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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 880 articles.

Affaire Seznec : La vraie guerre de Pierre Quéméner

Le problème en ce bas monde est que les imbéciles sont sûrs d'eux et fiers comme des coqs de basse cour, alors que les gens intelligents sont emplis de doute.
Bertrand Russell

Il y a eu des questions (peu aimables) sur le parcours 1914/1918 de Pierre Quémeneur.

Pour être parfaitement "on line" il faudrait avoir accès au compte-rendu de son conseil de révision...

Pas facile, 100 ans plus tard...

Mais nous savons tous qu'il a travaillé avec le Génie pour vendre des poteaux de mine.

Sur France Justice :

"C’est dans le bois qu’il se lance : achat aux paysans, aux forestiers, fourniture de poteaux pour les mines. Puis, lorsque la guerre éclate, celle-ci lui permet, comme beaucoup, de passer au stade supérieur. Le Génie de l’armée consomme en effet une très grande quantité de poteaux de mine pour consolider les tranchées. "

Poteaux de mines.

Je vais donc vous reprendre la guerre de Pierre Quémeneur.

1/ Tout d'abord chez nos différents auteurs.

Chez Denis Langlois en page 21 :

"Versé comme toi dans le service auxiliaire, il était vite devenu l'un des fournisseurs attitré de l'intendance de Brest. L'armée avait-elle besoin de poteaux ou de planches pour ses ponts ou ses tranchées, de bois d'oeuvre pour ses bateaux, il courait la campagne à la recherche d'un paysan aux abois qui accepterait de vendre une coupe d'arbres ou une forêt entière. Il facturait au prix fort et empochait la différence. Quand il y avait trop de réticence de la part des propriétaires, il obtenait un ordre de réquisition et l'affaire était réglée.
Comme pour toi, l'arrivée des troupes américaines en 1917 avait décuplé ses bénéfices. A ce jeu, il avait fini la guerre avec 2 millions de francs. Une petite fortune."

Chez Rieux-Nédelec en page 13 :

"Servi par la chance, il ne fut pas envoyé au front comme tant de ses amis, qui devaient tomber au Champs d'Honneur, mais réussit à gonfler ce lot des "embusqués", emplissant leur gousset pendant les hostilités. Mobilisé à l'Intendance de Brest, il fut choisi comme fournisseur de bois de toute nature, pour les troupes américaines. Les Yankees, avec leurs installations de fortune, leurs baraquements, leur chauffage, étaient des "dévoreurs" de bois. Face à cette situation, Quémeneur fut, sans scrupule un avaleur de dollars. De 1915 à 1918, il réalisa ainsi grâce à nos alliés, une véritable fortune. Ses voeux étaient comblés, l'armistice le trouva en plein épanouissement. Alors que la France pleurait ses morts, Quémeneur, comme bien d'autres, ne savait que faire de son or."

Chez Jaffré en page 17 :

"Il réussit pleinement dans ses affaires. Mobilisé pendant la guerre 1914-1918, dans la Marine à Brest, il pût continuer son négoce, devint l'un des fournisseurs attitrés de l'Intendance, alors que les constructions navales, les installations de camps pour les troupes américaines exigeaient une énorme quantité de bois d'oeuvre, de charpentes, de planches." 

Chez Rouz en page 19 :

"Pierre Quéméneur a 37 ans quand la guerre éclate. Il est trop vieux pour aller au front. Il est mobilisé dans la marine à Brest. Il est chargé pour le génie de l'approvisionnement en bois. Une situation dont il profite pour continuer son négoce. Il commerce avec les constructions navales et la base américaine, grande consommatrice de bois pour les baraquements. Il est le fournisseur attitré de l'intendance. "

 

 

2/ Puis, en décryptant son R.M. (Registre Matricule).

Pierre, né le 19 août 1877 à Commana, est de la classe 1897.

Matricule 3498.

Bureau de Brest.

Il est exempté de service militaire. 

Mais reconnu bon pour le service auxiliaire (ndlr et non le service armé) le 27 décembre 1914.

Et affecté au 87e régiment d'infanterie à Brest.

Qui est un régiment de l'Armée de terre, donc mauvaises notes à Rouz et à Jaffré qui l'ont collé dans la Marine !

Il arrive au Corps le 25 Octobre 1915.

On a déjà presque une année où il disparaît des écrans radar. 

"On parle de service auxiliaire. Y étaient affectés - après examens, commissions, etc. - les hommes qu'un état de santé défaillant ne permettait pas d'employer sur le front mais qui pouvaient tout de même être appelés sous les drapeaux afin d'exercer un emploi - militaire ou civil, et en fonction de leurs compétences professionnelles - dans la Zone de l'Intérieur. On pouvait donc qu'être affecté à un régiment, et être détaché hors du dépôt pour occuper l'emploi prescrit."

