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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec : Felix Dzerjinski.

« Ne pensez pas, camarades, que je recherche une forme de justice révolutionnaire. Nous n'avons que faire de "justice " ! Nous sommes à la guerre, sur le front le plus cruel, car l'ennemi s'avance masqué, et c'est une lutte à mort ! Je propose, j'exige la création d'un organe qui réglera, de manière révolutionnaire, expéditive, authen-tiquement bolchevique, leur compte aux contre-révolutionnaires. »
Felix Dzerjinski

Il fallait bien qu'à un moment ou à un autre...

Je vous parle de Félix Dzerjinski.

Car il y a longtemps qu'on parle de lui dans l'affaire Seznec.

Au moins depuis la publication de "Nous, les Seznec" à l'automne 1992.

Pour les moins passionnés en Histoire...

J'ai fait court et recopié la notice Wikipédia.

Pour les autres...

J'ai pris un article plus long...

Beaucoup plus long sur L'Histoire.

Prenez bien le temps de tout lire...

Et vous aurez ainsi une idée de la vie en Russie pendant la décennie de 1917 à 1927.

Félix Edmoundovitch Dzerjinski (en russe : Феликс Эдмундович Дзержинский), surnommé « Félix de fer » (né le 30 août 1877 ( dans le calendrier grégorien) sur le domaine d'Oziemblovo (pl), près du bourg d'Ivianets entre Minsk et Vilno (Vilnius), aujourd'hui situé en Biélorussie, et mort le à Moscou), est un révolutionnaire communiste, membre des bolcheviks, qui devint l'un des dirigeants de la Russie soviétique puis de l'Union soviétique. Il fonda et dirigea la Tchéka, la police politique du tout nouvel État bolchévique.

Un « agitateur » régulièrement emprisonné[modifier | modifier le code]

Dzerjinski est issu d'une famille de l'aristocratie polonaise installée près de Minsk en Biélorussie, qui faisait alors partie de l'Empire russe. Fervent catholique Dzerjinski voulait devenir prêtre catholique, mais sa famille l'en dissuada connaissant son amour pour les femmes1. Il fut exclu de l'école pour « activité révolutionnaire ». À Wilno (Vilna), il adhéra en 1895 à un groupement marxiste, la Social-Démocratie du Royaume de Pologne fondé en 1893.

Il fut plus tard, en 1899, l'un des fondateurs du parti Social-démocratie du Royaume de Pologne et de Lituanie SDKPiL, issu de la fusion de son parti Social-Démocratie du Royaume de Pologne avec l'Alliance des travailleurs de Lituanie.

 
Félix Dzerjinski après son arrestation par l'Okhrana, en 1902.

Il passe une grande partie de sa vie en prison. Arrêté pour ses activités subversives en 1897 et 1900, il fut exilé en Sibérie et s'en échappa à chaque fois. Émigré en 1902, il devient l'un des adjoints de Rosa Luxemburg et de Leo Jogiches, tous les deux placés à la tête de la SDKPiL. Il retourne en Russie pour prendre part à la révolution de 1905 mais est à nouveau arrêté par l'Okhrana et emprisonné.

Au congrès de Stockholm du Parti ouvrier social-démocrate de Russie en 1906, il est élu au comité central. Ses sympathies pour les bolcheviks datent de cette époque. Après 1911, lorsque la scission au sein du Parti polonais envenime les rapports entre Rosa Luxemburg et Lénine, il est divisé entre sa fidélité au Parti et son amitié pour la dirigeante. Relâché en 1912, il reprend aussitôt ses activités politiques pour être à nouveau emprisonné à Moscou. À la veille de la révolution de février 1917, Dzerjinski a passé onze années en prison, en exil ou au bagne.

Un des dirigeants de la révolution d'Octobre[modifier | modifier le code]

Il est libéré en mars 1917. Aussitôt, il rejoint les rangs des bolcheviks et entre en août 1917 au comité central. Partisan de l'insurrection, il apporte un soutien complet à Lénine lors de la discussion sur le passage immédiat à l'action.

Son caractère considéré comme honnête et incorruptible par certains, joint à une adhésion sans limites à l'idéologie bolchévique, lui vaut une rapide reconnaissance et le surnom de « Félix de fer ». Victor Serge le décrit ainsi : « idéaliste probe, implacable et chevaleresque, au profil émacié d'inquisiteur, grand front, nez osseux, barbiche rêche, une mine de fatigue et de dureté. Mais le parti avait peu d'hommes de cette trempe et beaucoup de Tchékas »2[Quoi ?]. Ces responsabilités lui donneront aussi dans la presse européenne le visage du bolchévik brutal assoiffé de sang.

La mise en place de la police secrète[modifier | modifier le code]

 
Félix Dzerjinski le 28 septembre 1918.

Lénine considérait Dzerjinski comme un héros de la Révolution russe et le pressentit pour organiser le combat contre les « ennemis de l'intérieur3 ». Le 20 décembre 1917, le Soviet des commissaires du peuple fonde la Vétchéka, sigle russe pour « Commission panrusse extraordinaire pour combattre la contre-révolution et le sabotage » (plus connue sous le nom de Tchéka). Quand la guerre civile affecte tout le pays, Dzerjinski organise des troupes de sécurité intérieure afin de renforcer l'autorité de sa milice. Lénine lui accorde tout pouvoir dans son combat contre les oppositions (qu'elles soient d'essence démocratique, socialiste, libérale, agrarienne ou nationaliste). Cette guerre prend forme, en particulier, dans la suppression la liberté de la presse (fermeture par la force de tous les organes de presse non bolchéviques à savoir 95 % de la presse russe de 1917), et dans la dissolution de tous les partis politiques autres que le Parti communiste constitué en 1918 par les bolcheviks4.

Pendant la guerre civile, qui a causé entre 3 et 10 millions de décès, selon les calculs (qui incluent aussi dans ce chiffre les victimes des famines)5, cet homme déterminé se distingue par le dénouement de cas extrêmement difficiles6. Il est considéré comme l'un des artisans du système répressif désigné sous le nom de Terreur rouge7. Sous la direction de Dzerjinski, et dans un contexte de guerre civile et de répression généralisée de l'opposition, la Tchéka pratique à grande échelle la torture, les exécutions et les arrestations arbitraires8. Il s'emploie aussi à lutter contre les pogroms antisémites qui ont émaillé la guerre civile9.

Dzerjinski participe aussi aux débats à l'intérieur de la direction du parti. Hostile au traité de Brest-Litovsk, il s'oppose à Lénine, allant jusqu'à demander sa destitution. Politiquement proche de Léon Trotski, il se rapproche de Staline à partir de 1921 lors de « l'affaire géorgienne » où Lénine les considère tous deux comme responsables de la brutalité de la politique de russification10. Il soutient Staline dans la lutte contre l'opposition quand celui-ci devient secrétaire général en 1922, persuadé que la démocratie ne peut exister à l'intérieur du Parti sans risque pour sa survie.

La Tchéka et les organisations qui lui succèdent continuent à envoyer dans des camps de nombreux « ennemis du peuple », dont la définition était suffisamment vague pour concerner toute personne à l'opinion potentiellement dangereuse pour le régime et beaucoup d'entre eux y meurent11.

 

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Une influence grandissante, une disparition subite[modifier | modifier le code]

Après la guerre civile, en 1922, la Tchéka devient le Guépéou, une section du NKVD. De 1921 à 1924, Dzerjinski cumule les charges de commissaire du peuple à l'Intérieur, de responsable du Guépéou et de président du Conseil suprême de l'économie nationale (le Vesenkha), poste auquel il est nommé le 31 janvier 1924. Il est à ce titre l'un des artisans de la Nouvelle politique économique (NEP) décidée par Lénine pour redynamiser une économie exsangue après sept années de guerre. Nikolaï Valentinov, dans ses mémoires sur son travail au Vesenkha, présente Félix Dzerjinski comme un dirigeant calme et sensé, qui essayait de ne pas effrayer ses collaborateurs, mais qui savait faire preuve de fermeté : « J'appliquerai le principe du plan d'une main de fer. Quelques-uns savent très bien que j'ai la main lourde et qu'elle peut frapper fort. Je ne permettrai pas que le travail soit fait comme il l'a été jusqu'à présent, c'est-à-dire dans l'anarchie12. »

L'affermissement du régime et les conflits de pouvoir qui vont surgir dans les rangs de l'appareil communiste après la mort de Lénine (21 janvier 1924) n'épargnent pas le chef de la Tchéka qui tente de conserver une neutralité difficile entre les différentes factions. Il meurt d'une attaque cardiaque en juillet 1926, après avoir participé à une réunion très agitée au Comité central, dans laquelle il s'était violemment emporté contre Kamenev et Piatakov.

La cause réelle de sa mort est incertaine :

  • certaines sources13 indiquent qu'il aurait été empoisonné par Staline à la suite de la découverte d'un dossier concernant le passé d'agent double de Staline au sein de l'Okhrana ;
  • il est aussi possible que le surmenage, la violence des relations entre les dirigeants, les risques quotidiens courus par le chef de la Guépéou se soient cumulés pour le mener, à quarante-huit ans, à cette mort.

 

Postérité[modifier | modifier le code]

Le nom de Dzerjinski fut largement utilisé en Union soviétique et dans les États satellites d'Europe. Des villes furent renommées en son honneur et certaines portent encore son nom :

Félix Dzerjinski fut considéré comme un héros national en Biélorussie. Le point culminant du pays fut renommé mont Dzerjinski en 1958. Son lieu de naissance Oziembłowo a pris le nom de Dzerjinovo (en biélorusse : Дзяржынава et en russe : Дзержиново).

