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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 880 articles.

Affaire Seznec : '' Très simple et très compliqué…''

''Les événements peuvent se payer le luxe d'être compliqués ou de le paraître. Les hommes, eux, sont toujours plus simples qu'on l'imagine.''
Georges Simenon, Maigret à New-York, Paris, Presses de la Cité, 1947, p. 173.

'' Très simple et très compliqué''. Cette phrase est prononcée à plusieurs reprises par le capitaine Haddock à la fin de l'album d'Hergé, Tintin au pays de l'or noir. Sur divers forums, du reste, des ''tintinophiles'' soulignent que le capitaine ne sera jamais amené à expliquer le parcours ''simple et compliqué'' qui l'a conduit à retrouver Tintin à la toute fin de ses aventures proche-orientales.

 

Le propos vaut aussi pour l'affaire Quemener-Seznec.

 

1 ''C'est une affaire toute simple''

 

''C'est une affaire toute simple, qui a été compliquée à outrance'' C'est ainsi que Jean-Yves Seznec résume le récit transmis par son père, ''Petit-Guillaume''.

''Très simple'', ou ''toute simple''. Oui, si l'on reprend d'abord les souvenirs de ''Petit-Guillaume'' livrés à son neveu Bernard Le Her, puis transmis par ce dernier à Me Denis Langlois. Oui, encore, si l'on regarde ce que Jean-Yves et Gabriel Seznec ont retenu de leur père. Des divergences existent, certes, mais elles ne sauraient masquer les faits essentiels.

 

Résumons-le, à la manière d'un acte d'accusation.

 

À Morlaix, un jour de mai 1923, et fort probablement le dimanche 27, Pierre Quemener, notable breton, élu territorial et homme d'affaires connu, décède au domicile de son associé. Ce dernier, Guillaume Seznec, avait entrepris un voyage d'affaire vers Paris avec Quemener, mais les deux hommes s'étaient quittés dans la soirée du vendredi suite aux avaries répétées subies par la Cadilllac qu'ils étaient censés acheminer vers la capitale, pour la vendre, à titre d'échantillon, en vue de futures transactions. Quemener avait poursuivi vers Paris de son côté, sans doute en chemin de fer, tandis que Seznec se résignait à rebrousser chemin le samedi matin. Et, sur la route du retour, le véhicule continuait de connaître pannes et crevaisons, contraignant son conducteur à passer la nuit du samedi au dimanche à Pré-en-Pail. Quemener, pendant ce temps, effectuait diverses démarches à Paris le samedi, puis prenait un train de nuit vers la Bretagne, Il s'arrêtait à Morlaix, et rendait visite à Marie-Jeanne Seznec, dont il supposait l'époux absent. Il avait pu calculer, en effet, que Seznec ne pourrait être à Morlaix avant le dimanche en fin de matinée, au plus tôt. Là, il se livrait à une tentative ''appuyée'' de séduction sur la personne de Marie-Jeanne Seznec, que son fils, ''Petit-Guillaume'' entendait protester haut et fort contre ces ''avances''.

Cette narration est fondée sur ce que l'on peut reconstituer du voyage Morlaix-Rennes-Région parisienne des deux associés, et du témoignage de ''Petit-Guillaume''. À ce point, on est en présence d'une agression sexuelle, ou tentative d'agression sexuelle (ce que le Code pénal en vigueur depuis 1810 qualifiait alors comme ''attentat à la pudeur''). Poursuivons.

Repoussé par Marie-Jeanne Seznec, qui l'aurait menacé de la main ou à l'aide d'un chandelier (les versions diffèrent ici), Quemener, en se reculant, chutait sur une marche située entre deux pièces de la maison, et sa tête heurtait violemment l'accoudoir d'un lourd fauteuil en bois situé en contre-bas. Le choc était fatal.

