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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec : L'article de Morvan Lebesque dans Carrefour du 25 mai 1949.

Toute relation comporte une certaine part de manipulation. La question est de savoir jusqu'où on se laisse manipuler, et par qui.
Martin Winckler
Le chœur des femmes.

Cet article m'a été personnellement transmis par Grégory Rannou.

Qui faisait, sous ma direction, des recherches aux archives du Finistère à Quimper...

En 2015.

Les reproductions des photographies de cet article par d'autres blogs sont interdites à moins de signaler leur provenance.

Cet article, il faut tout d'abord le remettre dans son contexte :

En 1949, "le héros national" est rentré de Guyane.

Me Raymond Hubert vient de déposer sa requête.

Lire sur La Piste de Lormaye : Les demandes de révision du procès de Guillaume (3)

Carrefour, tout comme Détective, a un lectorat très friand de l'affaire Seznec.

Et puis la signature "Morvan Lebesque", ça devrait faire vendre...

…………………………………..

Affaires jugées ou erreurs judiciaires ?

1. L'affaire Seznec la plus mystérieuse du siècle va être révisée.

"On n'en dormirait plus"... écrivait, il y a quinze jours, l'auteur de cet article en évoquant à propos de l'affaire Wadier (qui faillit en être une), la possibilité de quelques erreurs judiciaires commises par les tribunaux français au cours de ces dernières vingt années. "Soit ! Mieux vaut ne pas dormir !" ont répondu nos lecteurs. Et les nombreuses lettres que nous avons reçues ont suscité cette nouvelle enquête.

Carrefour commence donc aujourd'hui une étude sur ce sujet malheureusement d'actualité : A-t-on commis des erreurs judiciaires ? Est-il possible qu'à cette heure même des innocents soient en prison ? Au cours de cette étude seront examinées (avec le recul du temps indispensable) quelques-unes des affaires les plus sensationnelles de notre temps, celles où le DOUTE a laissé une empreinte ineffaçable.

Nous tenons dès aujourd'hui à préciser notre position afin d'éviter tout malentendu. 

1° Nous ne nous occuperons que des délits de droit commun, laissant à d'autres que nous le soin de discuter les jugements portés depuis plus de cinq ans sur des affaires politiques. 

2° Nous nous bornerons à présenter des FAITS au public, étant admis qu'une totale impartialité est de rigueur. Il ne s'agit pas plus de soutenir les théories de l'accusation que celles de la défense. Il ne nous appartient pas de "fabriquer des innocents" pour en appeler à une sentimentalité factice. Le lecteur apportera à notre enquête ses propres conclusions.

"Affaires jugées", dira-t-on . Nous pensons qu'il n'y a pas d'affaire jugée pour la conscience humaine. Décisions de justice... Nous prétendons décisions du judiciaire. Le judiciaire est souvent une chose quand la justice en est une autre. La recherche ardente de la vérité, toujours et en tous lieux, demeure le signe des pays libres.

Il nous a paru indispensable d'inscrire, au début de cette enquête, l'affaire la plus troublante du siècle, c'est-à-dire l'affaire Seznec, à l'heure où une nouvelle décision de justice la situe de nouveau au premier plan de l'actualité.

 

L'AFFAIRE SEZNEC va être révisée par décision de la Chancellerie qui rouvre le procès. La décision ne laissait pas de doute depuis la proclamation des faits nouveaux. Entre autres les révélations des témoins Léon Sacré et Mme Moreau-Lalande jointes au dossier des pêcheurs de Plourivo : depuis surtout la condamnation à mort et l'exécution de l'inspecteur Bony, agent de la Gestapo, ex-inspecteur de Seznec. Notre propos n'est pas ici d'entrer dans le dédale de cette affaire, la plus trouble et la plus compliquée peut-être de toutes celles qui aient jamais été soumises à un jury. Au surplus, bien que vingt-six ans se soient écoulés, jour pour jour, depuis le premier mois de ce drame, les détails de l'enquête et du procès demeurent encore en trop de mémoires pour qu'on ne nous épargne un historique fastidieux. Nous avons simplement, avec l'aide du temps et à la lumière des dernières recherches entreprises, essayé de décanter l'affaire en la limitant à ses formes et contours élémentaires.