 

En Pologne, les très nombreux rues, places, parcs, écoles portant son nom ont été rebaptisés dans les mois qui ont suivi la fin du régime communiste, tandis que les statues étaient remisées, comme celle de l'ancienne place Feliks Dzierżyński au centre de Varsovie, où se trouve l'hôtel de ville. Elle est redevenue la Plac Bankowy (Place de la Banque).

Signe des controverses qui marquent la postérité de Dzerjinski dans l'ex-Union soviétique, la nouvelle Russie qui a immédiatement réhabilité tous les « vieux bolchéviks » liquidés par Staline dans les années 1930, a fait enlever dès août 1991 la statue du chef de la Tchéka place de la Loubianka, près du siège du NKVD (le successeur du NKVD fut le MVD puis le KGB). Récemment, Iouri Loujkov, maire de Moscou, a proposé de la réinstaller, indiquant, non sans polémiques, que pour lui le nom de Felix Dzerjinski « est avant tout associé à sa lutte contre le vagabondage, au rétablissement des voies ferrées et à la croissance économique ».

Dans sa célèbre biographie de Lénine, Ferdynand Ossendowski a dressé un portrait accablant de Dzerjinski en tant que pur psychopathe.

 

Félix Dzerjinski et les origines du KGB

Châpeau: 

La Tcheka, fameuse police politique du nouvel État soviétique, ancêtre du KGB, a été créée dès la fin de l'année 1917. Son maître d'œuvre : Félix Dzerjinski, un aristocrate polonais, fervent communiste. Les archives soviétiques nous permettent, aujourd'hui, de mieux cerner la personnalité de celui qui fut l'âme d'une véritable Terreur, dont les victimes se comptent par millions. Le 22 août  1917, après le putsch manqué des dignitaires, c'est lui qui fut déboulonné par des milliers de Moscovites.

 

Contenu: 

Depuis quelque temps, une nouvelle espèce de cimetières a fait son apparition à Moscou : ceux des ex-grands hommes soviétiques. A Krymskii Val, dans une de ces « poubelles de l'histoire », Dzerjinski domine, du haut de ses neuf mètres, Kalinine1, assis, l'air désabusé, dans son fauteuil de fonte ; un Staline ébréché, en marbre rouge, gît à quelques mètres de là ; une tête monumentale de Lénine, recouverte de graffitis injurieux, traîne à côté d'une chaussure ayant appartenu au « Petit père des peuples »... 22 août 1991 : le putsch a fait long feu. Dans l'enthousiasme, plusieurs dizaines de milliers de Moscovites décident de se rendre place de la Loubianka, devant le siège du KGB, pour régler son compte au fondateur de la Tcheka, cet ancêtre du KGB (cf. repères chronologiques, p. 33), Félix Dzerjinski, devenu le symbole d'un régime totalitaire que l'on vient d'abattre pour toujours. « Félix de Fer » n'a pas été déboulonné sans mal. Il aura fallu attendre jusqu'à la nuit avant de trouver l'engin et les filins adéquats pour soulever les quatorze tonnes de fonte creuse de la statue monumentale.

Il n'est pas si loin, pourtant, le temps (c'était en 1986) où sortait la cent vingt-sixième biographie consacrée au Chevalier de la révolution. En soixante ans (Dzerjinski est mort en 1926), quarante millions d'exemplaires d'une hagiographie destinée à l'édification des humbles et des enfants ont retracé l'itinéraire exemplaire du « premier tchékiste », de « l'ami des enfants », de celui qui trouvait le temps d'organiser des orphelinats pour petits vagabonds et qui écrivait à sa sœur ces phrases si souvent citées : « Je ne sais pas pourquoi, mais j'aime les enfants plus que personne. Jamais je ne pourrai autant aimer une femme et je pense que mes propres enfants, je ne les aimerai pas autant que ceux des autres. » Durant soixante ans, Dzerjinski fut l'objet d'un véritable culte officiel et un des plus hauts modèles moraux de la société soviétique.

Ce culte de Dzerjinski connut son apogée à l'époque brejnévienne : après que le Parti eut reconnu les « bavures » de la police politique au temps du « culte de la personnalité », il fallait réhabiliter et légitimer les « organes », et démontrer que la Tcheka avait été « une organisation modèle, guidée par le principe léniniste de légalité révolutionnaire et par l'esprit humaniste du socialisme ». Dzerjinski est alors représenté sous les traits du justicier incorruptible au service des intérêts supérieurs du Parti, doublé d'un détective de premier plan, démasquant les innombrables « complots monarchistes » qui ont pour nom « l'affaire du Centre tactique », « le complot du Centre national », etc. La terreur ne pouvait être qu'une « bonne » terreur. Aujourd'hui, avec l'ouverture des archives de l'ex-URSS, on commence à mieux comprendre le rôle joué par la Tcheka durant les années cruciales de formation du régime soviétique, à mieux saisir aussi la continuité entre la terreur sous Lénine et la terreur stalinienne.

Fin novembre 1917 : les bolcheviks ont pris le pouvoir depuis quelques semaines. La presse « bourgeoise » est interdite; les partis socialistes non bolcheviks sont évincés du pouvoir; seuls les socialistes révolutionnaires (SR) de gauche (cf. encadré « Les partis d'opposition aux bolcheviks », p. 36) ont obtenu un « strapontin » gouvernemental. Les membres du parti cadet, le grand parti libéral, viennent d'être déclarés « ennemis du peuple ».

LES PÉRÉGRINATIONS D'UN PRISONNIER POLITIQUE

Le premier moment de surprise passé, la résistance s'organise : cheminots, en majorité mencheviks (cf. encadré « Les partis d'opposition aux bolcheviks », p. 36), mais surtout fonctionnaires et employés, se mettent en grève, paralysant le fonctionnement des institutions. Début décembre, Lénine décide de trouver d'urgence « un Fou-quier-Tinville, qui nous matera toute cette racaille contre-révolutionnaire ». La question est débattue au Conseil des commissaires du peuple. Le 6 décembre, le choix d'un « solide jacobin prolétarien », selon l'expression de Boukharine, se porte unanimement sur Félix Dzerjinski. Il est chargé d'élaborer pour le lendemain un texte « instituant une commission spéciale pour combattre avec la plus grande énergie révolutionnaire la grève générale des fonctionnaires ». « De nous tous, expliqua Lénine à Bontch-Bruevitch, son secrétaire, c'est Félix qui a passé le plus de temps dans les geôles tsaristes et qui s'est le plus frotté à l'Okh-rana [la police politique tsariste]. // connaît son affaire et a des comptes à régler avec ces messieurs de l'ancien régime ! »

A quarante ans, Dzerjinski est en effet un révolutionnaire auréolé de ses onze ans de déportation et de prison. Né en 1877 dans une famille de la petite noblesse polonaise de la province de Vilno, Félix fut, jusqu'à l'âge de seize ans, un fervent catholique et se destinait à entrer dans les ordres. A son frère aîné Casimir, incroyant, qui lui demandait comment il se représentait Dieu, il répondit : « Dieu est dans mon cœur, et si un jour je devais en arriver à la conclusion que Dieu n 'existe pas, je me tirerais une balle dans la tête. Je ne peux pas vivre sans foi! »

Il perd cependant la foi, et son tempérament exalté le pousse vers la politique. Il adhère en 1895 au petit parti social-démocrate de Lituanie, qui vient d'être créé, quitte le lycée « afin d'être plus proche des masses et de s'éduquer à leur contact ». Il rompt avec son milieu familial, s'installe, pour porter la bonne parole, dans les faubourgs ouvriers de Vilno, puis de Kovno, peuplés en majorité d'artisans juifs.

Ce Polonais de bonne famille fait preuve d'un authentique anticonformisme social : il se lie d'amitié avec des militants juifs et se lance dans l'étude du yiddish. Reniant son éducation, il devient, selon ses propres paroles, « un ennemi acharné de toute forme de nationalisme, surtout polonais ». Entre le socialisme nationaliste du parti socialiste polonais et le socialisme internationaliste du parti social-démocrate de Pologne et de Lituanie, dirigé par Rosa Luxemburg et Léo Jogishes, il choisit sans hésiter le second. Enfin, après un an de militantisme, il est arrêté, en juillet 1897, par l'Okhrana, « sur la dénonciation d'un jeune ouvrier séduit par les dix roubles que lui offraient les gendarmes ». Les circonstances de cette arrestation - le révolutionnaire trahi par ceux-là mêmes qu'il voulait sauver - ne font que conforter Dzerjinski dans son rôle de martyr « allant au peuple pour le sauver de lui-même ».

Vingt ans durant (1897-1917), Dzerjinski allait connaître la vie du « révolutionnaire professionnel », avec son alternance d'arrestations, d'emprisonnements, d'exils, d'évasions, d'activités clandestines. Une vie qui fit de lui l'un de ces marginaux se considérant volontiers comme des citoyens d'une république à part, ne connaissant que leurs propres lois, leur code de l'honneur, leurs rites, leurs assemblées, leurs grades, ayant leurs renégats et leurs exclus, tous marqués du signe de leur idéologie, obsédés par le souci de démasquer les agents doubles infiltrés dans leur milieu.

