Depuis quelque temps, une nouvelle espèce de cimetières a fait son apparition à Moscou : ceux des ex-grands hommes soviétiques. À Krymskii Val, dans une de ces « poubelles de l’Histoire », Dzerjinski domine, du haut de ses neuf mètres, Kalinine, assis, l’air désabusé, dans son fauteuil de fonte ; un Staline ébréché, en marbre rouge, gît à quelques mètres de là ; une tête monumentale de Lénine, recouverte de graffitis injurieux, traîne à côté d’une chaussure ayant appartenu au « Petit Père des peuples »…
22 août 1991 : le putsch a fait long feu. Dans l’enthousiasme, plusieurs dizaines de milliers de Moscovites décident de se rendre place de la Loubianka, devant le siège du KGB, pour régler son compte au fondateur de la Tcheka, cet ancêtre du KGB, Feliks Dzerjinski, devenu le symbole d’un régime totalitaire que l’on vient d’abattre. « Félix de fer » n’a pas été déboulonné sans mal. Il aura fallu attendre jusqu’à la nuit avant de trouver l’engin et les filins adéquats pour soulever les quatorze tonnes de fonte creuse de la statue monumentale.
Il n’est pas si loin, pourtant, le temps (c’était en 1986) où sortait la cent vingt-sixième biographie consacrée au Chevalier de la révolution. En soixante ans (Dzerjinski est mort en 1926), quarante millions d’exemplaires d’une hagiographie destinée à l’édification des humbles et des enfants ont retracé l’itinéraire exemplaire du « premier tchékiste », de « l’ami des enfants », de celui qui trouvait le temps d’organiser des orphelinats pour petits vagabonds et qui écrivait à sa sœur ces phrases si souvent citées : 
« Je ne sais pas pourquoi, mais j’aime les enfants plus que personne …
 » écrivit-il dans une lettre.

 

 

 

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