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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 880 articles.

Le fantastique scandale des stocks américains par Emmanuel Bourcier dans L'Oeuvre du 16 novembre 1919...

Qui vole un boeuf incite les autres à voler un oeuf.
Gilbert Choulet.

 

Le camp n°8 est un parc d’assemblage et de réparation automobiles, situé à Villès-Martin face à la mer. Camions citernes à essence ou à eau, voitures ambulances, fourgons postaux, véhicules de liaison… La diversité et la profusion contrastent avec la situation nazairienne où l’automobile est encore rare au début du 20e siècle.

Photographie - Crédit(s) : Photographe inconnu, Signal Corps (USA). Collection Saint-Nazaire Agglomération Tourisme – Écomusée. Fonds Archives de Guerre.

"Plus on avance dans l'étude de ce formidable scandale qu'est la liquidation des stocks américains, plus on a l'impressionner d'enfoncer dans la boue même où s'enlisent les marchandises et denrées.

J'écrivais l'autre jour que c'est un véritable attentat contre la nation. Je vais le prouver n'ayant d'autre mérite qu'à dire tout haut suivant la formule de l'Oeuvre, ce que tout le monde pense tout bas.

S'il ne s'agissait pas d'une opération coupable, haussée et truquée contre l'ensemble du public, si l'on avait voulu servir loyalement aux  besoins des régions libérées, des coopératives et du public lui-même, et si l'on n'avait pas cru devoir accepter pour cela l'offre des Américains de liquider leurs stocks eux-mêmes, pourquoi n'a-t-on pas chargé l'administration des douanes de le faire ?

C'est une administration publique. Elle est contrôlée. Elle est servie par des fonctionnaires qui n'ont peut-être pas toutes les qualités, mais qui sont honnêtes et méticuleux. Leur comptabilité est vérifiée. Il lui appartenait de droit de liquider ces stocks. Pourquoi l'a-t-on écartée et par qui l'a-t-on remplacée ? 

Le sous-secrétariat de M. Morel a préféré recruter un personnel dit auxiliaire, payé de 12 à 18 francs par jour de travail, et voire jusqu'à 40 et 60 francs. Sous le couvert du très honnête intendant militaire placé au S.S. de la rue Daniel-Lesueur, a été imaginé ce système-ci : par une décision ministérielle que connaît M. Klotz, ministre des finances, M. Morel a chargé un de ses "employés auxiliaires" à 1.500 ou 2.000 francs d'appointements mensuels de la liquidation des stocks avoisinant Paris et l'a intéressé à cette vente à raison d'un pourcentage de 0 fr. 005 pour 100 et tous les autres (comptables, magasiniers, vendeurs, etc.) de petits pourcentages de 2 à 4 millimes pour 100.

Or ces petits millimes pour le petit personnel ne seraient-ils pas destinés à faire passer le plus important pourcentage du chef ?

En effet. Rien que pour la première quinzaine de vente en juillet, dit "d'essai", si les 2 ou 4 millimes du petit personnel ont rapporté à chacun des modestes employés, en plus de leur traitement, de 7 à 900 fr., le pourcentage du chef de l'entreprise, pour la même quinzaine, s'est élevé à 9.000 francs sur 18 millions d'affaires traitées.

Si cela continuait à ce tarif, on pourrait estimer le revenu, au bout d'un an, à un chiffre moyen de plus de 100.000 francs.

Mais étant donné l'accélération prévue de la vente, les gens informés calculent que le profit total, pour une année, de ce seul chef, formera une somme pouvant atteindre de 4 à 500.000 francs.

De quel droit MM. Klotz et Morel donnent-ils au nom de la nation, à un personnage inconnu, un salaire aussi supérieur au traitement d'un maréchal de France ?

Ce n'est encore rien. J'ai signalé une partie des faits inimaginables se déroulant à Montoire, près de Saint-Nazaire. Comme, rien que depuis le 3 novembre, date de l'ouverture officielle des ventes, plus de 15.000 visiteurs sont accourus à Montoire de tous les points de France, il y a, actuellement, un nombre important de personnes au courant de faits plus graves que ceux que j'ai dénoncés.