Un an à la prison de Kovno, trois ans de relégation administrative dans la province de Viatka, quelques mois à travailler dans une fabrique de tabac, cinq mois de liberté, puis deux ans d'emprisonnement, la déportation en Sibérie, d'où il s'évade à peine arrivé ; enfin, trois années de liberté et de travail clandestin à Berlin, à Munich, en Suisse et en Pologne... Lorsqu'il est arrêté pour la troisième fois, en juillet 1905, Dzerjinski est devenu un des principaux dirigeants du parti social-démocrate de Pologne et Lituanie (SDKPIL). Libéré après l'amnistie d'octobre 1905, il participe, en avril 1906, à Stockholm, au IVe congrès du parti ouvrier social-démocrate russe. Il y rencontre pour la première fois Lénine, adhère au courant bolchevik et entre au Comité central du Parti en tant que représentant de la social-démocratie de Pologne et Lituanie.

Quatrième arrestation en 1908, nouvel exil, nouvelle évasion, puis vie d'errance entre Capri, où il est l'hôte de Maxime Gorki, la Suisse, Paris, Bruxelles, Berlin, Varsovie, Lodz, Cra-covie... Durant ces années de reflux révolutionnaire et de schismes, Dzerjinski se retrouve dans une position politique délicate. Une scission au sein du Parti polonais révèle l'animosité de Rosa Luxemburg envers Lénine. Partagé entre sa loyauté et ses sympathies, Dzerjinski tâche de soutenir les bolcheviks dans les affaires russes, tout en les combattant, au côté de Rosa Luxemburg, dans les affaires polonaises. Une cinquième arrestation, en 1912, lui épargne le choix déchirant de prendre position pour l'un ou l'autre de ses maîtres à penser. Ceux-ci garderont d'ailleurs, tous deux, une vive sympathie pour ce militant dont ils saluent le courage physique, l'indéniable talent d'organisateur, la « volonté de fer », tout en exprimant de sérieux doutes sur ses capacités à penser le marxisme. Cette fois, Dzerjinski passe quatre ans et demi en prison. Il n'en sort qu'en mars 1917, libéré par la révolution de février. Son adhésion au bolchevisme et, plus précisément, au léninisme, est alors totale. En août 1917, il est élu au Comité central. Dans les mois qui précèdent l'insurrection d'octobre, il apporte son appui à Lénine, minoritaire au sein de son parti.

Quelques jours avant l'insurrection, il est nommé, ainsi que quatre autres dirigeants bolcheviks, à la tête d'un Centre militaire révolutionnaire chargé, avec le Comité militaire révolutionnaire de Petrograd, de mobiliser les militants, d'entrer en contact avec les comités de quartier et les unités militaires de la capitale. Il y joue un rôle important en tant que commandant du Smolny, état-major et centre nerveux du coup d'État. Il est notamment responsable de la prise de la poste et du télégraphe. Les jours suivants, il s'affirme comme un spécialiste incontesté des questions de sécurité.

Le 7 décembre, Dzerjinski présente donc au Conseil des commissaires du peuple son projet d'organe révolutionnaire chargé d'éliminer les oppositions :

« Ne pensez pas, camarades, que je recherche une forme de justice révolutionnaire. Nous n'avons que faire de "justice " ! Nous sommes à la guerre, sur le front le plus cruel, car l'ennemi s'avance masqué, et c'est une lutte à mort ! Je propose, j'exige la création d'un organe qui réglera, de manière révolutionnaire, expéditive, authen-tiquement bolchevique, leur compte aux contre-révolutionnaires. »

L'organe s'appellera Commission extraordinaire panrusse (VCK ou Tcheka en abrégé) de lutte contre la contre-révolution, la spéculation et le sabotage. Vaste programme ! En fait, à la lecture du compte rendu de la séance, il apparaît que les compétences initialement dévolues à la Tcheka sont étroitement circonscrites : la Commission se borne « à une enquête préliminaire avant de déférer les personnes appréhendées devant un tribunal révolutionnaire ». Quant à ses pouvoirs répressifs, ils se limitent à « la confiscation des biens, l'expulsion du domicile, la privation des cartes de rationnement, la publication de listes d'ennemis du peuple ». Comment interpréter la discordance entre le discours offensif de Dzerjinski et la modestie des attributions conférées à la Tcheka ?

Les bolcheviks sont sur le point de conclure un accord avec les SR de gauche (qui entreront le 12 décembre au gouvernement), afin de rompre leur isolement politique à un moment où il leur faut affronter la question de la convocation de l'Assemblée constituante, où ils sont minoritaires. Aussi adoptent-ils un profil bas. Lénine, qui a toujours dénoncé l'existence d'une police politique au service de la classe dominante, ne souhaite pas être soupçonné d'en créer une au service des bolcheviks.

Aucun décret annonçant la création de la Tcheka ne sera donc publié. Commission « extraordinaire », c'est-à-dire provisoire, la Tcheka existera et agira le plus souvent sans la moindre base légale. Dzerjinski, qui souhaite, comme Lénine, avoir les mains libres, aura cette phrase admirable : « C'est la vie même qui dicte sa voie à la Tcheka. » La vie, c'est-à-dire la « terreur révolutionnaire des masses », la violence de la rue que Lénine, conscient de la faiblesse des bolcheviks, encourage alors vivement, oubliant momentanément sa profonde méfiance vis-à-vis de la « spontanéité » populaire. Le 8 mars 1918, il déclare : « Le pouvoir soviétique est un nouveau type d'État, dans lequel il n'y a ni bureaucratie, ni armée, ni police. Les exploiteurs doivent être anéantis, mais ils ne doivent pas l'être par une police, ils ne peuvent être exterminés que par les masses. »

Il appartiendra à Dzerjinski de mettre en œuvre cette extermination, sans s'encombrer de ce qu'il appellera, un jour de sincérité, « le fatras théorique des révolutionnaires assis toute leur vie dans un fauteuil ». En un an, il met sur pied, soutenu sans faille par Lénine, une formidable machine répressive, au-dessus des lois, parfois même au-dessus du Parti, véritable État dans l'État, avec son réseau d'indicateurs et de « résidents », ses troupes spéciales, son système propre de « camps de concentration », ses services d'espionnage, bref, une police politique sans pareille. L'extermination ne sera ni limitée aux « exploiteurs » ni « l'œuvre des masses ». Le 7 novembre 1918, Lénine tente de justifier l'existence de ce qui apparaît de plus en plus clairement comme une police politique permanente : « La Tcheka est l'organe suprême de la dictature du prolétariat. » Plus tard il dira : « La Tcheka est le bras armé du prolétariat, qui permet à la volonté du prolétariat de se réaliser. »

Les débuts de l'organisation sont toutefois plutôt modestes. Le 11 janvier 1918, Dzerjinski envoie un mot à Lénine : « Nous trouvons dans situation impossible, malgré importants services déjà rendus. Aucun financement. Travaillons jour et nuit sans pain ni sucre, ni thé, ni beurre, ni fromage. Prenez des mesures pour rations décentes ou autorisez-nous à réquisitionner nous-mêmes chez bourgeois. » Il a recruté une centaine d'hommes, pour la plupart d'anciens camarades de clandestinité, en majorité polonais, baltes ou juifs, parmi lesquels figurent déjà les futurs cadres de la GPU des années 1920 et du NKVD des années 1930 : Latsis, Menjinski, Messing, Moroz, Peters, Trilisser, Unschlicht, Ia-goda. Un premier détachement de troupes spéciales est formé à la mi-janvier : c'est un bataillon letton, qui a participé à l'assaut du palais d'Hiver.

La première tache de la Tcheka en décembre 1917 est de briser la grève des fonctionnaires. La méthode est expédi-tive - arrestation des « meneurs », accusés d'être des « saboteurs » - et la justification simple : « Qui ne veut travailler avec le peuple n'a pas sa place parmi lui. » Dans la foulée, la Tcheka arrête, le 18 décembre, les principaux dirigeants SR et mencheviks, élus à l'Assemblée constituante. Cet acte arbitraire est aussitôt condamné par le commissaire du peuple à la Justice, Shteinberg, un SR de gauche, qui fait relâcher les militants arrêtés. Ce premier incident entre la Tcheka et la Justice - il y en aura bien d'autres - pose la question, capitale, du statut extra-légal de cette police politique. « A quoi bon un commissariat du peuple à la Justice ? demande Shteinberg à Lénine. Autant l'appeler commissariat du peuple à l'Extermination sociale, et la cause sera entendue!» « Excellente idée, répond Lénine. C'est exactement comme cela que je vois la chose. Malheureusement, on ne peut pas l'appeler ainsi! »

Naturellement, Lénine arbitre le conflit entre Shteinberg, qui exige une stricte subordination de la Tcheka a la Justice, et Dzerjinski, qui s'insurge contre le « juridisme tatillon de la vieille école de l'ancien régime », en faveur de ce dernier. La Tcheka ne répondra de ses actes que devant le gouvernement. Pour ne pas laisser totalement aux bolcheviks le contrôle de cet organe qui, dans le vide juridique ambiant, semble d'ores et déjà promis à un bel avenir, les SR de gauche exigent alors d'entrer dans le directoire de la Tcheka, où, de janvier à juillet 1918, ils occuperont quatre des douze postes. Après leur rupture avec les bolcheviks, ils prétendront, pour se justifier d'avoir participé à la Tcheka, y avoir exercé une influence modératrice.

