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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 880 articles.

Affaire Seznec. Qui était Pierre Bonny, inspecteur stagiaire auprès du commissaire Vidal en 1923 ?

Tout individu ignorant est vantard et pétri d'orgueil.
Samuel Ferdinand-Lop ; Les nouvelles pensées et maximes (1970).

J'ai récemment visionné sur Salto le film "Stavisky, l'escroc du siècle" de Claude-Michel Rome avec Tomer Sisley (Alexandre Stavisky) et la très belle Raphaëlle Agogué (Arlette Stavisky).

Film de 2014.

C'est Francis Renaud qui tient le rôle de Pierre Bonny.

André Simon (Hubert Saint-Macary), le beau-père de Stavisky dit à Bonny : "Je sais qui vous êtes, inspecteur, l'homme qui a arrêté Seznec, qualifié de premier flic de France..."

L'inspecteur de la brigade financière, Lino Baldi (François Feroleto), avertit Bonny :

"Suicider Stavisky sera plus compliqué que d'envoyer Guillaume Seznec à Cayenne !"

C'est dire combien la légende dorée entache encore aujourd'hui la réalité.

Retour immédiat sur le mythe Bonny dans l'affaire Seznec en 1923...

 

 

Pierre Bonny est né le 25 janvier 1895 à Bordeaux.

A 20 ans, il est répertorié comme comptable sur son Registre Matricule...

En fait, il est employé comme employé de bureau à la succursale de la maison d'automobiles Peugeot de Bordeaux.

Puis il intègre la Compagnie Générale Transatlantique, toujours à Bordeaux.

Mobilisé en décembre 1914, il est fait prisonnier dans la Somme à Vermandovillers, le 5 septembre 1916.

Pierre Bonny chez Seznek (L'affaire Seznec revisitée)

Exit donc le témoignage de Mme Moreau-Lalande.

Car il passe la plus grande partie de la guerre en captivité du 3 septembre 1916 au 17 novembre 1918.

Il est mis en congé avec certificat de bonne conduite le 14 septembre 1919.

Il entre dans la police sur concours en 1919.

Et se retrouve, le 2 janvier 1920, inspecteur de police provisoire dans les régions libérées.

Il exerce d'abord à Péronne, dans la Somme.

Avant d'être versé, le 11 août 1922, au contrôle général des services de recherches judiciaires de la Sûreté générale à Paris.

Côté vie privée...

Il se marie le 23 octobre 1920 à Gradignan avec Marie Blanche Emié.

Son fils, Jacques Bonny naît le 17 avril 1924.

Quand arrive l'affaire Seznec, fin juin 1923...

Il est inspecteur stagiaire, secrétaire du commissaire Achille Vidal.

Voilà ce qu'écrit Patricia Chippaux sur Geneanet :

"Né en 1895, Pierre Bonny est un petit employé bordelais d’extraction rurale. Caporal d’infanterie fait prisonnier de guerre dans la Somme en septembre 1916, il entre dans la police par concours en 1920. Stagiaire à la Sûreté générale de Paris, il est encore un jeune policier peu expérimenté et parfaitement anonyme quand il est impliqué dans l’énigmatique affaire Seznec en 1923. Son rôle y est marginal. Affecté à des tâches de secrétariat et commis à de rares vérifications annexes, il n’est qu’une des petites mains de l’enquête policière. Cela n’a pas empêché les partisans de l’innocence de Seznec de lui imputer le rôle d’un deus ex machina maléfique, en vertu de la funeste notoriété qu’il s’est acquise postérieurement. Ce mécanisme de surinterprétation flagrante s’avère un cas intéressant de mauvaise réputation rétrospective. La récapitulation factuelle rigoureuse des éléments du dossier d’accusation, tels qu’exposés par Guy Penaud, démonte de façon convaincante la légende accusant Bonny. Mettant à mal la thèse de la machination policière présentée lors des procédures en révision postérieures, elle hypothèque aussi plus largement la théorie de l’innocence de Seznec."

 

En ce qui concerne l'inspecteur Bonny dans l'affaire Seznec...

Et une bonne fois pour toutes...

Il n'a pas participé à la perquisition de Traon ar Velin chez les Seznec, le 6 juillet 1923.

Cette perquisition s'est déroulée sous les ordres du commissaire Jean-Baptiste Cunat (Brigade mobile de Rennes) assisté des inspecteurs Le Gall, Chelin, Thomas et Faggiani.

Il n'y a que les attardés pour continuer de croire que l'inspecteur Bonny était un personnage important dans l'affaire Seznec.

Où il ne fut jamais que le secrétaire du commissaire Achille Vidal.

On appelait ce job "un porte-serviette".

Relire in Bernez Rouz (en page 193) :

"L’essentiel des auditions et des interrogatoires importants ont été pris en main par le commissaire Vidal lui-même. Bonny est présent lors des premières dépositions au siège de la Sûreté générale, rue des Saussaies. Il accompagne également son patron lors de la reconstitution des faits à Dreux et à Houdan les 29 et 30 juin 1923.

Quand l’instruction fut confiée au juge Campion, il est présent lors d’une visite domiciliaire à Kerabri, perquisition menée conjointement par les commissaires Cunat et Vidal.

