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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 880 articles.

Affaire Seznec : Et les témoins dans tout ça ?

- La magouille, je peux plus. Je veux faire honnêtement un métier honnête.
- Tu veux quitter la police ?
in Les Ripoux de Claude Zidi (1984)

Tout d'abord, "Bon anniversaire" à tous...

En ce jour du 95ème anniversaire de l'affaire Seznec.

Si on prend comme référence la date officielle de disparition du conseiller général Pierre Quémeneur : vendredi 25 mai 1923.

 

Je sais que c'est difficile pour vous tous de vous dire que les témoins du voyage...

Et bien, soit les témoins du voyage, ils ont menti de bonne foi...

Tourneboulés qu'ils étaient par les différents passages de Guillaume Seznec.

Intelligent, quand même, hein ?

Soit les témoins du voyage, ils ont menti sur ordre.

Oui, sur ordre de la police.

Et, là, je pense au film de Claude Zidi "Les ripoux" (1984).

Un chef d'oeuvre avec Philippe Noiret (l'inspecteur René Boisrond) et Thierry Lhermitte (l'inspecteur François Lesbuche).

Avec des dialogues de Didier Kaminka.

Qui rend vraiment bien l'ambiance de la Maison Poulaga...

En 1923...

Les R.G. (Renseignements Généraux) appelés aussi Les Grandes Oreilles ou Big Brother (en référence au roman de George Orwell "1984"), sont actifs.

Très actifs.

Ils ont été créés en 1907 :

"Peu après la création en 1907 des Brigades du Tigre — qui devinrent la Police judiciaire — est créée par Célestin Hennion une Brigade des Renseignements généraux. La création d'un tel service s'inscrit dans un climat politique tendu, où la Troisième République fait l'objet de virulentes critiques de divers courants d'oppositions : des royalistesbonapartistes, des boulangistes, des anarchistes, ou encore divers courants révolutionnaires socialistes8."

Lire l'excellent article de Laurent Chabrun dans L'Express d'Avril 1997 :

Les R.G. Comment ça fonctionne ?

 

Lire dans l'excellent livre du journaliste Julien Caumer le chapitre 2 :

"Mais qui sont les RG ?!"

 

"La meilleure source à mes yeux, c'était l'écoute. A l'époque, il n'y avait aucune législation. Il suffisait de l'accord du ministre de l'Intérieur et le ministre des PTT obtempérait et fournissait l'équipe qui faisait le branchement. J'avais une équipe spéciale chargée de ça. Nous disions "construire" une ligne : le mot "écoute" était banni. Nous parlions d' "une construction". J'écrivais: "J'ai l'honneur de vous demander de bien vouloir construire la ligne n°..."

Jean-Emile Vié, directeur des Renseignements Généraux de 1955 à 1961.

Et oui, la France entière est maillotée.

Je l'ai vécu personnellement.

Quand j'ai commencé mes recherches sur la piste de Lormaye...

On était en octobre 1992.

Je suis donc allée simultanément aux archives de Chartres  pour la presse de l'été 1928...

Et à la mairie de Lormaye pour vérifier l'identité des différents impétrants.

Or, Madame Philippe, la secrétaire de mairie de Lormaye, en croquait.

Et elle m'a balancée.

J'ai donc - je vous l'avais déjà dit - été mise sur écoute par les R.G. de Dreux.

Et interrogée le 25 mai 1993 par Michel Laquerbe, commandant des R.G. drouais.

Quand il m'a jointe, je ne m'y attendais pas, car je ne suis pas journaliste d'investigation, et, en tant que journaliste culturelle, je n'avais jamais eu à faire à eux.

Cela faisait 6 mois qu'il m'écoutait tranquillou.

J'ai, vite fait, téléphoné à Philippe Cavart de L'Echo Républicain et à Françoise Guignard de La République du Centre pour avoir sa fiche à lui.

............... L'aveyronnais Laquerbe est devenu par la suite un grand pote.

Et je regrette de ne pas avoir répondu à sa dernière invitation, avant de  prendre sa retraite, pour me montrer à quoi ressemblait "un petit blanc".

« De la Direction centrale des Renseignements généraux sont également issus les fameux «blancs», des notes dactylographiées sans en-tête, jointes au dossier ministre dans une enveloppe soigneusement cachetée. Une vingtaine de ces notes sont produites en moyenne chaque jour.»

J'ai su rapidement que, pour mon village de coeur, Chaudon, c'était le bistrotier François Serniclay, ancien gendarme, qui balançait.