Entre-temps, la Tcheka prospère. Le 21 février 1918, face à l'avance allemande consécutive à la rupture des pourparlers de Brest-Litovsk (cf. repères chronologiques, p. 33), le gouvernement proclame « la Patrie en danger » et appelle à la terreur de masse : « Tout agent ennemi, spéculateur, hooligan, agitateur contre-révolutionnaire, espion allemand, sera fusillé sur-le-champ. » Le lendemain, une « Déclaration de la Tcheka » complète la liste par de nouvelles catégories à passer par les armes : « saboteurs et autres parasites ». Légalement, la peine de mort n'est rétablie en Russie soviétique que le 16 juin 1918; néanmoins, à partir de février 1918, la Tcheka exerce une justice sommaire.

Le 10 mars, le gouvernement quitte Petrograd pour Moscou, promue capitale. La Tcheka s'installe près du Kremlin, rue Bolchaia Loubianka, dans les bâtiments qu'elle occupera, sous ses sigles successifs - GPU, NKVD, MVD, KGB2 - jusqu'à nos jours. De six cents en mars, le nombre des tchékistes travaillant dans la « Grande Maison » passe à mille en juillet 1918 (chiffre auquel il faut ajouter un millier d'hommes des détachements armés spéciaux). Une importante section, dirigée par Uritskii, est restée à Petrograd. Au cours du printemps 1918, des dizaines de sections locales de la Tcheka sont créées auprès des soviets des principales villes de province.

En juin, se tient à Moscou la première conférence panrusse des tchekas, à laquelle assistent une centaine de délégués de quarante-trois sections locales. Les effectifs totaux représentent déjà une douzaine de milliers d'hommes; ils seront quarante mille à la fin de l'année 1918, plus de deux cent quatre-vingt mille début 1921 ! S'affirmant au-dessus des soviets (« au-dessus du Parti », diront certains bolcheviks), la conférence déclare « assumer sur tout le territoire de la république le poids de la lutte contre la contre-révolution, en tant qu'organe suprême [sic] du pouvoir administratif de la Russie soviétique! »

D'où viennent les tchékistes ? Un recensement du personnel de la Tcheka à Moscou, en septembre 1918, nous révèle d'abord une nette sur-représentation des Baltes, des Polonais et des Juifs. Quant à l'itinéraire socio-professionnel de ces recrues, il apparaît que, si la plupart d'entre elles sont d'extraction populaire (à part les cadres, issus, comme Dzerjinski et la majorité des dirigeants bolcheviks, de l'intelligentsia déclassée de l'ancien régime, voire de la bourgeoisie), seule une minorité est venue directement à la Tcheka de l'usine ou de l'Armée. 70 % des tchékistes ont déjà exercé des responsabilités, aussi modestes fussent-elles, au sein de l'une des innombrables institutions nées au cours de l'année 1917 (comité d'usine, garde rouge, comité de soldats, soviets).

Ce ne sont pas pour autant des militants chevronnés du parti bolchevik (50% ont leur carte du Parti, mais en tant qu'adhérents de fraîche date). Pour la plupart, ils appartiennent à cette catégorie d'activistes entreprenants auxquels les événements de 1917 ont donné la possibilité d'une intégration dans le processus révolutionnaire. Jeunes, célibataires, sans attaches, ils ont suivi le mouvement, passant d'une institution à une autre, du front en débandade vers l'arrière en décomposition. Pour eux, octobre 1917, comme l'adhésion - éventuelle et généralement tardive - au parti bolchevik, ne fut le plus souvent qu'une étape dans l'immense chambardement social amorcé avec la guerre de 1914. Au milieu du chaos économique, de l'écroulement de toutes les formes traditionnelles d'autorité, de la rupture de tous les chenaux de mobilité et de promotion sociale, il leur fallait avant tout trouver une place plutôt bien payée (un tchékiste « de base » gagnait en moyenne deux fois plus qu un ouvrier qualifié) dans la nouvelle société, dans une des institutions liées au nouveau pouvoir : la Tcheka en était une.

Le gonflement continuel des effectifs reflète une remarquable diversification des tâches contre des « ennemis » de plus en plus variés. Les tchékistes mènent des opérations de simple police contre des « droits communs » ; des missions de « liquidation physique » d'opposants abusivement assimilés à des criminels (en avril 1918, la Tcheka liquide ainsi les principaux groupes anarchistes de Moscou et de Petrograd) ; des enquêtes sur « l'esprit public », notamment dans les entreprises où toute action ou propos déviant des non-bolcheviks, voire des simples « sans-parti », sont dûment consignés et leurs auteurs fichés (puis arrêtés); ils traitent aussi des affaires d'abus d'autorité des nouveaux fonctionnaires. Depuis le 27 mars 1918, les « délits de presse » sont également du ressort de la Tcheka, dont un bureau spécial reçoit trois copies de chaque publication, même si celle-ci est autorisée. De mars à juillet 1918, deux cent cinq journaux socialistes non bolcheviks sont interdits. Le 16 juillet, c'est le tour du dernier journal indépendant, La Vie nouvelle, dirigé par Gorki.

« L'organigramme idéal » adopte lors de la première conférence panrusse des tchekas est révélateur du vaste champ d'activité dévolu, dès juin 1918 - c'est-à-dire avant la grande vague des insurrections et actions « contre-révolutionnaires » de l'été 1918 -, à ce qui apparaît, sans aucun doute, comme la police politique du nouveau régime. Calquée sur le modèle de la « maison-mère » de la Loubianka, chaque tcheka de province devait, dans les délais les plus brefs, organiser les départements et bureaux suivants : 1) Un département du renseignement. Bureaux : Armée Rouge (recherche des officiers suspects); monarchistes; cadets, SR de droite et mencheviks; anarchistes et droits communs; bourgeoisie et gens d'Église (listes de suspects) ; syndicats et comités ouvriers; ressortissants étrangers. 2) Un département de lutte contre la contre-révolution. Bureaux : Armée Rouge; monarchistes, cadets, SR de droite et mencheviks ; anarchistes ; syndicalistes; minorités nationales; étrangers; alcoolisme et ordre public; affaires de presse. 3) Un département de lutte contre la spéculation. 4) Un département de lutte contre les abus d'autorité. 5) Un département des transports, voies de communication et ports. Éventuellement, un département des frontières. 6) Un département opérationnel regroupant les unités spéciales de la Tcheka.

Premier des tchékistes, Dzerjinski, croulant sous la tâche, donne l'exemple. Le 27 mai 1918, il écrit à sa femme, qui se trouve en Suisse avec son fils et qu'il n'a pas vue depuis 1912 : « Je suis au front. Vie de soldat. Aucun répit. Il me faut sauver la maison Russie. Pas le temps de penser à vous, à moi-même. [...] Je mène personnellement les interrogatoires les plus importants. Il m'est même arrivé d'exécuter moi-même les coupables. Mes mains sont pleines de sang et j'en ai horreur, mais comment faire autrement? Quelqu'un doit bien faire le sale travail! Je suis sans pitié, une détermination de fer m'habite et j'irai jusqu'au bout pour extirper le mal et l'injustice du vieux monde. [...] Je ne quitte jamais mon bureau. J'y travaille et j'y dors, derrière un paravent. Mon adresse : Bolchaïa Loubianka, 11. »

Cependant, un dernier obstacle empêche Dzerjinski d'imposer ce qu'il appelle « un style de travail authentiquement bolchevik » : la présence des SR de gauche dans la Tcheka. Il sera définitivement levé le 7 juillet 1918. En effet, le 6 juillet, l'ambassadeur allemand à Moscou, von Mirbach, est assassiné par un tchékiste SR de gauche, Bliumkine. Le complot avait été préparé au sein même des cadres dirigeants SR de la police politique, avec la participation directe de l'adjoint de Dzerjinski, le SR de gauche Aleksandrovich. Aussitôt après l'attentat, les SR tentèrent un coup d'État, mais, faute d'un plan d'action préétabli, les quelques troupes dont ils disposaient se bornèrent à occuper le central télégraphique. Le putsch échoua très vite. Les bolcheviks ordonnèrent aussitôt l'arrestation de tous les dirigeants SR de gauche.

Les documents aujourd'hui disponibles démontrent qu'en fait Dzerjinski était sans doute au courant de la préparation de l'attentat. Il n'en avertit pas Lénine et assuma lui-même le risque politique des conséquences de l'affaire, jugeant - la suite des événements lui donnera raison - qu'une réaction allemande était peu probable. En revanche, l'attentat fournirait aux bolcheviks une excellente occasion de se débarrasser des SR à un moment particulièrement critique pour le nouveau régime.

En été 1918, le pouvoir bolchevik ne contrôle plus en effet qu'un territoire réduit à la Moscovie historique. L'Ukraine est aux mains des Allemands; les généraux Krasnov et Deni-kine consolident leur contrôle sur le Don et le Kouban ; Savinkov occupe Ia-roslavl; l'armée du peuple russe, levée par les SR de droite, étend son influence jusqu'à Kazan ; les Tchèques coupent le Transsibérien ; les révoltes paysannes se multiplient, provoquées par la politique de réquisitions légalisée par le décret du 13 mai 1918, qui avait attribué des pouvoirs très étendus au commissariat du peuple au Ravitaillement et inauguré l'ère du « communisme de guerre ». Dans cette conjoncture, l'assassinat de Urits-kii, chef de la tcheka de Petrograd, suivi, le même jour, à Moscou, d'un attentat dirigé contre Lénine lui-même, conforte les dirigeants bolcheviks, Dzerjinski en tête, dans l'idée qu'il existe une véritable conspiration visant à abattre l'État.