Guillaume Seznec est né à Plomodiern (Finistère) le 1er mai 1878. Il a donc aujourd'hui soixante-et-onze ans. Condamné aux travaux forcés à perpétuité, gracié après plus de vingt ans de bagne, il vit actuellement en Bretagne dans sa famille. Guillaume Seznec a été accusé du meurtre avec préméditation sur la personne de son ami et associé le conseiller général Pierre Quémeneur, entre Houdan et Paris, dans la nuit du 25 au 26 mai 1923 ; subsidiairement de faux et usage de faux et de l'élaboration dans la ville du Havre, d'une mise-en-scène destinée à égarer la justice. Il n'a jamais cessé de protester de son innocence pour tous les faits qui lui étaient reprochés. Ni le corps de la victime, ni l'arme du crime n'ont jamais été découverts. Crime sans cadavre, par conséquent. L'affaire Seznec fourmille de preuves : elles sont toutes indirectes et présomptives.

Seznec "homme double"

Des dizaines de livres, des milliers d'articles de journaux ont prétendu tracer le portrait de Seznec. Il sied de dépouiller l'homme de toute cette littérature et de fixer ses traits essentiels.

Guillaume Seznec est un paysan breton de sang pur. Son nom, en breton, signifie l'homme aux rubans. Il n'a pas quitté la Bretagne avant son crime, sauf pour quelques voyages d'affaires de deux ou trois jours à Paris. Il s'est marié en costume régional. Il est catholique pratiquant : huit jours avant son crime et huit jours après, il a communié. Ses biographes notent que, le jour de sa naissance, l'employé de l'état-civil l'inscrivit par erreur sur le registre des décès de la commune. Toute la vie de Seznec semble porter le poids d'une étonnante fatalité. La nuit où naissait son premier enfant, il a failli brûler vif dans l'incendie de sa maison. Son visage, couturé de cicatrices, lui donne désormais un air peu avenant, "une véritable tête d'assassin", diront des témoins. Pour le reste, c'est un homme frustre, sordidement économe (il s'achète un complet tous les six ans et se taille un pardessus dans une vieille couverture de l'armée). Le souci de l'épargne se double paradoxalement d'un goût extrême pour le commerce. Licite ou illicite : bricoleur né, prêt à toutes les "bonnes affaires", mauvais débiteur et enfin extraordinairement processif. A la veille de son arrestation, on lui trouve deux procès sur les bras : un pour refus de paiement, l'autre pour propos diffamatoires.

Au bagne - d'où il tentera deux fois de s'évader - il sera jugé par les autres forçats comme un paysan madré et retors. Retors, astucieux, hypocrite, enfoui dans ses propres mensonges, mythomane vivant au centre des constructions de son esprit, tel le présentent les partisans de la culpabilité. Simple, franc, direct, incapable de mentir et d'ailleurs trop frustre pour échafauder des mensonges, répondent les partisans de l'innocence. En 1923, dans sa prison, Seznec a fait parvenir à sa femme des lettres en écriture sympathiques. Il a tenté de susciter des faux témoignages. L'un de ces faux témoignages visait à faire retomber sur un tiers, nommément désigné par lui, l'inculpation d'assassinat.

Cette dualité de Seznec se projette également sur ses relations avec les siens et le voisinage. En 1923, son arrestation a été provoquée par les soupçons de la famille Quémeneur. Aux assises de Quimper, la ville entière a exigé sa condamnation. Au contraire, il n'est pas un proche de Seznec qui ne l'ait soutenu avec acharnement. Sa femme, née Marie-Jeanne Marc en est morte, l'une de ses filles est entrée au couvent "pour demander à Dieu que l'innocence de son père soit reconnue". Sa servante, Angèle Labigou, l'a proclamé incapable de commettre un crime. Son employé s'est solidarisé avec lui. Enfin quelques partisans de Seznec (le juge Hervé) ont sacrifié à sa cause leur situation et leur avenir, tandis que des journalistes (Eugène Delahaye, Marius Larique) se vouaient pendant des années à obtenir sa réhabilitation.

Les irrégularités de l'enquête

Avec le recul du temps, le premier fait évident de l'affaire Seznec, celui sur lequel tout le monde aujourd'hui tombe d'accord, est l'entachement d'irrégularité de l'enquête : irrégularités monstrueuses et qui, à elles seules, motiveraient la révision du procès. 

Guillaume Seznec n'a pas été torturé physiquement, ayant dès le début de l'instruction, exigé la présence d'un avocat à son côté. Mais les pressions exercées sur les témoins ont été considérables. Un inspecteur de police a menacé de mort Mme Seznec et son employé, Angèle Labigou, également menacée de mort, a subi de la part d'un autre inspecteur une tentative de viol. Notons d'ores et déjà ce fait que, au départ, les policiers étaient persuadés de la culpabilité de Seznec. Ils ont reçu des encouragements officiels à le convaincre de meurtre. L'instruction close, des avancements exceptionnels leur ont été accordés.