Bonny est chargé, d’après les procès-verbaux officiels, des petites enquêtes de vérifications. Le 31 juillet 1923, on lui confie la tâche de retrouver le bidon d’essence portant des traces sombres de rouille ou de sang séché que Seznec échangea chez Edouard Coulomb à La Queue-les-Yvelines.

Le 1er août, il est chargé de transporter la machine à écrire trouvée le 6 juillet à Traon-ar-Velin vers Paris à fin d’expertises.

Le 12 février 1924, il signe deux procès-verbaux de moralité concernant deux témoins du Havre, Jean Lesbats et Auguste Deknuydt.

On l’envoie le 14 février à l’Hôtel de Normandie pour savoir si Quéméneur y est descendu et si Seznec a bien été le 2 juin s’enquérir de son ami.

Dans la même période, on le charge de vérifier la main courante du commissariat de Chaillot afin de voir si le témoignage de Le Her était exact.

En mai 1924, il accompagne son patron à la Banque de France pour vérifier si les dollars-or rentrent bien dans la boîte décrite par Seznec.

Bref, il est bien dans un rôle d’inspecteur stagiaire, de porte valise de son patron. »

Guy Penaud nous dit en page 20 de son ouvrage :

« Il fut d’abord pris en charge par un policier expérimenté, « le père » Dorbris, puis, en 1923, Pierre Bony (NDLR qui en a perdu un « N » d’émotion !) fut désigné pour être le secrétaire greffier du commissaire Achille Vidal, c'est-à-dire qu’il fut chargé d’écrire, sous la dictée de son patron, les procès-verbaux dont ce dernier était le rédacteur légal et de procéder à quelques vérifications. »

Et puis, dans sa décision du 14 décembre 2006, la cour de Cassation rappelle :

« … si Bonny, en sa qualité de secrétaire du commissaire Vidal, chargé notamment de la transcription, sous la dictée, des procès-verbaux d’audition, a été présent, lors de la plupart des actes de procédure accomplis par son supérieur hiérarchique, son nom n’apparaît, dans le dossier de l’instruction préparatoire comprenant plus de 500 pièces cotées, que sur quatre procès-verbaux, dont trois établis par son chef, le commissaire Vidal, et un par le commissaire Doucet, ainsi que sur cinq rapports rédigés, signés et transmis par lui-même. »

 

 

Tout cela est clair, non ?

Quant à Claudine Jourdan, elle cite Guy Penaud quand ça l'arrange...

Mais elle oublie le livre qu'il a écrit sur Pierre Bonny.

Qu'elle n'a apparemment pas lu.

Et où Guy Penaud confirme son peu d'importance dans l'affaire Seznec :

En page 31 :

"Il est établi que Pierre Bonny n'était à l'époque de l'affaire Seznec qu'un simple inspecteur stagiaire aux ordres du commissaire de police Vidal, chef d'enquête, auprès duquel il remplissait le rôle de secrétaire-greffier. Jacques Bonny précise que l'adjoint attitré de ce commissaire, l'inspecteur Royère, ayant été envoyé à Rennes pour suivre l'enquête à titre d'observateur, Vidal avait demandé du renfort : c'est ainsi que Pierre Bonny lui avait été affecté - il est probable que ce fut après l'ouverture de l'information judiciaire le 22 juin 1923 - et qu'il eut à connaître cette affaire.

Contrairement à ce qu'a prétendu Maître Denis Langlois, défenseur de la famille Seznec, Bonny ne devait pas disposer de "pouvoirs importants.""

En ce qui concerne le fameux document daté du 8 juillet 1923 que nous montre ce vantard de Bertrand Vilain...

Il y a juste un petit hic...

Le 25 mai 1923...

L'affaire Seznec n'avait pas encore débuté...

Et quand bien même Bonny se serait trompé en inscrivant 25 mai au lieu de 25 juin dans son rapport...

La presse s'est faite rapidement écho de cette piste...

Et Scherdin a vite été mis hors de cause.

La Liberté du 19 octobre 1925

"Attendu qu’il faut encore observer qu’aucun grief quelconque n’a pu être relevé contre Scherdin  ;
 Par ces motifs, condamne les défendeurs solidairement à payer au demandeur la somme de quinze mille francs à titre de dommages-intérêts  ;
 Autorise le demandeur à publier le présent jugement  : 1° dans la Liberté  ; 2° dans un autre journal de son choix en France ou à l’étranger  ;
 Condamne les défendeurs solidairement en tous les dépens."

Circulez, y'a rien à voir !!!

Et comme plus Bertrand Vilain creuse, plus il s'enfonce, et plus il creuse...

Tout cela a un côté Shadok.

Il faudra m'expliquer en quoi le fait que Bonny (qui n'a jamais été en "responsabilité" en 1923) aurait pu croiser Leon Turrou, lors de son passage très médiatisé à Paris en 1939, change quelque chose à l'affaire Seznec ???

 

Liliane Langellier

Michel Pierre :

 

P.S. Lire ci-dessous sur Gallica le livre de son fils, Jacques Bonny :

Attention !

Bourré d'inexactitudes et d'interprétations personnelles.

C'est du même topo que Privat, Hervé et Bal...

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