En représailles, Dzerjinski ordonne a toutes les tchekas de « prendre en otages tous les suspects fichés, notamment les bourgeois, les officiers et gardes blancs, et les membres repérés de tous les partis monarchistes, bourgeois et petit-bourgeois ». Articles de presse et déclarations officielles appellent au renforcement de la terreur : « Travailleurs, le temps est venu pour nous d'anéantir la bourgeoisie, sinon vous serez anéantis par elle. Les villes doivent être implacablement nettoyées de toute la putréfaction bourgeoise. Tous ces messieurs seront fichés et ceux qui représentent un danger pour la cause révolutionnaire exterminés. [...] L'hymne de la classe ouvrière sera un chant de haine et de vengeance'! »

Le 3 septembre, les Izvestia annoncent que cinq cents otages ont été exécutés par la seule tcheka de Petrograd. Le recensement des exécutions d'otages annoncées dans la presse durant les mois de septembre et octobre 1918 fournit le chiffre d'environ cinq mille victimes. Grigori Zinoviev déclare : « Pour défaire nos ennemis, nous devons avoir notre propre terreur socialiste. Nous devons entraîner à nos côtés disons quatre-vingt-dix des cent millions d'habitants de la Russie soviétique. Quant aux autres, nous n 'avons rien à leur dire, fis doivent être anéantis. »

Des le 5 septembre, le gouvernement a légalisé la terreur en édictant un texte fameux sur la « Terreur rouge » : « Dans la situation actuelle, il est absolument vital de renforcer la Tcheka, [...] de protéger la république soviétique contre ses ennemis de classe en isolant ceux-ci dans des camps de concentration, de fusiller sur-le-champ toute personne impliquée dans des organisations de gardes blancs, des complots ou des insurrections. »

En quelques jours, la Tcheka inaugure donc deux instruments de répression inconnus dans la Russie tsariste : le système des otages et le camp de concentration.

Devant le nombre sans cesse croissant d'individus pris en otage, Dzerjinski juge utile, à plusieurs reprises, d'expliciter sa conception de la chose : « Qu'est-ce qu'un otage ? C'est évidemment un représentant, en notre pouvoir, de la société ou de l'organisme qui nous combattent. Mais il faut que celui-ci possède une valeur aux yeux de l'ennemi. Celui-ci ne donnera rien pour le premier instituteur venu, pour un garde-forestier, un meunier ou un épicier, surtout s'il est juif. Alors, tchékas, attrapez des bourgeois, si possible avec leur famille! » Dans une autre circulaire, il rappelle que « la Tcheka ne lutte ni pour la "justice" ni contre tel ou tel individu. Nous sommes l'organe d'extermination de la bourgeoisie en tant que classe. Durant un interrogatoire, je ne me pose pas la question de savoir si tel ou tel a agi contre le pouvoir soviétique. Je me demande : à quelle classe cet individu appartient-il ? Quelle est son éducation, sa profession ? Et, seulement si c'est un travailleur, je me pose la question : a-t-il pu trahir sa classe ou agir contre nous ? Enfin, éventuellement, je m efforcerai d'amener l'accusé à reconnaître ses fautes - l'aveu couronnera alors la présomption par l'origine. »

La « paternité » du camp de concentration ne revient pas, quant à elle, à Dzerjinski, mais à Léon Trotski. C'est lui qui, le premier, prôna, le 4 juin 1918, la création de « camps de concentration » où seraient enfermés les Tchèques qui refuseraient de rendre leurs armes. Le 8 août 1918, Trotski annonce qu'il a ordonné la création, à Mourom et à Arzamas, de deux camps pour « les agitateurs louches, les officiers contre-révolutionnaires, les saboteurs, les parasites, les spéculateurs », qui y seraient internés « jusqu 'à la fin de la guerre civile ». Le lendemain, préoccupé par l'étendue des révoltes paysannes dans la région de Penza, Lénine télégraphie au Comité exécutif de la province : « Exercez une terreur massive contre les koulaks, les popes et les gardes blancs. Enfermez les éléments douteux dans un camp de concentration. »

D'août 1918 a février 1919, ces camps fonctionnent, sans aucune base réglementaire, comme des camps d'internement administratif préventif, où sont enfermés, généralement en qualité d'otages, les « éléments socialement douteux ». La Tcheka a la gestion exclusive de ces camps. Cet état de fait n'est légalisé que le 17 février 1919, lorsque, sur proposition de Dzerjinski, le gouvernement promulgue un arrêté selon lequel « la Tcheka conserve le droit exclusif d'internement dans les camps de concentration ». Il faut attendre encore deux mois avant que le gouvernement publie, le 15 avril, un texte établissant en détail les modalités de l'organisation des camps.

Ce décret distingue deux types de camps : les « camps de travail coercitif », où sont, en principe, internés ceux qui ont été condamnés par un tribunal, et les « camps de concentration » regroupant les personnes incarcérées en vertu d'une simple mesure administrative. En réalité, les distinctions entre ces deux types de camps restent largement théoriques; ils sont désormais tous deux des camps de travail. L'instruction du 17 mai, signée Dzerjinski, rationalise le système : elle prévoit la création « d'au moins un camp dans chaque province, d'une capacité minimale de trois cents détenus, astreints à un travail physique ». Cette instruction comporte, par ailleurs, une « liste-type » des seize catégories de « pensionnaires » des camps (cf. encadré « Les victimes de la Tcheka », p. 41).

Quelques semaines plus tôt, le 16 mars 1919, Dzerjinski a été nommé commissaire du peuple à l'Intérieur. C'est le triomphe définitif de la Tcheka, après une période au cours de laquelle son rôle, voire son existence, avait été mis en cause par une partie des bolcheviks eux-mêmes.

L'automne 1918 fut en effet marqué par une véritable débauche de terreur. Le 17 septembre, Dzerjinski invite les tchekas locales à « accélérer les procédures et à terminer, c'est-à-dire à liquider, les affaires en suspens ». Quelques jours plus tard, Peters, un de ses principaux adjoints, signe une circulaire qui précise : « La Tcheka est absolument indépendante dans son activité. Elle effectue les perquisitions, arrestations, exécutions capitales, à charge d'en faire ultérieurement rapport au Conseil des commissaires du peuple. » Un nouveau journal, L'Hebdomadaire de la Tcheka, est chargé de «faire de la réclame » pour la police politique. Six semaines durant (jusqu'à sa suppression, sur ordre du Comité central), ce journal relate, sans fard ni pudeur, les prises d'otages, les internements dans les camps de concentration, etc. Le zèle des tchekas - notamment celles des districts, mises sur pied dans la hâte - est tel que Dzerjinski doit leur rappeler qu'« en intervenant dans le fonctionnement de tous les organes de l'Etat, les tchekas ne doivent pas perdre de vue que leurs actes ont pour but de stimuler l'activité de ces organes dans leur recherche des ennemis et non de perturber leur activité ».

Bientôt, le Comité central, le commissariat du peuple à l'Intérieur et le secrétariat de Lénine commencent à recevoir des milliers de plaintes émanant non seulement de particuliers, d'assemblées paysannes ou de comités d'usine, mais encore des comités exécutifs des soviets et des organisations locales du Parti. Toujours le même leitmotiv : les tchekas arrêtent à tour de bras, jugent à huis-clos et exécutent sans appel toute personne qui leur paraît suspecte, « même d'honnêtes travailleurs qui se sont bornés à critiquer le retard avec lequel on leur donnait leur paie » ou « des paysans aisés mais aucunement des koulaks, qui travaillaient leur terre en famille, sans exploiter quiconque ».

Le 8 octobre 1918, un des vétérans du parti bolchevik, Olminski, s'élève, dans la Pravda, contre « les pleins pouvoirs laissés à une organisation qui prétend agir par-dessus les soviets et le Parti lui-même». Petrovski, commissaire du peuple à l'Intérieur, rappelle que les tchekas locales dépendent des comités exécutifs des soviets et qu'elles doivent rendre compte de leurs actes au NKVD. La polémique, dans les semaines qui suivent, se porte sur la composition d'une organisation, soit « truffée de criminels et de sadiques », « d'éléments dégénérés du lumpen », selon ses détracteurs, soit composée des « meilleurs et des plus authentiques enfants du prolétariat », selon les dirigeants de la Tcheka (cf. encadré « Les soviets contre la Tcheka », p. 38).

En l'absence de Dzerjinski - envoyé pour un mois, incognito, se refaire une santé mentale et physique en Suisse -, le Comité central débat, le 25 octobre 1918, d'un nouveau statut de la Tcheka. Les détracteurs - Grigori Kamenev et Nicolaï Boukharine en tête - remportent, semble-t-il, la première manche : plusieurs mesures sont prises pour limiter les « excès de zèle » des tchekas et les mettre sous le contrôle du Parti. Une commission de « contrôle politique » est créée ; Kamenev, qui en fait partie, va jusqu'à proposer l'abolition pure et simple de la police politique ; en attendant, un grand nombre de tchekas de district sont fermées.

