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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec : La lettre chargée de Me Pouliquen...

En ne prêtant pas, on perd des amis ; en prêtant, on gagne des ennemis.
Proverbe allemand.

Une fois de plus...

C'est tout simple...

Les théories complotistes  ne tiennent pas la route...

Voilà donc la véritable histoire de la lettre chargée de Me Pouliquen.

Une lettre chargée est un pli cacheté contenant un objet précieux.

"La charge dite CHARGEE ne servait pas qu’à envoyer des billets de banque mais toutes sortes d’objet précieux ( titres de bourse, actions, obligations ). La réglementation était très stricte sur la confection de ces plis.

Au recto la mention Valeur déclarée et le montant.

Les timbres ne devaient pas se toucher ( pour éviter que l’on décolle les timbres et de faire une ouverture pour retirer le contenu et de recoller les timbres ensuite ).

Le poids devait être indiqué de manière très précise au gramme près.

La poste apposait un cachet CHARGE – quand on utilisait une étiquette de recommandation la lettre R devait être coupée et remplacée par ce cachet CHARGE

Au verso cachets de cire avec sceau de l’expéditeur à chaque angle de l’enveloppe.

Ici on peut voir un cachet dit descriptif indiquant le poids, le nombre de cachets, leur couleur et l’empreinte du sceau

Ce descriptif a été ensuite supprimé mais les caractéristiques étaient reportées sur le registre de la poste. 

S’il arrivait qu’un tel pli arrivait endommagé, on devait le refuser et l’on été convoqué devant un juge pour constater le contenu- souvent par rapport à un bordereau détaillé adressé par ailleurs par l’expéditeur au destinataire  ( cela m’est arrivé une fois mais il ne manquait rien )"

 

 

1/ Le prêt de 160.000 francs

"En janvier 1920, le négociant de Saint-Sauveur marie sa jeune sœur à Jean Pouliquen. Celui-ci n'est que clerc de notaire à Châteaulin mais il envisage d'acheter une étude à Pont-L'Abbé. L'esprit de famille souffle très fort puisque Pierre Quéméneur consent un prêt de 100.000 francs à son beau-frère le 10 mai 1920. Un prêt à intérêt (5 %) où il était stipulé : "Je m'engage à lui rembourser à la première réquisition, moyennant avertissement préalable de trois mois". Il doit en outre 60.000 francs remboursables  le premier août 1925, avec un intérêt de 5 %"

in Bernez Rouz en page 18.

 

2/ La demande de remboursement

"Le lendemain matin (NDLR Mardi 22 mai 1923), je prenais le train de cinq heures vingt et une pour Pont-l’Abbé sans avoir revu mon beau-frère.
 Rentré à Pont-l’Abbé à neuf heures du matin, je recevais peu après un appel téléphonique de Brest. C’était mon beau-frère qui se trouvait à l’appareil et qui me demandait si je pouvais lui avancer pour quelques jours une somme de cent mille à cent cinquante mille francs. Je lui faisais remarquer qu’il me prenait au dépourvu et que je ne pouvais immédiatement lui avancer pareille somme, que je ne pouvais disposer de plus de cinquante mille francs. Je m’étonnais d’une pareille demande, car la veille il ne me laissait prévoir aucun besoin d’argent et je lui demandais pour quel motif imprévu il me demandait cette somme. Il me répondit que c’était pour une affaire avec Seznec et qu’il ne pouvait me renseigner par téléphone, qu’au surplus il allait voir son banquier et que peut-être il n’aurait pas besoin de mon concours. Ceci se passait donc le mardi 22 mai."

in la primo-enquête de Me Pouliquen.

1 franc 1923 = environ 1 euro d'aujourd'hui...

100.000 francs = 100.000 euros.

3/ Le retour du chèque

"Je télégraphiais moi-même le lundi 4 juin à la Société Générale à Paris pour savoir si mon chèque avait été touché ; le mardi matin, je recevais la réponse me disant que le chèque n'avait pas été présenté et que l'on prenait note de mon opposition. (...) Toujours plus inquiet, je télégraphiais immédiatement poste restante numéro trois à Paris, pour savoir si le chargement que j'avais expédié avait été retiré ; il me fut répondu négativement et je mis opposition désormais sur ce chargement."

In Rouz en page 83.

Note 172 : "Le chèque m'a été retourné le 20 juin 1923", déposition de Jean Pouliquen devant le juge Campion le 25 février 1924.

 

Selon Catherine Clausse...

La grande papesse du complotisme dans l'affaire Seznec :

LA "LETTRE CHARGEE" de Me POULIQUEN :

Me Pouliquen a affirmé qu'il avait adressé une lettre chargée contenant un chèque de 60.000 francs. Jamais personne n'est venu contester le contenu de l'enveloppe adressée à Pierre Quemener au bureau de poste n°3 à Paris.
Qu'est-ce qu'une lettre ou pli chargé ? Dans le Code des Postes, année 1923, chapitre III, Valeurs déclarées, nous apprenons qu'elles contiennent des valeurs-papiers dont le montant est indiqué sur la suscription de l'expéditeur. Aucun minimum de déclaration n'est imposé, mais la valeur déclarée ne peut excéder ...20.000 francs par lettre.
Si toutefois (cependant, nous en doutons) l'enveloppe a bel et bien contenu un chèque de 60.000 francs, nous confirmons que finalement, la fraude et le mensonge...ça peut rapporter gros.
Il est à noter que Maître Pouliquen a, par la suite, récupéré cette lettre chargée ainsi que son précieux contenu, qui, d'après Claude Bal, journaliste qui avait mené une enquête dans les années 50, n'a jamais été retrouvée dans le lourd dossier de l'affaire Seznec.

