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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec : Pour en finir avec Alfred Lajat...

Le privilégié de la nature qui est myope d'un œil, presbyte de l'autre et qui louche de surcroît, n'a aucune excuse de ne pas se rendre compte dans le même instant de ce qui se passe autour de lui.
Pierre Dac.
Pensées.

La mauvaise, très mauvaise vue d'Alfred Lajat...

Petite fille et fille d'imprimeur...

Veuve de typographe...

Je ne peux être que sensible au destin peu commun de cet homme.

Imprimeur, publiciste, journaliste.

Alors, on y va….

Suivons la généalogie dressée par Thierry Lefebvre….

 

Alfred Lajat est né à Quintin (Côtes d'Armor) le 10 août 1872.

Son père est pharmacien.

"Il fait ses études à l'Institution Saint-Joseph de la ville, puis à l'École Saint-Charles de Saint-Brieuc, où il avait comme condisciples Yves Le Trocquer, Louis de Chappedelaine et Joseph Paul-Boncour. Voulant être prêtre, il part au séminaire français de Rome, puis entre dans l'Ordre de Saint-Benoît. Abandonnant tout projet ecclésiastique, il devient clerc de notaire."

(in Wikipédia)

De la classe 1892, il n'effectue pas son service militaire, car réformé.

"Sur le conseil de François Vallée, il se tourne vers le journalisme et devient propriétaire et directeur de l'hebdomadaire catholique, La Résistance, à Morlaix qu'il achète, en 1898, à Auguste Cavalier.

 

Il deviendra parent de François Jaffrennou en épousant, le , une des cousines de celui-ci, Marie-Angèle Jaffrennou.

 

 

Le récit de son mariage….

"Le varadek, je crois, est spécial au pays de Lannion. Il y a cependant quelques coutumes, plus générales, qu’on retrouve, avec des variantes sans importance, dans les quatre diocèses : ainsi la coutume du bazvalan et du breutaer, poétiques entremetteurs chargés par les fiancés des préliminaires de la demande en mariage, et la coutume de la Soupe au lait, que Brizeux a popularisée dans une ballade célèbre :

Chantons la soupe blanche, amis, chantons encor
Le lait et son bassin plus jaune que l’or…

Ce que ne dit point le poète, c’est le mélange de sérieux et de gaieté qui accompagne cette petite scène : les nouveaux mariés sont au lit. Sur un plateau, dans une bassine, les garçons et les filles d’honneur, avec d’ironiques révérences, leur apportent la soupe blanche ; mais les cuillers sont percées ; les morceaux de pain font bloc, liés par un fil invisible. Le lait fuit de tous côtés, tandis qu’aux éclats de rire de l’assistance les mariés font leurs efforts pour en attraper quelques gouttes. De guerre lasse, ils laissent tomber la cuiller. C’est le moment que guettent les garçons et les filles d’honneur pour chanter la sône de la soupe au lait. Il y a plusieurs variantes de cette sône. Celle qu’on chante sur le littoral trégorrois est particulièrement grave et mélancolique. Je souhaiterais qu’elle fût recueillie. L’auteur anonyme de cette émouvante composition y a fait tenir tout le drame de la vie bretonne ; il ne flatte pas les nouveaux époux ; il leur peint le mariage sous des couleurs plutôt sévères : « Aimez-vous bien l’un l’autre, dit-il en terminant. Gardez l’un pour l’autre une étroite fidélité ; élevez vos enfants dans la crainte de Dieu. Par ainsi, chrétiens, quand l’heure de la mort sonnera pour vous, votre séparation ne sera point éternelle, et Dieu vous donnera la joie de vous retrouver dans son paradis. »