Mais bientôt le camp des partisans inconditionnels de la Tcheka reprend le dessus. Y figurent, outre Dzerjinski, des « sommités » du Parti telles que Sverd-lov, Staline, Trotski et, bien sûr, Lénine. Ce dernier prend résolument la défense d'une institution « injustement attaquée pour quelques excès par une intelligentsia bornée, [...] incapable de considérer le problème de la terreur dans une perspective plus large ». Le 19 décembre 1918, sur proposition de Lénine, le Comité central adopte une résolution interdisant à la presse du Parti de publier des « articles calomnieux sur les institutions, notamment sur la Tcheka, qui accomplit son travail dans des conditions particulièrement difficiles ». Ainsi se clôt le débat. L'« organe de la dictature du prolétariat» reçoit son brevet d'infaillibilité. Pour Lénine, « un bon communiste est également un bon tchékiste ».

Début janvier 1919, Dzerjinski part avec Staline dans l'Oural pour établir les causes de la reddition de la ville de Perm, tombée par surprise aux mains des partisans de l'ancien régime. Les deux hommes reviennent avec un rapport exagérément accablant pour le haut-commandement militaire (donc pour Trotski, commissaire du peuple à la Guerre) et notamment pour le Voen-kontrol, la sécurité militaire. Dzerjinski obtient du Comité central la création de « départements spéciaux » de la Tcheka, responsables désormais de la sécurité militaire. La dernière pierre de l'édifice est posée ; la Tcheka est maintenant présente sur tous les fronts. Comme le montre son organigramme au début de 1921, aucun secteur de la vie politique, économique ou sociale n'échappe, en principe, à son contrôle.

Il n'est pas possible de détailler ici l'activité multiforme de la Tcheka au cours de ces années de formation du régime bolchevik. Les archives soviétiques récemment ouvertes confirment, dans certains cas, et révèlent, dans bien d'autres, le rôle-clé qu'elle a joué à la fois sur le front de la guerre civile (massacres et représailles après la reprise, par les rouges, des zones occupées un temps par les blancs), mais surtout dans la lutte, si longtemps passée sous silence, du régime contre les insurrections paysannes (plusieurs centaines entre l'été 1918 et l'été 1922), les déserteurs (qui sont des millions), les grévistes ouvriers (arrestations et massacres de Toula, d'Astrakhan, de Briansk, pour ne citer que les plus importants), les réfractaires à la militarisation du travail décrétée en 1920. Loin de se borner aux activités « traditionnelles » d'une police politique (traquer les opposants politiques et démasquer des « complots » réels ou imaginaires), la Tcheka apparaît comme une machine répressive d'un type nouveau, chargée de mater des masses peu enclines à collaborer avec le nouveau régime (cf. encadré « La police du tsar et celle de Lénine », p. 37).

Le 8 janvier 1921, Dzerjinski dresse un bilan de son action. Il commence par constater les victoires; il n'y a plus de fronts extérieurs, le danger de la contre-révolution est écarté : « La période critique de la guerre civile s'est achevée, mais elle nous a légué un lourd héritage : des prisons pleines à craquer, non de bourgeois, mais d'ouvriers et de paysans. [...] Aussi, la politique de la Tcheka devra-t-elle être désormais plus sélective; la prison et le camp pour les bourgeois, une peine de camarade [sic] pour les ouvriers et les paysans, ceux-ci devant être désormais considérés, non comme des ennemis de classe, mais comme des personnes ayant commis des délits sous l'emprise des conditions sociales de la période transitoire du passage du capitalisme au socialisme. »

Ce document, comme des milliers d'autres jamais publiés et aujourd'hui exhumés, permet de tirer plusieurs enseignements. Il brise le mythe entretenu par les hagiographes de Dzerjinski : celui de la « bonne terreur », « légitime », frappant les classes possédantes de l'ancien régime. Mythe, au reste, largement partagé par les bolcheviks de tous bords, même après qu'ils eurent été eux-mêmes victimes de l'appareil policier qu'ils avaient mis en place. Expulsé d'URSS, Trotski continuait d'expliquer, en 1929, que « la GPU est l'organe d'autodéfense de la dictature du prolétariat ». Quant à Boukharine, dans son ultime discours à la barre des accusés du troisième procès de Moscou en mars 1938 - procès entièrement fabriqué par les services du NKVD dirigé alors par Ejov -, il regrettera le temps où « Félix dirigeait la police politique, l'époque heureuse où l'idée révolutionnaire guidait toutes ses actions, justifiait la répression vis-à-vis des ennemis, protégeait le jeune État soviétique ».

Mais ce document montre aussi comment, dès 1918-1919, la terreur, légitimée par une conception nouvelle des rapports entre l'État et les citoyens, considérés non plus en tant qu'individus mais en fonction de leur appartenance de classe, engageait le pouvoir sur la voie d'une formidable illusion politique, marquée par le refus d'analyser les causes de la résistance du corps social.

Le 25 octobre 1918, en pleine « terreur rouge », Kamenev, effaré, rapporta que des dirigeants locaux de la Tcheka lui avaient demandé s'ils avaient le droit d'arrêter les membres du gouvernement. Étonnante interrogation, qui témoignait de l'arrivée au pouvoir d'une couche nouvelle d'activistes « politiquement analphabètes», de l'absence de tout État de droit et de la criminalisation de la plupart des comportements sociaux. Mélange détonnant, qui ouvrait la porte a tous les « dérapages », ceux de la « terreur rouge » comme ceux, dix ans plus tard, de la collectivisation, puis ceux de la Ejovschina4 des années 1936-1938.

Apprenant, en juillet 1926, le décès de celui qui fut longtemps son camarade et son adversaire, Karl Radek, alors dans l'opposition trotskiste, déclara avec plus de lucidité que la plupart des « vieux bolcheviks » : « Félix est mort à temps. C'était un schématique. Il n 'eût pas hésité à rougir ses mains de notre sang! » Mort à temps et d'une mort exemplaire : emporté, à quarante-huit ans, d'une défaillance cardiaque, en pleine session du Comité central5. Le Parti donna aussitôt à cette mort une portée symbolique, soulignant que Dzerjinski s'était éteint, « ayant donné son cœur à la révolution, comme une flamme qui se serait consumée à la tâche ». Rapidement, il devint ce « chevalier de la révolution » (pour reprendre la figure favorite de l'hagiographie), prêt à se vouer sans réserve au service de l'idée, à transgresser en son nom les limites de la morale universelle. En assumant les fonctions de premier bourreau, Dzerjinski est devenu un saint martyr, l'incarnation de la vertu, « Félix de fer » chanté par Maïakovski : « Avec sa capote fripée et sa barbe pointue I Est passé un homme tout de fer et de veines [...] IA un jeune homme qui s'interrogeait sur l'existence I Et qui voulait décider sur quel modèle faire sa vie I Je dirais sans hésiter : l'Eais-la à l'image du camarade Dzerjinski"". » ?

Note: 

NOTES 1. Kalinine (1875-1946) fut, de 1919 à sa mort, en 1946, président du Comité exécutif central des soviets, c'est-à-dire, formellement, chef de l'État soviétique. 2. En février 1922, la Tcheka est rebaptisée GPU (Administration politique d'État). En juillet 1923, la GPU (que Ton trouve souvent mentionnée par les journalistes et historiens occidentaux dous le nom de Guépéou) devient l'OGPU (Administration politique d'État unifiée) qui est désormais du ressort de l'Union et non plus de la seule république de Russie. En juillet 1934, l'OGPU est rattachée au commissariat du peuple à l'Intérieur (NKVD), alors dirigé par lagoda, puis, à partir de septembre 1936, par Ejov. A partir de 1946, les activités de répression sont exercées par deux organismes : le ministère de l'Intérieur (MVD) et surtout le ministère de la Sécurité d'État (MGB). Enfin, à partir de 1954, après la mort de Staline et l'élimination de Beria, chef de la police politique depuis décembre 1938, cette dernière fut réorganisée sous le nom de « comité de la sécurité d'État » ou KGB. 3. Pravda, 31 août 1918. 4. La Ejovschina est la période de la terreur policière à son apogée (fin 1936-mi-1938). Elle correspond au moment où Ejov était en charge du NKVD. 5. Dzerjinski est mort d'une crise cardiaque à la suite d'une altercation d'une extrême violence avec Piatakov, le numéro deux du Conseil suprême de l'économie nationale, partisan d'une politique d'industrialisation lourde et proche de Trotski. 6. Maïakovski, Poèmes, traduction C. Frioux, t. IV, Paris, Messidor, 1987, p. 481.

Encadré: 
Repères chronologiques

1917

MARS : grèves et manifestations à Petrograd. Création d'un gouvernement provisoire et abdication du tsar. Le soviet des ouvriers et des soldats de Petrograd exerce une pression constante sur le gouvernement.

AVRIL : Lénine arrive à Petrograd.

JUILLET : le gouvernement provisoire lance des mandats d'arrêt contre les dirigeants bolcheviks. Lénine doit se réfugier en Finlande.

SEPTEMBRE : après l'échec du coup d'État militaire de Kornilov, Kerenski, chef du gouvernement provisoire, proclame la république.

6-7 NOVEMBRE (24-25 octobre selon le calendrier orthodoxe en vigueur) : les bolcheviks investissent la ville de Petrograd. Lénine proclame que le gouvernement appartient aux soviets. La révolution s'étend à la plus grande partie de la Russie.

NOVEMBRE-DÉCEMBRE : grève générale des fonctionnaires contre le nouveau régime bolchevik.

