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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec : Combien de temps la Cadillac est-elle restée au garage Jestin à Landerneau ?

La vérité n'est très souvent qu'une seconde manière de redire un mensonge.
Ahmadou Kourouma
En attendant le vote des bêtes sauvages.

1/ L'histoire de la Cadillac :

"En octobre 1922, pour désintéresser un créancier, Seznec se faisait prêter 15.000 francs par Quéméneur. Il consentait à laisser en gage sa "Cadillac" à celui qui lui venait ainsi en aide. Il était convenu que la voiture, estimée à 18.000 francs, et remisée dans un garage de Landerneau, deviendrait la propriété de Quéméneur si la somme n'était pas remboursée au bout de trois mois. La somme ne fut pas réglée."

Chez Yves-Frédéric Jaffré, en page 22.

Et en page 33 :

"Les projets de voyage furent envisagés de concert. Le 23 mai, Seznec ramena le véhicule de Landerneau à Morlaix où il devait le mettre en état."

2/ Le garage Jestin

Comme vous pouvez le lire sur mon Guide Michelin 1922...

Le Garage Jestin, 9 rue de Brest, est un garage important, pour ne pas dire le plus important, à Landerneau.

Je vais reprendre les différents auteurs...

Histoire de voir s'il est fait mention quelque part d'un possible voyage de la Cadillac dans les six mois précédant mai 1923...

………………………...….

3/ Chez les différents auteurs :

Une fois n'est pas coutume…

Mais, là, histoire de rigoler, je vais reprendre chez Baker et Vilain en page 88 :

"Départ vers Paris. 1) La préparation du véhicule. Le véhicule n'a pas bougé depuis 6 mois. Il a été donné en gage à Quéméneur contre un prêt de 15 000 FF. Il a été remisé chez un garagiste. A cette époque, les pneus sont le maillon faible des automobiles. Ils sont fragiles et se détériorent facilement. Pendant les mois d'inactivité, les roues auront dû être démontées et stockées. Les routes qui ne sont pas toutes goudronnées, loin de là, ne favorisent pas leur longévité. Seznec et son chauffeur-mécanicien Samson ont remis en état succinctement le véhicule pour lui permettre d'atteindre Paris."

Ainsi, à lire l'auteur, la Cadillac n'a pas bougé depuis octobre 1922.

Donc pas de voyage des deux compères avec cette voiture à Paris entre février et avril 1923.

Marcel Jullian, dans ses délires, après les émissions d'Europe 1 de Janvier 1979 (page 29) :

"Au matin du 23, Seznec se rend à Landerneau. Non pour voir Quémeneur, mais pour rendre visite à Jules Jestin, le garagiste. Les deux hommes ont un signe distinctif commun, dont on verra, plus tard, qu'il donna lieu à une supposition inquiétante : ils ont des cicatrices sur le côté gauche du visage. Seznec les doit à l'explosion d'une nourrice d'essence durant un incendie. Celles de Jestin sont d'origine inconnue. (…) Il se repent, sans doute, d'avoir laissé la Cadillac à Landerneau, mais n'était-ce pas la condition imposée par Quémeneur pour avancer les 15 000 francs sur gage ? D'ailleurs, si, aujourd'hui, Jestin laisse Seznec partir avec la voiture, c'est que son cousin Quémeneur l'y a sans doute autorisé."

On comprend clairement que dès que Pierre Quémeneur a accepté la Cadillac de Seznec en gage, il l'a fait rentrer au garage Jestin.

Catherine Clausse sur son blog :

"JESTIN Jules
Né le 7 avril 1877, garagiste au 30 rue de Brest à Landerneau, il faisait commerce de tout. La Cadillac de Seznec était remisée chez lui et il se chargea de sa mise en état avant le départ pour Paris. Il ressemblait beaucoup à Seznec et portait des balafres sur la joue gauche. Maurice Privat et certains Bretons pensaient que c'était lui l'homme du Havre. Il "se suicida" le 25 novembre 1924, soit trois semaines après le verdict de la Cour d'Assises de Quimper condamnant Guillaume Seznec au bagne à perpétuité.
ASSASSINE"

Clausse, la grande papesse de la théorie du complot, ira même jusqu'à écrire, sur le forum de Marilyse Lebranchu, début 2007, que Jules Jestin était un cousin de Pierre Quémeneur.

