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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec : les deux versions du témoignage de Petit Guillaume

Je ne crois pas que la justice règne jamais parce que l'injustice n'est pas dans les lois, elle est en chacun de nous.
Françoise Giroud / Ce que je crois

Je viens de lire, sous la plume de Yargumo, que l'essentiel du témoignage de Petit Guillaume résidait dans la mort de Pierre Quémeneur dans le salon (la salle à manger d'apparat ? Le bureau ?) de la maison Seznec de Morlaix.

Mais que nenni !

Alors, reprenons...

1/ Le recueil du témoignage

A. Denis Langlois 

Alors qu'il est avocat de la famille Seznec (1976/1980), famille successivement représentée par Jeanne Le Her Seznec et Denis Le Her Seznec, Langlois va, dès janvier 1978, trahir son client en exploitant les dissensions entre les deux frères Le Her : Denis et Bernard.

Oui, quand Bernard Le Her vient le trouver pour les révélations de son oncle Petit Guillaume...

Denis Langlois, au mépris de toute déontologie, va recueillir les dites révélations.

Et les retranscrire.

Il le dit dans l'émission CàVous du 27 février dernier (dont j'ai fait sur ce blog la totale retranscription) :

D.L. : Voilà, c’est toujours un petit peu compliqué cette affaire de famille (ndlr Tu m’étonnes !) et donc il m’a fait écouter cette bande magnétique et comme j’étais troublé, il me l’a confiée pour quelques jours…

Heu..... J’ai trahi un petit peu le secret professionnel (ndlr Un petit peu ?) puisque j’ai retranscrit par écrit le témoignage et je lui ai rendu bien sûr la bande magnétique puisqu’il me l’avait simplement confiée.

Dommage pour lui, il rend les bandes magnétiques à Bernard et ne garde qu'une trace écrite de l'enregistrement.

Une fois qu'il a pris sa retraite et n'est plus inscrit au barreau, Langlois décide de se venger en long en large et en travers de Denis Seznec qui l'a trop souvent humilié.

Pendant ces 14 années.

Lisez bien son livre.

Oui, il est bâti comme une vengeance.

De A à Z.

Tout ce qui peut servir cette vengeance va être minutieusement exploité.

B. Liliane Langellier

Depuis mon papier sur "Les fouilles de la colère" partagé 50 fois sur Facebook...

Je suis injuriée, injuriée et harcelée par Bertrand Vilain et son compagnon de fouilles Laurent Maillot.

Ils n'avaient pas vu arriver la galère.

En effet, les habitants de l'autre moitié de la maison Seznec du 102 rue de Brest, à Morlaix m'ont jointe pour me raconter leur martyre.

Oui, Bruno Lombardo et Annie Suet me racontent ce qu'ils endurent à cause de et par les fouilles.

On est le dimanche 11 Mars.

Madame Suet me dit en blaguant : "C'est dans mon salon que Quémeneur est mort !"

Bruno s'est énervé lors de l'arrivée des médias près de sa propriété.

Comme ils n'ont pas voulu rentrer dans le jeu de Vilain, rien ne leur a été épargné.

France 2 envoie même un drone au-dessus de chez eux.

Un drone !

Les fouilleurs se montrent humiliants et blessants à leur égard.

Il faut dire que ni Annie ni Bruno n'ont autorisé l'un des leurs à rentrer chez eux.

Même si Bertrand Vilain a accroché son livre à leur grillage pour les appâter.

Bruno m'envoie en photos la preuve de ce qu'ils annoncent : la fenêtre du salon, le parquet ancien dans le dit salon et la marche haute de 25 cm.

Le 20 Mars (jour du printemps) Bertrand Vilain publie un horrible billet sur son blog.

Où, comme illustration,on me voit en sorcière menée au bûcher.

Il est venu lire les billets sur mon blog "Chez Jeannette Fleurs".

Billets dont il n'a rien compris.

La plainte part illico presto chez le procureur de la République de Brest.

Il récidive gravement le 21 Mars, donc seconde plainte.

Bertrand Vilain va aller jusqu'à m'accuser de tentative de meurtre sur une de mes voisines (?)