7 DÉCEMBRE : création de la Tcheka.

1918

6 JANVIER : les bolcheviks dispersent l'assemblée constituante, à majorité SR et menchevik, qui s'était reunie la veille pour la première fois. Les SR de gauche approuvent.

3 MARS : signature du traité de paix de Brest-Litovsk entre la Russie et les puissances centrales. Vives discussions au sein du parti bolchevik, où Lénine, partisan de la paix avec l'Allemagne pour consolider le régime bolchevik, ne l'emporte qu'à une faible majorité. Les SR de gauche, hostiles à ce traité, quittent le gouvernement, mais restent au collège de la Tcheka.

La guerre civile s'intensifie entre l'Armée Rouge et les « blancs ».

13 MAI : décret attribuant des pouvoirs très étendus au commissariat du peuple au Ravitaillement. Début du « communisme de guerre ».

14 JUIN : le Comité exécutif central des soviets exclut de tous les soviets les SR de droite et les mencheviks.

6 JUILLET : assassinat de von Mirbach, ambassadeur d'Allemagne à Moscou, par Blium-kine, tchekiste, SR de gauche.

7 JUILLET : tentative de coup d'État des SR de gauche.

30 AOUT : tentative d'attentat contre Lénine.

SEPTEMBRE-DÉCEMBRE : « Terreur rouge ».

1919

MARS : Dzerjinski cumule les fonctions de président de la Tcheka et de commissaire du peuple à l'Intérieur.

1920

La guerre civile prend fin avec la victoire complète du régime soviétique.

1922

FÉVRIER : la Tcheka devient le GPU.

1924

21 JANVIER : mort de Lénine.

Formation de la « troïka » qui réunit Staline, Zi-noviev et Kamenev.

Dzerjinski est nommé à la direction du Conseil économique suprême.

1926

JUILLET : mort de Dzerjinski.

1927

Trotski est exclu du Politburo. Ayant éliminé son principal adversaire, Staline concentre tous les pouvoirs.

Les partis d'opposition aux bolcheviks

LES MENCHEVIKS :

Ayant activement participé au gouvernement provisoire depuis avril 1917, les mencheviks s'opposèrent vigoureusement au coup de force bolchevik du 25 octobre 1917. Jouant le jeu d'une opposition légale, ils opérèrent, en quelques mois, une remontée spectaculaire dans de larges fractions de la classe ouvrière (typographes, métallurgistes, ouvriers du textile et de la chimie).

A partir de l'été 1918, les mencheviks furent systématiquement exclus des soviets; malgré les arrestations de militants, l'interdiction de leurs journaux, la manipulation des élections, leur audience dans les milieux syndicaux fut à son zénith au début de 1921 : ils prônaient depuis longtemps les mesures de libéralisation de l'économie que Lénine allait adopter en mars 1921, en instaurant la NEP.

C'est alors que les bolcheviks lancèrent leur attaque finale contre les mencheviks : en quelques semaines (février-mars 1921), il y eut environ 2 000 arrestations, dont celles de tous les membres du Comité central du Parti. La plupart d'entre eux furent déportés en Sibérie.

LES SOCIALISTES-REVOLUTIONNAIRES :

Très actifs dans le gouvernement provisoire depuis avril 1917, les SR, majoritaires dans le pays à l'automne 1917 (ils avaient obtenu 370 députés à l'Assemblée constituante sur un total de 707 élus), s'opposèrent alors aux bolcheviks. Dès le 26 octobre 1917, ils lancèrent un appel à la « résistance ». Ils animèrent le Comité de sauvegarde de la révolution, puis tentèrent de constituer un gouvernement provisoire (à Samara puis à Oufa, été-automne 1918). Ils entendaient combattre à la fois les bolcheviks et les blancs, prétention dérisoire vu la faiblesse de leur organisation.

Après l'effondrement de ce gouvernement provisoire, renversé par les monarchistes, certains renoncèrent à lutter par la force contre les bolcheviks (renonciation publique en juin 1919); la majorité émigra. Après la fin de la guerre civile, les bolcheviks mirent en scène un grand procès public (8 juin-25 juillet 1922) des SR.

LES SOCIALISTES-RÉVOLUTIONNAIRES « DE GAUCHE » :

Entraînes par la militante Maria Spiridonova, les SR « de gauche » firent sécession du parti socialiste révolutionnaire dès l'été 1917, protestant contre la politique qu'ils jugeaient conservatrice du leader historique des socialistes-révolutionnaires, Tchernov, ministre de l'Agriculture du gouvernement provisoire.

Ils acceptèrent, seuls de tous les partis politiques russes, de collaborer avec les bolcheviks après octobre 1917. Ils participèrent également à la direction de la Tcheka. Ils quittèrent le gouvernement après la signature du traité de Brest-Litovsk qu'ils n'approuvaient pas (19 mars 1918). Après trois mois d'opposition légale, ils tentèrent - maladroitement - un coup d'État les 6 et 7 juillet 1918. Les bolcheviks saisirent cette occasion pour les éliminer de toutes les institutions (notamment des soviets ruraux) où ils étaient solidement implantés.

Jugés, amnistiés puis à nouveau arrêtés (février 1919, puis mars 1921), les dirigeants SR de gauche connurent cependant un sort moins rigoureux que d'autres opposants. La majorité d'entre eux se convertirent au bolchevisme et entrèrent notamment dans la police politique.

La police du tsar et celle de lénine

Pour comparaison, les effectifs de l Okhrana en 1913 sont de 15 000 personnes environ. Les sentences de mort prononcées par les tribunaux tsa-ristes (l'Okhrana ne procédait à aucune exécution, mais déférait toutes les personnes arrêtées devant un tribunal) de 1861 à 1917 s'élèvent 14 000 (dont environ 4 500 pour les années « révolutionnaires » 1906 et 1907).

Les effectifs de la Tcheka en 1921 sont de 283 000 personnes environ, dont 126 000 pour les « troupes intérieures » et la sécurité militaire, 17 000 pour les troupes de la « section spéciale » (garde des camps), 50 000 pour les troupes frontalières, 90 000 pour le personnel civil (non compris les indicateurs, qui n'émargent pas individuellement au budget du personnel). Les exécutions sont inchiffrables. Les estimations oscillent entre 50 000 (insurgés pris les armes à la main exclus) et 200 000 victimes pour la période 1918-fin 1922.

Les soviets contre la tcheka

« Attendu que

1 ) le jugement public, dans toute forme de gouvernement, est le meilleur instrument d'éducation civique, car il permet d'établir publiquement le délit ou le crime (ce point est partagé par le camarade Lénine dans son article « Les tâches immédiates du pouvoir des soviets », Pravda, 28 avril 1918);

2) tout citoyen a droit à être juridiquement défendu;

3) la peine de mort, depuis Dioctétien et jusqu'à Stolypine, n'a jamais sauvé aucun gouvernement autoritaire et absolutiste (ce point de vue est également partagé par le camarade Lénine dans son article précédemment cité), « le Comité exécutif du soviet de Pskov considère que la nature même de l'activité de la Tcheka - à savoir une instruction rapide, un jugement à huis-clos, hors de la présence de la défense, suivi, presque toujours, d'une sentence de mort, immédiatement exécutoire -, ne peut que nuire à la cause de la révolution. Ce genre de pratiques a été condamné non seulement par les gouvernements démocratiques et humanistes, mais aussi par les gouvernements despotiques, ceux-ci ayant réalisé qu'elles donnaient des résultats inverses à ceux qui étaient recherchés. Pour lutter contre la bourgeoisie contre-révolutionnaire, il existe une manière absolument pacifique et absolument efficace, à savoir la prolétarisation de la bourgeoisie. En effet, notre ennemi n'est pas tel ou tel individu, mais le capital. Privé de capital, le bourgeois devient un prolétaire et vient grossir les rangs du prolétariat, lequel ainsi se renforce.

« Considérant tout ce qui vient d être expose, le Comité exécutif du soviet de la ville de Pskov exige la dissolution immédiate de la Tcheka. »

Les victimes de la tcheka

« Instruction complémentaire du commissariat du peuple à l'Intérieur (NKVD) au décret du Comité exécutif panrusse des soviets relatif à l'organisation des camps de travail coercitif, 17 mai 1919.

Catégories de personnes à interner dans les camps :

1) Otages jusqu'à la fin de la guerre civile issus de la haute bourgeoisie, à savoir :

a) propriétaires de toute entreprise ayant employé plus de vingt personnes,

b) directeurs ou membres de conseils d'administration de sociétés par actions au capital de plus de cinq cent mille roubles (valeur 1916).

c) propriétaires ayant eu plus de cent dessiatines [1 dessiatine = 1,06 hectare] de terre ou des biens immobiliers urbains évalués à plus de cinquante mille roubles (valeur 1916). 2) Otages de la moyenne bourgeoisie et des koulaks.

3) Otages de la bourgeoisie des Etats en guerre contre la Russie soviétique.

4) Membres de la famille des catégories énu-mérées ci-dessus.

5) Membres de l'ex-police tsariste, officiers du corps des gendarmes, membres de la haute administration tsariste : ministres et leurs adjoints, directeurs de département, gouverneurs, maires et adjoints des chefs-lieux de province.

6) Fonctionnaires de l'ancien régime jusqu'au rang d'assesseur de collège, procureurs et leurs adjoints, juges et leurs adjoints, membres des zemstvos [assemblées locales, instaurées en 1864 dans chaque district et chaque province de l'empire, responsables de l'administration, maires et adjoints de villes ayant rang de chef-lieu de district.