La première journée des noces est terminée. Elle n’a été qu’une longue bombance. À table depuis l’angélus de midi, les convives ne se sont levés qu’au dernier coup de l’angélus du soir. Mais comment décrire ces banquets de Gamache ? Sur l’aire neuve, dans le courtil, dans les champs, des tentes sont dressées, vastes quelquefois à loger quinze cents convives. Ils étaient douze cents, l’autre semaine, au mariage d’un poète breton, Alfred Lajat, plus connu sous son nom bardique de Mab-ann-Argoat (fils des bois), avec une délicieuse pennérez de Scrignac, Mlle Jaffrennou. Longtemps contenue et d’autant plus exubérante, la gaieté bretonne, dans ces festins pantagruéliques, lâche brusquement sa bonde et gicle au grand soleil comme un cidre capiteux, cependant que binious et bombardes déchirent l’air pour annoncer chaque service et que le bazvalan et le breutaer, d’une table à l’autre, font assaut d’hyperboles et de compliments à double entente. Puis, les tréteaux enlevés, filles et garçons nouent leurs rondes sur l’aire neuve ; les brall-kamm succèdent aux passe-pieds, les jabadao aux monférines. Quel contraste avec la seconde journée des noces, qui s’ouvre par un service funèbre auquel, sous peine d’incivilité, doivent assister tous les convives de la veille ! Les morts ne sont jamais oubliés en Bretagne, Mais il y a une autre catégorie de malheureux pour qui le lendemain des noces est un jour de liesse sans égale : les pauvres, ces « hôtes de Dieu », comme les appelle une expression bretonne. Pareils à un volier de moineaux pillards, ils s’abattent sur la ferme des quatre aires du vent. Les reliefs du festin sont pour eux. Cérémonieusement ils s’attablent : la nouvelle mariée sert les femmes, le mari les hommes. On en compta jusqu’à quatre cents au mariage de Mab-ann-Argoat et de Mlle Jaffrennou. Dieu sait s’ils firent honneur au repas ! Mais leur joie tînt du délire, rapporte M. Yves Berthou, c’est quand la jeune mariée, si joliment accorte en son hennin de dentelle et son devantier de soie violette, s’avança vers le plus loqueteux de la bande et l’entraîna aux sons du biniou."

Extrait de Charles Le Goffic "L'âme bretonne".

"En 1904, il quitte la Résistance pour aider François Jaffrennou dans le lancement du journal bilingue Ar Vro, dont il assure l'administration, tant que l'impression se fait à Morlaix. À la fin de 1906, il achète à J. Létréguilly l'Imprimerie Haslé à Morlaix, laquelle avait été aussi l'Imprimerie Guilmer fondée sous la Révolution."

Le 9 décembre 1905, il lance un nouveau journal hebdomadaire : L'Echo du Finistère.

"Pour autant, il ne faudrait pas concevoir L’Echo du Finistère comme un journal dépourvu de visées politiques. Lancé par le journaliste régionaliste Alfred Lajat, l’hebdomadaire soutient que les « habitants d’une même région » ont « des intérêts communs » et qu’ils doivent se « défendre contre les dangers qui [les] menacent ». Se faisant porte-parole de cette cause, la rédaction promet, dès son premier numéro, de « défendre et augmenter la fortune de la région, en aidant au développement de l’agriculture, de l’industrie et du commerce »."

Lire la suite de l'article d'Yves-Marie Evanno sur le blog En Envor.

"En , il imprime aussi Mouez ar Vro-La Voix du Pays), sous-titré Hebdomadaire breton français. Organe du relèvement national de la Bretagne. Régionaliste, artistique, économique, fondé et dirigé par son ami morlaisien Francis Gourvil, dont il a édité deux chansons en breton pendant la guerre. Il en est aussi un des commanditaires, mais la publication cesse en .

En 1919, il accueille aussi le mensuel de Pierre Mocaër et Joseph Ollivier, Buhez Breiz (La Vie de la Bretagne) (10 numéros en 1919 et reprise de 1922 à 1926). Gourvil et Mocaër étaient aussi membres du Gorsedd de Bretagne."

 

Son imprimerie est à céder suite à une liquidation judiciaire en novembre 1922 et il est autorisé à exploiter le fonds de commerce jusqu'à la fin du mois de décembre de la même année dans le but de maintenir la clientèle et de trouver un acquéreur pour le tout.

C'est alors que sa route croise celle de l'enquête sur la disparition de Pierre Quémeneur.

