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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec : Pour en finir avec Emile Petitcolas

Cette exécution aisée d'un beau-frère égaya beaucoup ces messieurs.
Emile Zola,
Son Excellence Eugène Rougon (1876)

Photo in Denis Seznec "Nous, les Seznec"

 

Denis Langlois, pages 236/237

Qui est le premier à parler d'Emile Petitcolas...

Dans son livre "L'affaire Seznec" (Plon - 1988)

Denis Seznec a publié son livre à l'automne 1992.

 

"Dans ta grisaille et dans ton froid, tu avais eu un réconfort. Tu avais appris que ton beau-frère Petitcolas, le second mari de ta soeur Marianne, était depuis le début à tes côtés. Jusque-là, tu l'avais ignoré. Pour d'obscures histoires de famille, vous ne vous fréquentiez plus. Il avait longtemps vécu à Brest, puis s'était installé à Morlaix où il était devenu le rédacteur en chef de l'Eclaireur du Finistère et le correspondant d'un journal parisien, Le Temps. Compte tenu de vos liens familiaux, il n'avait pu se charger du compte-rendu de l'affaire, mais il avait tout fait pour que les attaques ne soient pas trop virulentes, pour qu'on se contente de rapporter les faits. Aujourd'hui, il se sentait plus libre et multipliait les démarches, recherchant les faits nouveaux, écrivant aux ministères, se servant de ses relations franc-maçonniques. Car, en fait, c'était cela qui vous avait opposé. Tu étais un croyant à toute épreuve et lui ne croyait en rien, sauf aux hommes. Ses discours sceptiques et ironiques sur l'existence de Dieu t'avaient horrifié. Tes enfants écoutaient. S'ils se laissaient tenter, c'était pour eux la damnation. Tu avais préféré espacer les visites et les réduire finalement à leur plus simple expression. Marie-Jeanne qui n'aimait pas beaucoup ta famille n'avait rien fait pour arranger les choses. Il te restait un regret, celui de ne pouvoir rendre visite à ta sœur qu'à la sauvette ; celui aussi de ne pouvoir discuter avec Petitcolas. Il était dans l'erreur, c'était sûr, mais ce n'était pas un mauvais homme. Plutôt meilleur que la majorité des habitués de l'église que tu connaissais. Il n'aimait pas médire sur les autres et c'était déjà un avantage. Il pensait que les guerres n'étaient pas une fatalité, en tout cas pas un fléau envoyé par Dieu pour éprouver les hommes. C'était là un raisonnement qui ne te déplaisait pas, mais tu t'empressais de répliquer que, si Dieu le permettait, c'est qu'il l'estimait nécessaire pour la rédemption de l'humanité. Petitcolas riait. Tu te sentais un peu ridicule d'employer de grandes phrases.

Le rapprochement avec Petitcolas, c'était bien la seule chose positive que t'avait apportée ce drame. Il était probable que cela ne servirait à rien, mais tu étais heureux que Marie-Jeanne ne soit pas tout à fait seule, que les restes de ta famille se resserrent autour d'elle.

Brusquement tu t'étais demandé : "Mais au fait comment s'appelle-t-il ?" Il t'avait fallu faire un effort pour te souvenir de son prénom : Emile. Longtemps encore, quand tu pensais à lui, tu l'avais appelé Petitcolas ou même Petitchocolat comme disaient tes enfants. Et puis un jour, naturellement, Emile était venu sur tes lèvres. Tu avais compris que vous étiez réconciliés."

1/ Son parcours familial

 

 

Louis Emile Petitcolas est né le 28 décembre 1864 à Longeroy, Harol, dans les Vosges.

 

Acte de naissance d'Emile Petitcolas (archives personnelles)

Il est de la Classe 1884.

Et est instituteur adjoint lors de la conscription.

Avec un degré d'instruction 3.

 

Il épouse à 53 ans, le 28 avril 1917, à Paris 6e, Marie Anne Seznec, la sœur de Guillaume Seznec, âgée de 42 ans (née le 11 mai 1875 à Plomodiern).

Mariée en premières noces à René Gadal, le 9 octobre 1898, à Plomodiern.

Contrat de mariage avait été établi.

Divorcée de René Gadal (6/11/1874-29/2/1916), cultivateur, le 18 mars 1914.

Avec lequel elle a une fille, Marie Gadal, née le 24 janvier 1900 à Plomodiern.

Emile Petitcolas est alors voyageur de commerce.

Acte de mariage Petitcolas/Seznec (Archives personnelles)

 

Sa carrière professionnelle :

 

Il est franc-maçon.

Sans doute au Grand Orient Les Amis de Sully.

"Défense de l'école laïque

Les premières années du XXe siècle sont marquées par le retour au Grand Orient (1900) et l’installation dans un temple dans la Grande-Rue, l’actuelle rue Pasteur. La loge est très impliquée dans l’émergence du mouvement social (radicalisme et socialisme) et surtout dans la défense de l’école laïque et de l’éducation populaire et ce, dans un contexte breton où la séparation des églises et de l’État s’est très mal passé.

