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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 880 articles.

Affaire Seznec : Denis Langlois et l'hypothèse du crime passionnel

Il aurait sûrement été condamné à mort, mais au moment où le jury délibérait, quelqu'un a dit : "C'est un crime passionnel. Quémeneur était l'amant de la femme de Seznec", c'est ce qui lui a sauvé la tête.
Donnart, ancien assesseur de la cour d'assises de Quimper.

Le crime passionnel serait-il une hypothèse plausible ???

Avant d'en arriver à Langlois, essayons de voir ce qui va en ce sens.

1/ Pierre Quémeneur couchait souvent à Traon ar Velin.

Cf Bernez Rouz :

"Pierre Quéméneur venait régulièrement chez les Seznec depuis 1922, il couchait parfois dans la demeure de Traon-ar-Velin."

Or, Morlaix/Landerneau = 38,3 kilomètres par la Nationale 12 :

 

2/ L'histoire du mouchoir

Que l'on trouve relaté dans la journal "Le Petit Breton" du 2 décembre 1923 :

"L'affaire Seznec. Où il est question d'un extrait de naissance et d'un mouchoir.

On a rappelé qu'un extrait d'acte de naissance avait été trouvé en possession de M. Quémeneur, et qu'un mouchoir appartenant au conseiller général avait été remarqué chez Mme Seznec.

Ce sont des faits connus de M. Campion, juge d'instruction, et qui ne croit pas devoir y attacher une importance marquante. (…)

Quant au mouchoir, il n'a non plus rien de shakespearien, et sur ce point, notre confrère parisien semble avoir subi une influence tendancieuse. Mme Seznec ne fait aucune difficulté pour expliquer la présence de cet accessoire dans son armoire. Quémeneur, nous dit-elle, avait couché deux jours ; c'était peu avant son départ. Il se trouva avoir besoin d'un mouchoir, le sien étant sale, et il le laissa. Je lui ai fourni, faute d'un grand, deux mouchoirs fins, que je n'ai jamais revu. Quant au mouchoir de Quémeneur, je l'ai lavé et mis sur ma commode. Je l'ai d'ailleurs dit à Mlle Quémeneur.

Que le mouchoir ait été placé sur la cheminée ou tel autre meuble, il importe peu. Deux sœurs de Mlle Quémeneur, qui habitent Guiclan, prétendent avoir vu le fameux mouchoir sur le buffet de la salle à manger. En tout cas, il est évident que nul ne songeait à le cacher."

In Ouest-Eclair du 7 décembre 1923 :

 

3/ La lettre de François Le Her à sa fille

C'est un document qui a été produit dans la procédure concernant le meurtre de François Le Her.

En 1949.

Il est cité in Bernez Rouz en page 51 et Michel Kériel en page 149 :

"... J'ai reçu la visite d'un homme animé de bonnes intentions mais assez lâche. Il m'a fait savoir qu'étant dans un grand café du Havre il ramassa une lettre que, il le sut plus tard, Mme Seznec chiffonna et jeta. C'est son mari qui la lui donnât en disant en breton : Tu ne verras plus Quémeneur ni personne. Tu comprendras en lisant que Mme Seznec était la maîtresse, que c'est elle qui donna le coup de téléphone du Plat d'Etain et devait partir en Amérique. Le vieux aurait donc monté un guet-apens et fait le faux pour en tirer bénéfice. J'ai montré la lettre que ce monsieur m'avait remis à Seznec. Il en devint tout blême."

Oui, je sais, je sais, c'est paroles de Le Her...

4/ La réputation de Marie-Jeanne Seznec

A Morlaix les voisins épient et jacassent.

Non seulement Marie-Jeanne est jolie….

Lire le témoignage de Patrick Derrien sur le blog de Gilles Renaud-Scoarnec :

"Enfant, j'ai été marqué par l'admiration que ma grand-mère portait à Marie-Jeanne Marc, la femme de Guillaume. Elle la trouvait, malgré le drame qui la frappait, racée, élégante. Toujours vêtue de superbes costumes bretons. Je sais qu'elle la surnommait "la belle Marie-Jeanne"."

Mais encore c'est une femme libre pour l'époque.

C'est elle qui tient les cordons de la bourse.

Elle a tenu seule la blanchisserie de Brest.

Pire encore, elle n'est pas originaire de Morlaix.

Et cela se remarque en parlant le Breton.

Les témoignages de voisinage seront tous plus horribles les uns que les autres.

Je viens de travailler sur "La tondue de Chartres".

Et, là aussi, les voisins érigés en tribunal populaire à la Libération, ont fait bien du mal et peu de bien.

5/ La relation Pierre Quémeneur / Marie Jeanne Seznec

En relisant, récemment, l'un des numéros de Radar de décembre 1953, où Seznec avait  vendu ses mémoires, j'ai remarqué que, pour le foutu voyage Morlaix/Paris, il parle de deux coups de fils de Pierre Quémeneur.

Il aurait téléphoné à Pré-en-Pail et à Houdan.

Avec celui qu'il passa de Rennes, cela ferait trois.