Quand il se décide à témoigner pour avoir aperçu le conseiller général au Café de Versailles dans le quartier Montparnasse à Paris.

 

Ouest-Eclair du 14 novembre 1923

La Dépêche de Brest du 14 novembre 1923

Le Matin du 15 novembre 1923

 

Lajat se mélange les yeux pour l'habit de Quémeneur : Alors ? Un pardessus gris ou un veston gris ? Il faudrait savoir.

 

La Croix du 15 novembre 1923

 

On annonce de Morlaix que Lajat, publiciste et imprimeur dans cette ville, affirme aujourd'hui qu'il a vu M. Quémeneur à Paris, le 29 ou le 30 mai. Me Le Hire, avocat de Sézenec, a confirmé le fait nouveau en ces termes :

"Le lundi 28 mai, M. Lajat quittait Morlaix dans la soirée, pour Paris, n'y resta deux Jours. Pendant ces deux jours (29 et 30 mai, c'est-à-dire mardi et mercredi), il alla déjeuner rue de Rennes, près du restaurant de Versailles. Au cours de l'un de ces deux jours, M. Lajat vit M. Quémeneur à l'entrée du restaurant de Versailles, qui causait avec trois per- sonnes. M. Lajat spécifia que M. 'Quémeneur prit une chaise et s'assit à une table, sur le trottoir. Je l'ai parfaitement reconnu, a-t-il déclaré. J'étais même sur le point de l'aborder, puis pour diverses raisons, je me suis abstenu. J'ai posé M. Lajat cette question « Etes-vous bien sûr que c'était M. Quémeneur ? J'en suis persuadé, m'a-t-il répondu. Je connais M. Quémeneur intimement. Il était vêtu d'un pardessus gris. Mais enfin, pourquoi n'avez-vous pas parlé plus tôt ? J'en ai parlé à mon retour à Paris et bien avant l'affaire de la disparition. Je me dis ensuite que je serais peut-être en butte à toutes sortes d'ennuis, de sarcasmes; mais maintenant ma conscience m'oblige à parler."

Le Petit Journal du 16 novembre 1923

L'Eclaireur du Finistère du 17 novembre 1923

 

Le Petit Parisien du 3 décembre 1923

"Quand je dis : de ses yeux vu, j'exagère, M. Lajat est borgne et myope de l'œil qui lui reste, fâcheuse infirmité pour un témoin oculaire."

 

Alfred Lajat témoigne au procès Seznec de Quimper le samedi 1er novembre 1924 :

 

Ouest-Eclair du 2 novembre 1924

"Le témoin conteste qu'il ait une mauvaise vue, malgré l'épais lorgnon qu'il porte ; il a la conviction d'avoir vu Quemeneur.

On va discuter longtemps sur les yeux de M. Lajat. On fait même l'expérience en lui faisant lire un passage d'un journal industriel quelconque. M. Lajat s'en tire fort bien."

La Dépêche de Brest du 2 novembre 1924

Le Petit Parisien du 2 novembre 1924

Excelsior du 2 novembre 1924 ("M. François-Marie Bléas")

Le Figaro du 2 novembre 1924

"Le président : Avez-vous une bonne vue ?

Le témoin : J'ai une bonne vue normale.

Me Alizon, partie civile :

- M. Lajat n'a-t-il pas une taie sur l'oeil droit et n'est-il pas myope de l'autre ?

Le témoin : Malgré cette petite taie j'ai une vue normale (on rit.)"

Qui est donc ce M. Bleas cultivateur julod à Guiclan ???

Qui vient témoigner à la barre que notre Alfred Lajat était beaucoup moins affirmatif quinze jours plus tôt :

"Mais l'imprimeur a-t-il toujours été aussi affirmatif dans ses conversations avec ses amis ? - Non affirme M. Gleas (Bleas) qui entendit M. Lajat dire "qu'il croyait bien avoir rencontré Quemeneur". - Ce jour-là, affirme le témoin, je n'ai pas eu l'impression que Lajat avait la certitude d'avoir vu M. Quemeneur. Actuellement il doit obéir à ce que j'appellerais un scrupule d'imagination."

et qui fait en même temps "un éloge mérité de la personnalité sympathique de M. Lajat."

