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Affaire Seznec Investigation

Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 680 articles.

Affaire Seznec : Léon Turrou sur le Paris Midi du 13 juillet 1939

Ah ! J'aime les mots, et qu'on sache les peser ! Les tricoter aussi.
Françoise Giroud.
Si je mens.

Voilà que la grande vestale du brocanteur...

Nous raconte,

dans son dernier billet de blog, sorti directo du livre de son gourou, que Léon George Turrou aurait pu être Charly...

Parce qu'il a déclaré dans un article du "Paris Midi" du 13 septembre 1939 : 

"En Amérique un homme se présente dans un hôtel pour dormir, il peut, même étranger, s'inscrire sous le nom qui lui convient le mieux, Smith ou Jones, selon que la fantaisie lui en prend...De même que pour les demandes d'emploi…"

Primo : je croyais avoir lu, dans ses précédents écrits, le plus profond mépris pour les laborieux qui travaillent avec, pour base de leur raisonnement, des archives de journaux.

Tout et l'envers de tout...

C'est pas grave, on continue

Secundo : il ne faut pas se contenter (surtout pas) de citer l'ouvrage du maître sans aller vérifier de quoi il s'agit sur le média cité.

Parce que, là, c'est intéressant : (in page 5 du Paris Midi du 13 juillet 1939) :

Reprenons...

On est en juillet 1939, et, le film d'Anatole Litvak, avec Edward G Robinson "Les aveux d'un espion nazi" vient juste de sortir à Paris.

……………………………..

Les Aveux d'un espion nazi (Confessions of a Nazi Spy) est un film américain réalisé par Anatole Litvak sorti en 1939. Il fait partie, avec Hitler – Beast of Berlin (en), des premiers films de propagande ouvertement antinazis1

Synopsis[modifier | modifier le code]

Avant l'entrée en guerre des États-Unis, des espions allemands essayent de voler des secrets militaires américains. Kurt Schneider, un ancien professeur d'allemand sans le sou, se fait embobiner par le Schlager, un des maillons d'un réseau d'espionnage nazi implanté en Amérique. À la suite de l'arrestation du contact de Schneider en Écosse, l'armée américaine demande au FBI de démanteler ce réseau. L'agent Edward Renard s'applique alors à méthodiquement arrêter les espions2.

Autour du film[modifier | modifier le code]

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Alors que la Seconde Guerre mondiale approche, les États-Unis, majoritairement isolationnistes, entendent conserver à tout prix leur neutralité et ne veulent pas se laisser entraîner dans la guerre comme en 1917.

La population ne veut pas entendre parler des dangers que représentent le fascisme et la politique expansionniste d'Hitler, Mussolini ou Franco : un sondage de indique que 95 % des Américains sont opposés à toute entrée en guerre ; en 1942, 42 % des Américains considèrent qu'il est plus important d'enquêter sur la propagande de guerre américaine que sur la propagation du nazisme, du fascisme ou du communisme3.

Rôle de Hollywood[modifier | modifier le code]

Des libéraux, des communistes ainsi que quelques Républicains travaillant à Hollywood s'organisent pour combattre le fascisme : la Ligue anti-nazie de Hollywood, le Comité des artistes en faveur des Républicains espagnols (qui a eu jusqu'à 15 000 membres), ou le Comité pour les réfugiés anti-fascistes. La Ligue anti-Nazi de Hollywood, qui a compté dans ses rangs Melvyn Douglas, Paul Muni, James Cagney, Sylvia Sidney ou Gloria Stuart, a eu jusqu'à 4 000 membres. Elle produit des émissions de radio, publie un journal et manifeste contre les rassemblements du Bund germano-américain, organisation américaine nazie qui organise de grands rassemblements publics4.

