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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 750 articles.

OUEST-FRANCE : Michel Pierre interviewé par Patrick Baudet.

Ce matin, dimanche 22 septembre 2019, sur Ouest-France :

ENTRETIEN. L’affaire Seznec, « un fait divers rural et crapuleux qui s’est transformé en affaire extravagante »

Guillaume Seznec a-t-il été injustement condamné, en 1924, pour le meurtre de Pierre Quéméneur ? Non, répond l’historien Michel Pierre qui décortique l’incroyable longévité de cette affaire. Entretien.

Le 25 mai 1923, Guillaume Seznec, 45 ans, et Pierre Quéméneur, 46 ans, ont quitté Rennes en Cadillac pour Paris. Objectif : vendre la « belle américaine » à un tiers à Paris. Mais en chemin, le véhicule est tombé en panne près de Houdan, commune des Yvelines, où les deux hommes ont mangé au restaurant

« Le plat d’étain » en soirée. Quelques instants plus tard, Pierre Quéméneur, conseiller général du Finistère disparaissait. Il ne sera jamais retrouvé.

Rapidement soupçonné, son compagnon de route est condamné au bagne à perpétuité l’année suivante, malgré ses dénégations. Depuis cette date, sa famille n’a cessé de vouloir réhabiliter l’innocence de Guillaume Seznec. De multiples hypothèses ont été émises sur la disparition de l’élu. Mais aucune n’a abouti à un procès en révision.

L’historien Michel Pierre publiera le 26 septembre, L’impossible innocence, aux éditions Tallandier, dans lequel il revient sur ce « roman-feuilleton le plus long de l’histoire judiciaire français ». Pour Ouest-France, il explique pourquoi, selon lui, Guillaume Seznec est probablement le véritable coupable. Et comment cette affaire judiciaire intéresse encore de nombreuses personnes près d’un siècle plus tard.

 

 

Dans votre livre, vous défendez l’idée qu’il n’y a aucun mystère. Guillaume Seznec a été logiquement condamné en 1924, à Quimper. Sur quoi repose votre certitude ?

J’ai fait un travail d’historien. Ce qui m’intéresse, c’est le travail d’archives. J’ai repris l’ensemble du dossier : l’enquête policière, l’instruction, le procès, les demandes de révision, les articles de presse. J’ai consulté le dossier de Guillaume Seznec alors qu’il était au bagne. J’ai même consulté les dossiers des juges qui ont travaillé sur l’affaire en 1923-1924, pour voir comment ils étaient perçus par leur hiérarchie. Au final, il s’agit d’un fait divers rural et crapuleux qui s’est transformé en affaire extravagante.

Que contient cette affaire pour continuer à susciter de l’intérêt près d’un siècle plus tard ?

Une conjonction d’éléments plus ou moins magiques. On y évoque des dollars or qu’aurait donnés Guillaume Seznec à Pierre Quéméneur pour acheter son domaine à Plourivo (Côtes-du-Nord). Il est aussi question de Cadillac, ces belles voitures américaines, vendues aux Bolcheviques. D’une prétendue affaire d’État. Et enfin, cette histoire se passe dans une Bretagne croyante qui apparaît alors pittoresque à nombre de journaux parisiens. Pour qu’une telle affaire perdure, il faut qu’elle s’ancre dans un territoire et s’incarne dans des personnages.

Quand débute l’affaire dans l’opinion publique ?

Au moment du procès, il n’y a pas d’affaire. Elle naît notamment au début des années 1930 avec l’ex-juge Hervé qui défend l’hypothèse selon laquelle le conseiller général Quéméneur aurait été tué à Plourivo, par l’un de ses proches, après s’être séparé de Seznec. Un étonnant personnage, ce juge, qui sera interné à l’hôpital psychiatrique à Rennes. Dans sa lettre de démission au ministère, il écrit qu’il est « victime d’un attentat prémédité » et qu’il a été « séquestré dans un asile d’aliénés ». Puis il se lance dans la défense de Seznec.

 

 

Et cela suffit ?

Charles-Victor Hervé, seul, ne suffit pas. Mais il parvient à s’adjoindre le soutien d’Eugène Delahaye qui dirigeait La Province, un hebdomadaire fasciste (au sens mussolinien du terme) et antimaçonnique. Et celui d’une institutrice, Françoise Bosser, la représentante de la Ligue des droits de l’Homme dans le Finistère. Ils vont alors organiser une campagne médiatique et des conférences auxquelles assistent des centaines de personnes. On refuse du monde à l’entrée.

La thèse de Plourivo n’est pas crédible ?

Des témoins ont été auditionnés. Tous disent que les coups de feu entendus ont eu lieu le 25 mai 1923, lors du mariage de la fille du gardien du domaine. Or, à ce moment-là, Quéméneur se trouvait avec Seznec, dans les environs de Houdan.