…………………………..

C'est François-Marie Bléas (cf index Denis Langlois en page 365).

Ouest-Eclair du 9 novembre 1923

La question est : Pourquoi François-Marie Bléas était-il si persuadé de la mort de Pierre Quémeneur ?

Est-ce la proximité Guiclan/Commana ?

Le commerce de chevaux que Quemeneur a aussi pratiqué ?

La famille Bléas a-t-elle confié la gestion de ses nombreux biens au notaire Pouliquen ?

Y avait-il un lien familial entre les Bléas / Pouliquen / Quémeneur ?

Voilà ce qu'Alain Delame nous écrivait d'Alfred Lajat :

"Cet imprimeur de Morlaix aurait vu Quemener le mardi 29 mai à Paris, rue de Rennes. Il est ''absolument sûr'' de l'avoir reconnu, mais, au juge Campion qui s'étonne que ce témoignage ait tant tardé (sa déposition date du 14 novembre 1923), il explique avoir eu peur qu'on le ''[prenne] pour un fou''.  Mais voici M. Vincent Inizan, député (''Républicain de gauche'') du Finistère, lui aussi présent à Paris les 29 et 30 mai, qui déclare ceci :"À aucun moment M. Lajat ne m'a parlé de Quéméneur, ni fait allusion à la rencontre qu'il prétend avoir eue avec lui à Paris. J'ajoute que M. Lajat est atteint d'une myopie très prononcée."  Trois remarques s'imposent ici.

Albert Lajat aurait eu ''peur qu'on le prenne pour un fou''. La thèse policière (meurtre survenu dans la nuit du vendredi au samedi) a tant de prégnance qu'en effet tout ''témoin de survie'' peut bien craindre que ses propos apparaissent proprement insensés.

Vincent Inizan dit qu'Albert Lajat n'a pas, lorsqu'ils se sont vus à Paris, ''fait allusion à [sa] rencontre'' avec Quemener. Mais pourquoi l'aurait-il fait ? Lajat n'aurait qu'aperçu Quemener à la terrasse d'un café, sans lui parler. Et quoi d'étonnant à ce qu'ils se soient croisés rue de Rennes, en plein cœur de ce quartier Montparnasse, sorte de ''Bretagneland'' à l'époque ?

Le député ajoute une remarque sur la myopie de Lajat. Le président de la cour d'assises, Dollin du Fresnel, fera justement remarquer à Lajat qu'il porte ''des verres épais à ses lunettes, et s'attire cette réponse ''si je mets des lunettes, c'est justement pour bien y voir".  Mais, s'il a pu arriver que l'imprimeur ne reconnaisse pas un ami commun avenue des Champs-Élysées, c'est que Lajat souffre probablement de prosopagnosie (cf. Annexe).

Bien évidemment, une éventuelle rencontre entre Lajat et Quemener à Paris le 29 mai est contradictoire à la fois avec la thèse de l'accusation et avec le récit de Petit-Guillaume."

Annexe : sur la prosopagnosie

 ''La prosopagnosie est un trouble de la reconnaissance des visages. C'est une agnosie visuelle spécifique rendant difficile ou impossible l'identification ou la mémorisation des visages humains. Le prosopagnosique est généralement capable de reconnaître les personnes en recourant à certains subterfuges, comme l'identification visuelle par l'allure générale (démarche, taille, corpulence) ou à des détails comme un vêtement familier, la coiffure, une barbe, une tache de naissance ou des lunettes.'' (Wikipedia). On peut donc souffrir, certes, d'une myopie corrigée par des lunettes et de prosopagnosie, et reconnaître une personne en contexte (le quartier de Montparnasse), mais en être incpable en d'autres lieux ou circonstances (les Champs-Élysées).

En 1926, Alfred Lajat deviendra correcteur au Phare à Nantes.

Où il fondra en 1929 Le Cercle celtique de Nantes.

Nantes où il mourra, âgé de 86 ans, le 26 octobre 1958.

 

Que penser du témoignage de Lajat ???