Pour fuir mon soi-disant harcèlement, il crée sa propre page Facebook.

Groupe qui ne dépassera jamais les 14 membres.

Le samedi 24 Mars, pour la première fois, Jean-Yves Seznec, le fils aîné de Petit Guillaume,  me joint à la maison pour m'annoncer que leur chère maman, Claudie Neyret Seznec vient de mourir le jeudi 22 Mars.

J'étais déjà en contact avec le dernier fils de Petit Guillaume : Gabriel Seznec.

Nous avions longuement parlé au printemps 2015.

Lors de la sortie du livre de Langlois.

Nous échangeons des SMS depuis l'ouverture des fouilles.

Le lundi 26 Mars, Jean-Yves d'abord, puis Gabriel ensuite, vont me parler au téléphone pendant 5 heures et demi.

Et me raconter leur version du secret.

J'écris tandis que Jean-Yves me parle.

Et je garde par-devers moi les preuves de ce que j'avance.

Ce jour-là, je vais écrire deux billets relatant leurs confidences.

Que je publie.

Avec leur accord.

Oui, Jean-Yves donne son accord immédiat pour mon premier billet "Lundi 26 Mars. Enfin la vérité dans l'affaire Seznec",

Billet qui résume leur appel.

Ils m'ont choisie moi, d'une part parce que je me suis toujours souciée de leur ressenti à eux...

Oui de leur difficulté de porter le nom de Seznec avec l'affaire.

Et depuis leur enfance.

Ils m'ont choisie moi, aussi, parce que mon blog Seznec Investigation est le plus lu !

Et oui, en un mois : du 24 Mars au 24 Avril, il va dépasser les 25.000 visiteurs.

Ils m'ont choisie moi parce que je sais rester neutre.

Oui, je n'ai pas une piste à défendre corps et âme.

Ils m'ont choisie moi, car ils savent bien que je ne cherche ni gloire médiatique ni renommée.

Ils pensent (à juste raison) que je suis celle qui pourra le mieux traduire leurs mots en écrits.

Parce que, n'en déplaise aux mauvais coucheurs, la maïeutique (non pas la mayonnaise, Monsieur Maillot) c'est mon métier !

Dans le camp d'en face, c'est la panique.

Pour Vilain, je suis folle et j'ai tout inventé.

Pour Langlois, les petits-fils lui ont aussi téléphoné pour lui dire la même vérité qu'à moi..

C'est vrai que la vérité et Langlois, ça fait deux, voire même trois, ces derniers temps.

Il continue de clamer (et sa femme s'en mêle !) que c'est un arrière petit fils Seznec qui a demandé les fouilles au procureur de Brest.

Alors, là, tranquillou, il enquille.

Jean-Yves et Gabriel Seznec lui ont fait les mêmes confidences qu'à moi.

Ben oui pourquoi pas, hein ?

Sauf que..

Si Jean-Yves Seznec l'a appelé, suite à l'émission CaVous du 27 février, c'est juste pour lui dire que, oui, Petit Guillaume avait bien parlé d'une mort du conseiller général Pierre Quémeneur à Morlaix.

Et rien d'autre...

Pour preuve...

Souvenez-vous le serment des quatre témoins de la mort de Quémeneur.

Avec la mort de la veuve de Petit Guillaume, Claudie, le 22 Mars, les petits fils ne sont plus liés par ce serment.

D'un côté on a donc un avocat en retraite qui règle ses mauvais comptes.

De l'autre, une journaliste en retraite qui essaye d'y voir clair dans une affaire qui apparaît de plus en plus compliquée.

Et dont elle s'occupe depuis 25 ans.

2/ Le témoignage lui-même

A. Denis Langlois, dans son livre (page 210 à 217)  nous raconte ce que Petit Guillaume a confié à Bernard Le Her.

Je devrais plutôt dire ce que Petit Guillaume a bien voulu confier à Bernard Le Her.

Car il est tout sauf sot, Petit Guillaume...

Et il est excédé, en ce mois de janvier 1978, de la médiatisation à outrance de l'affaire et de la tournure que prend la dernière demande de révision portée par Denis Seznec.