Pourtant, à la fin des années 1930, aux États-Unis, peu de studios sont prêts à s'engager et à risquer des pertes à l'international. Warner Bros. est un des rares studios à prendre ouvertement parti contre le fascisme et le nazisme, fermant ses bureaux en Allemagne dès n 1. La « Production Code Administration », l'organisme d'auto-censure hollywoodien, et principalement son directeur antisémite Joseph I. Breenn 2, essayent d'empêcher Warner Bros. de produire des films qui attaquent ou se moquent des gouvernements étrangers, notamment des Nazis, ou qui montrent trop de sympathie envers les Juifs3. Warner Bros. produit donc des films dans lesquels la critique du nazisme est plus ou moins masquée, tels que La Légion noire (1937) ou Juarez (1939), ainsi que Agent double (1939), British Intelligence Service (1940), L'Aigle des mers (1940), Underground (1941) et Le Vaisseau fantôme (1941)5.

Les Aveux d'un espion nazi est le premier film hollywoodien important avec le mot « nazi» dans le titren 3,2.

La critique accueille le film plutôt favorablement, et le message politique est apprécié. Le critique et scénariste Frank S. Nugent écrit dans le New York Times que ce mélodrame n'est « pas mal du tout », malgré une représentation caricaturale des Nazis : « Nous ne croyons pas que les ministres de la propagande Nazis aient un rictus diabolique à chaque fois qu'ils mentionnent la Constitution des États-Unis. [...] Nous pensions que cette représentation n'existait plus depuis The Kaiser, the Beast of Berlin (en)n 4,9. » Le critique Welford Beaton trouve Confessions d'un espion nazi mémorable, en ce qu'il est « le premier à se prononcer sur des évènements contemporains et à prendre parti5. »

La presse étrangère est également enthousiaste, notamment à Jérusalem, en Afrique du Sud, au Royaume-Uni, où Les Aveux d'un espion nazi est projeté dans des salles combles5.

Le soir de la première, le à Beverly Hills, est hautement sécurisé : police, vigiles, voiture blindée pour protéger les bobines... Peu de célébrités se présentent, par peur que leur présence leur fasse une mauvaise publicité. Le public est généralement enthousiaste, applaudissant régulièrement à la fin de la projection5.

La projection des Aveux d'un espion nazi entraîne cependant également des réactions négatives, voire violentes. Des sympathisants Nazi ont ainsi brûlé un cinéma de la Warner Bros. dans le Milwaukee. Dans le reste des États-Unis, des manifestations, des dégradations et des menaces poussent plusieurs exploitants de salles à retirer le film de l'affiche. Fritz Kuhn, le leader du Bund germano-américain, poursuit, sans succès, la Warner Bros. Le journal Nazi New-Yorkais Deutscher Weckruf Und Beobachter and The Free American (de) qualifie le film de propagande contre les Chrétiens perpétrée par les « Juifs de Hollywood », promouvant les intérêts du « Bolchévisme juif et des autres internationalismes10. »

 

 

À l'étranger[modifier | modifier le code]

Les nazis cherchent à interdire le film partout où c'est possible, en premier lieu en Allemagne, où le film est qualifié de propagande néfaste de nature à détériorer les relations germano-américaines11, mais le film est également interdit dans plus d'une vingtaine de pays, dont l'Italie, le Japon, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède...

En Pologne, des milices antisémites pendent plusieurs propriétaires de salles diffusant le film5.

Joseph Goebbels, ministre de la propagande nazie, qui se faisait projeter des films presque tous les soirs, signale dans son journal le qu'il a vu Les Aveux d'un espion nazi : « C’est une production américaine pas malhabile, j’y joue moi-même un rôle centraln 5, et d’ailleurs pas spécialement déplaisant. Sinon, je pense que le film n’est pas dangereux. Il inspire à nos adversaires davantage de peur que de colère et de haine. » Fier du raffinement de la décoration de son cabinet de travail, il est par ailleurs vexé par la représentation qui est faite dans le film8.

……………………...

 

On en trouve d'ailleurs la publicité en page 6 du même journal.

Tout cela est tiré du bouquin de Turrou "Nazi Spies in America".

 

"Turrou est devenu célèbre, il a déçu profondément le FBI pour des fuites d'informations à propos de l'affaire à la presse à New York et écrit une série d'articles sur le cas pour un journal. (...) Les articles de journaux de Turrou ont été utilisés comme base du film, Confessions d'un espion nazi."

