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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec : Dectot or not Dectot ?

Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
Nicolas Boileau,
L'Art poétique

Archives Denis Langlois

Pour commencer...

Puisqu'il faut cent fois sur le métier remettre son ouvrage...

De même que Pierre Quémeneur n'a pas pu attendre, assis sur sa valise, pendant 3 heures à la gare de Houdan...

Il n'y avait aucun train au départ de Monfort-L'Amaury le vendredi 25 mai au soir après 20 h 46.

Guide Michelin 1922. Archives personnelles.

Le prochain était à 4 h 08 le 26 au matin, et je vois mal Pierre Quémeneur, qui était très très impatient, attendre dans la voiture de Seznec.

D'autant plus qu'il y a eu un témoin nous disant que Seznec était SEUL à 11 heures du soir.

Le témoin, c'était Pierre Dectot.

Alors on reprend avec Dectot...

La lecture des archives n'est pas réservée qu'à la seule noblesse bretonne #nonmais

De même que la lecture de la presse sur Gallica.

On peut se moquer des Registres Matricules, mais ils ont énormément de renseignements.

Pierre Dectot est né le mardi 13 mars 1883 à Dammartin dans l'ancienne Seine-et-Oise, actuelles Yvelines.

Il est le N° 1502 de la Classe 1903.

Il est l'aîné de 9 enfants.

Il est journalier quand il se marie à Garancières le 9 octobre 1909 avec Léa Juliette Pelleray (17 ans).

Il a été condamné à trois ans de prison, le 30 septembre 1914, pour vol d'un cheval et de mobilier alors qu'il était sous les drapeaux.

Il a des problèmes pulmonaires.

Mais n'est absolument pas blessé de guerre.

Au recensement de 1921, il habite bien Les Quatre-Piliers à Gambais, avec son épouse et cinq enfants.

Il est machiniste au moulin de Giboudet.

Il a donc 40 ans quand son chemin croise celui de Seznec.

Il habite depuis environ deux ans aux Quatre-Piliers à Gambais.

Pierre Dectot est mort le 20 août 1924.

autres, ces recherches furent couronnées de succès.

 

Pierre Dectot in Arthur Bernède "Seznec a-t-il assassiné ?" 1931.

Le Petit Parisien du 4 juillet 1923

Ouest-Eclair du 4 juillet 1923

La Dépêche de Brest du 4 juillet 1923

Le Matin du 4 juillet 1923

Oui, Pierre Dectot...

A 22 h 30 sur la route de Paris (Denis Seznec en page 103) :

"Peu avant la Queue-lez-Yvelines, à proximité du village de Millemont, nouvelle panne.

C'est à cet endroit que Pierre Dectot, un maçon qui se déplace à bicyclette, remarquera la voiture. Il vient de quitter Millemont, commune où demeurent ses beaux-parents avec qui il a dîné, pour rentrer à Gambais où il habite. Il monte la côte à pied car il n'a pas beaucoup de souffle, ayant perdu un poumon à la guerre. A 22 h 30, sur cette route de Paris, il aperçoit la voiture, immobile, phares allumés, l'avant dirigé vers la capitale. Dans son témoignage (cotes 69 et 112) il précisera qu'il est 23 heures quand il arrive à hauteur de la Cadillac. Il est affirmatif : Cet homme était seul, j'en suis certain. Je n'ai vu personne avec lui."

Le prudentissime Bernez Rouz il en pipe pas mot de Dectot, hein ?

Remarquez, il a été prudent, parce que d'après son R.M. (Registre Matricule),

  le Pierre Dectot il était pas blanc blanc, il était même de la braconne et d'autres choses aussi.

 

Michel Pierre, non plus n'en parle pas.

"Pour ne pas compliquer le récit, sans plus", m'écrit-il à l'instant.

Alors que Denis Langlois lui consacre un long passage (in pages 219 et 220) :

"On relève d'ailleurs dans le dossier un témoignage qui, curieusement, a été en grande partie écarté, à la fois par la police et par Seznec : celui de Pierre Dectot, maçon à Gambais, la petite bourgade où le sinistre Landru a sévi. Voilà un cycliste qui, vers 23 heures, près de Millemont, c'est-à-dire une dizaine de kilomètres au-delà de Houdan en direction de Paris, aperçoit une voiture arrêtée sur le bas-côté, phares allumés. Un homme, apparemment seul, lui demande s'il est bien "sur la route de Versailles", ce qui est le cas, puisque l'avant de la voiture est orienté dans cette direction.