 

Que dit Claude Bal ?

En page 6 :

"- Le 22 mai, trois jours avant son départ, raconte-t-il, Pierre m'a demandé de lui rendre cent cinquante mille francs sur la somme que je lui devais.

Et il insinue, soupçonneux :

- J'ai été surpris de ce pressant besoin d'argent.

Pouliquen précise qu'il offrit cinquante mille francs à Pierre, qui en obtint dix de plus. La veille du départ, le 24 mai, ils décidèrent que ces soixante mille francs lui seraient envoyés à Paris, en un chèque barré, sur la Banque de France. Mais, dans la soirée de ce même jour, Quemeneur se ravisa. De Rennes, où il se trouvait avec Seznec, il envoya à Pouliquen le télégramme suivant :

Expédier urgent chèque barré sur Société générale maison mère Paris et non Banque de France, à mon adresse, recommandé : Quemeneur, négociant, Landerneau, poste restante, numéro 3, Paris.

Or, la Société générale a informé le notaire que le chèque n'avait pas été encaissé."

 

Un calendrier serré...

Très serré...

Juste 30 jours.

……………………...……..

Mardi 22 mai 1923 Brest, 9 h 30 : demande du chèque.

Jeudi 24 mai 1923 Rennes, 21 heures : télégramme avec adresse envoi du chèque.

Vendredi 25 mai : envoi du chèque.

Lundi 4 juin (10 jours plus tard) : opposition au chèque.

Mercredi 20 juin : retour du chèque.

Aucun complot.

Juste un arrangement familial.

Comme on en connaît tous quand on a des parents commerçants.

Rien de surprenant que le chèque ne se trouve pas au dossier.

Voilà le détail de l'actif de Pierre Quémeneur au 29 décembre 1923 (in Rouz, en page 22).

Pas de soucis, la créance Pouliquen y figure bien.

 

Liliane Langellier

P.S. Merci à toutes et à tous pour les 82.000 visiteurs dépassés hier avec 3.519 visiteurs en mai 2020.

Pour 19 articles.

 

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G
L'enthousiasme de Quéméneur, prêt à embarquer Saleun à la rencontre de son "contact haut placé" est peut-être du bluff, une ultime tentative de convaincre l'employer à accorder le pognon mais tout de même, le conseiller semble y croire dur comme fer.
Un enthousiasme que Seznec ne semble pas partager. Bon, c'est vrai les 24 et 25 il a les mains dans le cambouis. L'idée de rouler sur l'or est sûrement tempérée par le ressentiment éprouvé par la répartition des rôles dans l'attelage. Idée qui s'évanouira aussi vite que l'associé.
Fin mai/ mois de juin le trouvera par monts et par vaux dans une fuite en avant mais rien ne parait accréditer la thèse d'un homme sur le point de se refaire la cerise. Aussi l'acquisition de Traou-Nez est certainement bidon. Le peu d'économie disponible est passé dans "la bonne affaire des Cadillac" et comme de bonne affaire il n'y eut pas….
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G
Bonjour;
Pouliquen a bien prévenu qu'il ne disposerait des 60 000 frs que pour quelques jours.
De toute évidence il s'agissait bien là d'une opportunité, d'un coup, il s'agissait de rafler la mise en empochant un bon bénéfice. Un lot de 10 bagnoles, 150 000 frs vendues aussitôt 300 000, enlever la commission et quelques frais, c'était plus de 100 000 espéré. Trop beau pour être vrai? Sans doute une arnaque. Tout cela s'est passé au-delà de Houdan.
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L
La question est : comment Pierre Quémeneur qui devait très bien connaître le trafic de bagnoles américaines en 1919/1920, et la valeur de la Cadillac de Seznec, aurait-il pu se laisser ainsi embobiné ????
L
Oui Guy, mais tout cela c'est après le voyage à Landerneau / Brest où, à mon avis, Seznec a proposé une embrouille à Quémeneur.
C'est Guillaume Seznec le point de départ de tout ça, pas Quémeneur.
G
Bonjour,
Saleun et Legrand disent aussi "Cadillac" et ça ils le tiennent de Quémeneur lui-même. Les annonces depuis quelques mois et l'option prise sur la voiture de Leverge ne laissent guère de doutes quand- aux intentions du conseiller général.
L
Bonjour Guy…
On a tous bien compris que Pierre Quémeneur avait un besoin pressant d'argent en ce mardi 22 mai 1923...
Comme personne ne peut dire à quoi correspondait ce besoin pressant d'argent, c'est la porte ouverte à tout et à n'importe quoi.
Surtout à n'importe quoi, d'ailleurs.
Seznec nous dit "Cadillac" mais Seznec ment comme un arracheur de dents.
Quand on aura pu trouver le motif de ce besoin d'argent pressant, on aura résolu l'affaire Seznec #etoui