 

Jean-Michel Gilot (1 Jour 1 Poilu) :

"D'après sa fiche il était mobilisé dans le service auxiliaire, dans cette zone qui s'étend jusqu'à 100 km à distance du front. Quelle était son affectation exacte ? C'est ce qu'il serait intéressant de savoir. "

" Sur cent km, en arrière des tranchées, s'étendait ce qui était administrativement dénommé la zone des armées. Le pouvoir y appartenait exclusivement aux militaires, ce qui subsistait du pouvoir civil étant soumis à leur contrôle. Cette bande du territoire national suivait le front.
Elle était elle-même divisée en trois zones: 
- la zone avancée, celle de la ligne de feu ou très proche d'elle où se positionnaient l'artillerie, le ravitaillement d'échelon et les "roulantes", ainsi que les postes de commandement des régiments;
- la zone réservée, à l'arrière immédiat, où les unités venaient "au repos" et l'arrière plus loitain, en principe hors d'atteinte des obus, où s'étaient établis les QG des Armées tenant le front;
- séparant ces deux premières zones de la troisième, dite zone non réservée, s'étirait une ligne de démarcation sévèrement contrôlée. Située entre 30 et 50 km des tranchées, cette ligne suivait les routes du Territoire de Belfort à Calais.
Tout ce système pouvait évidemment être modifié selon les opérations qui se préparaient ou se déroulaient en zone avancée."

" Le territoire couvert par la zone des armées était divisé perpendiculairement au front en grands secteurs relevant chacun d'une armée. Le général qui la commandait en chef était secondé pour cette tâche non combattante par une direction de l'arrière placée sous l'autorité d'un général de moindre rang. Celui-ci avait la responsabilité des transports et des voies de communication, du ravitaillement en vivres, matériels et munitions, donc des magasins et dépôts de réserve, de l'évacuation des blessés vers les HOE (Hôpitaux d'évacuation) et les hôpitaux de l'intérieur, du service des Etapes, des communications télégraphiques et de la Poste, des services vétérinaires et de la remonte...
Pour les habitants non évacués qui continuaient à vivre dans la zone des armées, la zone avancée était évidemment impossible à atteindre. Elle était vide de civils, sauf en de très rares points. Entre 19h et 6h du matin, la circulation en zone réservée était strictement limitée aux personnes bénéficiant d'une autorisation spéciale. Il était interdit de se déplacer à bicyclette, monopole des militaires et de certains fonctionnaires. La circulation automobile ne pouvait s'effectuer que sur un itinéraire fixe déclaré, avec un permis spécial valable 15 jours. Pour franchir la ligne de démarcation, il fallait produire une autorisation du général en chef ou du général commandant l'armée dont dépendait le secteur. Les voyages en chemin de fer, dans l'un et l'autre sens à l'intérieur de la zone des armées, nécessitaient des autorisations particulières. Quiconque venait du reste de la France, donc hors de cette zone, devait se présenter, en descendant du train, au commissaire de gare, lequel était autorisé à demander le motif du voyage. Il accordait un permis ou refoulait le voyageur (la voyageuse). La suspicion d'espionnage conduisait à retenir certaines personnes dont les papiers n'étaient pas exactement en règle. La priorité, évidemment,était donnée aux trains militaires."

Jean Riotte

avec, pour source :  "Les années sanglantes" de Gérard Guicheteau et Jean-Claude Simoën

Il passe ensuite au 62e Régiment d'Infanterie, le 15 juillet 1917.

Ce serait la seule période où il aurait pu être en contact avec l'ennemi s'il avait été dans le service armé, mais, et je le répète, ici il est dans le service auxiliaire.

Notice sur le service auxiliaire  

in Traité pratique du recrutement et de l'administration de l'armée française, 1889, pages 98 à 100.
 
"Le législateur de 1872 en instituant le service auxiliaire a eu évidemment pour but de réserver à l'armée active, en cas de guerre, toutes les forces vives de la nation. C'est pourquoi il a pensé qu'un homme d'une complexion faible ou de petite stature, mais non infirme, pouvait rendre des services dans des corps spéciaux et non mobilisables. Antérieurement à 1872 il n'y avait pas de juste milieu : l'homme était bon pour le service, ou définitivement exempté de tout service.
 
Nous résumons dans le paragraphe qui suit les obligations qui sont imposées aux hommes classés dans le service auxiliaire. Nous pensons qu'il est utile de faire connaître sommairement la composition et le recrutement de ce service.
 
Tout homme reconnu par le conseil de révision incapable de faire un bon service actif dans l'armée, soit par suite de faiblesse ou de défaut de taille, est ajourné à un ou deux ans. Si après les deux ajournements l'état physique général de l'homme ne comporte pas l'exemption définitive, il est classé dans le service auxiliaire. Il est assujetti, à moins d'indigence notoire, à la taxe annuelle militaire ; et peut se marier sans autorisation de l'autorité militaire.
 
Obligations imposées aux hommes du service auxiliaire
 
Les jeunes gens classés dans les services auxiliaires sont, comme les autres jeunes gens de leur classe, à la disposition du Ministre de la Guerre pour tout le temps qu'ils ont à accomplir, en vertu de l'art. 37 de la loi. Ils ne peuvent être affectés à aucun service armé. Ils sont destinés à compléter, en cas de guerre, le personnel nécessaire aux services ci-après désignés, et peuvent, le cas échéant, être mis à la disposition de l'industrie privée pour l'exécution de travaux relatifs à l'armée.