Et qu'il avait volontairement trafiqué la Cadillac.

Il perd sa femme Louise, âgée de 28 ans, le 14 avril 1911 et sa fille Louise, âgée de 12 ans, le 13 décembre 1915.

En 1921, Jules Jestin vivait à Landerneau avec ses deux filles et une domestique (recensement).

Maurice Privat en page 87/88 :

"Retour à Landerneau. Seznec y reviendra le lendemain pour prendre sa voiture au garage Jestin. Elle fera partie du premier lot et vendue trente mille francs moins les deux mille de commission réservés à l'américain Scherdly ou Charly. Les deux associés se rembourseront leur frais de voyage et partageront le reliquat. La créance que Pierre Quémeneur possède sur Seznec éteinte, chacun encaissera environ six mille francs.

Le 23 mai 1923 est un mercredi. Le maître de scierie prend le train de 12 h 59 à Landerneau. Le voici au garage, sur une place du XVIIe siècle, à côté des pompes funèbres de la ville.

Jules Jestin ressemblait à Seznec et pouvait être d'autant pris pour le Morlaisien qu'il portait, sur la joue gauche, des balafres analogues aux siennes. Ses paupières étaient plus tombantes que celles du futur bagnard. Commerçant né, toujours à l'affût d'une occasion, cousin des Quémeneur, il achetait n'importe quoi et acquit même un sous-marin à la liquidation des stocks. On en vit longtemps la carcasse au bord de l'Elorn, près du champ de courses. Il vendait du vin et de la viande au marché comme des ferrailles. Sa réputation n'était pas brillante. Courageux et même téméraire, il entrait dans la cage au lion, au moment des fêtes, pour montrer qu'il n'avait peur de rien.

- Peuh ! déclarait-il, les chiens qont plus méchants que ces fauves.

Il s'est jeté par la fenêtre de son appartement, en face du garage, un an après la disparition de Pierre Quémeneur, dans un accès de folie.

Guillaume Seznec mit la voiture en route mais fit la grimace en voyant les pneus désséchés. Sans doute faudrait-il renouveler les chambres à air ? Le moteur cognait. Il partit avec la bagnole à Morlaix."

Denis Langlois en page 29 : 

"Comme convenu, tu t’es rendu au garage Jestin pour récupérer ton ancienne Cadillac. Elle était là au fond de la cour, massive, le capot poussiéreux, la capote en accordéon et les phares exorbités. Tu t’es installé sur le siège et tu as tout de suite reconnu les ressorts fatigués mais aussi le volant majestueux. Le pare-brise avait besoin d’un bon coup de chiffon. (…) Jestin est allé te chercher deux chambres à air neuves de rechange et tu t’es élancé sur la route de Morlaix, des rêves toujours plein la tête. Tu flottais sur un tapis magique."

Le capot poussiéreux, la capote en accordéon et les phares exorbités...

Denis Seznec en page 95 : 

 "Reste à dénicher une autre Cadillac susceptible de les véhiculer jusqu’à Paris et de servir de première transaction. Et pourquoi pas celle de Seznec ? Il y a quelques temps, le maître de scierie, à court de liquidités, l’a donnée en gage à Quemeneur, contre un prêt de 15.000 francs. La somme n’étant pas encore remboursée, la belle décapotable, six places, trente-six chevaux, dort actuellement à Landerneau, chez un cousin du conseiller, Jules Jestin, garagiste de son état. Seznec ne tient guère à cette voiture, acquise aux stocks américains contre une somme de 18.000 francs. Elle consomme trop d’essence à son goût. Il ne l’a jamais beaucoup utilisée, préférant conduire une camionnette ou son autre voiture, une Sizaine, toutes deux plus économiques. Puisque la dette n’a pas encore été remboursée, le véhicule appartient aux deux hommes en quelque sorte.