L'on aurait donc là, soit une mort accidentelle, soit, en adoptant la moins favorable des hypothèses, un cas de ''coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner''. Le Code pénal actuel (article 222-7) prévoit alors une peine de quinze ans de réclusion criminelle. Mais l'article 122-7 dispose que :

 

''N'est pas pénalement responsable la personne qui, face à un danger actuel ou imminent qui menace elle-même, autrui ou un bien, accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien, sauf s'il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace.''

 

L'affaire aurait pu en rester là, si Marie-Jeanne Seznec et Angèle Labigou1, ou encore Guillaume Seznec à son retour, avaient informé du drame la police ou la gendarmerie, pour faire constater un décès accidentel dans le cadre d'un ''attentat à la pudeur''. Il est impossible, après cent ans ou presque, d'imaginer, et encore moins de reconstituer, les processus de pensée ou de réflexes qui conduisirent ces deux femmes et cet homme à faire un autre choix.

 

2 Une affaire ''compliquée''

 

Ou, plus précisément, selon Jean-Yves Seznec, qui cite son père ''Petit Guillaume'', une affaire ''qui a été compliquée à outrance''.

 

Compliquée par qui, ou par quoi ?

 

D'abord, si l'on regarde les choses rétrospectivement, et avec quelque distance, par l'écart entre le déroulement des faits tel qu'il ressort du récit de Petit-Guillaume et la construction policière, puis judiciaire, qui en a été faite2.

 

Compliquée, donc, par le fait que Seznec, qui aurait quitté Quemener ''quelque part'' dans la soirée du vendredi 25 mai à quelques dizaines de kilomètres de Paris, le retrouve, mort, dans la journée du dimanche 27, à Morlaix.

 

Combien de temps devait durer le ''voyage d'affaires'' des deux hommes ? Cela, semble-t-il, n'a jamais été précisé. A-t-on jamais demandé, soit à Seznec ou à son épouse, soit à la famille Quemener, quand les deux associés devaient rentrer en Bretagne? Il ne le paraît pas.

 

Et les questions qu'ont soulevées tous les tenants de la ''survie'' de Quemener après le 25 mai, et notamment sur ses possibles activités parisiennes le samedi 26, Seznec, et peut-être Marie-Jeanne, n'ont pu manquer de se les poser aussi.

Compliquée, aussi, par les lamentables tentatives de Guillaume Seznec pour brouiller les pistes. On peut lui concéder que ses hésitations lors des ''balades'' entre Dreux et Houdan, en compagnie du commissaire Vidal et de l'inspecteur stagiaire Bonny, étaient sincères. Le téléfilm d'Yves Boisset est, sur ce point, assez convaincant.

 

''Montrez-moi le cadavre'', tel est le leitmotiv de Seznec, notamment lors de ses interrogatoires par Vidal.

 

Et l'on est là, en toute logique, dans un cercle vicieux.

 

Supposons, en effet, que les fameuses ''fouilles de Traon ar Velin'' de 2018 aient livré autre chose qu'un os de bovin et autres déchets plus ou moins recyclables. Supposons même, en raisonnant évidemment par l'absurde, que les ''scories'' découvertes dans le fameux ''cellier'' recèlent les restes de la crémation d'un être humain3.

En quoi cela infirme-t-il la thèse de l'accusation ?

 

En rien, puisque l'accusation a eu soin de ''marcher sur ses deux jambes''. Elle a en effet évité de choisir entre deux hypothèses : Seznec ayant tué Quemener vers Houdan/Dreux (à l'aide d'un cric, où, même, à l'aide de l'arme à feu qu'il était réputé porter souvent sur lui ?), soit il a jeté le corps dans un étang, soit il l'a ''rapatrié'' en Bretagne. Certes, on fouille les étangs des actuelles Yvelines, mais on garde ''en réserve'' l'hypothèse selon laquelle le corps de Quémener aurait, in fine, été incinéré dans la ''chaudière'' de Traon ar Velin. Ni les unes, ni les autres, de ces recherches, n'auront de résultat, pas plus en 1923 qu'en 2018, puisque, dès 1923, la ''chaudière'' avait été inspectée sans résultat.

