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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec : Que savait Marie-Jeanne ?

''Déblayer'' le terrain

 

Deux positions, et deux seules, semblent aujourd'hui plausibles.

 

La première – appelons-la la position ''classique'' – est, peu ou prou, celle de l'accusation au procès de 1924 : Guillaume Seznec a tué Pierre Quémeneur (peut-être avec le cric de la Cadillac), par une nuit de mai 1923, quelque part dans l'actuel département des Yvelines, et s'est défait du corps dans les environs. On parlera ci-après d'hypothèse (A).

 

La seconde – appelons-la position ''révisionniste'' – se fonde sur les récits de Petit-Guillaume. Pierre Quémeneur serait mort un matin de 1923 à Morlaix, peut-être accidentellement, peut-être à la suite d'un geste de ''légitime défense'' de la part de Marie-Jeanne Seznec, éventuellement victime d'une tentative d' ''attentat à la pudeur'', comme l'on disait alors. On parlera d'hypothèse (B).1

Une hypothèse (A') a été suggérée : après le meurtre du conseiller général, Guillaume Seznec aurait, à bord de sa voiture agonisante, ''rapatrié'' le corps en Bretagne.

 

Dans les trois cas (A), (B), et (A'), on n'a affaire qu'à ''simple'' meurtre, à un homicide involontaire, ou à des coups et blessures ayant entraîné la mort, voire à un décès accidentel. La Cour d'assises ne s'y est d'ailleurs pas trompée. Après avoir rendu un verdict contradictoire (''oui'' à la question sur le guet-apens et ''non'' à celle sur la préméditation), elle a, au second délibéré, aligné ses réponses non sur l'hypothèse la plus défavorable à Seznec (''oui'' aux deux questions, ce qui entraînait infailliblement la peine de mort), mais sur la plus ''indulgente'' (''non'' aux deux questions, et Seznec ''sauvait sa tête''). On notera, en outre, que, pour un ''meurtre'' sans circonstances atténuantes, l'actuel Code pénal prévoit trente ans de réclusion criminelle. Seznec n'aura purgé ''que'' vingt-trois années de bagne.

Il faut, en second lieu, souligner que la première ''complication'' de l'affaire tient à la dissimulation de cadavre (article 434-7 du Code pénal), ou, dans les hypothèses (B) et (A'), à son transport (article 225-17). En tout état de cause, le premier délit était constitué (hypothèse (A)), et les deux l'étaient (hypothèses (B) et (A'))2.

 

 

 

Et Marie-Jeanne ?

 

Dans les cas (B) et (A'), Marie-Jeanne Seznec ne pouvait évidemment ignorer le décès violent du conseiller général, ni le sort réservé à son cadavre. Si l'on s'en tient à la position (A) – ''classique'' – un doute demeure. Guillaume s'est-il confié à elle dès son retour en Bretagne, ou plus tard ?

 

Ou lui a-t-il menti jusqu'au bout ?

 

Si tel est le cas, Seznec aura manipulé son épouse, et, par son intermédiaire, d'abord, Émile Petitcolas, le beau-frère radical-socialiste et franc-maçon, puis l'ex-juge Hervé, la Ligue des droits de l'homme, etc. Que l'ancien magistrat et l'institutrice ''ligueuse'' se soient ''manipulés eux-mêmes'', on n'en doutera pas. Mais le moins que l'on puisse dire est que Marie-Jeanne les aura pour le moins encouragés.

 

Mais si Marie-Jeanne savait (dans les trois cas de figure évoqués ci-dessus), son comportement devient proprement ''machiavélique'', ou délirant.

 

Car, alors, on a le choix entre deux interprétations .

 

Soit elle a – d'elle-même – ''manipulé'' François Le Her (l'un des témoins de survie), tout comme Petitcolas et autres3, et ce pendant sept ans...

 

Soit elle s'est mise à croire à l'innocence totale de son mari, connaissant pourtant sa responsabilité, ou leur responsabilité partagée, dans la disparition du conseiller général.

 

C'est alors ce mensonge, ou ce délire, qui se serait transmis de génération en génération, jusqu'à Denis Le Her-Seznec, et, sous une forme différente (si l'on retient les hypothèses (A) ou (A'), à Jean-Yves et Gabriel Seznec, via les confidences de leur père ''Petit-Guillaume''.

 

Dessin de Gilles Pascal pour l'émission 13 h 15 le dimanche

 

Le ''grand secret''

 

Le ''grand secret'' annoncé en grande pompe par Anne-Sophie Martin se réduirait alors, si l'on peut dire, à cela : un mélange, dont on ne saurait déterminer les proportions, entre mensonge pur et simple et ''auto-persuasion'' plus ou moins sincère.

 

Il faut cependant distinguer entre ce que Michel Pierre nomme ''récit de résilience''4 et les diverses ''solutions'' avancées par Denis Le Her-Seznec et ses thuriféraires5.

 

Les récits de Petit-Guillaume présentent en effet une certaine cohérence. Ils ne nient pas – bien au contraire – la responsabilité de Guillaume et de Marie-Jeanne dans, au moins, la dissimulation et le transport de cadavre.

 

Tout autres sont les ''interprétations'' de Denis Le Her-Seznec. De Lormaye en Plourivo, de Saint-Lubin-de-la-Haye au café Au Tambour, de fuite au Canada sur fond de prohibition en complot politique, épicé par l'intervention du futur gestapiste Bonny, on n'a que l'embarras du choix.

 

Tout se passe alors comme si, devant la simplicité des trois positions évoquées ci-dessus, il fallait sans cesse chercher, et trouver, une Autre explication, un Autre destin à Pierre Quémeneur.

 

Peut-être est-ce comme cela que l'on peut s'expliquer que l'affaire Guillaume Seznec ait été ''toute simple, mais compliquée à outrance'', selon son petit-fils Jean-Yves.

 

Compliquée non seulement par l'absence de cadavre, par les ''vrais-faux'' témoignages éventuels, par l'affaire – collatérale – de la machine à écrire et des faux en écriture, mais, surtout, par cette quête éperdue d'une ''vérité cachée''.

 

Alain Delame

 

1Suspendant mon jugement, je ne me prononce pas – pour le moment – sur la ''crédibilité'' à accorder aux dires de Petit-Guillaume. Michel Pierre (p. 293 et communication personnelle) les réfute, parlant de ''récit de résilience''. Il y a là matière à analyse et à échange, comme il convient entre honnêtes gens.

2La question des faux touchant la promesse de vente de Traou-Nez en Plourivo est évidemment tranchée.

3On relira avec profit, entre autres, l'article de Liliane Langellier du 3 mai 2018 : ''Affaire Seznec : les toutes premières déclarations de Marie-Jeanne à la presse, http://seznecinvestigation.over-blog.com/2018/05/affaire-seznec-les-toutes-premieres-declarations-de-marie-jeanne-a-la-presse.html

4Cf. Note 1 ci-dessus.

5Les conclusions à venir de Bertrand Vilain seront également à considérer. Si elles ne portent que sur l'existence d'un commerce de Cadillac en 1923, elles ne pourront que confirmer que Seznec et Quémeneur pouvaient raisonnablement espérer y être associés, mais sans doute pas éclairer le décès du conseiller général.

Dessin Gilles Pascal pour 13 H 15 Le Dimanche.

Dessin Gilles Pascal pour 13 H 15 Le Dimanche.

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