La condamnation de Seznec repose, en grande partie, sur la découverte à son domicile de la fameuse machine à écrire "Royal" achetée au Havre, et ayant servi à "taper" l'acte de vente de Traou Nez ; or cette découverte a été effectuée sur dénonciation anonyme au cours d'une perquisition illégale faite par un seul inspecteur, en l'absence de l'inculpé, de son avocat, des membres de sa famille. Un témoin affirme avoir vu cet inspecteur entrer dans la maison en portant un objet lourd sous sa gabardine. Cet inspecteur s'appelait Bony (à l'époque, secrétaire du commissaire Vidal). Quelques dix ans plus tard, Bony avouait des "mises en scène" de ce genre, en particulier l'introduction de sachets de cocaïne dans le sac d'une femme qu'il souhaitait arrêter. 

Aucune prise d'empreintes digitales n'a été effectuée sur la machine à écrire. Personne ne s'est inquiété de l'absence incompréhensible de poussière dans ses rouages. Personne n'a enquêté sur l'auteur de la lettre anonyme désignant l'endroit précis et secret de la cachette : donc un familier de la maison. Or, nous avons vu que tous les familiers de la maison défendaient Seznec. 

Lacunes de l'instruction ? Elles sont innombrables. Seznec nomme Scherdly ou Charly le mystérieux correspondant "américain" de Quémeneur. "Pure invention" lui répond-on. En 1926, un journaliste parisien découvre un homme portant ce nom et ayant, trois ans plus tôt, trafiqué avec Quémeneur. "Affaire jugée" Charly, officiellement n'existe pas.

En pleine instruction, le dossier de l'affaire disparaît pendant vingt-quatre heures. Un visiteur plus que louche l'a "emporté" par mégarde. Aucune analyse du sable trouvé dans la valise de Quémeneur. Au procès, un procureur de la République, ennemi personnel de l'accusé (son ancien rival) interpelle Marie Jeanne Seznec sur les marches du palais :

- On l'a eu votre mari !

Enfin, une campagne de presse d'une violence inouïe enjoint aux jurés de ne pas tenir compte des dispositions favorables.

Des hommes ont vu Quémeneur

Toute l'affaire repose sur l'assassinat de Quémeneur dans la nuit du 25 au 26 mai ; que Quemeneur ait survécu à cette nuit, l'affaire Seznec ne tient plus. Or, quatre témoins affirment avoir rencontré Quémeneur après cette date à Paris.

M. Alfred Lajat, ex-imprimeur à Morlaix, a vu Quemeneur le 29 mai à la terrasse d'un café proche de la gare Montparnasse. Il l'a simplement vu et a poursuivi son chemin. Mais M. Lajat est borgne.

Me Danguy des Déserts, notaire à Plouescat, a vu Quémeneur le 26 mai à Paris. Il lui a fait un signe de la main et Quémeneur a répondu par un signe identique. Mais M. Danguy des Déserts est myope.

Et, pourtant, M. Danguy des Déserts affirme ne s'être pas trompé. Quant à M. Lajat Alfred, la déposition n'a pas été retenue pratiquement à cause de son infirmité, l'auteur de cet article le connaît personnellement. J'affirme que la vue de M. Lajat est quasi normale. Après avoir imprimé lui-même des livres de luxe en typo, M. Lajat a été correcteur d'imprimerie à Nantes. Ce sont là métiers qui exigent de bons yeux… D'un trottoir à l'autre dans la foule, M. Lajat m'a cent fois reconnu et appelé. Il s'est proposé devant moi à une expérience : qu'on l'éloigne de cinquante mètres, qu'on fasse un geste, il le décrira. Depuis vingt ans, M. Lajat, dont la bonne foi et la haute moralité sont au-dessus de tous soupçons, vit dans le regret de n'avoir pas, ce jour-là, parlé à Quémeneur, il faillit le faire mais Quémeneur, me dit-il, passait pour un redoutable bavard et M. Lajat qui était pressé (il avait rendez-vous avec l'éditeur Gallimard), poursuivit son chemin… S'il s'était arrêté, Seznec ne serait jamais allé au bagne.

