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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec : La perquisition de Ker Abri du 29 juin 1923

Eh, eh, Zorro est arrivé
Sans s'presser
Le grand Zorro, le beau Zorro
Avec son ch'val et son grand chapeau
Avec son flingue et son grand lasso
Avec ses bottes et son vieux banjo.
Henri Salvador

1/ Chez les auteurs :

- Rieux Nédelec (Seznec innocent... ou prestigiditateur criminel ? 1976) en pages 64/65 :

"Ils interrogèrent à tour de rôle les membres de la famille Quémeneur après avoir fait une perquisition, également de routine, semble-t-il, à Ker-Abri, au domicile du conseiller et de sa soeur Jenny. Cette action était motivée par la recherche de correspondance, susceptible de faire découvrir une adresse utile, celle du fameux Charly, par exemple, pouvant confirmer qu'il y avait eu des rapports commerciaux avec cet Américain. Non !... aucune pièce, aucun document, aucune adresse utile. Rien qui puisse confirmer la réalité de l'affaire des Cadillac. Rien qui puisse permettre d'orienter des recherches. Il y avait du désordre dans le bureau du Conseiller et Cunat en fit la remarque :

- C'est que j'ai déjà fouillé partout, Monsieur le Commissaire, rétorqua Jenny qui précisa :

- Je voulais moi aussi vérifier, car je n'y crois pas du tout à cette affaire de Cadillac. J'ai peur que ce soit une invention de M. Seznec pour attirer min frère dans un guet-apens.

En fait, à Ker-Abri, pas plus qu'à Traon-ar-Vélin, les policiers n'avaient la primeur de la recherche. Ils se contentèrent de saisir, à toutes fins utiles, un carnet de correspondances du Conseiller ; ce document qui fut placé sous scellé ouvert, était fort bien tenu mais ne comportait aucune mention sur l'affaire des Cadillac."

- Bernez Rouz en page 97 :

"A Landerneau, le juge d'instruction Ernest Binet procède à une perquisition en règle à Kerabri. Il est reçu par Jean Pouliquen et Louis Quéméner. Il note : "Nous avons remarqué tant sur le bureau de M. Quémeneur que dans les casiers ou armoires diverses qui garnissent le local, un désordre manifeste. Les papiers, documents divers, registres, agendas, étaient pêle-mêle répandus un peu partout". Le juge relève l'absence de toute comptabilité régulière, il fait saisir quelques papiers concernant des tractations de voitures, la vente de Traou-Nez, des correspondances diverses, son compte bancaire et le dossier de Jaegher. "La correspondance de Quéméneur fut compulsée et étudiée minutieusement."

- Denis Langlois (Pour en finir avec l'affaire Seznec) en page 43 :

"Le 29 juin, à Landerneau, on perquisitionne au domicile de Quémeneur. La presse l'a annoncé la veille et, quand le juge d'instruction et le procureur se présentent à la villa Ker-Abri, ils ont la surprise d'être reçus par le frère, la soeur et le beau-frère de Quémeneur et de constater que le bureau de celui-ci a été fouillé de fond en comble. "Nous avons cherché des affaires", explique, gêné, Me Pouliquen. (...)

Suant, soufflant, le juge ne sait plus où donner du tampon et du cachet de cire.

- Quel fouillis. Je n'ai jamais vu une visite domiciliaire s'effectuer dans de telles conditions !"

 

2/ Dans la presse :

- L'Ouest-Eclair :

"Une perquisition à "Ker Abri"

Brest 28 juin. - (De notre correspondant particulier). - L'actif juge d'instruction du Parquet de Brest doit se rendre demain matin à Landerneau, en vue d'opérer une perquisition à la villa Kerabri, domicile du conseiller général disparu."

C'est dans l'Ouest-Eclair Edition Rennes du 29 juin 1923, page 2, première colonne.

Et dans l'Ouest-Eclair du 30 juin (page 2, 1ère colonne) :

"Une descente du Parquet à Landerneau

Ce matin, par le train de 7 heures, descendait à Landerneau M. le Procureur de la République Guilmard. assisté de M. Binet juge d'instruction, et d'un greffier. M. Binault, commissaire de police, les reçut à la gare, et tous se dirigèrent vers la villa Ker-Abri où habitait avec sa soeur le conseiller général de Sizun.