Léon George Turrou, lui, n'appartient plus au FBI depuis juin 1938.

Il a donc largement le temps et l'entregent pour se faire interviewer dans la presse (remember mon article du 28 février dernier et les extraits de Détective du jeudi 20 juillet 1939) lors de la sortie, en France, du film d'Anatole Litvak.

Son attachée de presse lui a sans doute organisé une tournée d'interviews dans les principaux médias français.

Et le voilà donc dans Paris Midi du 13 juillet 1939.

L'article a pour angle les concierges de Paris.

Léon déplore d'abord le non usage de la carte d'identité aux Etats-Unis.

"Nous ignorons en Amérique l'usage de la carte d'identité. Un homme se présente-t-il dans un hôtel pour dormir il peut, même étranger s'inscrire sous le nom qui lui convient le mieux, Smith ou 
Jones, selon que la fantaisie lui en prend.. Aucune pièce justificative ne lui sera demandée. De même pour les demandes d'emploi."

Puis, dans le même ordre d'idées, il loue la confrérie des concierges, si utile "toujours aux aguets et toujours fidèle".

"Vos concierges forment un corps admirable de policiers sans le savoir".

……………………….

Comment peut-on prendre pour base un tel article de presse...

Pour en arriver à

"Toujours est-il que Turrou n'utilise pas son nom pour des affaires un peu obscures. Il utilise des 
pseudos parfois comme celui de Leon Petrov ou de Leon Tornoff. (…) Dans cette 
affaire de Cadillac, il a pu utiliser le nom de Charly aussi répandu que Smith ou Jones. "

"Turrou utilise des pseudos"...

Donc, il est le "Charly" de l'affaire Seznec.

Quel raccourci stupéfiant !

Rechercher et interpréter des articles de presse...

Ne consiste pas à les modifier pour servir une cause.

Mais à les exploiter correctement et à les resituer dans leur contexte d'époque.

Et, à faire preuve d'une certaine finesse d'analyse...

Ce qui n'est apparemment...

Pas donné à tout le monde.

Faire la critique d'un livre...

Ne consiste pas à le reprendre phrase après phrase...

Pour en faire des louanges à réciter à Vêpres par les disciples du maître.

Je préfère personnellement la louange grégorienne...

Qui est beaucoup, beaucoup plus complexe.

Mais tellement plus belle !

 

Liliane Langellier

P.S. Turrou s'est souvent fait passer pour un Russe….

Mais pas de traces qu'il se soit jamais fait passer pour un Charly quelconque en 1923...

Afin de venir monter une escroquerie entre Morlaix et Landerneau (rigolo !!!)

"Je devais me faire passer pour John Petrov, Russe expatrié, aux opinions très avancées et ayant toujours mené le bon combat dans les luttes prolétariennes. Ce n'était guère difficile, car je parlais couramment le russe, le polonais et quelques autres dialectes slaves. De plus, mes pommettes saillantes me donnaient un petit air de fils de la Volga. Dans ma jeunesse, j'avais traîné un peu partout en Europe et avais été mêlé à la révolution russe, ce qui me donnait un répertoire très fourni d'anecdotes. D'autre part, j'avais appartenu à la mission de secours aux populations russes durant la grande famine de 1921."

in "J'étais un G-Man", en page 89.

Il était très très très mythomane le petit père Turrou (et la mythomanie, ça ne vous rappelle personne ????)

Il écrivait, en avril 1949, à la fin de son ouvrage en page 216 :

"Après avoir passé vingt ans à poursuivre ceux qui transgressent les lois, il me paraît que cet abandon à la fatalité est commun à tous les criminels, qu'ils 'agisse de Hauptmann ou de Hitler (qui n'était qu'un misérable paranoïaque). C'est ce sentiment d'impuissance devant les décrets du destin qui conduit les pas de chaque individu. Et ceux qui espèrent agir sur l'avenir de l'humanité doivent essayer d'utiliser cette force latente en la rendant créatrice.

