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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 840 articles.

Affaire Seznec. 1914/1918. La vraie guerre de Pierre Bonny...

Il était une fois cinq soldats français qui faisaient la guerre, parce que les choses sont ainsi.
Sébastien Japrisot. Un long dimanche de fiançailles.

Comme on lit tout et n'importe quoi sur ce sujet...

Surtout n'importe quoi, d'ailleurs...

Je vais donc vous la refaire, la guerre de Pierre Bonny, via le livre de Guy Penaud.

"Mobilisé en décembre 1914 (il avait dix-neuf ans), Pierre Bonny fut d'abord affecté au 18e régiment d'infanterie de Pau (Pyrénées Atlantiques).

Ce régiment fut positionné du 14 septembre 1914 au 24 avril 1916 du côté de Craonnelle (sur le plateau de Vauclair, près des fermes d'Hurtebise et de la Creute), dans l'Aisne.

Ayant quitté cette unité, le caporal Pierre Bonny fut ensuite affecté au 166e régiment d'infanterie, dépendant de la 264e brigade, elle-même intégrée à la 132e division. Ce régiment était commandé par le lieutenant-colonel Morand. Bonny fut affecté dans la compagnie de mitrailleuses du 2e bataillon du commandant Bouché.

 

 

Après un mois d'entraînement dans la région de Pierrefitte (Meuse), ce régiment fit connaissance, de janvier à mars 1916, avec le secteur des Eparges (Meuse), à l'instant où se déclenchait l'offensive du Kronprinz sur Verdun. En dépit de la conjuration des éléments naturels et de l'emploi des armes les plus meurtrières, le régiment tint tête aux attaques réitérées des Allemands. Ainsi, le 18 février, trois mines successives bouleversèrent profondément les tranchées. Le 28, les Allemands engagèrent une attaque au pied des Eparges, s'emparèrent du village de Champion (Meuse) et cherchèrent à s'infiltrer pour prendre le régiment à revers ; une intervention spontanée des sapeurs et des pionniers déjoua la manoeuvre et  contraignit l'ennemi à se retirer. 

 

 

Au début de l'été 1916, par étapes, le régiment se porta à Ligny-en-Barrois (Meuse) d'où il fut transporté par voie de chemin de fer dans la Somme. Une dizaine de jours furent consacrés à l'instruction et à la remise au point du matériel. Le 14 juillet, il monta en ligne et alla occuper le secteur de la ferme de Lihu et Lihons. Il travailla activement à l'aménagement du secteur en vue d'une attaque de grand style fixée au 21 juillet. L'opération assignée au 166e était étroitement liée à celle que devait mener la division voisine. 

 

 

Cette dernière n'ayant pu atteindre ses objectifs, contre-ordre fut donné au régiment.

Le 30 août 1916, un nouvel ordre d'attaque portant le n° 281 fut donné au 166e pour le 4 septembre. Objectif : Vermandovillers  (Somme). Ce jour-là, le 2e bataillon du commandant Bouché, unité de première ligne, prit position dans les tranchées de départ. Pierre Bonny, affecté à la compagnie de mitrailleuses n° 2, commandée par le lieutenant Ledreux, faisait partie de cette vague d'assaut. Le 3e bataillon d'Heurtel était en deuxième ligne ; le 1er bataillon de Benedittini en troisième ligne. A 14 heures, les vagues d'assaut franchirent le parapet. Une fusillade intense de fusils et de mitrailleuses les accueillit, et la progression ne put se poursuivre : des mitrailleuses ennemies placées en flanquement empêchaient tout mouvement. Au cours de cette rude attaque, les deux tiers du bataillon de première ligne furent mis hors de combat. (1) 

 

Lorsque le lendemain 5 septembre, à 5 heures du matin, l'ennemi lança à la contre-attaque des troupes fraîches et bien supérieures en nombre, les tirailleurs allemands s'infiltrèrent dans les tranchées françaises. Malgré une contre-attaque, les éléments avancés du 166e furent contraints, non seulement de céder du terrain, mais surtout de se rendre, après avoir lutté au corps à corps, sous une pluie diluvienne.

Le journal de marche du 166e régiment mentionne alors : "Cette contre-attaque ne donna pas de résultat et l'on reste sans nouvelles de ce peloton et de ses cadres (...) le bataillon Bouché ayant subi de lourdes pertes et se trouvant désorganisé, ordre lui est donné à 11 heures de se reformer dans les abris de la région 641."