Deux autres témoins, avons-nous dit. C'est ici qu'entre en scène le fameux Le Her. Le Her, en 1923, employé à la S.T.C.R.P., a vu Quémeneur à Paris et lui a parlé. Témoignage non retenu pour cause de moralité. Les défenseurs de Seznec en firent pourtant grand cas... jusqu'au jour où Le Her après avoir séduit et épousé la fille de Seznec fut abattu par elle. La meurtrière se trouvait, paraît-il, en état de légitime de défense. On prétendit alors :

1° Que le "témoignage" favorable de Le Her ne servait en réalité qu'à jeter le doute sur celui des honorables MM. Danguy des Déserts et Lajat ;

2° Que Le Her était un dangereux mythomane ;

3° Qu'il avait été, au moins pendant un temps, indicateur de police.

M. Le Berre enfin en est le quatrième témoin, qui déclare avoir vu Quémeneur à l'heure où il devrait être mort si Seznec est coupable. 

Reste encore la mystérieuse Mme Petit. Le soir du procès, Mme Petit se présente à Marie Jeanne Seznec et déclare avoir vu elle aussi Quémeneur à Paris. Mme Seznec donne à la police son nom, son adresse. Enquête : on découvre sous ce nom et à cette adresse une autre personne laquelle, trois mois plus tard, disparaît. Encore un mois et Marie Jeanne Seznec stupéfaite remet à la police une lettre adressée à Mme Petit et qui lui a été retournée "partie sans laisser d'adresse".

Cette lettre est une demande de faux témoignage, signée Marie Jeanne Seznec , de l'écriture de la femme du condamné, déguisée. Donc, quelqu'un a voulu la perdre. Quelqu'un a machiné une preuve présomptive supplémentaire contre Seznec.

Les machinations de l'affaire

En vérité, dans cette affaire, une incroyable série de machinations semble à jamais écarter toute possibilité de faire la lumière. 

Machination du Havre, par exemple. On connaît les faits : pressentant son inculpation, Seznec se rend au Havre, achète sans prendre aucune précaution, la machine "Royal", tape l'acte de vente de Traou Nez, abandonne la valise de Quémeneur à la gare et rentre en Bretagne ; auparavant, il est passé chez un changeur et lui a demandé un papier de complaisance authentifiant la cession de ses dollars.

Les témoins du Havre, ceux du train, ceux de la gare, sont formels : tous reconnaissent Seznec. Tous sauf le changeur, c'est-à-dire le témoin qui l'a vu le plus longuement et de plus près et qui, confronté avec lui, s'écrit :

- Non ! ce n'est pas lui. C'est un homme qui lui ressemble, mais ce n'est pas lui !

Alors survient le témoignage de Mme Lamargue.

Elle était dans le train du retour, seule dans son compartiment, après l'embranchement de Plouaret.

Elle a vu monter un homme ressemblant à Seznec, porteur de lunettes noires, couvert de cicatrices faciales. Elle l'a trouvé antipathique et, pour éviter de lui parler, a feint de dormir. Mais elle ne dort que d'un oeil. Et, à l'aube, jetant un regard sur son compagnon, que voit-elle ? L'homme ne porte plus de cicatrices et achève de s'essuyer le visage en se cachant à demi derrière les rideaux du compartiment. Les partisans de l'innocence déclarent : une fois de plus, mise en scène. Quelqu'un s'est fait passer pour Seznec.

C'est à ce moment que les pêcheurs de Plourivo apportent leur déposition sensationnelle. Dans la nuit du 28 au 29 mai, ils ont entendu un coup de feu dans la propriété de Quémeneur. Ils ont eu l'impression qu'on y assassinait un homme. Déposition vérifiée : sur la porte de la maison, trois traces de balles. Les défenseurs de Seznec exultent : Quemeneur est bien allé à Paris. Il est revenu en Bretagne chez lui. Il a été asassiné chez lui. Et son corps, jamais retrouvé, est enfoui dans les sables mouvants, au pied de sa maison. Supposition corroborée par un autre fait : de la gare à la maison, le 28 mai, un automobiliste a chargé et conduit un passant qui a parlé des coupes de bois de Traou Nez comme s'il en était le propriétaire. Toute la campagne en faveur de Seznec - meetings, livres, journaux - va donc désormais se baser sur cette hypothèse : Pierre Quémeneur assassiné par son frère Louis, le soir de son retour. Machination de Louis Quémeneur pour perdre Seznec. Seznec qui, s'il est reconnu innocent, devient légalement propriétaire de Traou Nez. N'oublions pas que c'est Louis Quémeneur qui, le premier, a demandé à la police d'enquêter sur Seznec. Cette campagne, je l'ai suivie, j'ai été le témoin de nombre de ses manifestations. Elle a revêtu très tôt une exceptionnelle violence. Des partisans se sont rendus à la porte de Louis Quémeneur. Des pierres lui ont été jetées. Aujourd'hui, Louis Quémeneur, comme Seznec, est un vieillard que l'affaire a marqué pour toujours. Ces deux vieillards, un journaliste, l'an dernier, les a fait se rencontrer, comme par hasard, au détourd 'une route. Seznec s'est avancé, main tendue. Louis Quémeneur a tourné le dos.