En présence de M. François Quéméneur, frère du disparu, arrivé à Landerneau mercredi soir, la correspondance de M. Quéméneur fut compulsée et étudiée minutieusement. On sait que le conseiller général, d'une activité inlassable, traitait de multiples affaires et le travail de dépouillement a été très long.

Ce soir, à 4 heures, cette opération judiciaire dont l'importance n'échappera à personne se poursuivait. Des détails fort intéressants ont sans doute été recueillis, qui aiguilleront l'enquête vers sa voie définitive, espérons-le."

Suite du feuilleton de la perquisition dans l'Ouest-Eclair du dimanche 1er juillet (page 2, 2e colonne) :

"La perquisition à la villa de Ker-Abri

Brest, 30 juin - Nous avons parlé hier de la perquisition faite à "Ker-Abri", la villa de Landerneau où habitait le conseiller général de Sizun. Dans le bureau où ont été saisis des papiers d'affaires, régnait un désordre inconcevable. Chose étrange, on dit qu'aucune lettre de Seznec ne se trouvait dans l'amas de paperasses entassés sur tous les meubles, au hasard, et pourtant Seznec était en relations constantes avec M. Quémeneur.

Ajoutons que le frère du conseiller général nous a affirmé hier que jamais il n'avait entendu parler de ventes d'autos aux Soviets : "Pierre m'a seulement dit qu'il devait vendre des voitures à des Américains. Il n'était pas question du tout des Soviets."

Telle fut la déclaration du frère de M. Quemeneur."

- La Dépêche de Brest :

La Dépêche de Brest du 30 juin 1923

"Des renseignements que nous avons pu recueillir, il résulterait qu'après avoir trouvé dans le bureau du disparu une volumineuse correspondance en désordre, il a été impossible de découvrir la moindre somme d'argent en caisse."

3/ Le procès verbal de déplacement :

Procès-Verbal de transport de la perquisition de Ker Abri

Archive transmise par Denis Langlois

"Après leur avoir fait connaître le but et l'objet de notre visite, ces messieurs nous ont introduit dans le bureau de leur beau-frère et frère, sis au rez-de-chaussée de la villa Ker Abri.

Avant de procéder aux opérations qui déterminaient notre visite, nous avons remarqué, tant sur le bureau de M. Quémeneur que dans les casiers et armoires diverses qui garnissaient le local, un désordre manifeste : des papiers, documents divers, registres, agendas, étaient pêle-mêle, répandus un peu partout."

J'en étais restée là de ces événements...

Oui, le bordel à Ker Abri, avant l'arrivée de la police...

Mais, voilà qu'aujourd'hui notre nouveau Zorro de l'affaire Seznec, historien auto-proclamé, lui aussi, nous affirme, sur son blog, sous le titre "Le désordre dans le bureau de Pierre Quémener", qu'il n'y a jamais eu de désordre à Ker Abri....

"L’une de ces fausses vérités est l’affirmation suivante  : Jean Pouliquen et Louis Quéméner ont mis à sac le bureau de Pierre Quéméner dans sa villa Ker-Abri à Landerneau juste avant la perquisition du 29 juin 1923."

Jamais.

Que Denis Langlois nous a fait du roman...

Et il ose nous proclamer tout de go sous le titre ronflant : "Les fausses vérités de l'affaire Seznec" :

"Je crois donc que cette mise à sac du bureau de Pierre Quéméner par son frère et son beau-frère n’est qu’une légende. Il est, tout au moins, nécessaire de cesser de la considérer comme un fait établi."

J'avais vu le char arriver car, dans son article précédent, ce monsieur se targuait déjà de nous souligner une erreur de Bernez Rouz concernant le prénom de l'électricien Caillet.

Ce M. du Ryez, qui, à force de vouloir être précis, nous saoule avec les horaires des uns et des autres :

"Le lendemain matin, si le train est à l’heure, Jean Pouliquen et Jenny Quéméner descendent à Landerneau à 6 heures 17 et l’inspecteur arrive à Brest à 6 heures 38. Pendant l’absence de sa sœur, Louis Quéméner est certainement resté à Ker-Abri pour garder la villa. Enfin, à 8 heures 35, le juge et ses compagnons quittent Brest, descendent à la gare de Landerneau à 8 heures 52 et se présentent vers 9 heures à Ker-Abri pour effectuer la perquisition, bientôt rejoints par des policiers."