Guide Michelin 1922. Archives personnelles.

"La police ne retient ce témoignage que parce qu'elle y voit la preuve que Seznec vient d'assassiner Quémeneur, puisqu'il est seul dans sa Cadillac. Ses recherches d'un cadavre enterré dans les environs restent vaines. Mais elle ne tire aucune hypothèse du fait que le conducteur, dont rien n'établit avec certitude qu'il était seul, a demandé "la route de Versailles". C'est pourtant une question curieuse de la part d'un conducteur qui est censé se diriger vers Paris et qui un peu plus tôt a demandé : "la route de Paris". Une enquête à la gare Versailles-Chantiers distante de 25 kilomètres de Millemont s'imposait incontestablement.

De son côté, Seznec utilise ce témoignage pour affirmer successivement deux choses. D'abord, contre toute évidence, que Dectot l'a aperçu alors qu'il commençait "tout juste à faire nuit", c'est-à-dire à un moment où Quémeneuravait encore let emps de prendre à Dreux le train pour Paris. Ensuite que, s'il a tué Quémeneur, après être sorti de Houdan, il n'a disposé que de 35 minutes pour faire disparaître son corps, ce qui constitue une sorte d'exploit. Il s'abstient de commenter la demande de la "route de Versailles". Pourquoi ?"

Alors le gars Dectot, ce fameux 25 mai 1923 à 23 heures, venait-t'y de chez son beau-père ou était-t-y allé chercher ses outils #jeposequestion

Il ne figure évidemment pas dans la liste des témoins du procès de Quimper.

Puisqu'il est mort le 20 août 1924.

C'est bizarre, parce que, lui, il a très bien précisé l'endroit où il a vu la voiture de Seznec.

in Le Petit Parisien du 4 juillet 1923 :

"Je revenais à bicyclette de Millemont (...) en face de l'une des barrières de la chasse gardée de M. Béjot..."

"Si l'homme auquel parla M. Dectot était Seznec, il se trouvait donc, le 25, entre onze heures et onze heures et quart, au kilomètre 52, à quelques centaines de mètres des Quatre-Piliers."

Malet en rouge, Dectot en bleu.

On le voit sur cette carte...

Guillaume Seznec est sorti de la Nationale 12.

Le Petit Parisien du 8 juillet 1923

"On sait en effet que l'inculpé, dès son premier interrogatoire, a déclaré être passé à Millemont. Or, ce petit village est situé à quinze cents mètres de la route nationale de Brest à Paris, sur un chemin peu fréquenté."

Philippe Lamour aussi en parle dans sa plaidoirie du 5 octobre 1932 :

 "Eh bien, Messieurs, c’est inexact, et voici encore un fait essentiel et trop facilement négligé. Entre le moment où Quémeneur et Seznec ont quitté la gare d’Houdan et le moment où le témoin Schwartz, qui allait porter du lait à la gare, a rencontré Seznec, une autre personne l’a rencontré, et c’est là un témoignage important dont il n’est jamais fait état et qu’il ne suffit pas de paraître ignorer pour le faire disparaître. C’est que j’ai le devoir et le droit de le dire, il détruit entièrement et à lui seul toute l’hypothèse de l’accusation.

                Messieurs, un nommé Dectot, blessé de guerre, qui n’a qu’un poumon, quittait ce soir du 25 mai ses beaux-parents avec lesquels il avait dîné. Il était parti de Millemont, commune où demeurent ses beaux-parents. A cause de son poumon unique, il avait remonté à pied, en poussant sa bicyclette à la main, le chemin en pente qui monte de Millemont à la route de Brest. Au haut de la côte, il avait renfourché sa bicyclette mais avait été obligé de descendre aussitôt, aveuglé qu’il était par les phares d’une auto arrêtée et qui l’empêchaient d’apprécier prudemment le gabarit de la route.

Il peut donc préciser avec exactitude que c’est à 23 heures qu’il arriva à la hauteur de cette automobile, mais qu’à partir de 22 heures 30 il en apercevait les lumières sur la route de Millemont, ce qui l’empêchait de rouler sur sa bicyclette. (Cotes 69 et 112)

                Cet homme a donné toutes les précisions. Il est arrivé près d’un automobiliste qui était Seznec et qu’il a reconnu comme tel. Et il déclare : « Cet homme était seul. Cet homme était seul, j’en suis certain, car il y avait ce soir-là clair de lune et je n’ai vu personne avec lui. »"

Lire chez Marc du Ryez :

"Vers 21 heures, ils s'arrêtent à Houdan et dînent à l'hôtel-restaurant Le Plat d'Etain.

