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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Sidney Reilly aurait-il pu être un personnage de l'affaire Seznec ?

The first impression of [Sidney Reilly] is unpleasant. His dark eyes expressed something biting and cruel; his lower lip drooped deeply and was too slick—the neat black hair, the demonstratively elegant suit. [...] Everything in his manner expressed something haughtily indifferent to his surroundings.
Andrew Cook.
Ace of Spies

Il n'y a pas de hasard...

Je suis justement en train de lire les mémoires du prince Félix Youssoupoff.

Sacré personnage !

De légende.

Et russe blanc par excellence.

Et oui, la Russie, j'y suis sensible parce que mon grand-père Auguste Courtois de Lormaye y a vécu en 1923/1924.

Ingénieur en électricité, et communiste de la première heure, il a pu bénéficier d'un échange avec une usine russe dans le cadre du Trust.

Je vous rassure, il n'avait strictement rien à voir avec l'affaire Seznec.

Si ce n'est le mot "Trust".

Denis Seznec en pages 537/538 :

"D'un côté, les Soviets qui s'équipaient mais n'avaient plus rien (hormis l'or des Tsars), et de l'autre, la France qui avait les plus grands stocks de guerre que l'on puisse imaginer et qui cherchait à s'en débarasser.

Mais comment ce trafic pouvait-il avoir lieu ?

Car il fallait bien qu'il y ait un trafic international "illégal" pour doter cette armée de ces milliers de véhicules alors que nous n'avions plus aucune relation diplomatique avec ce pays. Eh bien, comme nous le savons, d'abord grâce au Trust (la fabuleuse organisation, montée de toutes pièces par la Tcheka, la police politique soviétique et Dzerjinski) mais aussi, en France, grâce aux complicités politiques sans lesquelles les trafiquants n'auraient pas pu se servir dans les surplus américains."

Bernez Rouz, en page 169, lui, évoque "Quémeneur assassiné par le TRUST"  en citant L'Humanité du 13 octobre 1948 :

 

"La clef de l'affaire Seznec, c'est l'histoire des Cadillac. nous a déclaré l'autre jour, le juge d'instruction Hervé à Guingamp. 

Dès lors les choses apparaissent très simples : les opérations de rachat des Cadillac, qu'effectuait Quéméneur pour toute la France pour le compte de "L'American Chamber of Commerce in France" indisposaient les antisoviétiques forcenés du gouvernement de l'époque. Ces voitures devaient en effet être revendues à l'Union Soviétique. Il fallait mettre fin à ces opérations en supprimant le commanditaire du trust : Pierre Quéméneur."

Ce qui fait écrire à Michel Pierre, en page 230:

"Au moment de l'enquête, de l'instruction et du procès, personne ne croyait à d'illégales transactions de voitures vers l'URSS. D'autant que l'on savait alors que dès 1920, le Conseil suprême allié avait levé le blocus auquel ce pays était soumis lors de la guerre civile qui l'avait dévasté. Comment continuer d'y croire, des décennies plus tard ? Si ce n'est par refus d'examiner les faits, les dates et les documents."

 

Lire : Opération Trust.

Marc du Ryez a raison...

Il y a une abondante littérature sur Sidney Reilly, l'espion soviétique.

Mais pas une trace d'un passage en France entre 1919 et 1923.

Pour traficoter dans les Cadillac.

Et puis, vous imaginez, un espion de cette envergure, venir faire une embrouille à Pierre Quémeneur...

Le Kremlin à Landerneau !

Cela en aurait fait du bruit !

Mais, dès le début de l'affaire, on cite un certain Bror Oscar Scherdin.

Né en Suède.

On lit chez Marc du Ryez :

"Bror Oskar Scherdin, né le 27 septembre 1888 à Stockholm, avocat, domicilié à Paris à l'époque, décédé le 7 janvier 1977 à Stockholm. La police le soupçonna un temps d'être le contact parisien de Pierre Quéméner." 

En 1952, un second mariage avec Irma Constanza, née en 1912 en Italie.

Seul Me Denis Langlois en parle en page 45 :

"On parle en effet de complices. Une bande d'affairistes véreux que l'on va bientôt boucler. On identifie l'américain Cherdly avec lequel Quémeneur avait rendez-vous à Paris. En fait c'est un Suédois du nom de Scherdin. Il est actuellement en fuite, il a quitté Paris le 14 juin, c'est-à-dire le lendemain du jour où le télégramme a été envoyé du Havre. Selon Le Matin, "Scherdin serait venu en France en 1917, où il se serait livré à la propagande bolchevique en faveur des Soviets, ce qui lui aurait valu d'être expulsé en 1919.Cependant le décret d'expulsion aurait été rapporté et Scherdin serait resté à Paris". "Soviets, s'indigne le journal communiste L'Humanité, il n'était pas mauvais de glisser le mot soviets dans cette histoire. ça fait toujours bien, même dans une phrase au conditionnel." 