 

3. La ''complication Cadillac''

 

On a déjà évoqué, et copieusement, le ''trafic de Cadillacs'' qui aurait été le motif principal du voyage à Paris des deux associés. J'y ai moi-même fait allusion, ici même, à propos des rapports entre Bonny et ''Gherdi''4. J'écrivais alors que '' l'enquête de police écarte la piste de Quemener poursuivant son trajet vers Paris, afin de décrédibiliser l'hypothèse 'Cadillac', tandis que Seznec veut, parallèlement, occulter la 'direction bretonne' ''. Mais pourquoi fallait-il ''décrédibiliser l'hypothèse 'Cadillac' '' ? On peut démontrer, et cela a été fait abondamment, que la liquidation, du moins officielle, des surplus américains, dont les véhicules en question, avec le ''marché ouvert'' du Champ-de-Mars, avait pris fin5. Au moment du projet de Quemener et de Seznec, le Sous-secrétariat d'État chargé de ces opérations avait disparu depuis déjà deux ans. Et l'on sait aussi que des accords commerciaux entre la jeune URSS et, d'une part, le Royaume-Uni, et, de l'autre, les États-Unis permettaient d'ores et déjà l'importation de véhicules neufs en provenance de ces pays occidentaux. Est-ce à dire qu'en parallèle aucun ''marché noir'' (ou ''gris'') n'ait pu se mettre en place, ou, du moins, faire l'objet d'une tentative d'organisation ? Sans doute pas, même si la Cour d'assises du Finistère a érigé en principe d'autorité cette non-existence d'un commerce de Cadillacs, de même qu'elle a écarté d'emblée l'existence de ''Gherdi''6.

 

4 Les ''complications'' Brégué et Le Her : Quemener à Paris le samedi

 

L'enquête présuppose le meurtre de Quemener quelque part vers Dreux ou Houdan7. Deux éléments vont venir se mettre en travers de ce scénario.

 

Le premier fait est que ''quelqu'un'' a bien tenté de retirer, le samedi 26 mai, à la poste du Boulevard Malesherbes, l'enveloppe contenant le chèque d'un montant de 60000 francs que Quemener avait obtenu de son beau-frère, le notaire Jean Pouliquen, à titre d'avance sur remboursement. Confronté à Seznec, Brégué ne le reconnaît pas, ce qui est logique, puisque Seznec n'a jamais gagné Paris, et tente de rafistoler son véhicule pour retourner en Bretagne. Cette confrontation figure dans le téléfilm d'Yves Boisset, où Bonny prie plus qu'énergiquement le postier de ''nous foutre le camp'', et où Vidal ne fait pas dresser de procès-verbal, ''puisqu'il [Brégué] ne l'a pas reconnu''8. Or le candidat au retrait de la lettre, si ce n'est ni Seznec, ni Pouliquen, qui n'a pas quitté Pont-L'Abbé, ne peut être que Quemener, ce qui n'a rien que de logique, puisqu'il comptait justement disposer des 60000 francs pour son séjour à Paris. Mais, de cela, l'accusation ne peut rien faire. Pourquoi, d'abord, Quemener a-t-il sollicité de son beau-frère ce remboursement partiel, et ce, de manière assez urgente ? Pour ''investir'' dans le commerce des Cadillacs ? Mais celui-ci n'existerait pas ; c'est, pour l'accusation, le fruit de l'imagination de Seznec. Pour, plus sérieusement sans doute, apporter une sorte de ''caution'' à la Banque privée et coloniale, dont Quemener espère devenir un dirigeant ? Mais cette piste n'est ni explorée par les enquêteurs de l'époque, ni, a fortiori, évoquée au procès. Alors pourquoi les deux compères allaient-ils à Paris ? Pourquoi fallait-il à Quemener d'aussi importantes sommes (les 100000 francs qu'il tente d'emprunter à Brest, les 60000 francs de Pouliquen, éventuellement les dollars-or de Marie-Jeanne, ou leur équivalent) ? On n'en saura jamais rien...