Le premier maire socialiste de la ville, en 1904, Victor Aubert, et le premier député socialiste de Bretagne, Émile Goude, sont membres de la loge. Ce fort engagement politique se traduira par une scission en 1913, un tiers des frères décidant de rejoindre la Grande Loge de France et de reprendre le nom de L’Heureuse Rencontre."

in Francs-Maçons de Brest.

Lire la tenue des séances ici.

(Informations complémentaires à venir…)

 

Et journaliste...

1/ Tout d'abord à L'Est Républicain de Nancy.

2/ Puis à La Dépêche de Brest de 1902 à 1910 (25, rue Jean Macé à Brest).

Où il est secrétaire de la rédaction.

3/ Et enfin au Nouvel Avenir de Morlaix.

4/ Pendant la guerre, il effectue un remplacement pour Le Progrès du Nord.

5/ Puis, en septembre 1920, il entre à L'Eclaireur, un hebdomadaire paraissant le samedi, dont il deviendra rédacteur-en- chef en 1923.

Il est aussi correspondant pour le journal "Le Temps".

Ancêtre du journal "Le Monde".

Parallèlement, il est, en  1922, Président de l'Union Sténographique Bretonne.

Et aussi Président du Comité de Défense Laïque.

Il est très actif dans de nombreux domaines, et notamment à la jeunesse Sportive Brestoise.

Dont il sera le président.

Il a une très belle écriture.

Lire l'in memoriam d'Emile Le Bras, l'ancien rédacteur-en-chef de L'Eclaireur.

In L'affaire Seznec revisitée dans sa critique de "Nous, les Seznec" :

"p. 296 : lecture des lettres de 1925  – « On découvre aussi un nouveau personnage : Emile Petitcolas, le mari de Marianne, la sœur de mon grand-père… »

Peticolas est évincé de La Dépêche de Brest en 1910, dès lors on le retrouve menant diverses activités sur Brest et journaliste sur Morlaix, toujours très actif dans diverses associations (sportives, culturelles, professionnelles…) où il côtoie Vérant, Lajat, Le Hir, Rams… Domicilié rue de Brest, il n’était qu’à quelques centaines de mètres de la scierie de Traon-Velin. Sa discrétion relative lors de l’instruction et du procès, confirmée par l’extrait ci-dessus,  suscite des interrogations."

C'est L'éclaireur du Finistère qui est au 36 rue de Brest à Morlaix, lui, il habite 6 Place du Château.

Le 6, place du Château (archives personnelles)
 

Il utilisera ses relations franc-maçonniques pour tenter d'adoucir le traitement de Guillaume Seznec au bagne.

Yves Boisset (lui-même franc-maçon) écrira dans le dossier de présentation de son film :

"Le détonateur principal du mouvement médiatique en faveur de Seznec fut la franc-maçonnerie. Petitcolas, le beau-frère de Seznec, était journaliste et franc-maçon. Il a alerté l'Association sur cette affaire, qui s'est d'abord mobilisée pour ce qu'elle considérait comme une erreur judiciaire et ensuite pour l'utiliser, comme fer de lance, contre la machine judiciaire."

in Denis Langlois "Pour en finir avec l'affaire Seznec", en page 284.

C'est lui qui sera nommé tuteur de Guillaume Seznec, par un conseil de famille en date du 11 mars 1925.

"Il intervient à ce titre lors de la vente de la propriété des Seznec dite Au Prieuré, qu'ils avaient acheté le 2 février 1918." in Bernez Rouz en page 143.

C'est lui qui veille aussi au règlement des différentes dettes.

 

……......……………...……………….

Il meurt à Rennes le 5 janvier 1928.

Agé de 63 ans, après une longue et douloureuse maladie.

Acte de décès Emile Petitcolas. (archives personnelles)

Le Temps du 19 janvier 1928

L'Eclaireur du Finistère du 7 janvier 1928.

 

C'est son épouse Marie Anne qui hérite de tous ses biens.

 

La succession Petitcolas (archives personnelles).

 

Marie Anne Seznec décède, elle, le 11 février 1955, à Lourdes.

Acte de naissance de Marie Anne Seznec (archives personnelles)

Lire ici, sur la Piste de Lormaye, mes articles Petitcolas.

 

Lire aussi : La mère et la soeur de Seznec étaient riches comme Crésus.

 

Alain Delame me le disait encore récemment : "La mort de Petitcolas en 1928 amène un tournant entre une défense raisonnée et les délires Hervé/Huzo et consorts."

C'est Jacques Spiesser qui jouera son rôle dans le film d'Yves Boisset.

 

 

Liliane Langellier

P.S. Marc du Ryez consacre son dernier article à l'Edouard Corbière.

Lire ici.

P.S.2 Michel Pierre consacre une page entière à Emile Petitcolas dans son dernier ouvrage : page 116/117

"Jamais cependant les articles d'Emile Petitcolas n'ont dépassé les limites d'une intime conviction et, au contraire de ses successeurs dans la défense de Guillaume Seznec, il n'a pas entamé de campagne de presse mettant en cause juges ou enquêteurs ni suggéré que le condamné avait été victime d'une machination policière."

Où il cite ses articles dans "L'Eclaireur du Finistère" des 1er et 8 novembre 1924 :

Lire la suite ici.

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