En repartant vers 22 heures, ils se trompent de route et arrivent à la gare de marchandises. En faisant demi-tour, la Cadillac heurte le montant d'une barrière, puis elle repart en direction de Paris.

Vers 23 heures, Thérèse Malet voit une voiture stationnée à 6 kilomètres de Houdan dans la direction de Paris, avec un seul homme à bord. Vers la même heure, un cycliste, Pierre Dectot, croise une voiture arrêtée environ 4 kilomètres plus loin dans la même direction, les phares allumés  ; le conducteur fait les cent pas.

Vers 5 heures 30, Henri Schwartz trouve la Cadillac de Seznec arrêtée près du croisement des routes de Paris et de Montfort, tournée en direction de Houdan. Schwartz fournit à Seznec un bidon d'essence de 5 litres."

L'Est Républicain du 5 juillet 1923

"Il était alors 11 h 15"

Il reste entre trois quarts d'heure et une heure à Guillaume Seznec pour assassiner Pierre Quémeneur.

in Arrêt N° 5813 du 14 décembre 2006. Cour de Cassation Chambre criminelle.

A 23 heures, la voiture est tournée dans la direction de Paris.

A 5 h 30, elle est tournée en direction de Houdan.

J'ai toujours pensé que Guillaume Seznec avait eu le temps d'aller jusqu'au Pont de Saint-Cloud, déposer Pierre Quémeneur à une station de taxis.

Ou a-t-il simplement caché le cadavre quelque part en attendant de l'enterrer.

Il aura le temps entre 23 heures et 5 h 30 du matin.

Pierre Quémeneur a-t-il été insupportable car il se sentait en retard pour son rendez-vous parisien du lendemain ????

Guillaume Seznec, épuisé par les pannes successives de la Cadillac a-t-il perdu patience ?

Se sont-ils disputés ?

Et cela s'est-il terminé par un geste violent de Seznec ?

Pourquoi pas ?

Le père Pierre Maghin, ancien prêtre ouvrier, avait pour coutume de dire que toute relation entre les êtres est une relation de séduction.

Qui Pierre Dectot a-t-il donc voulu séduire ?

Était-ce, dans ce témoignage, un moyen de prendre sa revanche sur une société de nantis ?

Lui, le paria, père d'une famille trop nombreuse, qui vivait, entre autres, de braconnage, aux limites de cette société...

Était-ce le moyen d'exister enfin face à la police et à la presse ?

Et de prendre sa revanche face aux villageois ?

Était-ce le moyen de se venger de la gendarmerie locale, qui le poursuivait pour braconnage, en allant parler à la police nationale ?

Il est mort trop vite pour que nous en sachions plus.

 

Liliane Langellier

 

 

P.S. SaintOp/Seznek sur Dectot dans L'affaire Seznec revisitée :

P.S. 2 Dectot in Radar du 27 décembre 1953 :

 

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G
Bonjour,
Il me semble avoir lu que Seznec avait admis à son retour du bagne la rencontre avec Decot. Était-ce ici ou chez Marc du Ryez ? L'article de Détective peut-être?
Je n'y croyais pas trop, effectivement à cause des phares moribonds à Houdan qui éblouissaient quelques kilomètres plus loin.
J'y voyais plutôt un 'des contacts' en attente de nos deux lascars.
" C'est bien la direction de Versaille?": Dans le cas d'une rencontre Seznec/Dectot cela pourrait signifier que le morlaisien ait quitté la grande route un instant et y soit revenu sans
en être certain.
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L
Bonjour Guy…
Je viens d'ajouter en P.S. 2 l'extrait de Radar du 27 décembre 1953 où notre ami Guillaume cause Dectot.
C
Sauf que Philippe Lamour a établi que c'était à 21h40 heure d'hiver qu'est passé le train de marchandises qui sert de repère horaire au cheminot Garnier. Il situe le passage de la Cadillac à 22h10 heure d'été, soit 21h10 heure d'hiver, ce qui laissait largement le temps à une Cadillac réparée à Dreux, de retourner dans cette ville pour prendre le train de 21h59. Lorsqu'on est pressés comme l'était Quéméneur on ne traîne pas dans un restaurant .Entre 20h45 heure du passage chez Paul Jeangirard et le train de 21h59 à Dreux il y a 1h15. 20 minutes pour dîner ,55 minutes pour rallier la gare ce n'était quand même pas impossible !
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L
La plaidoirie de Me Lamour - si brillante qu'elle fût - est à prendre avec des pincettes et à remettre dans son contexte historique. C'est suite aux folies du juge Hervé et de Maurice Privat, suite aux articles de La Province, un hebdomadaire rennais d'extrême droite, profondément antisémite, fondé par Eugène Delahaye en juillet 1928, que Me Pouliquen et Louis Quémeneur décident d'attaquer la campagne menée depuis plusieurs mois contre eux.
Malgré cette brillante plaidoirie qui dura plus de 8 heures, Privat et La Province ont été condamnés (cf page 152 du livre de Michel Pierre).
M
Le témoignage de Pierre Dectot semble très fiable et annule toute hypothèse de prise de train à Versailles à 23h08, que ce soit avant comme après la rencontre. Seznec semblait seul mais Dectot ne voyait pas bien à cause des phares. Le cadavre pouvait être dans le fossé ou dans la Cadillac. Seznec, ayant vu Dectot arriver, a probablement fait les cent pas pour confronter le cycliste et l'empêcher de s'approcher de la voiture. Seznec peut avoir tué Quéméner à l’emplacement indiqué par Thérèse Malet, à la suite d'une crevaison, puis avoir chargé le corps dans la Cadillac et avoir roulé quatre kilomètres sur une jante, avant de s'arrêter pour tenter de réparer.