Ces trois appels étaient-ils pour Marie-Jeanne ?

Ou ont-ils été purement et simplement inventés par Guillaume Seznec pour faire croire que Pierre Quémeneur était en affaires à Paris ?

C'est encore Marie-Jeanne qui déclare à Maurice Jan de L'Ouest-Eclair le 29 juin 1923 :

Reste aussi cette folie de vouloir acheter Traou Nez.

Qui semble être SA folie.

A elle.

Alors que leur trésorerie est au plus mal.

Et puis, cette phrase que Marie-Jeanne Seznec attribue à Pierre Quémeneur, lors de sa déposition du 6 juillet 1923 :

"Quand vous serez là-bas, vous serez bien plus libre, vous êtes sûre d'y aller puisque tout est arrangé".

6/ Le crime passionnel chez Me Langlois

En page 235 :

"Si Quémeneur est mort dans le salon de Morlaix en son absence, il n'est guère concevable que Seznec ne se pose pas certaines questions. Pourquoi Quémeneur est-il retourné à Morlaix où il savait que Marie-Jeanne était seule, puisque lui était sur la route à plusieurs centaines de kilomètres de là ? Pourquoi Marie-Jeanne a-t-elle frappé Quémeneur ou du moins l'a bousculé, en provoquant une chute mortelle ? La version de Marie-Jeanne correspond-elle à la vérité ? N'a-t-elle pas menti pour dissimuler quelque chose ? Ses rapports avec Quémeneur qui venait souvent coucher à la maison sont-ils vraiment ceux qu'elle décrit ?"

Langlois cherche, parmi les lettres de Seznec à Marie-Jeanne, une preuve quelconque du doute sur la fidélité.

Et les termes de sa lettre-testament sont plus que troublants (en page 237) :

"Tu me sais innocent. J'aurais été vainqueur mais l'impatience l'emporte sur ma volonté. Mais je ne saurais étouffer la voix du doute. Cette crainte, rien ne peut la détruire en moi."

La voix du doute...

Troublant, non ??? 

Et puis, et puis, il y a la visite de Denis Langlois à Jean Favard, le 17 juillet 1996  :

"Je n'étais, il est vrai, pas au bout de mes surprises. Car voici que Denis Langlois, après avoir obtenu une copie de la décision de la Commission, souhaitait me rencontrer. Où aurais-je pu trouver meilleur connaisseur de l'affaire ? Je n'en étais plus saisi, mais pouvais-je m'en désintéresser ? Son appréciation de la dialectique de la décision méritait d'être écoutée.

Ainsi, le 17 juillet (NDLR 1996), m'apprenait-il qu'à son sens la décision de rejet était "tout à fait logique". Après quoi, il me révélait que son livre, le maximum qu'il ait pu faire dans le sens de l'innocence possible, avait "souverainement déplu" à Denis Seznec. Ce qui avait entraîné son éviction, au profit de Jean-Denis Bredin,  bien qu'il ait été pendant 14 ans l'avocat bénévole de la famille Seznec.

J'eus droit, en supplément, à une version inédite de la mort de Quéméneur. Au lieu de se rendre à Paris, celui-ci serait rentré en Bretagne pour rejoindre Marie-Jeanne Seznec dont il aurait été l'amant ! Du coup, c'était à Morlaix que Quéméneur aurait été tué, lors du retour de Seznec. Ce qui expliquait qu'une partie de la famille se soit montrée très réservée sur l'opportunité des diverses demandes de révision."

Oui, je sais..

Avec tout ce qui a été écrit sur l'affaire Seznec, on peut faire dire tout et son contraire.

Je ne doute pas un seul instant que Petit Guillaume ait vu quelque chose ce foutu dimanche de Mai...

Mais, il n'a assisté ni à la discussion, ni à la bagarre.

A suivre...

Liliane LANGELLIER

Le Petit Breton du dimanche 2 décembre 1923.

Le Petit Breton du dimanche 2 décembre 1923.

Le Petit Breton du dimanche 2 décembre 1923 (2)

Le Petit Breton du dimanche 2 décembre 1923 (2)

Le Petit Breton du dimanche 2 décembre 1923 (3)

Le Petit Breton du dimanche 2 décembre 1923 (3)

Le Petit Breton du dimanche 2 décembre 1923 (4)

Le Petit Breton du dimanche 2 décembre 1923 (4)

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A
"Pire encore, elle n'est pas originaire de Morlaix. Et cela se remarque en parlant le Breton."<br /> La langue bretonne, en effet, se décline en trois plus un dialectes. En abréviation, KLT+G.<br /> Soit Kerne (Cornouailles, sud-Finistère), Léon (Nord-Finistère), Trégor (la partie bretonnante des Côtes d'Armor). Plus le Gwennedeg (région de Vannes).<br /> Marie-Jeanne (et Guillaume) parlaient le léonard, alors qu'ils vivaient en pays de Trégor.<br /> Il y a (il y avais), bien sûr, intercompréhension, mais les locuteurs pouvaient parfaitement s'identifier, ou se rejeter, rien qu'à entendre la "variété" de breton qu'ils parlaient.
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