En constatant cela, je comprends aussi pourquoi j'ai écrit ce livre, tout autant pour mon plaisir personnel que pour l'édification d'un public qui m'est inconnu. C'est le recueil de tout ce que j'ai fait d'utile dans ma vie ou plutôt de tout ce que je crois susceptible de passer à la postérité : deux décades au service du F.B.I. et du C.I.D. de l'armée des Etats-Unis, deux décades durant lesquelles j'ai parcouru mon pays et le monde en franc-tireur de la loi, en chevalier errant, cassant des lances contre l'armée du mal et sans craindre les clins d'œil protecteurs que les critiques échangent avec le public.

Léon G. TURROU.

Paris, avril 1949."

Léon George Turrou est mort à Paris le 10 décembre 1986.

Il était alors âgé de 91 ans.

Affaire Seznec : Léon Turrou sur le Paris Midi du 13 juillet 1939
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Marc du Ryez 03/03/2020 12:07

Dans un précédent article, chère Liliane, vous aviez découvert avec Thierry que le Berengaria était arrivé dans le port de Cherbourg à 16 heures le 21 mai 1923. Rappelons, à ce sujet, que Bertrand Vilain nous parlait dans son livre d’une arrivée "prévue le 20 ou 21 mai", alors que vous avez démontré qu’elle était annoncée vers le 22 dans les journaux et que le navire n’est arrivé plus tôt que grâce à un temps favorable. Dans l’état de ses connaissances au moment de la rédaction de son ouvrage, si ce n’était un mensonge, il s’agissait donc au mieux de "wishful thinking" de la part de l’auteur : il prenait ses désirs pour des réalités. S’il avait dit "prévue le 22 mai", sa construction s’effondrait.

Vous aviez raison de considérer que, le temps de débarquer, Turrou (dépourvu de passeport diplomatique) devait se ruer sur un téléphone pour contacter Seznec avant 20 heures. Or, il n’existait pas de port en eau profonde à Cherbourg à l’époque, car la décision de construire celui-ci n’a été prise que le 23 novembre 1925. À l’époque, on utilisait la gare maritime de 1912, remplacée en 1933. Les transatlantiques restaient dans l’immense rade et des transbordeurs venaient chercher les passagers pour les conduire à la gare maritime. Cela prenait plusieurs heures, sans compter les contrôles en salle des douanes. Je vous donne un exemple qui date du 29 mai 1925 :

"À 5h30, 3 transbordeurs, le Traffic, le Nomadic et l’Alsatia, appareillent pour accoster le Majestic mouillé en rade de Cherbourg. Les passagers du Majestic débarquent à 8h. Ces derniers quittent Cherbourg à 9h15 en empruntant des trains spéciaux."

Le "planning" de Turrou était "assez serré", effectivement.

Liliane Langellier 03/03/2020 13:31

Cher Marc,
Implacable démonstration, s'il en est !
En supposant que Léon George Turrou aurait été à bord du Berengaria (ce qui reste encore à prouver tant que l'on n'a pas la liste des passagers), il lui aurait donc fallu près de 4 heures pour sortir définitivement des contrôles en salles de douane.
Donc, nous arrivons à 20 heures et des broutilles.
A 20 heures, le Lundi de Pentecôte 1923, Guillaume Seznec appelle Pierre Quémeneur à Landerneau.
Le dernier auteur nous prend pour des billes !

Marc du Ryez 03/03/2020 10:48

Cette déformation des sources est en effet récurrente dans le livre de Bertrand Vilain. Il est important de la mettre en lumière. Le but n’est pas de s’opposer systématiquement à ses écrits, mais de mettre en garde les lecteurs contre ses approximations, ses extrapolations fallacieuses et ses erreurs.

J’ajoute que, si je découvre des éléments qui confortent ce qu’il avance, je le dirai aussi, comme vous l’avez fait concernant la date d’arrivée à Cherbourg du Berengaria. Il s’agit d’être honnête et précis.

Liliane Langellier 03/03/2020 13:32

Oui, là, il est allé jusqu'à tronquer un article de presse pour pouvoir le faire abonder dans sa théorie.
La vérité vous rattrape toujours !