Oui, Petit Guillaume va dire à Bernard Le Her ce qu'il veut bien lui dire.

Il va le dire en plusieurs fois dont une fois dans une voiture devant Bernard et "une personne" qu'il ne connaissait pas et qui prenait des notes (sic).

Pour l'avocat, tout ça devient :

Pierre Quémeneur rentre plus tôt de Paris le dimanche 27 Mai 1923 pour draguer Marie Jeanne Seznec.

Il ose un geste déplacé.

Marie Jeanne saisit l'un des chandeliers sur sa cheminée et le frappe.

Petit Guillaume entend sa mère crier, se hisse à la fenêtre et voit le cadavre de Pierre Quémeneur gisant par terre.

Pour l'avocat, ça devient un cadavre que l'on enterre sur place.

A Traon ar Velin Morlaix.

Dans le cellier.

Denis Langlois veut à tout prix être CELUI qui apportera la vérité à l'affaire Seznec.

Et qui portera la dernière demande de révision.

Après la sortie de son livre, il va donc chercher qui pourrait bien creuser dans le cellier.

Et il va trouver...

Bertrand Vilain.

Arrive le mémorable samedi des fouilles, le 24 février 2018.

Rien n'est trouvé hormis une pipe et un os de bovin.

Et une couche de mâchefer.

Dès lors...

Dès lors, les fouilles deviennent la moquerie de tous.

Et plus particulièrement des aficionados de l'affaire.

Et les deux compères sont furieux.

Très furieux.

B. Liliane Langellier (LB dit Vilain, oui La Blogueuse) essaye de relater au mieux les dires de Jean-Yves et de Gabriel.

Qui donnent leur accord sur ce qu'elle publie.

Car ils lisent attentivement son blog.

Dans leur version :

Oui, Pierre Quémeneur est bien rentré seul à Morlaix avant Guillaume Seznec.

Oui, il a bien osé un geste déplacé vis-à-vis de Marie Jeanne Seznec.

Marie Jeanne a levé la main (ou lui a-t-elle donné une gifle ?) le conseiller général recule et rate une marche.

Il perd l'équilibre et va s'éclater le crane sur l'accoudoir du fauteuil breton.

Fauteuil dont les Seznec se débarrasseront fissa.

C'est pas moi qui le dis, c'est eux.

C'est eux aussi qui racontent la suite :

Angèle Labigou, la servante, emballe le cadavre.

Juste avant les quatre personnes présentes (Guillaume, Marie-Jeanne, Angèle et Petit Guillaume) ont juré devant Dieu de ne jamais rien dire de ce qu'ils ont vu et fait ce foutu dimanche-là.

C'est le serment.

Donc, Angèle emballe le cadavre et Guillaume aidé d'un pote (un boucher ? Un commerçant ?) emporte le tout loin de Morlaix.

Pour lui donner une sépulture décente.

Pas question de l'enterrer sur place.

Ce serait définitivement trop risqué.

Landru a bien été trahi par les restes de ses victimes trouvés dans son propre jardin.

Pas question de le brûler.

Les Seznec sont très catholiques et la crémation est interdite par L'Eglise en Mai 1923.

Les deux compères ne rentrent de leur lugubre excursion que le lendemain en début d'après-midi.

Pour Guillaume, il va falloir mentir.

Mentir pour protéger Marie Jeanne, la mère de ses enfants, du pire.

Guillaume Seznec va donc faire deux voyages (oui, Petit Guillaume a bien dit : deux voyages).

L'un avec Pierre Quémeneur.

L'autre sans.

Il va ainsi brouiller les pistes...

Et emmêler les flics et les témoins.

Pour la date de la mort de Quémeneur, Petit Guillaume a juste précisé à ses fils que tout cela ne s'était pas déroulé à la date officielle (nuit du vendredi 25 au samedi 26 Mai 1923).

Mais à une autre date.

Et il a évoqué pour preuve la météo.

Je vais donc essayer de reprendre toute l'affaire point par point pour que ce témoignage colle au mieux avec les faits connus et reconnus.