C'est d'abord qu'il est bien tardif : 14 novembre 1923, soit presque 6 mois après la disparition de Pierre Quémeneur...

Même si on peut attribuer cela à un remords/scrupule tardif de catholique.

C'est ensuite qu'il est bien encombrant pour ceux qui avancent la thèse d'une mort de Pierre Quémeneur à Traon ar Velin, Morlaix, le dimanche 26 mai 1923.

Il faut savoir choisir.

C'est aussi que Lajat, dans sa lutte pour la Bretagne bretonnante, aurait pu profiter de cette affaire Seznec pour mener un combat Breizh (Seznec) contre le pouvoir central de Paris (Vidal).

C'est enfin qu'Alfred Lajat est atteint d'une myopie très très très prononcée.

"Renseignement pris, Lajat n'avait qu'un oeil et il était connu pour ne pas reconnaître ses amis dans la rue." (Rouz in page 109)

Ce qui fera dire à Jean Pouliquen (Rouz en page 109) :

"Quant au témoignage de M. Lajat, s'il avait été sérieux, il avait une autre importance. Il affirmait, disaient les journaux, avoir vu mon beau-frère à Paris le 29 ou 30 mai. C'est seulement six mois après que ses souvenirs se précisent. Au début de l'affaire, ses souvenirs sont tellement vagues que lui qui est aux portes du tribunal n'ose même pas déposer. Mais il a raconté autour de lui qu'il croyait avoir vu mon beau-frère à Paris. Mr [?] l'apprend et le fait paraître dans les journaux. Lajat ne peut plus se récuser et pris à son propre piège devient affirmatif. Il voit paraît-il très mal et comme il reconnaît lui-même ne pas lui avoir causé, l'avoir même évité, quoi de plus facile que de s'être trompé. Il m'arrive personnellement d'être pris journellement pour le docteur Le Coz à Pont-L'Abbé par des gens qui nous connaissent très bien l'un et l'autre. D'ailleurs qui ne s'est pas trompé plusieurs fois dans sa vie et cette erreur est encore plus facile pour une personne qui comme M. Lajat voit excessivement mal. D'ailleurs si mon beau-frère avait vécu jusqu'au 29 ou 30 mai, plus de vingt personnes l'auraient vu."

 

Circulez...

Y'a rien à voir (c'est le moment de le dire !)

 

Liliane Langellier

 

Carrefour du 25 mai 1949 (Archives personnelles - Quimper)

P.S. Pour l'article de Morvan Lebesque dans Carrefour du 25 mai 1949 (que je suis la seule à avoir publié en exclusivité sur ce blog en date du 27 juin 2018),

voilà ce qui est écrit sur Alfred Lajat :

"M. Alfred Lajat, ex-imprimeur à Morlaix, a vu Quemeneur le 29 mai à la terrasse d'un café proche de la gare Montparnasse. Il l'a simplement vu et a poursuivi son chemin. Mais M. Lajat est borgne. […]

Quant à M. Lajat Alfred, la déposition n'a pas été retenue pratiquement à cause de son infirmité, l'auteur de cet article le connaît personnellement. J'affirme que la vue de M. Lajat est quasi normale. Après avoir imprimé lui-même des livres de luxe en typo, M. Lajat a été correcteur d'imprimerie à Nantes. Ce sont là métiers qui exigent de bons yeux… D'un trottoir à l'autre dans la foule, M. Lajat m'a cent fois reconnu et appelé. Il s'est proposé devant moi à une expérience : qu'on l'éloigne de cinquante mètres, qu'on fasse un geste, il le décrira. Depuis vingt ans, M. Lajat, dont la bonne foi et la haute moralité sont au-dessus de tous soupçons, vit dans le regret de n'avoir pas, ce jour-là, parlé à Quémeneur, il faillit le faire mais Quémeneur, me dit-il, passait pour un redoutable bavard et M. Lajat qui était pressé (il avait rendez-vous avec l'éditeur Gallimard), poursuivit son chemin… S'il s'était arrêté, Seznec ne serait jamais allé au bagne."

 

 

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