 

C'est dans cette circonstance que le caporal Pierre Bonny fut fait prisonnier, le 5 septembre 1916, à Vermandovillers. A vrai dire, pour le 166e régiment d'infanterie, ce 5 septembre 1916 fut une bien sombre journée : 32 tués, 115 blessés, soit en deux jours, près de 700 hommes mis hors de combat. (1)

Bonny aurait reçu, selon son fils (2), la croix de guerre, ce que ne confirme ni le journal de marche de son unité ni ses dossiers militaires et administratifs.

Il fut interné, en Allemagne, dans le camp de Munster I (en fait le camp annexe n° 1  de Hans-Spital, situé à 4 kilomètres de la ville de Munster, qui a accueilli jusqu'à 15.000 prisonniers). Toujours selon son fils, il fit plusieurs tentative d'évasion (fin 1916 et fin octobre 1917). Me Philippe Lamour, l'avocat de Bonny lors du procès Volberg, affirma de son côté qu'il tenta de s'évader cinq fois. Il aurait été condamné de ce chef, par les Allemands, à vingt ans de forteresse (3). Il aurait même été torturé. C'est, du moins, ce qu'avance son fils Jacques (4). Toujours selon ce dernier, Bonny aurait finalement réussi à s'évader et à rejoindre la Suisse, où il aurait été interné comme prisonnier de guerre réfugié en territoire helvétique. En fait, Pierre Bonny tomba malade lors de sa captivité en Allemagne et il fut rapatrié au début de l'année 1918. Il termina la guerre à Bordeaux comme caporal-secrétaire à l'état-major de la 18e Région militaire." 

 

(1) Service historique de la Défense, 26 N 705/4.

(2) Bonny, p. 27

(3) Garçon, t. II, p. 101

(4) Bonny, p. 28

(5) A.D. Corrèze 32 J 50

(6) Bonny, p. 31.

.........................................................

Voilà.

Tout est clair.

Rien à ajouter.

Ah si...

Même s'ils appartenaient tous deux au 166e Régiment d'Infanterie...

Contrairement à Bonny, l'adjudant René Moreau-Lalande n'était pas dans une unité de combat mais dans une C.H.R. (Compagnie Hors Rang).

Le témoignage de Mme Yvonne Moreau-Lalande de décembre 1948  est donc nul et non avenu.

Son lieutenant de mari - qui n'était en fait qu'adjudant - n'a jamais eu Pierre Bonny sous ses ordres.

Quant à Denis Seznec...

Aller jusqu'à raconter que Pierre Bonny avait tenté de se mettre une balle dans le pied pour ne pas monter à l'attaque...

Et l'accuser ainsi de tentative de mutilation volontaire...

C'est juste indigne et révoltant.

Même si Bonny s'est conduit comme un salaud en 1942/1944, il a bien combattu en 1914.

Ses états de service le prouvent.

 

Liliane Langellier

 

Pierre Loti sur l'enfer de la Somme :

« ..Par degrés, nous pénétrons dans ces zones inimaginables à force de tristesse et de hideur, que l'on a récemment qualifiées de lunaires.

La route, réparée en hâte depuis notre récente avance française, est encore à peu près possible, mais n'a, pour ainsi dire, plus d'arbres de l'allée d'autrefois restent seulement quelques troncs, pour la plupart fracassés, déchiquetés à hauteur d'homme ; et, quand au pays à l'entour, il ne ressemble plus à rien de terrestre : on croirait plutôt, c'est vrai, traverser une carte de la Lune, avec ces milliers de trous arrondis, imitant des boursouflures crevées.

Mais, dans la Lune, au moins, il ne pleut pas ; tandis qu'ici tout cela est plein d'eau à l'infini, ce sont des séries de cuvettes trop remplies, que l'averse inexorable fait déborder les unes sur les autres ; la terre des champs, la terre féconde, avait été faite pour être maintenue parle feutrage des herbes et des plantes; mais, ici, un déluge de fer l'a tellement criblée, brassée, retournée, qu'elle ne représente plus qu'une immonde bouillie brune, où tout s'enfonce.

Çà et là, des tas informes de décombres, d'où pointent encore des poutres calcinées ou des ferrailles tordues, marquent la place où furent les villages »

 

Journée du 5 septembre 1916 dans le J.M.O. du 166e Régiment d'Infanterie :

 

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