La seconde ''complication'' vient de François Le Her. Un triste sire, c'est entendu. Son passé n'est guère brillant, et il lui sera lourdement rappelé devant la Cour d'assises du Finistère. Son comportement ultérieur ne sera guère plus exemplaire. Il y a, d'abord, les faits de collaboration qui lui valent son internement au camp de Saint-Pabu, à la Libération. Puis la manière dont il s'insinue dans la famille Seznec, pour contrôler les demandes de révision, la façon, ensuite, dont il traité son épouse. En bref, comme l'écrivait ''Skeptikos'' dans un très court billet du 29 janvier 2015 sur le site justice-affairescriminelles.org, ''Appelez un chat un chat et Le Her une ordure''.

Mais Le Her vient, spontanément, déclarer ''avoir vu Quémeneur le samedi 26 mai, à 18h30, à Paris, dans le tramway où il était receveur.''9 C'est en 1923, pas pendant la première guerre mondiale, ni la seconde. Et l'on ne voit guère l'intérêt, pour lui, à ce moment, de se mettre ainsi ''en avant''. Il dit donc avoir rencontré Quemener, avoir parlé avec lui en langue bretonne, et, tout à cette converstion, avoir oublié d'encaisser le montant du billet d'autres passagers, ce qui lui vaudra une mutation-sanction interne à l'entreprise. Ce qui sera, en tous cas, vérifié (par Bonny, dans son rôle de jeune stagiaire, c'est que le récit qu'aurait fait Le Her à Quemener d'une altercation avec un passager, survenue le dimanche précédent, avait bien fait l'objet d'une main-courante au commissariat de police du Trocadéro(fait vérifié par Bonny).

 

5 La ''complication Duparc''

 

''Quant aux trois autres, Guillaume, Albert et Jeannette, Mgr Duparc, l’évêque de Quimper, avait décidé de les prendre sous sa protection. Ils seraient placés dans des orphelinats religieux, ils apprendraient un métier. Leur pension, c’était l’évêque qui la paierait sur ses fonds personnels.''10

 

Comment Adolphe Duparc pourrait-il ''payer la pension'' de ces trois enfants ''sur ses fonds personnels'', alors qu'il est  '' fils d'un ouvrier charpentier [qui] quitte rapidement Lorient et prend la profession de boulanger à Pont-Scorff puis Quimperlé'' ? C'est ce que demande Liliane Langellier. Mais il a, en 1913, racheté le petit séminaire de Pont-Croix, ''nationalisé'' en 1905 dans le cadre de la loi de séparation de l'Église et de l'État. D'où provenaient les sommes consacrées à ce rachat ? On a également pu supposer que les fameux dollars-or accumulés durant le Grande Guerre par Marie-Jeanne auraient pu être versés au prélat pour ''payer les pensions'' des trois enfants. Ce qui signifierait, bien entendu, que cette ''cagnotte'' n'a jamais été remise à Pierre Quemener en ''dessous de table'' à valoir sur l'achat de Traou-Nez, puisqu'elle était encore disponible après le décès du conseiller général. Mais alors, pourquoi (témoignage de Petit Guillaume) Seznec se serait-il lamenté devant sa femme : ''nous sommes ruinés'' ?

On peut aussi se demander comment les Seznzc, catholiques de Morlaix, auraient pu être en contact aussi direct et, pourrait-on dire, aussi familier, voire ''familial'' avec un évêque qui, certes, était celui de ''leur'' diocèse, mais résidait à Quimper, à l'autre bout du territoire, et, avant sa nomination à ce poste, n'avait exercé qu'à Lorient, ville encore plus éloignée.

