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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 880 articles.

Affaire Seznec : Qui est Fernand Stutzmann, la balance du premier jour ?

Je n'y peux rien,tout m'intéresse.
Paul Valéry.

Je savais deux choses de ce Stutzmann-là...

1/ Ce que j'en avais lu chez Bernez Rouz en page 53 :

"Installé depuis 1913 à Brest, au 3, rue Amiral-Linois, Seznec ouvre dans un premier temps une fabrique de cols. Il se sépare vite de son associé Sutzmann."

Note 104 de bas de page : 

"Son associé Sutzmann était de conduite et de moralité déplorable, ivrogne invétéré, fréquentant les lieux de plaisir." Renseignements communiqués par le commissaire de police de Brest le 9 janvier 1924.

2/ Quelqu'un (???) m'avait fait parvenir fort aimablement l'avis de décès à Dreux d'un certain Paul Stutzmann.

Et j'avais filé, à l'état civil, rechercher son acte de décès.

C'était bel et bien bien Paul, le fils de Fernand Stutzmann, l'associé de Seznec.

Et puis........

A force de chercher dans la presse traces des perquisitions à Traon-ar-Velin...

J'ai fini par tomber sur Fernand Stutzmann.

La balance du premier jour...

Ouest-Eclair du 1er juillet 1923

L'Echo d'Alger du 1er juillet 1923.

Après ses charmants voisins...

Encore une balance !

Décidément, Guillaume Seznec, il avait la scoumoune...

Parce que ce Stutzmann-là...

Reprenons.

Fernand Stutzmann est né le 23 mai 1868, à Paris 8e, 10, rue des Ecuries d'Artois.

Le nom que portait auparavant la rue d'Artois (entre la rue de La Boétie de et la rue de Washington).

Les beaux, les très beaux quartiers.

 

Fernand Stutzmann est le fils de Louis Stutzmann, marchand de meubles (43 ans),

et de Louise Arnold, sans profession (42 ans).

Ce sont des parents âgés pour l'époque.

Si Louis Stutzmann était marchand de meubles...

Les témoins de la naissance sont un ébéniste : Henri Blaes, 41, rue Trezel.

Actuelle rue du Docteur-Heulin dans le 17e arrondissement.

Entre les métros Brochant et La Fourche.

Et un sculpteur sur bois : Guillaume Hinkelmann du Faubourg Saint-Antoine.

Le quartier parisien des meubles.

C'est la bonne bourgeoisie parisienne.

Celle des commerçants et des artisans.

"Le nom "Stutzmann ou Stutzman" est surtout porté en Alsace. Apparemment plusieurs possibilités, le mot Stutz ayant (et ayant eu) de nombreux sens : peut-être un homme violent, celui qui donne des coups (sens premier du mot), ou encore un homme entêté, capricieux (autre sens de Stutz). Pour la Suisse alémanique, le dictionnaire de Bahlow propose une autre explication : celui qui habite sur une pente, sur un lieu escarpé."

Notre Fernand est de la Classe 1888.

Il est employé de commerce.

Et quand il s'engage à l'armée pour 5 ans, le 8 janvier 1889, il est domicilié 117, rue  Bessière à Paris 17ème.

Il est libéré, 3 ans plus tard, le 8 janvier 1892.

Avec un certificat de bonne conduite.

...........................

Le 16 février 1892, il épouse, à Brest, Marie-Françoise Guéguénnou.

Qui lui donne un fils : Marcel, le 1er avril 1894.

(*** ) A noter qu'un frère de Marie-Françoise, Auguste Alain Guéguénnou a épousé, le 14 novembre 1908, à Plomodiern, une soeur de Marie-Jeanne Marc Seznec, Marie Corentine Marc.

Donc Fernand Stutzmann est leur beau-frère.

Ce qui expliquerait son intervention pour balancer à la police de 1923 l'incendie de Seznec à Plomodiern en 1908.

D'autant plusque Guéguénnou avait bossé pour Seznec.

Pour l'ambiance jalouse au moment de l'incendie, lire : 

Quand Pepps Marc nous raconte Guillaume

Car l'incendie a eu lieu quelques jours avant le mariage de Marie Corentine.

D'autant plus que Charles Marc, le frère de Marie-Jeanne, a racheté aux Seznec la blanchisserie de Saint-Pierre-Quilbignon, le 2 février 1918..