 

Seznec gagnera-t-il le second procès ?

Je pense que les partisans de l'innocence ne m'en voudront pas de souligner cet état de choses : des charges écrasantes pèsent sur Seznec.

Le fils Jacob affirme avoir vu Seznec porter la machine "Royal". Les experts affirment que les signatures décalquées sur la promesse de l'acte de vente sont de la main de Seznec. Les alibis de Seznec sont pratiquement incontrôlables. Passons sur la confusion bien compréhensive de la gare de Dreux et de celle de Houdan. Mais Seznec, affolé, a tenté de s'évader de sa prison au lendemain d'une perquisition - celle-là absolument légale. A la suite de laquelle on a découvert sous une trappe des papiers identiques à ceux de l'acte de vente. Trois jours plus tard, dans une lettre à l'écriture sympathique, Seznec adjurait sa femme de masquer la trappe sous un amoncellement de ferrailles.

On s'est demandé pourquoi l'auteur - quel qu'il fût - de la machination du Havre avait choisi cette ville. Reprenons les déclarations de Seznec à son retour de Houdan : Quemeneur suggère-t-il est parti pour l'Amérique. Le Havre est le port où on s'embarque pour les U.S.A. Seznec le sait. 

Seznec est accusé d'avoir fait disparaître le corps de Quémeneur dans les étangs de Gambais. - près de la maison de Landru. Seznec connaissait l'affaire Landru, cela va de soi. Mais il y a mieux : un crime assez semblable avait été commis en Bretagne : l'affaire Cadiou, qui, elle aussi avait fait couler beaucoup d'encre. Or, Seznec en visite chez Quémeneur que voyait-il ? Des images de l'affaire Cadiou épinglées aux murs. De Marie Jeanne Seznec, suspecte de mentir, d'ourdir sans fin des machinations pour sauver son mari, que nous dit-on ? Les partisans de l'innocence eux-mêmes avouent qu'elle passait son temps à lire des romans, qu'elle avait la tête farcie de romans.

Et pourtant tout cela - on le voit bien aujourd'hui - ne suffit pas à étayer une conviction. Preuves et contre-preuves s'annihilent. Les preuves de l'accusation qui ont le plus frappé les imaginations ne résistent pas à l'examen psychologique. Par exemple, on sait que Seznec rebroussa chemin à Houdan, qu'il oblige sa vieille Cadillac fourbue à un retour de 500 kilomètres au lieu de la mettre au garage. Seznec s'est expliqué là-dessus : les garagistes bretons étaient moins chers... On a haussé les épaules. Eh bien ! Il faut méconnaître totalement la psychologie des Bretons pour ignorer qu'ils sont sans doute passés par les randonnées les plus longues. C'est un signe atavique, entre deux voyages ils choisissent toujours le plus pénible ou le plus lointain.

A l'époque où presque tout le monde croyait Seznec coupable, les jurés de Quimper n'ont pas osé infliger le seul châtiment que méritait son crime, c'est-à-dire la mort. Ils ne l'ont condamné qu'au bagne.

Relisons le réquisitoire de l'avocat général. Sa plaidoirie ne vise qu'à un effet : persuader les jurés qu'ils peuvent sans remords envoyer Seznec à la guillotine.

"Jurés du Finistère s'écrie-t-il, je vous l'affirme en mon âme et conscience, il n'y a pas d'erreurs judiciaires."

Pas d'erreurs judiciaires, monsieur l'avocat général ? Je n'ai pas grand chemin à faire. J'ouvre L'Ouest-Eclair, édition du Finistère, pour l'année 1922 - l'année précédant l'affaire Seznec, j'y trouve deux jugements cassés. Deux erreurs judiciaires que ces mêmes assises avaient examinées - les prédécesseurs des jurés de Seznec. Deux condamnés - l'un cinq ans de réclusion, l'autre, vingt ans de bagne  - reconnus innocents, libérés et renvoyés chez eux.

