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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Le pouvoir policier dans l'affaire Seznec

La Police et les Jésuites ont la vertu de ne jamais
abandonner ni leurs ennemis ni leurs amis.
Honoré de Balzac, Une ténébreuse affaire, 1841

Après la piqûre de rappel de l'article d'Alain sur Bonny...

J'espère que tout le monde a compris.

Les grands, comme les petits.

On laisse Bonny tranquille.

Il ne fut jamais qu'inspecteur stagiaire.

Il venait juste de rejoindre la Sûreté, rue des Saussaies.

Et servait de secrétaire-greffier à quelqu'un qui est beaucoup plus intéressant :

Achille Vidal

Le beau Nîmois. Achille, René, Paul, Léon Vidal.

A part savoir qu'il est né à Nîmes, et qu'il avait 42 ans au moment de l'enquête.

Mais s'il avait 42 ans en 1923, ça nous le fait naître en 1881....

A Nîmes, j'en suis moins sûre, car même si les archives du Gard ne sont pas numérisées, nous avons une liste des naissances à Nîmes du 1873 à 1882.

Est-ce lui qui est commissaire spécial affecté au service d'ordre de Clemenceau, puis de Millerand ? (à vérifier)

Il reçoit la légion d'honneur en avril 1925.

Et il ne figure pas à Nîmes sur la base de données Léonore (Légion d'honneur).

Et non...

Mais...

Achille Vidal est né le 10 janvier 1881 à Saint-Chaptes dans le Gard

(voir arbre généalogique ci-dessous).

Entre 28 et 30 ans, en 1909/1911, l'ami Achille était secrétaire de police dans les Alpes-Maritimes... à l'époque des frasques de Vacquié à Nice.

Il est ensuite nommé inspecteur de police mobile à Montpellier en 1913.

Puis, il entre à la Sûreté Générale à Paris "provisoirement" en 1915.

Dix années plus tard, il est promu et bien promu...

En effet, l'affaire Seznec jugée en 1924, il obtient Légion d'honneur en avril 1925 et une promotion en juin 1925 !

Il est nommé chevalier dans l'ordre national de la légion d'honneur avec 20 ans 8 mois de services civils et militaires.

Nouvelle promotion en janvier 1926...

En août 1926 il quitte la Sûreté Générale pour la police des chemins de fer l'État à la gare Montparnasse, par décret de Doumergue himself !

Il a passé au moins 9 ans à la police de la gare Montparnasse (cf article du Petit Parisien ci-dessous le 18 août 1935).

Qu'est-ce que la police des chemins de fer ?

Lire sur Criminocorpus :

4. De la police spéciale des chemins de fer aux renseignements généraux

En tout cas, oubliez, laissez tomber une fois pour toutes les fantasmes un peu graveleux de certains qui voient le bel Achille sortir avec Mlle Héranval, la vendeuse de chez Chenouard, lors du procès de Quimper.

Quand un homme marche à côté d'une femme, cela signifie juste qu'il marche à côté d'une femme. Et n'implique pas qu'il s'allonge sur elle.

Jean-Baptiste Cunat

Mais oui, Youenn, vous aviez raison quand vous écriviez dans l'un de vos commentaires sur ce blog que l'on n'en sait pas long sur lui.

Alors... On a cherché...

Oui, on a cherché, des heures et des jours avec Thierry Lefebvre.

Que je remercie ici.

On a cherché... Et comme pour les Le Gall, des Cunat, à la police, il y en avait de père en fils.

Alors il a fallu être très très prudent.

Faire appel au Saint Esprit pour ne pas mélanger le père et le fils....

Notre Cunat Jean-Baptiste aurait environ 35 ans en 1908.

Adjudant 15 ans de service en 1908 ? Armée à 20 ans + 15 ans service = 35 ans. 1908-35=1873.

Jean-Baptiste Cunat est né le 26 mars 1874

à Charmois-devant-Bruyères

dans le département des Vosges.