(…) Entre-temps, mon grand-père est chargé d’aller récupérer le véhicule, ce qu’il fait le 23 mai. L’état de la Cadillac n’est pas particulièrement brillant, mais le cousin de Quemeneur, Jestin, affirme qu’à condition de rouler à petite vitesse pour épargner le moteur l’expédition est possible. Guillaume Seznec n’est pas très satisfait. Il aimerait avoir le temps de réviser le moteur avec Samson, le « chauffeur » de sa scierie, mais il est trop tard."

L'état de la Cadillac n'est pas particulièrement brillant...

Bernez Rouz, en page 67, nous écrit :

« Le voyage de Paris étant décidé, Jean-Yves Golias, mécanicien au garage Jestin de Landerneau, prépare la Cadillac de Seznec pour le périple de 600 kilomètres. Cette voiture achetée aux stocks américains trois ans et demi auparavant était en dépôt de garantie depuis le 25 octobre 1922. Comme elle n’a pas roulé depuis longtemps, Guillaume Seznec fait une demande de déplacement auprès du receveur buraliste de Landerneau : « J’ai l’honneur de vous demander de bien vouloir me délivrer une autorisation de déplacement d’une automobile Cadillac en torpédo de six places, n° de la série 57631, marque USA, que je veux transporter par la route ordinaire de Landerneau à Paris. La durée du trajet sera de quatre jours. Je conduirai moi-même et serai accompagné de Monsieur Quéméneur, négociant à Landerneau. Landerneau le 23 mai 1923. »

Comme elle n'a pas roulé depuis longtemps...

………………………...

Rapide conclusion.

La Cadillac était remisée depuis le 25 octobre 1922 au garage Jestin, à Landerneau.

Jules Jestin qui était landernéen de souche mais qui n'était pas du tout le cousin de Pierre Quémeneur.

Comme le confirme Thierry Lefebvre :

"La nièce de Quémeneur qui se marie le 27 mai 1923, Yvonne Perrine Jestin, avait pour grand-mère une sœur de la mère du conseiller général. Cette famille Jestin était originaire de Plouédern, celle de Jules était de Landerneau. Ce n'est distant que de 5 kms, mais je suis remonté rapidement jusqu'au début du XIXè sans jamais trouver de lien entre les deux."

La Cadillac n'a pas fait de voyage avant celui du 23 mai 1923.

Je reprends le récent commentaire de Marc du Ryez :

"Tous deux (NDLR Rouz et Vilain) oublient que la voiture "était en dépôt de garantie depuis le 25 octobre 1922", comme Bernez Rouz le saurait s'il lisait son propre livre, que je viens de citer. Ce voyage à Paris, il a très probablement eu lieu avant cette date, quand Seznec en était l'unique propriétaire. Rien n'indique que la voiture ait bougé du garage Jestin entre le 25 octobre 1922 et le 23 mai 1923."

Ses pneus sont désséchés.

"Tout indique que la voiture n'a pas bougé. Et leurs ennuis lors du voyage de mai 1923 en sont probablement la conséquence, à commencer par les pneus desséchés.

https://www.allopneus.com/conseils-pneus/auto/entretien-pneus/le-caoutchouc-se-craquele.php"

Dont acte.

 

Liliane Langellier

La Dépêche de Brest du 27 novembre 1924

P.S. Jules Jestin ne s'est certainement pas suicidé car, mort à l'âge de 47 ans, il a été enterré religieusement à Landerneau le jeudi 27 novembre 1924.

Et, en 1924, les curés ne blaguaient pas avec le suicide.

C'est une maladie de prétendre que les personnages de la pièce Seznec se sont défenestrés...

On avait déjà dû démentir pour Théodore Picard.

Le seul qui se soit défenestré et soit tombé dans le Queffleuth, c'est Rams, Julien Rams, le débitant de tabac, le 12 janvier 1924.

"Samedi soir, M.Julien Rams, débitant de tabacs, venait, dans un accès de fièvre, de se précipiter par la fenêtre de sa chambre située aux deuxième étage, dans le Queffleuth. C'est dimanche seulement, vers midi 45, que le cadavre du commerçant fut trouvé à proximité."

C'est fou ce que les Seznec et leurs défenseurs ont pu salir comme familles pour sauver leur aïeul....

D'un crime qu'il avait sans doute commis.

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