 

6 Une ''complication'' de Petit-Guillaume ?

 

Ce n'est pas, à proprement parler, une complication. Dans son article du 25 février 2019, intitulé ''Petit Guillaume a-t-il dit vrai''11, Liliane Langellier écrit : ''Je ne peux m'empêcher de penser "Et s'il avait inventé son histoire Seznec à lui ?". Donc, devant les démarches de Denis, il se serait tourné vers son autre neveu, Bernard, pour lui livrer une autre version des faits. Et Bernard, dans un geste que l'on peut qualifier de ''citoyen'', s'adresse (assez vite, semble-t-il) à Denis Langlois, avocat de la famille, à qui il révèle la teneur des propos de son oncle, puis transmet un enregistrement du même témoignage. ''Petit Guillaume'' en parle aussi, à la même époque, à son fils Jean-Yves, alors âgé de 21 ou 22 ans. Supposons alors que ces récits (un peu divergents, il faut le reconnaître)12 soient ''faux''. En déduira-t-on que ''Petit-Guillaume'' a tout inventé, pour contrer les manœuvres de Denis Le Her-Seznec ? Qu'il a délibérément choisi, quarante-sept ans après les faits, de ''charger sa mère''13 pour disculper son père ? Denis Seznec en accuse d'ailleurs ses cousins Jean-Yves et Gabriel.

Liliane Langellier se demande : ''Pourquoi Petit Guillaume n'a-t-il pas téléphoné à Europe 1 lors des émissions de Pierre Bellemare qui ont débuté le 15 janvier 1979 (du 15 au 27 janvier 1979) ? '' Une partie de la réponse peut se trouver dans la question. Si Petit Guillaume est ''excédé par les gesticulations'' de Denis, va-t-il, à son tour, entrer dans le cirque médiatique en prenant contact avec Pierre Bellemare, l'un des hommes de radio les plus en vue de l'époque ? On peut comprendre qu'il ne s'en sente pas l'audace, mais choisisse Bernard comme une sorte d'intermédiaire ''implicite'' avec Denis Langlois. Et que, vers la même époque, il décide de s'en ouvrir à ses fils, ''pour la postérité'', pourrait-on dire, mais surtout pour eux-mêmes, n'a rien que de naturel.

 

7 Et, enfin, les ''complications Seznec''

 

Guillaume Seznec a-t-il lui-même tenté de brouiller les pistes, en effectuant, par exemple, un ou deux autres voyages vers Paris, en compagnie, peut-être, de Raymond Samson ? Liliane Langellier a posé la question à plusieurs reprises. Il se serait agi de fragiliser les témoignages des employés de chemin de fer, notamment sur les dates et heures où ils auraient vu la Cadillac avec deux individus à bord14.

On pourrait comprendre, aussi, qu'il ait transporté au Havre la valise de Quemener, pour, éventuellement, accréditer la thèse d'un départ vers l'Amérique. Mais quelle maladresse ! Comment imaginer un instant que Quemener, en partance pour le ''Nouveau Monde'', ait ''oublié'' ainsi son bagage ?15

Et la machine à écrire ? Seznec a sans doute commis un faux, ou, pour le moins, une falsification, en voulant faire authentifier un acte qui n'était qu'à l'état de projet. Mais, pourquoi, pour ce faire, retourner au Havre ? Il pouvait sans aucun doute se procurer la machine, sinon à Morlaix, à Brest, ou à Rennes, du moins à Paris, ou l'anonymat lui était bien mieux garanti. Et l'on sait que le numéro de la machine vendue par Chenouard n'est curieusement pas le même que celui de la machine saisie à Morlaix dans des conditions pour le moins douteuses...

 

Oui, sans doute, comme l'écrit Denis Langlois, ''l'affaire Seznec rend fou''. Les familiers des blogs de Liliane Langellier le savent bien.

