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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

TÉMOIGNAGE. L’ancien juge d’instruction de Morlaix « n’oublie pas, c’est comme un premier amour »

Une affaire qui est restée gravée dans la mémoire de Christian Elek, juge d’instruction à Morlaix (de dos, à gauche avec les bottes) : six squelettes humains avaient été retrouvés enterrés sur une plage de l’île de Batz (Finistère), en août 1980. DR Christian Elek.

 

Christian Elek a été juge d’instruction au tribunal de grande instance de Morlaix (Finistère), de 1974 à 1981. Il raconte ce tout premier poste pour le jeune homme qu’il était, ses missions, ses affaires emblématiques.

Il avait 26 ans et Morlaix (Finistère) était son premier poste. Christian Elek est arrivé en 1974 comme juge d’instruction au tribunal de grande instance. « Vraiment l’un des plus petits de France », se souvient le magistrat à la retraite. Il était alors le « juge à tout faire », également juge d’application des peines, juge questeur, etc. Il officiait aux côtés d’un procureur – plus tard accompagné d’un substitut – et d’un juge d’instance, dont le bureau était à Kernéguès.

Ce qui le frappe dès son arrivée ? « Les fonctionnaires parlaient encore avec angoisse de la réforme de 1958. Elle avait déjà prévu de supprimer les petits tribunaux et ils avaient eu peur d’en faire partie. Finalement, c’est celle de Rachida Dati qui l’aura fait, bien plus tard. »

L'alibi de la foirotte

La ville de taille humaine et la proximité de la mer avaient séduit le jeune diplômé, originaire de la région parisienne. « J’avais un beau et grand bureau, à moi seul. C’était confortable. » Christian Elek pouvait s’appuyer sur les connaissances de Marie-Paule Paugam, greffière, qui connaissait parfaitement le terrain. « Il y avait des choses que je n’avais pas apprises à l’école. Un jour, j’interrogeais une jeune femme sur son alibi. Là, elle me dit qu’elle était à la Foire Haute. J’avais compris ‘‘foirotte’’ et je ne savais pas ce que c’était… Heureusement que j’avais une locale pour m’aider », rit le magistrat.

 

 

C’est aussi l’époque des machines à écrire mécaniques. En sept ans d’activité à Morlaix, elles ont été remplacées par des électriques, ou d’autres qui imprimaient à la ligne. L’arrivée de la technologie chamboule progressivement les pratiques. Comme l’Eurosignal, utilisé quand Christan Elek était en week-end ou absent. Il savait ainsi que quelqu’un essayait de le joindre. « Et je devais trouver une cabine téléphonique ensuite. »

Les squelettes de l’île de Batz 

 

Parmi les affaires que l’ancien juge d’instruction a suivies, une sort du lot, empreinte de mystère. « Un garçon jouait sur une plage de l’île de Batz, et a cru voir un ballon sur le sable. Sauf qu’en fait il s’agissait d’un crâne. » C’était le 26 août 1980. Bottes aux pieds, Christian Elek et Marie-Paule Paugam devaient chercher les os humains – « et on a creusé ! ». Six squelettes ont été mis au jour, datés de plus de cinquante ans. « Les faits étaient prescrits quoi qu’il arrive. » Naufragés ? Un fait de guerre ? « On n’a jamais eu le fin mot de l’histoire. »

 

De ses sept années, Christian Elek garde aussi des souvenirs tendres. Lorsque le Jarlot était en crue, « on remontait tous nos dossiers du rez-de-chaussée au premier étage, de peur qu’ils ne soient trempés ». Ou encore la crainte de voir les agriculteurs en colère déverser leurs artichauts ou autres choux-fleurs devant la porte de l’institution de l’allée du Poan-Ben.

Puis, en 1981, l’ancien magistrat est parti à Nantes pour vingt ans, participant à la création du casier judiciaire national. Enfin, comme procureur au Mans avant de couler une paisible retraite. Mais ces sept ans d’histoire morlaisienne, il ne les « oublie pas, comme un premier amour ».

 

 

Gaëlle Colin dans Ouest-France du 6 janvier 2021.

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