Le Matin du 1er juillet 1923

Le Journal du 1er juillet 1923

 

La Dépêche de Brest du 1er juillet 1923

Ouest-Eclair du 1er juillet 1923

L'Humanité du 2 juillet 1923

 

C'est l'article de Ouest-Eclair qui se rapproche le plus de la vérité….

En effet, d'après Marc du Ryez, il y avait deux Scherdin Bror Oskar, avocat domicilié à Paris, et Gunnar, fabricant de pâte à papier domicilié à Auteuil.

Il semblerait que la police ait enquêté sur Bror Oskar (auteur de propagande bolchevique) mais qu'un journal ait publié la photographie de Gunnar Escherdin par erreur. Un journaliste suédois est venu signaler la confusion et insister sur la probité de Gunnar, et la femme de celui-ci a confirmé.

Les autres articles mélangent les informations concernant les deux Scherdin.

Thierry Lefebvre vient de me signaler ces deux parutions :

La Liberté du 1er juillet 1923

 

La Liberté du 19 octobre 1925

Et Scherdin serait le négociant en pates-papier demeurant à Paris.

à suivre...

…………………….....

Résumons-nous : le commissaire Achille Vidal n'a pas bien fait son boulot en juin 1923...

Car il a totalement négligé la piste Scherdin (???).

Mais voilà que Bertrand Vilain, un brocanteur finistérien, va le faire à sa place en février 2020...

Miraculoso !

Mais par quel mystérieux tour de passe-passe le suédois Bror Oskar Scherdin devient-il le célébrissime espion russe Sidney Reilly ???

Vous le saurez en écoutant...

Le 2000ème épisode de :

 

Liiane Langellier

L'Oprah Winfrey de l'affaire Seznec.

 

P.S. Ce blog Seznec Investigation n'est pas un site de fake news.

Loin s'en faut.

Mais quand on est assez sot pour laisser le nom de "Sidney Reilly" (as Charly) sur la couverture de son futur livre (en bas à droite)...

Et publier copie de la couverture sur son blog (tu peux toujours l'enlever, on a la copie !) en s'en vantant le 29 janvier dernier :

"Le graphiste qui a réalisé la maquette a laissé le nom de Charly sur la couverture. En effet, celle-ci est composée d'archives dont celles du FBI."

Il faut bien s'attendre à ce que, un jour ou l'autre, quelqu'un la zoome et s'en aperçoive !

Et puis, sur la couverture, le document en haut à droite, en vert, est signé de la main de Sidney Reilly.

On peut y voir le début de sa signature :

Yours […]

Sidn [...]

Cher Monsieur Vilain, quand on ne veut pas qu'il y ait de fuites, on ne se vante pas à tort et à travers en balançant des documents à la concurrence !

 

P.S. 2 Pour découvrir les amours de Sidney Reilly, lire...

 

P.S. 3 Il y a aussi un livre chez Audible qui s'appelle :

Je viens de l'écouter.

Intéressant pour une mise en bouche sur "l'as des espions".

Sidney Reilly aurait-il pu être un personnage de l'affaire Seznec ?
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M
Bonjour, chère Liliane,

Après lecture des différents articles assez confus et contradictoires sur Scherdin que vous avez eu la bonne idée de rassembler ici, je crois comprendre que c'est celui du Ouest-Éclair qui se rapproche le plus de la vérité. Car il y avait deux Scherdin : Bror Oskar, avocat domicilié à Paris, et Gunnar, fabricant de pâte à papier domicilié à Auteuil. Il semblerait que la police ait enquêté sur Bror Oskar (auteur de propagande bolchevique) mais qu'un journal ait publié la photographie de Gunnar par erreur. Un journaliste suédois est venu signaler la confusion et insister sur la probité de Gunnar, et la femme de celui-ci a confirmé. Les autres articles mélangent les informations concernant les deux Scherdin.
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M
Une petite correction à mon commentaire s'impose : j'ai fait comme si Auteuil était une commune, mais ça n'était déjà plus le cas depuis 1860. La rue Jean-de-la-Fontaine est bien à Paris (Marcel Proust y est d'ailleurs né en 1871). Je ne faisais que reprendre les propos de l'audition d'Achermann : "S[ur] I[nterpellation] - Je ne connais pas la rue Lafontaine à Auteuil, et j'affirme n'y être jamais allé ni de jour ni de nuit."

Concernant le nom de famille de Gunnar, si les journaux l'écrivent Escherdin, la publication judiciaire découverte par Thierry fait certainement autorité, et il s'appelait donc Scherdin.