Le 18 juillet 1896 il se marie avec l'autorisation du conseil d'administration du 149ème de ligne où il est sergent-major au fort de Rupt.

Le jour de son mariage, il était Sergent Major au 149e RI à Epinal et ce jusqu'au 29 novembre 1900. Le 16 juillet 1902 il était Adjudant au même RI.

Il aura cinq enfants.

Et son fils aîné, André Cunat, qui a été commissaire à Mazingarbe dans le Pas-de-Calais, sera nommé Commissaire à la 13e brigade mobile de Rennes en 1925 !

Jean-Baptiste Cunat commence sa carrière à Poligny, dans le Jura en 1907.

Il est déjà commissaire du 2ème quartier de Saint-Nazaire le 3 septembre 1912 (Ouest-Éclair édition Rennes). Où il a été nommé en novembre 1911.

Saint-Nazaire... Le premier port de débarquement pour le matériel américain...

Il prend ses fonctions au commissariat du 3ème arrondissement de Rennes le 16 août 1917(Ouest-Eclair du 17 août 1917, même édition)

Il est nommé à la tête de la 13ème Brigade Mobile de Rennes le 1er janvier 1923.

Le père et le fils Cunat se retrouvent tous les deux  à la 13ème brigade de la police de Rennes du 16 décembre 1925 (arrivée du fils) au 27 septembre 1928 (départ du père à Clermont).

Voilà donc notre Jean-Baptiste Cunat promu à Clermont-Ferrand puisqu'il il passe de hors-classe 3è échelon à Rennes à hors-classe 2è échelon à Clermont.

Il reste à Clermont-Ferrand de 1928 à 1933.

Il fait valoir ses droit à la retraite en 1933 (1933 - 60 = 1873).

Mais c'est à Rennes qu'il reçoit la médaille d'honneur de la police française en 1937.

N'est-ce pas le moment ou jamais de se souvenir des Brigades du Tigre...

 "Les Brigades du Tigre"

Et lisez bien aussi : "La naissance des brigades mobiles".

Parce que c'était ça la 13ème Brigade Mobile de Rennes. Ni plus ni moins.

Et ils avaient à leur disposition des gros moyens tant financiers que techniques.

Côté Cunat, on sait désormais à peu près tout...

On sait surtout que c'est bien lui, avec son équipe (quatre inspecteurs : Chelin, Thomas, Le Gall et Faggiani) qui ont effectué la fouille du 6 juillet à Traon-ar-Velin. Et qui ont trouvé la machine à écrire.

Bonny n'a été chargé que de la transporter à Paris, comme pièce à conviction, le 1er août 1923. A fin d'expertises... (Lire L'Ouest-Eclair du 2 août 1923).

Donc, on est bien d'accord, dans nos bonnes résolutions de janvier, on laisse tomber Bonny, on se concentre sur Vidal à Paris et Cunat à Rennes.

La Sûreté Générale

 

Liste chronologique des directeurs de la Sûreté Générale (1870 - 1934)

Car ne pas oublier un personnage, oh combien intéressant,

Louis Florentin Marlier

Le directeur de la Sûreté Générale, rue des Saussaies.

Parce que là aussi, on nous a parlé de Lannes, le beauf" de Poincaré...

Mais de Marlier, que point !

"Lannes, contrôleur général de la Sûreté, confère avec Delange, contrôleur général du service des recherches, et avec Marlier, directeur de la Sûreté...." in affaire Philippe Daudet.

(ndlr c'est pas pour dire, mais entre "Delange" et "Delangle" le détective très privé engagé par Me Pouliquen, comme il nous l'explique dans sa primo enquête, mais que personne n'est foutu de retrouver dans le Finistère ou ailleurs, il n'y a qu'un L de différence....)

Ah ! celui-là, on ne nous en a pas parlé beaucoup non plus.

On ne nous en a même pas pipé mot.