7) Gendarmes de tout rang.

8) Personnes condamnées, sous le régime soviétique, à des peines de cinq à vingt ans pour participation à des organisations contre-révolutionnaires ou d'espionnage.

9) Personnes condamnées, sous le régime soviétique, à des peines de cinq à vingt ans pour crimes de droit commun.

10) Personnes condamnées, sous le régime soviétique, à des peines de cinq à vingt ans pour spéculation, abus d'autorité, désertions répétées.

11) Personnes condamnées, sous le régime soviétique, à des peines de un à cinq ans pour les motifs définis dans la catégorie 9.

12) Personnes condamnées, sous le régime soviétique, à des peines de un à cinq ans pour les motifs définis dans la catégorie 10.

13) Personnes condamnées, sous le régime soviétique, à toutes peines, pour délits de parasitisme, proxénétisme, prostitution.

14) Personnes condamnées, sous le régime soviétique, pour tous motifs autres que ceux définis dans les catégories ci-dessus.

15) Déserteurs ordinaires (non-récidivistes) et soldats prisonniers de la guerre civile.

16) Mineurs (moins de dix-sept ans) condamnés, sous le régime soviétique, à toutes peines.

signé F. Dzerjinski. »

Quant à Eiduk...

Où l'on retrouve les recherches de Bertrand Patenaude... 

 Alexander Vladimirovitch Eiduk était un agent soviétique de Tcheka et un poète de l'ethnie lettone.

Wikipédia (anglais)

Aleksandr Vladimirovich Eiduk (Russian: Александр Владимирович Эйдук, Latvian: Aleksandrs Eiduks, 1886–1938) was a Soviet Cheka operative and poet of Latvian ethnicity.

Life[edit]

Eiduk was born in Kreis Wenden of the Governorate of Livonia, then part of the Russian Empire.

In 1919, an American diplomat testified to Congress that Eiduk was, with another Cheka leader, considered the "most blood-thirsty monster in Russia".[1] In the 1920s, Eiduk served as a Soviet representative to the American Relief Administration, whose agents appreciated him for "moving with a celerity not characteristically Russian".[2]

During the Great Purge, Eiduk was arrested on June 4, 1938 as a part of the so-called "Latvian Operation of the NKVD". He was shot by the NKVD on August 28, 1938. He was rehabilitated in 1956.

Poetry[edit]

Eiduk is best remembered for his poetry extolling the political terror of the Soviet secret police. In Moscow, Eiduk reportedly admitted to a friend, with 'enjoyment in his voice like that of an ecstatic sexual maniac', how pleasing he found the roar of truck engines used at the Lubyanka to drown out the noise of executions.

In the early 1920s, soon after the Red Army invasion of Georgia, he published the following poem in an anthology entitled The Cheka's Smile:

There is no greater joy, nor better music
Than the crunch of broken lives and bones.
This is why when our eyes are languid
And passions begin to seethe stormily in the breast,
I want to write on your sentence
One unquivering thing: 'Up against the wall! Shoot!'[3]

Works[edit]

  • Alexander Wladimirovic Eiduck, Die russische Hungersnot 1921-1922 und ihre Bekämpfung im Lichte der Tatsachen, Berlin, Vereinigung internationaler Verlagsanstalten, 1922.

Further reading[edit]

  • Bertrand M. Patenaude. The Big Show in Bololand. (chapter 22, Comrade Eiduk), Stanford, CA: Stanford University Press, 2002, pp. 346–353.

"En 1919, un diplomate américain témoigna devant le Congrès que Eiduk était, avec un autre leader de la Tcheka, considéré comme le monstre le plus assoiffé de sang en Russie. Dans les années 20, Eiduk a servi comme représentant soviétique à l'A.R.A. (American Relief Administration) et les agents l'appréciaient pour bouger avec une vitesse qui n'était pas une caractéristique russe."

Reste Lander...

Oui, Karl Ivanovich Lander : 

Bertrand Patenaude pour Lander et Eiduk en page 181  (The Big Show in Bololand) :

"The goal was to retain sixty relief worker through the winter though on December 31 – as the feedings total rose to meet the upwanlly revised target of three millions children - there would still be 114 ARA men on the job in Russia.

There was as well a reduction in the geographical site of the ARA mission in order to avoid spreading the diminished relief supply too thin, Moscow closed the Orenburg district and momentarily considered shutting down UFA, the largest ARA district, before concluding that the need there was simply too great. On the Volga, the Tsaritsyn district was merged with the food remittance station at Rotov, which became the headquarters of this new Rostov-Tsaritsyn district.

In Ukraine, a 1922 plan to place American operations under the authority of the Jewish Joint Distribution Committee which would then maintain a mission there after the ARA’s autumn departure was aborted after Hoover’s decision to stay on. The troubled ARA-JDC marriage was then fated to continue through another trying year. The set up remained as before with six Ukrainian districts, each reporting separetely to Moscow. Relations between the ARA and the JDC, a rich subplot of the relief story was strained by the thorny issue of how much administrative control the ARA should retain over an affiliated organisation that in the end would contribute nearly XX millions to the Russian mission by tensions between the ARA’s sectarian principles and the JDC sectarian purposes by feelings of antisemitism – both of the local population and, allegedly of some of the ARA both of the local population and, allegedly of some of the ARA Americans, and, inevitably by clashes of personnalities most pointedly with Haskell’s.

A key personnel change that ensured that relatives with the government would be less unpleasant during the second year was the replacement, on June 27, of Eiduk by Karl Lander. Like Eiduk, Lander was a Lett with a background in the Cheka. Unlike Eiduk, he was not one of the party’s leather jackets having entered pre-1917 revolutionary politics through the intelligentsia door. He was a former professor of folklore at the University of Riga and a onetime disciple of Tolstoï with whom he exchanged correspondence on the occasion. Lander was not Tolstoï, but the new chief plenipotentiary was certainly a more cultivated man than his predecessor and this would help keep the lid from blowing off in the months ahead. It also did not matters that unlike his prying predecessor he maintained his selfice separated from Spiri….."

"Un changement de personnage clé, qui a assuré que les proches du gouvernement seraient moins désagréables au cours de la deuxième année, a été le remplacement, le 27 juin, d'Eiduk par Karl Lander. Comme Eiduk, Lander était un Letton avec un passé dans la Cheka. Contrairement à Eiduk, il ne faisait pas partie des vestes en cuir du parti, étant entré dans la politique révolutionnaire d'avant 1917 par la porte de l'intelligentsia. Il était un ancien professeur de folklore à l'Université de Riga et un ancien disciple de Tolstoï avec qui il a échangé de la correspondance à cette occasion. Lander n'était pas Tolstoï, mais le nouveau plénipotentiaire en chef était certainement un homme plus cultivé que son prédécesseur, ce qui empêcherait le couvercle d’exploser dans les mois à venir. Peu importait que, contrairement à son prédécesseur indiscret, il maintienne son self... séparé de Spiri… .. "

 

Notre ami Bertrand Vilain a bel et bien pillé le livre de Bertrand Patenaude.

…………………………….

Voilà….

A travers quelques personnages... 

La folle ambiance de la Russie dans les années 20.

Alors...

Savoir si ces révolutionnaires sanguinaires se promenaient ou non dans de prestigieuses Cadillac...

Miraculeusement trouvées lors de la mission de l'A.R.A.

Ce sera...

Sans moi.

 

Liliane Langellier

P.S. Il serait grandement temps que M. Bertrand Vilain prenne quelques cours élémentaires de droit avant de nous brandir la grande menace du TGI (Triunal de Grande Instance) à tort et à travers.

Et à fantasmer des condamnations pénales que je n'ai jamais eues.

Pour moi, je serais tout à fait ravie de le rencontrer devant un tribunal, vu les nombreux dossiers que j'ai accumulés contre lui.

No fear at all !

J'espère, pour lui, qu'il a passé un solide accord avec M. Bertrand Patenaude pour recopier ainsi ses écrits. Les universitaires américains ne plaisantent pas avec les copyrights.

Quant à Thierry Lefebvre...

Je ne vois pas du tout où est la faute de commenter un article que Vilain a rendu public via son blog.

Et il est totalement libre de commenter l'affaire Seznec quand et où bon lui semble.

Quant à son vœu le plus cher de faire interdire mon blog...

Ce fascisme de garde-barrière est juste insupportable.

Et, puis, quand on file des biscuits sur un blog, au sujet de son prochain livre, on ne vient pas se plaindre après qu'ils aient été bouffés !

N'est-ce pas lui qui nous écrit : "Nous avons laissé des indices depuis plusieurs semaines…"

Et, les indices, ça sert à quoi, d'après vous ???

 

P.S. 2 Merci à toutes et à tous pour les 3.232 visiteurs de ces 15 premiers jours de février.

 

Felix DzerzhinskyPolish-born Felix Edmundovich Dzerzhinsky (1877 - 1926) with Cheka workers, 1918. He was the founder of the Bolshevik secret police, the Cheka, later the KGB. (Photo by Laski Collection/Getty Images)

Felix DzerzhinskyPolish-born Felix Edmundovich Dzerzhinsky (1877 - 1926) with Cheka workers, 1918. He was the founder of the Bolshevik secret police, the Cheka, later the KGB. (Photo by Laski Collection/Getty Images)

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