Intéressant, non ?

Secrétaire de mairie, bistrotier, concierge, postier, etc...

Tout est possible.

Certains le font par esprit patriotique, d'autres par souci d'avoir un petit pouvoir...

Allez donc lire sur Criminocorpus "Histoire secrète des RG"

Alors, en 1923, sans les réseaux sociaux où, aujourd'hui, on se balance tout seul, le réseau R.G. était en place.

Bien en place.

Et actif.

Bien actif.

A Brest.

A Morlaix.

A Rennes.

A Dreux.

A Houdan.

Au Havre, etc...

Et les commissaires Achille Vidal et Jean-Baptiste Cunat y ont eu recours aux R.G., comme les petits copains.

D'autant plus que la Direction des Renseignements Généraux se trouvait aussi 11 rue des Saussaies, à Paris.

Pratique, non ?

Donc, d'un côté, la Maison Poulaga actionne son réseau d'informateurs des R.G.

De l'autre...

Certains témoins étaient sans doute en délicatesse...

Pour...

 

Une faillite plus ou moins frauduleuse (ex : Joseph Chenouard au Havre, André de Jaegher à Morlaix, Hilaire Metais, le ferrailleur/plombier, à Brest),

 

 

Des fiches d'hôtels pas très cleans (ex Le Grand Hôtel Parisien de Rennes, l'Hôtel des Voyageurs de Brest, ou l'Hôtel du Plat d'Etain à Houdan).

 

 

Des trafics sur les voitures maquillés (Barthelemy Spor, Francis Boudjema Gherdi, Emile Hodey à Dreux).

 

 

Des problèmes d'ivresse sur la voie publique (Alphone Kerné et sa fréquentation assidue des bistrots).

Des pièces notariées plus ou moins légalement falsifiées (Le notaire Pouliquen à Pont-l'Abbé).

D'ailleurs notaire était un poste idéal pour être balance aux R.G.

Ajoutez à cela des peines de prison peu ou pas effectuées (Julien Le Grand ancien maire de Landerneau dans l'histoire de la Grande-Palud, ou François Le Her  le témoin parisien).

..............................

Il suffisait alors tout simplement à nos zélés policiers d'appuyer là où ça faisait mal pour obtenir tous les témoignages allant dans leur sens.

Oui, comme dans "Les Ripoux" :

"Et moi je te dis que t'es obligé de dire oui, parce que si tu refuses, je balance tes combines aux flics."

L'inspecteur Lesbuche/Lhermitte à l'inspecteur Boisrond/Noiret.

Capisce ?

En fait....

Guillaume Seznec...

Qui croyait être le plus malin avec son idée d'embrouiller les témoins sur le foutu trajet Morlaix/Paris/Morlaix qu'il a sciemment fait plusieurs fois...

En insistant sur Houdan et sur Dreux pour éviter Morlaix...

Il a été bel et bien doublé par la police.

Qui a gentiment fait pression sur les différents témoins.

Pour obtenir des dires allant dans leur sens.

Alors...

Alors quand Denis Seznec nous hurle au complot (national et international)...

Il n'a peut-être pas tort....

Denis Seznec...

Mais les termes "complot policier" et "national" suffiraient amplement.

Liliane Langellier

 

P.S. Sur Alphonse Kerné, lire dans la piste de Lormaye :

"Alphonse Kerné, l'âme damnée de l'affaire Seznec"

Dont Catherine Clausse disait :

"Par contre Kerné et le Procureur Picard se connaissaient. Enfin, pour moi les deux familles se connaissaient. Procureur Picard habitait au 26 Quai de Léon à Morlaix et famille Kerné au 25 ; Alphonse Kerné a eu deux enfants. Jacques Adrien décédé en déportation en 1945 fait prisonnier lors de la rafle par les Allemands à Morlaix, et Marcelle qui était toujours en vie en 1998. Alphonse avait une soeur ...dactylographe...née d’un premier mariage de son père. Elle est née en 1888 et est + en 1939, célibataire sans enfant. Je n’en dirai pas plus."

Et sur J.A.C Justice Affaires Criminelles : Alphonse Kerné.

 

 

 "L'influence exercée par la police sur les témoins n'est pas non plus négligeable.

Au nom de cette fameuse efficacité, les menaces, les pressions ne sont pas toujours écartées."

Denis Langlois in la préface de :

 

Les Ripoux. Film de Claude Zidi. 1984.

Les Ripoux. Film de Claude Zidi. 1984.

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