Sans doute parce qu'il y a peut-être beaucoup à dire ???

Marlier était en effet un grand pote du président de la République Millerand. A qui il avait rendu quelques menus services.

"Marlier avait rendu je ne sais quels services à Millerand... et à son fils... Jean Millerand" in "L'Action Française racontée par elle-même" d'Albert Marty en page 203.

Quand le gamin fait des bêtises, il faut bien que le papa le défende, non ?

"A côte de toutes ces douleurs, il nous montre le grand embusqué Jean Millerand qui passa la guerre à faire la noce. (Et l'auteur de la "Nouvelle gloire du sabre" en sait quelque chose puisque Jean Millerand choisissait pour venir s'amuser un petit village de 450 habitants où Vigné-d'Octon, malade, était venu se reposer) " in La Revue anarchiste du mois d'août 1923, en page 32.

Ne parle-t-on pas là du château d'Orval. A Bû/Goussainville, soit à 9 kilomètres de Houdan ?

Exemple, en 1922, in "La-Vieille-France" :

"Le 22 mars dernier, le petit embusqué Jean Millerand, fils et secrétaire du Président, broyait un vieillard sous son automobile officielle. La presse qui fait tant de tapage autour de l'attentat d'hier faisait le silence autour du vrai drame."

Je pense que c'est sans doute là que Super Marlier a dû intervenir (conditionnel)

"Mais c'est surtout le scandale des pensions dans lequel est impliqué Jean Millerand, l'un des fils d'Alexandre Millerand, président de la République depuis le 29 septembre 1920, qui va lui attirer les foudres du pouvoir."

in "Vigné d'Octon : un utopiste contre les crimes de la république" de Marie Joëlle Rupp.

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur le scandale des pensions, lire :

- ."Paul Vigné d'Octon", article d’André Arru pour La Libre Pensée autonome (paru en 1980)

"Jean Millerand engagé avait choisi comme arme l’artillerie lourde. C’était écrivait-on le comble du débrouillage ! Malade il fut évacué sur l’arrière, réformé et doté d’une pension de 50%."

Et il me vient là un nom célèbre dans l'affaire Seznec... Celui de François Le Her, père de Denis Le Her Seznec, qui fut curieusement pensionné en 1919... Pour une cécité qu'il n'avait jamais eue...

"Il y a eu des profiteurs des pensions de guerre, et ce scandale doit prendre fin"  in Le Figaro du 29 avril 1921, à la une, bas de 6ème colonne.

Dernier petit rappel : Doumergue est élu le 14 juin 1924 () et Marlier est débarqué de la sûreté le 9 juillet 1924.

.....................

Alors, on laisse tomber Lannes et on se concentre sur Marlier.

C'est curieux chez Petit-Fils Premier, il dit Lannes pour ne pas dire Marlier.

Il dit Vidal pour ne pas dire Cunat.

Mais...

Là où il a raison...

C'est que ce sont bien les 4 sbires de Cunat (Chelin, Thomas, Le Gall et Faggiani) qui ont caché la machine-à-écrire dans le grenier au-dessus de la scierie.

Histoire de faire tomber plus vite Seznec.

Ce n'était ni un complot national ni un complot international.

Juste des policiers qui ont dû recevoir des ordres...

Pour arriver à faire cesser les pressions médiatiques...

Et obtenir un coupable crédible.

Des ordres ?

Oui,

Du pouvoir politique et judiciaire en place.

A suivre.

Liliane Langellier

P.S. Lire sur ce blog mon article de juin 2015 :

"Mais qu'a fait la police?"

Vidal avec Seznec sur la route de Dreux.

Vidal avec Seznec sur la route de Dreux.

Achille Vidal. Acte de naissance.

Achille Vidal. Acte de naissance.

Vidal à Brest dans le stocks américains. DPB 17mars 1920.

Vidal à Brest dans le stocks américains. DPB 17mars 1920.