Pas d'erreurs judiciaires ? Allons donc ! Nous savons tous à présent, qu'il y en a. L'affaire Seznec en est-elle une ?

Disons qu'elle est l'une de celles où la vérité a le plus de mal à s'établir. Elle se présente comme un dyptique  - coupable, innocent - ou comme une image photographique en ses deux états  - positif, négatif. Qui saura virer cette image ? On n'a jamais pris cet homme en défaut. On ne l'a jamais vu "se couper". A soixante-et-onze ans, Seznec continue d'affirmer son innocence, en jure par Dieu, prie chaque matin pour sa réhabilitation. "Rendez-moi l'honneur !" clame-t-il obstinément. En ces vingt-six ans, il a entièrement "retourné" en sa faveur l'opinion publique. Le moins qu'on puisse dire est que ce second procès s'imposait. Puisse-t-il être conduit plus impartialement que le premier ! Je veux dire : puisse-t-il ne pas partir d'une opinion préconçue : Seznec innocent, comme il partait d'une opinion préconçue en 1923 : Seznec coupable. Peut-être reste-t-il encore un espoir, si faible soit-il, de connaître enfin la vérité sur la disparition de Quémeneur.

Trois hommes, trois destins

Cette photo, véritable document d'époque auquel le temps a donné une valeur particulière, a été prise le 28 juin 1923, au cours de l'enquête à Houdan : reconstitution du voyage de la "Cadillac". A l'extrême gauche, l'inspecteur Bony (coiffé d'une casquette). Près de lui, Guillaume Seznec. A l'extrême droite, en retrait, un journaliste de vingt-trois ans "suit" l'enquête : Alain Laubreaux.

Sur ces trois hommes, l'un (Seznec) a été condamné aux travaux forcés à perpétuité. Les deux autres ont été depuis condamnés à mort.

 

N.B. Humour de Lebesque...

Quand il nous dit "A l'extrême droite, en retrait, un journaliste de vingt-trois ans "suit" l'enquête : Alain Laubreaux."

Mais oui : Alain Laubreaux, le journaliste collaborationniste de Je suis partout...

Quoi ?

Vous ne le saviez pas ?

Mais Morvan Lebesque aussi, notoirement raciste et antisémite, a écrit pour Je suis partout.

 

……………………………………..

Belle plume de journaliste que celle de Morvan Lebesque !

Mais il nage en plein délire avec la piste de Traou Nez….

Telle que revendiquée par le juge Hervé...

Et son article est pavé d'erreurs.

Dommage !

Le couplet sur "le pauvre Seznec" ne nous tire plus une seule larme.

Et puis trop de Bonny tue le Bonny.

Michel Pierre a bien raison quand il écrit sous le titre "Breizh connexion" (page 239) :

"Au retour de Guillaume Seznec et en lien avec les sections locales de la Ligue des Droits de l'Homme, la Bretagne avait manifesté sa sympathie envers le forçat rentré au pays. Dans un article de Carrefour de mai 1949, Morvan du Lebesque décrit Seznec comme "un paysan breton de sang pur, catholique pratiquant".  Avec la lutte du petit-fils, c'est tout le pays breton qui se trouve un héros, une victime de l'injustice en oubliant presque que Seznec avait été condamné par un jury de Quimper.

Désormais, c'est le pouvoir de Paris et son inflexible ministère de la Justice qui empêchent la vérité de sortir des abers et des ajoncs. On en néglige même le fait que Pierre Quémeneur était aussi breton et que les Américains avaient eu un camp à Brest. L'opinion se façonne autour de la conviction d'une affaire d'Etat sur la base de menées occultes de politiciens de la capitale".

Dont acte.

 

Liliane Langellier

P.S. Denis Langlois continue son long travail de retranscription du cahier secret de Seznec.

En tant que blogueur avisé, il sait que les lecteurs vont rarement lire les pièces jointes et qu'il est bon de leur mâcher le boulot.

Il faut donc le lire pour constater une fois de plus les mensonges éhontés du gars Seznec :

Le cahier secret de Seznec

P.S. 2 Merci à toutes celles et tous ceux qui, venant lire ce blog, contribuent à son succès avec 83.657 visiteurs.

Quant aux frustrés de l'affaire Seznec qui me critiquent à longueur de commentaires chez Skeptikos...

Demandez-vous pourquoi un être aussi brillant qu'Alain Delame est venu écrire sur mon blog et sur nul autre.

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