Si cette affaire dure, c’est aussi en partie parce que Guillaume Seznec a été envoyé au bagne…

Entre les deux guerres, le bagne, pour les journalistes, c’est une mine d’or. Si un journal voulait faire du tirage, il suffisait d’envoyer un reporter en Guyane. On va au bagne pour voir « le » bagnard. Fin 1928, l’hebdomadaire Détective organise ainsi un concours dans lequel il demande aux lectrices et lecteurs de classer, parmi dix cas, les bagnards qui méritent une grâce. Guillaume Seznec arrive en troisième position.

 

 

Dans votre livre, vous rétablissez une contre-vérité : Guillaume Seznec n’a jamais été gracié par le général de Gaulle…

En 1938, la France arrête l’envoi de bagnards en Guyane. À partir de 1946, les autorités décident de rapatrier ceux subissant une peine de travaux forcés à temps, ce qui était le cas de Guillaume Seznec dont la peine avait été réduite de perpétuité à vingt ans. Il a bénéficié de cette mesure au même titre que d’autres. Après le retour du bagne de Seznec, en 1947, ceux qui défendent son innocence repartent de plus belle…

 

 

On entre dans une sorte de folie médiatique. En 1950, une journaliste parisienne, Claude Sylvane, écrit un livre sur Jeanne Seznec, la fille de Guillaume, qui deux ans auparavant a tué son mari, François Le Her, l’un des principaux témoins à décharge lors du procès en 1924. Elle a été acquittée. Soixante-dix conférences vont être organisées à travers la France. La première, salle Wagram à Paris, en présence de Guillaume Seznec, rassemble plus de 3 000 personnes qui ont payé leur place.

 

 

Depuis plus de quarante ans, Denis Seznec, le petit-fils, a repris le combat familial. Un comité de soutien a recueilli des signatures prestigieuses : Montand, Deneuve, Tabarly… Robert Hossein a monté un spectacle au cours duquel, chaque soir, plus de 90 % du public se prononçaient en faveur de l’innocence de Seznec. Qu’en déduisez-vous ?

Quand l’opinion publique a décidé quelque chose, il est très difficile d’aller contre. Les magistrats qui, en 2006, ont rejeté une révision du procès, l’ont pourtant fait. Ils n’ont pas suivi l’avis de l’ancienne ministre de la Justice, Marylise Lebranchu, qui avait engagé une procédure de révision. Ils ont considéré qu’en 1923-1924, le procès avait été équitable et qu’en près d’un siècle, n’y a aucun élément nouveau.

Il n’y a donc jamais eu de trafic de Cadillac vers la Russie ?

En 1923, c’est la nouvelle politique économique de Lénine. Les Russes peuvent acheter neuf tout ce qu’ils veulent, notamment en Allemagne et en Angleterre. En plus, les Cadillac laissées par les soldats américains en Bretagne, se limitent à quelques unités.

 

Aucune machination policière ? L’inspecteur Bonny a pourtant eu une carrière très polémique ?

Il ne joue aucun rôle. Son nom apparaît dans quatre ou cinq procès-verbaux sur 500. Il est, en 1923, le porte-serviettes du commissaire Vidal. Et puis s’il avait vraiment voulu enfoncer Guillaume Seznec, il aurait eu des occasions de le faire. On l’a par exemple chargé de retrouver un bidon d’essence taché de sang que Guillaume Seznec aurait échangé sur le chemin du retour. S’il avait été maléfique, il aurait « retrouvé » ce bidon. Ce ne fut pas le cas. Ensuite, c’est vrai, il collabore durant l’occupation. Mais si l’on a été une crapule en 1940, l’ait-on forcément en 1923 ? Ce raisonnement me gêne…

Vous ne croyez pas non plus à l’hypothèse selon laquelle la femme de Seznec aurait tué Quéméneur en repoussant ses avances ?

Les deux petits-fils qui ont récemment rapporté les propos de leur père, Petit Guillaume, sont certainement de bonne foi. Ce dernier qui avait alors 11 ans, dit avoir vu Quéméneur étendu au sol. Mais si le conseiller général était revenu le dimanche matin, à Morlaix, en sachant Seznec sur la route, comment se fait-il que personne ne l’ait vu ?

………………………

"J'ai fait un travail d'historien. Ce qui m'intéresse, c'est le travail d'archives. J'ai repris l'ensemble du dossier : l'enquête policière, l'instruction, le procès, les demandes de révision, les articles de presse. J'ai consulté le dossier de Guillaume Seznec alors qu'il était au bagne. J'ai même consulté les dossiers des juges qui ont travaillé sur l'affaire en 1923-1924, pour voir comment ils étaient perçus par leur hiérarchie."

 

Que notre pépète de la télévision en prenne de la graine !

C'est autre chose que son livre bâclé en moins d'un an et bourré d'inexactitudes.

Dans son épilogue (Pages 271 à 278) là où elle se rend à Plomodiern….
Elle cherche la maison des parents de Guillaume, se trompe de nom, et se traite
 
de "pauvre buse normande".
 
 
Puis, au cimetière, elle ne trouve pas la tombe de Guillaume,
 
et s'exclame : "quelle quiche"...
 
 
 
On ne saurait mieux dire...
 
 

Liliane Langellier

Michel Pierre dans Ouest-France.

Michel Pierre dans Ouest-France.

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