Jean-Baptiste Cunat. Acte de naissance.

Jean-Baptiste Cunat. Acte de naissance.

Cunat nommé à la 13e Brigade Mobile de Rennes in J.O. du 5.3.1922.

Cunat nommé à la 13e Brigade Mobile de Rennes in J.O. du 5.3.1922.

Nomination de Louis Marlier in Le Figaro du 21 février 1923.

Nomination de Louis Marlier in Le Figaro du 21 février 1923.

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G
(( C'est que ce sont bien les 4 sbires de Cunat (Chelin, Thomas, Le Gall et Faggiani) qui ont caché la machine-à-écrire dans le grenier au-dessus de la scierie.))
Bonny se défend d'avoir déposée la machine, "celle-là et pas une autre", alors qu'il ne savait pas où elle se trouvait auparavant... Je crois que cette réflexion assez juste est aussi valable pour les policiers de Rennes. D'où pouvaient-ils la tenir?
Si vous tenez à une machination contre Seznec, pourquoi ne pas imaginer le dépôt de la machine par un complice? Celui qui l'aurait aidé à la confection des faux, par exemple, l'enfonçant pour mieux se dédouaner, pour ne pas apparaitre dans cette affaire.
Répondre
M
Bonjour, Liliane.

Ils sont assez secondaires, mais j'ai passé pas mal de temps à rechercher leurs prénoms il y a environ deux semaines : Fernand Etliger, contrôleur général des services de recherches judiciaires, Joseph Reymond (que Pouliquen appelle Rémond), commissaire de la Sûreté générale, et Alphonse Royère, inspecteur de la Sûreté générale.

Le commissaire Vidal n'était assisté que des inspecteurs Royère et Bonny. Il recevait du support d'autres policiers à l'occasion, mais le petit groupe Vidal-Royère-Bonny était un bloc. Bonny ne parvenait pas à imposer ses idées à Vidal, par contre, comme on l'a vu par exemple dans l'excellent article d'Alain.

La machine a été trouvée fortuitement. On recherchait l'or, et on a trouvé à la place la machine et d'autres éléments compromettants. Bonny ne peut pas se vanter d'avoir fait retrouver la machine, car au mieux il aurait pu suggérer à Vidal de demander à Cunat de faire une perquisition beaucoup plus poussée chez les Seznec.
Répondre
M
Je ne crois pas au témoignage d'Albert tel que rapporté par sa sœur Jeanne. Il aurait vu les policiers monter la machine, mais aussi la descendre. Les deux fois avec l'homme du dessous soutenant la machine pour aider son collègue. Je pense qu'il n'a assisté qu'à la descente et que les adultes qui l'ont entendu se sont fait des idées.

Je ne peux pas remettre en cause un procès-verbal de perquisition avec le témoignage imprécis d'un enfant. J'ai besoin de plus que ça pour accepter qu'il y ait eu machination policière (que je ne peux pas exclure totalement, mais il me faut de véritables preuves). Toute enquête repose sur l'honnêteté des policiers et des gendarmes. Il faut donc des raisons très sérieuses pour douter de cette honnêteté.

L'honnêteté de Seznec, par contre, elle ne crève pas les yeux, à aucun moment de sa vie. Et sa femme n'a pas dit que des vérités.

La surprise de Marie-Jeanne au moment de la découverte de la machine, j'appellerais ça plutôt de furieuses dénégations, qui ne prouvent rien. Elle devait être extrêmement mécontente de cette découverte, c'est sûr. Dans tous les cas de figure.
L
Bonjour Marc...
Non, non, non, je ne crois pas que la machine-à-écrire ait été trouvée "fortuitement" dans l'appentis au-dessus de la scierie...
D'abord il y a le témoignage du petit Albert...
Et il y a aussi Denis Langlois qui a beaucoup insisté sur la surprise des Seznec quand cette machine a été retrouvée.
Et une surprise non feinte (pour une fois!)