Dernière complication ; les jurés bretons

 

Une certitude reste : les jurés bretons, auxquels s'adressait fougueusement Me Kahn, se sont trompés. Ils se sont trompés ''de bonne foi''.

 

Ils ont, d'abord, dissocié ''guet-apens'' et ''préméditation'', acceptant le premier, mais non la seconde. Aujourd'hui, les magistrats délibérant avec les jurés, une telle bévue ne saurait se produire. Mais cette erreur leur avait été, pour ainsi dire, dictée par l'avocat général. Celui-ci, en effet, prétend que l'affaire des Cadillac n'était qu'un artifice, destiné à éloigner Quemener de la Bretagne afin de le dépouiller (de quoi, comment, on ne le sait). Et, en même temps, on accrédite la thèse d'un meurtre (voire d'un simple homicide volontaire), à la nuit tombée, sur un bord de route, à l'aide d'un cric, lors d'une rixe entre les deux associés. Rien de moins prémédité, en effet...

 

Et puis les voilà, ces jurés, qui reviennent, cohérents cette fois ; il n'y a eu ni guet-apens, ni préméditation. Seznec ''sauve sa tête''. Ne lui restent, de fait, imputés, ''que'' les faux en écritures, et, peut-être, une bagarre au long de la RN 12. La Cour, cependant, le condamne au bagne à perpétuité. C'est beaucoup trop. Dans le droit pénal actuel, le maximum de la peine pour un meurtre, sans préméditation (et, a fortiori, sans guet-apens), est de trente ans de réclusion criminelle. À Quimper, les magistrats ont bien été contraints de tenir compte de la seconde réponse du jury : ''non'' à la question sur le guet-apens, ''non'' à la question sur la préméditation, mais ont quand même condamné Seznec à la peine maximale possible – la peine de mort étant dès lors exclue – les travaux forcés à perpétuité.

 

C'est, d'ailleurs, cette ''denière complication'' qui a pu permettre, entre autres, la réunion, en février 1934, de six des anciens jurés du procès de Quimper qui ''regrettent leur verdict et demandent la révision du procès''16.

 

Décidément, l'affaire Seznec illustre pleinement le propos de Michel Foucault : ''Pour qu'une justice soit injuste il n'est pas besoin qu'elle se trompe de coupable, il suffit qu'elle ne juge pas comme il faut.''17 

Alain Delame

 