Or comment est organisé la vente à Montoire, si l'on peut dire qu'il y a quelque chose d'organisé ?

M. Morel, sous-secrétaire d'Etat à la liquidation des stocks n'a pas non plus, là-bas, placé un fonctionnaire responsable : il a nommé quelqu'un "agent général" et n'a même pas fixé le chiffre du pourcentage qu'il lui consentirait sur le total des ventes. Celui-ci a donc le plus visible intérêt à limiter les ventes ou, du moins, à les faire traîner en longueur pour ne pas effrayer quelque administration par de trop gros bénéfices immédiats. Et, si par hasard il n'était pas d'une scrupuleuse honnêteté, il aurait également intérêt à ne pas vendre aux régions libérées, aux coopératives sérieuses et au public enfin, mais bien à faire des comptes à demi avec des intermédiaires.

Nous ne voulons pas croire qu'il en soit ainsi. Mai quel contrôle y a-t-il ? Qu'est-ce qui est prévu ? Quelle comptabilité et quelles vérifications sont envisagées ? Et comment le public, une fois renseigné, acceptera-t-il une pareille méthode, une si imprudente impéritie, un tel attentat à ses intérêts les plus immédiats et les plus légitimes ? Que répondra-t-il aux percepteurs de M. Klotz venant présenter des feuilles d'impôts accumulés et dans le chiffre desquels seront compris de tels "profits" - ou de telles "pertes", comme on voudra.

N'est-ce déjà pas assez que se préparer dans l'ombre, actuellement - au ministère de la reconstruction industrielle, cette fois - l'achat en Amérique des stocks de machines-outils usagées ayant servi à l'usinage des projectiles pendant la guerre, qui nous encombrera d'un stock énorme de vieux matériel et qui absorbera un nombre imposant de millions ?

Est-ce que, vraiment, ce n'est pas assez ? Est-ce que ce n'est pas trop ?

Emmanuel Bourcier

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Les américains à Montoir de Bretagne, 1917/1919 Par Michel Mahé, de l’Aremors

"Pour certains individus, voler à la liquidation devient une industrie permettant d'importants  et juteux profits. Effectivement beaucoup de personnes vont venir s'approvisionner en fraude dans les camps de Montoir, de jour comme de nuit, souvent avec la complicité des personnels. [...] Entre mi octobre et décembre 1919, plus de 200 affaires concernant des vols sont jugées par le tribunal de Saint Nazaire." 

 

Le Matin du 22 octobre 1920

"Il faut vendre le plus promptement possible , tout ce qui est encore dans les camps américains..."

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Tout ça pour dire qu'il ne devait pas rester grand chose à trafiquer en 1923...

Sauf dans l'imagination fertile de Guillaume Seznec.

De plus, il n'a pas parlé que de Cadillac MAIS de Cadillac et de camions

La Dépêche de Brest du 27 juin 1923

Je demeure persuadée que les voitures retrouvées dans la grange du cousin de Ploéven - et dont Guillaume Seznec n'a jamais été foutu de nous dire l'origine -  faisaient partie des 200 voitures volées à Saint-Nazaire...

"N'oublions pas que nous sommes en février 1920, quelques jours après qu'a éclaté une série de scandales sur le trafic des stocks américains, notamment ces 200 voitures volées dans la région de Saint-Nazaire." (in Bernez Rouz)

Je rappelle que le camp du Champ de Mars a fermé le 23 février 1922. Soit plus d'un an avant l'affaire Seznec.

Et dire qu'il y en a qui en sont encore à gober ce mensonge de trafic de Cadillac.

Bullshit !

 

Liliane Langellier

Ouest-Eclair du 27 juillet 1923

"en particulier sur l'étrange histoire de vente aux Soviets des automobiles et châssis Cadillac ET des camions des stocks américains..."

 

No comment.

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