Charles Marc, interrogé, dès le début de l'affaire, a tenté de couler Seznec en rappelant l'histoire de la blanchisserie de Brest.

in La Dépêche de Brest du 30 juin 1923 :

Déclarations du beau-frère de Seznec 
M. Marc, beau-frère de Seznec, est ins- 
tallé comme serrurier à Montrouge (Seine) 
au 11 de la rue de Bagneux. Interrogé sur 
l'affaire, il a fait des déclarations qui 
peuvent se résumer ainsi : il est brouillé 
avec son beau-frère, qu'il a céssé de voir. 
Il possédait naguère une importante blan- 
chisserie en face du cimetière de Recou- 
vrance. Mais les bâtiments et une grande 
partie du terrain appartenaient à Seznec. 
La blanchisserie fut un jour vendue. Trois 
jours après, un incendie la dévorait. 
M. Seznec n'aurait pas encore touché le 
montant de l'assurance. 
Aux dires de M. Marc, M. Seznec a vu 
plusieurs fois sa demeure détruite par 
l'incendie. 
Le serrurier s'est montré fort sévère 
à l'égard de son beau-frère, qu'il croit 
capable des pires méfaits, sauf d'un crime. 
A son avis M. Seznec est trop croyant, pour 
cela. Et M. Marc de raconter que Seznec 
hante les églises. Il pense aussi qu'il est 
très possible que Seznec ait eu en sa pos- 
session des pièces d'or américaines."

Ne pas oublier non plus que...

Après la mort de Marie Anne Marchadour-Marc, le 26 novembre 1918...

Jean Corentin Marc, le beau père, et sa fifille, Marie Corentine, ont tenu ensemble une succursale de "L'Economie Bretonne" à Brest.

Marie-France Stutzmann meurt, elle, le 3 octobre 1895, à Brest, à l'âge de 24 ans.

................................

Effectivement, en juillet 1894, on retrouve notre Fernand Stuzmann à Brest, Place de la Tour d'Auvergne.

Il épouse, à Audierne, le 13 juillet 1896, Marie Michèle Vavasseur.

Dont il aura un fils, Paul-Emile Stutzmann, né le 14 août 1898 à Lorient.

Elle divorce le 6 octobre 1920.

De mars 1903 à Janvier 1915...

On le retrouve à Paris.

Avenue de Saint-Ouen et rue Legendre.

Puis le 7 janvier 1915, à Brest, 23 rue du chemin de fer.

Il collabore avec Seznec en 1913.

La blanchisserie "Stutzmann, Seznec et Cie" obtient même une médaille d'argent (in Ouest-Eclair du 24/09/1913).

Fin juin 1923, il travaille dans les chemins de fer.

C'est là qu'il vient déposer contre Guillaume.

Il est instable (multiplication des domiciles).

Et habite 47, rue Simon Le Franc à Paris 4e.

Agé de 84 ans, il meurt le 23 février 1954 au Kremlin-Bicêtre.

Le Kremlin Bicêtre, c'était un hospice en 1954.

Il meurt, la même année, le même mois, à 10 jours près, que Guillaume Seznec.

Je pense définitivement...

Que la famille Marc s'est vengée de Guillaume Seznec via Fernand Stutzmann...

Qui, entre l'alcool, les femmes, et le reste, était une proie facile à manipuler.

A-t-il fait partie des témoignages provoqués par la police et les R.G. ?

Avec ses nombreuses petites condamnations ?

Ou est-ce une simple solidarité avec la famille Marc ?

En souvenir de sa première femme disparue si jeune ?

Ou encore, comme la belle famille Marc...

La jalousie de la réussite (apparente) des Seznec ?

Et oui...

C'est souvent un vrai cri du coeur, comme André Gide in Les Nourritures terrestres :

"Familles ! je vous hais !

Foyers clos ; portes refermées ;

possessions jalouses du bonheur."

Liliane Langellier

P.S. En ce lundi 18 juin, le sujet du bac philo pour les L :

"Peut-on renoncer à la liberté ?"

Oui, par amour.

Exemple : Guillaume Seznec.

"Au col idéal", la blanchisserie américaine de Seznec.

"Au col idéal", la blanchisserie américaine de Seznec.

Fernand Stutzmann. Acte de naissance.

Fernand Stutzmann. Acte de naissance.

Fernand Stutzmann R.M. (Registre Matricule).

Fernand Stutzmann R.M. (Registre Matricule).

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A
Chère Liliane,<br /> <br /> Stutzmann, "balance du premier jour", est une "balance de moralité" (même si la sienne n'était apparemment pas d'une pureté sans tache).<br /> La presse (et la police, qui communique) choisissent donc d'évoquer la "moralité" de Guillaume, et d'évoquer, entre autres, l'incendie de Plomodiern.<br /> Même si Charles Marc dit que son beau-frère est "capable des pires méfaits, sauf d'un crime", la problématique est la même : "capable/coupable".<br /> C'est l'un des drames de la justice française. Un procès d'assises commence toujours par l'interrogatoire de personnalité (CV de l'accusé-e, condamnations précédentes s'il y a lieu, bref, les "antécédents") Et ce n'est qu'ensuite que l'on en vient aux faits.<br /> Or ce n'est qu'une coutume. Le Code de procédure pénale (Livre II, Chapitre Ier, Titre VI) ne prévoit aucun ordre des débats. Même en 1924, Dollin du Fresnel aurait parfaitement pu commencer par la machine à écrire, par exemple, continuer avec Dreux/Houdan, etc.
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