 

Le Paris Brest selon le Chaix :

Départ Paris : 20 h 05

Arrivée Landerneau : 6 h 58.

 

Bon sang...

Que M. du Ryez cesse d'avoir le melon, même si c'est la pleine saison...

Qu'il cesse aussi de critiquer plus fort que lui...

Qu'il fasse surtout preuve d'un peu de recul, de plus d'humilité et de beaucoup beaucoup d'humour...

"Une bonne cure de Charlie Hebdo" et de "Lewino Dos Santos" serait à conseiller d'urgence...

Isn't it ?

Une mise à sac

Et ce n'est pas de nous changer le titre "le désordre dans le bureau de Pierre Quémener" en "La mise à sac du bureau de Pierre Quémener" qui changera quelque chose à l'affaire.

"Mise à sac" est improprement employée ici :

 

Mettre à sac 

Dévaster, piller complètement.

Origine
L'étymologie indiquée pour notre 'sac' n'est généralement pas la même que celle du 'sac', ce contenant dans lequel on peut caser diverses choses comme du sable, du courrier, du charbon ou des pommes de terre, par exemple.
Et pourtant, il y a bien un lien, même s'il est lointain.
En effet, en remontant au moyen allemand avant le XIVe siècle, on trouve le mot 'sakman', littérallemand "l'homme au sac", qui désigne un brigand ou un pillard, donc un homme qui met et emporte son butin dans un sac (ça y est, le lien est établi !).
Récupéré par l'italien, il devient 'saccomanno', avec la même signification, et dont l'abréviation 'sacco', utilisée entre autres dans "mettere a sacco" ("mettre à sac"), va donner notre 'sac', qui signifie 'pillage', au XVe siècle.
On ne n'étonnera donc pas de l'origine identique du verbe 'saccager', un presque synonyme de notre mettre à sac, locution qui apparaît au XVIe siècle.
Exemple
« La foule s'en prit au magasin, éventra la caisse et mit à sac les étalages. »
Claude Courchay - La vie finira bien par commencer - 1972

..................................................

C'est tout simple...

Jenny Quémener, Jean Pouliquen et Louis Quémener ont lu L'Ouest-Eclair du 29 juin 1923.

Ils savent donc qu'il y aura perquisition à Ker Abri le 30.

Louis Quémener n'aurait pas de lui-même touché au bureau de son frère.

Il attend donc que Jenny et Pouliquen reviennent de Paris.

Ce qui leur laisse environ 2 h 30 à fouiller le bureau avant l'arrivée des autorités.

Oui, c'est tout simple...

Et je ne vois vraiment pas où est le problème.

 

Liliane Langellier

 

 

P.S. Rectification horaires de trains Paris Landerneau à dater du 1er juin 1923 (Ouest-Eclair).

"Jean Pouliquen et Jenny Quéméner descendent à Landerneau à 6 heures 17"...

Mince, je lis 6 h 19 ou 6 h 30 (rires)...

 

 

 

P.S. 2 Un peu d'humour pour vous détendre les zygomatiques...

On en a bien besoin...

Même si je ne suis ni "historienne", ni "normande"...

Savez-vous qu’ il existe une abbaye des Conards à Rouen ?

Si si, c’est vrai. Traditionnellement la fête des Conards se déroulait de la dernière semaine de janvier jusqu’à Mardi-Gras, mettant en scène des farceurs dont c’était le métier. À Rouen, ces fêtes paillardes étaient célébrées depuis le XIIIe siècle par les prédécesseurs de l’abbaye des Conards, la société des Coqueluchers.

Tout ce bazar monastique finit par se voir interdit en 1245 par Odon Rigaud, l’archevêque de Rouen, avant de réapparaître au milieu du XIVe siècle sous le nom d’abbaye des Conards. Le jour de Mardi-gras, les Conards déjeunaient à la halle aux Draps (aujourd’hui appelée halle aux Toiles) sous la présidence de leur abbé et lisait des extraits de Pantagruel. Après le banquet, place était faite aux farces et comédies, aux danses et aux morisques… Tout cela se finissait avec l’élection du plus vilain bougre de Rouen.
 

Image : La Halle aux Draps vers 1822 - dessin de John Coney (1786-1833) 

 

A lire sur mon blog Chez Jeannette Fleurs...


 
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