    1. Car il ne faut pas oublier la ''bonne'' Angèle, qui ne fut peut-être pas témoin oculaire du drame, mais se trouvait évidemment à proximité.
  1. Construction ''préfigurée'', sinon préfabriquée par la ''primo-enquête'' de Jean Pouliquen.
  1. Cf. Le Télégramme du 15 juin 2018 : https://www.letelegramme.fr/bretagne/seznec-une-demande-officielle-d-analyse-des-scories-15-06-2018-11995540.php
  1. Alain Delame, ''Pour en finir avec l'inspecteur Bonny'', 17 mai 2018, http://seznecinvestigation.over-blog.com/2018/05/affaire-seznec-pour-en-finir-avec-l-inspecteur-bonny.html
  1. On trouvera une recension d'éléments sur ces ''stocks'' dans les citations et les commentaires de Liliane Langellier sur une recherche de ''Skeptikos'' : ''Affaire Seznec : parlons un peu des stocks américains'', 15 décembre 2014 http://piste.de.lormaye.over-blog.com/2014/12/affaire-seznec-parlons-un-peu-des-stocks-americains.html
  1. Point que j'ai abordé dans ''Pour en finir avec l'inspecteur Bonny'', art. cit.
  1. Le dernier ''rebondissement'', qui ''innnocenterait'' à nouveau totalement Seznec, provient de la chaîne RMC, le 5 décembre 2018 : https://rmc.bfmtv.com/emission/revelations-rmc-sur-l-affaire-seznec-95-ans-apres-mon-pere-a-aide-a-deplacer-le-corps-de-pierre-quemeneur-1581388.html. Il n'y a rien à en dire, sauf à souligner les incohérences de MM. Vilain et Le Her-Seznec, qui rejettent d'abord cette piste, pour déclarer ensuite que ''c'est la seule crédible''...
  1. Pratique hélas courante. Dans l'affaire Ranucci, comme l'écrit Gilles Perrault, ''la Sûreté bétonne'', c'est-à-dire écarte du dossier tous les témoignages qui pourraient infirmer la thèse retenue a priori.
  1. Denis Langlois, Pour en finir avec l'affaire Seznec, Paris, La Différence, 2015.
  1. Denis Langlois, Pour rn finit avec l'affaire Seznec, p. 236, cité par L. Langellier, art. cit.
  1. http://seznecinvestigation.over-blog.com/affaire-seznec-petit-guillaume-a-t-il-dit-vrai
  1. Divergences qui, du reste, pourraient appuyer leur crédibilité, et non la miner.
  1. Si, en 2018 ou 2019, la notion de ''légitime défense'' contre une agression sexuelle nous semble parfaitement compréhensible, il n'en allait pas forcément de même en 1977-1978, et encore moins en 1923.
  1. Mais, en étudiant le dossier, Denis Langlois (Pour en finir..., p. 204), conclut que les gelées ou risques de gelées évoquées par les fonctionnaires auraient plutôt été observées,,, dans la nuit du 17 au 18 mai 1923, soit... une semaine avant le voyage vers Paris
  1. Avec des traces de sable de mer, que Denis Langlois observera encore en 1977.
  1. Patrick Baudais, ''Affaire Seznec. Chronologie d'une affaire sans cadavre'', Ouest-France, 25 février 2018.
  1. «Du bon usage du criminel», Le Nouvel Observateur, no 722, 11 septembre 1978, pp. 40-42. (Sur G. Perrault, Le Pull-Over rouge, Paris, Ramsay, 1978.)

P.S.  Pour vos recherches, surfez sur le portail Bretania.bzh

Une mine d'or numérique sur l'histoire et les cultures de Bretagne.

http://enenvor.fr/…/pour_vos_recherches_ayez_le_reflexe_bre…

 

Petite précision : Que vient faire "la belle fille de Seznec" au manoir de Ker Joly ?

Ce manoir appartenait au juge Hervé.

Qu'on se le dise !

Tiens, ça m'a permis de relire les débectances d'un certain SaintOp/Seznek à mon sujet...

A lire ici.

Comment ai-je pu admirer un seul instant ce minable #jedemande

Il va falloir qu'il actualise ses vomissures sur la "romancière" car je n'ai nullement l'intention d'écrire quoi que ce soit sur cette affaire.

Mais un autre ne va pas tarder à le faire.

Le critiquera-t-il avec autant de véhémence ou était-ce un traitement qui m'était uniquement réservé en tant que femme  ?

 

Numéro spécial de "Paris-Jour" (journal aujourd’hui disparu), 1er trimestre 1978.

Numéro spécial de "Paris-Jour" (journal aujourd’hui disparu), 1er trimestre 1978.

Le procès fin octobre 1924.

Le procès fin octobre 1924.

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L
Bonjour Alain….<br /> Juste une petite précision au sujet des relations entre Mgr Duparc et les Seznec.<br /> J'avais écrit, dans mon billet du 9 mai dernier titré "Le serment devant le prêtre" :<br /> "L'ont-ils connu quand Jeanne était chez les Soeurs Grises de Kerbonne (Brest) :<br /> "Je n'avais pas encore cinq ans qu'on me fit faire ma communion privée. Ce fut une belle fête. On m'avait mis une couronne et des ailes blanches. C'est Monseigneur Duparc, évêque de Quimper, qui me donna la Sainte Hostie. J'étais fière et mes parents très heureux."<br /> in Claude Sylvane, en page 22."<br /> Communion privée donc 9 ans, soit en 1921.
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