Concernant les phares, l'article de la Dépêche de Brest se trompe, car les phares fonctionnaient. Il s'agit probablement d'une mauvaise interprétation d'une déclaration de Seznec. Dans Le Matin du 27 juin 1923, il dit : "Je continuai mon voyage sur Paris mais à 15 ou 16 kilomètres au delà de Dreux, mes chambres à air crevèrent à nouveau. N’ayant pas de phares, je dus attendre sur le bord de la route, assis dans ma voiture, le lever du jour pour effectuer la réparation" (dans La Dépêche de Brest du 25 juin, il dit qu'il s'est endormi dans la voiture, mais son état d'épuisement extrême au matin à La Queue-lez-Yvelines contredit cette affirmation). Il voulait certainement dire qu'il n'avait pas de lampe pour l'aider à effectuer la réparation sur le côté de la voiture.

Certains tenants de l'innocence ont sauté (à tort) sur cette histoire de phares pour rejeter le témoignage de Dectot. Hervé, lui, s’en sert (page 44) pour rejeter les témoins de la gare de Houdan. Il cite Garnier disant : "les phares étaient allumés mais ils éclairaient peu", et un autre témoin déclarant : "un seul des phares éclairait, mais sa lumière était faible" (pourtant, je constate souvent sur la route que, quand l'une des ampoules est morte, l'autre éclaire beaucoup plus fort que d’habitude et devient aveuglante). Hervé leur oppose Seznec : "Aucun de nos phares n'éclairait, car on n'avait pas d'ampoules, et il avait été impossible de s'en procurer à Mortagne." En fait, ils avaient cherché des ampoules à culot américain pour l'arrière et, n'en trouvant pas à Mortagne, "ils ont acheté, vers 21 heures, une petite lanterne pour équiper l'arrière de leur automobile" chez Paul Jeangirard à Houdan, comme le dit l'arrêt de 2006. S'ils n'ont acheté qu'une lanterne pour l'arrière, c'est qu'ils n'avaient aucun problème d'éclairage avant, qui est mille fois plus important pour rouler de nuit.
Répondre
M
Dans l'article Wikipedia en anglais sur les phares (https://en.wikipedia.org/wiki/Headlamp), on explique que les Cadillac ont été équipées à partir de 1917 d'un levier permettant d'abaisser ou de relever le faisceau des phares depuis l'intérieur du véhicule, sans avoir à s'arrêter (comme c'était le cas au moment de l'introduction du réglage du faisceau en 1915). On peut donc penser que la Cadillac avait le faisceau baissé en arrivant à la gare et qu'il a été relevé ensuite sur la route de Paris.

Je trouve également sur un site : "la plupart de vos feux fonctionnent par paire : lorsque l’un des éclairages de la paire faiblit ou ne fonctionne plus, toute l’intensité sera répartie uniquement sur l’ampoule restante". C'est ce que j'indiquais. C'est un phénomène que l'on remarque souvent la nuit. En ne remplaçant pas une ampoule de phare grillée, on aveugle les conducteurs que l'on croise et on s'expose à une amende.