En temps de paix, ils peuvent être soumis à des revues d'appel au chef-lieu du canton où ils ont tiré au sort ou au lieu de leur résidence. Les Préfets, dans l'itinéraire du conseil de révision, pour chaque année, qui est publié par voie d'affiche dans toutes les communes,font connaître les classes qui sont soumises à la revue d'appel. Chaque homme du service auxiliaire peut donc ainsi savoir annuellement s'il est soumis à cette revue. Ils reçoivent un livret individuel et un ordre d'appel également individuel indiquant le service dans lequel ils sont classés (circ. du 28 mars 1877).
 
Tableau des services auxquels ils peuvent être affectés
 
1° — Travaux de fabrication et de réparation du matériel de toute nature.
2° — Travaux relatifs aux fortifications et aux bâtiments militaires.
3° — Travaux concernant la construction, la réparation et l'exploitation des voies ferrées et des lignes télégraphiques.
4° — Hôpitaux et ambulances.
5°.— Magasins d'habillement, d'équipement, de harnachement et de campement.
6° — Subsistances, manutentions, magasins.
7° — Transports militaires.
8° — Bureaux des états-majors, du recrutement, de l'administration et des dépôts des différents corps de troupe.
 
Ils sont affectés à ces divers services en raison de leurs aptitudes professionnelles, d'après les indications prises, en séance de révision, par le commandant du recrutement.
 
Répartition dans les divers services auxiliaires

La répartition est établie et transmise aussitôt la clôture des listes de recrutement cantonal, au général commandant le corps d'armée par l'officier de recrutement qui, pendant les opérations de révision, a pris des renseiguements sur la profession, le degré d'instruction et l'aptitude physique de chacun des hommes compris dans le service auxiliaire, elle est susceptible, au besoin, de modifications ultérieures et est adressée, en juillet de chaque année, par les généraux en chef au Ministre de la Guerre qui arrête et détermine, le cas échéant, lé nombre d'hommes qu'ils devront fournir aux corps d'armée voisins ou en recevoir, suivant les ressources que présentent les régions (circ, du 28 mars 1877).

A l'heure où la société française est soumise à des sacrifices, ces derniers sont considérés, par l'opinion publique, comme des embusqués ou des favorisés car mis à l'écart de l'effort de guerre. Pour le ministère de la Guerre, ils deviennent un réservoir de combattants non négligeable. Toutes les mesures prises auront pour conséquence immédiate de réduire progressivement le nombre d'hommes non mobilisés dans le pays."

La curieuse mention "Contre l'Allemagne du 25 octobre 1915 au 18 février 1919".

Signifie qu'il a bien été mobilisé pendant toute cette période.

Mais la mention :  "Aux armées du 15 juillet 1917 au 18 février 1919" reste obscure.

Cela correspond à son affectation au 62e R.I.

A suivre...

On lui a décerné la médaille de la Victoire...

Qu'est-ce que la médaille de la Victoire ?

C'est une médaille commémorative.

Lire ici sur Geneanet.

"Sont concernés par cette décoration tous les militaires ayant servi trois mois – consécutifs ou non – entre le 2 août 1914 et le 11 novembre 1918 dans la zone des armées"

Lire sur Wikipedia.

Et, pour finir...

"Envoyé en congé illimité de démobilisation le 18 février 1919, 2ème échelon N° 2167. Dépôt démobilisateur 19è Régiment d'Infanterie.

Se retire à Saint-Sauveur."

"La démobilisation des soldats s'est effectuée par tranche d'âge.
Les classes anciennes dès novembre 1918.
La classe 1907 par-exemple en mars 1919.
La classe 1917 en septembre 1919..." in Forum 14-18

......................

Voilà...

Qui n'admet aucune discussion.

Pierrot a été un embusqué.

Dans le service auxiliaire.

C'est ce qui lui a permis de constituer sa considérable fortune...

En vendant du bois au Génie.

Mais, attention...

Il n'a pas tué, il n'a pas volé...

Et tant mieux, s'il a été assez futé pour se faire son beurre.

Cela ne ramènera pas à la vie les malheureux pious-pious qui ont été sacrifiés.

Liliane Langellier

 

P.S. Cet article est le 80ème depuis les révélations des petits-fils Seznec, le lundi 26 Mars dernier.

J'essaye, le plus possible, de relater les faits à la lumière de leurs confidences.

Mais je n'ai pas perdu mon esprit critique, comme certains le sous-entendent.

A suivre...

 

P.S.2  Lire ci-dessous l'article de Ouest-France du 8 mai 2018 :

"Dans le Finistère, ils démolissent la maison et trouvent 600 pièces d'or.."

Je vous laisse "neuroner" là-dessus, comme dirait quelqu'un !

87ème Régiment Infanterie Territoriale.

87ème Régiment Infanterie Territoriale.

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