Ce billet est le 25ème billet que j'écris à cette fin depuis le lundi 26 Mars 2018.

..................

Voilà, voilà.

Il fallait que cela fut dit.

Une bonne fois pour toutes.

Calmement.

Sereinement.

Histoire de remettre les pendules à l'heure d'été.

Et de rendre à César ce qui appartient à César.

Et à moi ce qui m'appartient à moi.

Liliane Langellier

 

P.S.  : Vous devriez aller lire mon dernier petit billet sur mon blog personnel :

Mon Mai 68 - Saison 1.

 

 

Morlaix. Traon ar Velin. La maison des Seznec.

Morlaix. Traon ar Velin. La maison des Seznec.

La fenêtre où s'est perché Petit Guillaume. Photo Bruno Lombardo.

La fenêtre où s'est perché Petit Guillaume. Photo Bruno Lombardo.

La marche de 25 centimètres. Photo Bruno Lombardo.

La marche de 25 centimètres. Photo Bruno Lombardo.

Le parquet en bois de chêne. Photo Bruno Lombardo.

Le parquet en bois de chêne. Photo Bruno Lombardo.

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G
Bon dimanche,
Oui, la date du décès de Pierre Quémeneur dans le salon de Traon Ar Velin n'est pas celle retenue par l'accusation (la nuit du 25 au 26), elle serait le dimanche 27 mai.
Puisqu’il semble bien que Seznec soit, au mieux, arrivé à Morlaix, tard ce dimanche ou dans la nuit, forcément les dires de Petit-Guillaume doivent être sensiblement, aménagés en suggérant, par exemple, sa rentrée au pensionnat le lundi soir, après avoir juré......

Oui Seznec a bien effectué un deuxième voyage à Paris les 1 et 2 juin.
On peut se demander le pourquoi, dans sa situation, d'un tel périple?
On le voit mal se donner toute cette peine pour deux charnières et une visite à un avocat à 10 frs.
A t-il eu la tentation de continuer l'affaire en cours ? A t-il, comme l’accusation l'a affirmé, effectué ce voyage pour toucher le chèque à la poste ?
Autre chose ?
Peut-être, en ayant quitté son associé précipitamment le vendredi soir et le retrouvant estourbi deux jours plus tard, emballé par la bonne Angèle, était-il ignorant de la finalité de la prometteuse opération entamée ? Surtout, et ça c'est Petit-Guillaume qui le dit, il pleurait ses dollars disparus avec la mort de son compère : «nous sommes ruinés..., jamais on ne reverra nos dollars... ».
Les dollars de Marie Jeanne, mis au pot, d'une entreprise qui devait rapporter gros rapidement.
Alors conseil auprès d'un avocat : comment récupérer les économies d'origines inavouables, confiées à son meilleur ami pour une opération tout aussi ambiguë, en sachant que le copain, bien que signataire d'un reconnaissance de dette, a eu un empêchement après une malencontreuse chute.

Au fond, il s'est peut-être dit : « et puis zut ! C'est mes dollars, y-a pas de raison ; le chèque attend à la banque, allons-y au culot! ».
Un deuxième voyage ? Pour brouiller les pistes ?:
On a surtout l'impression qu'il s'est embrouillé tout seul ; mis en difficulté en deux jours.
C'était le but ; éloigner les enquêteurs de Morlaix et de Marie-Jeanne, endosser le costume du suspect idéal?
Je pense que le couple est allé au delà,en tentant de faire croire à la survie du Pierrot. Une bonne quinzaine de rab (13 juin), c'est peut-être charitable, mais il s'agissait avant tout d'une carambouille dont le seul but était la dernière carte : la promesse de vente dans la valise du défunt.
Répondre
M
Oui, Guy, si on veut retenir ce deuxième voyage à Paris pour brouiller les pistes, il faut que ce soit celui en train du 2 juin. Après tout, il n'a peut-être pas été précisé que ce deuxième voyage se faisait en voiture. Donc ça colle à nouveau. Je crois que, de toute façon, même si l'histoire a été inventée par Petit-Guillaume ou lui a été suggérée par sa maman, elle doit coller aux faits d'assez près, donc pas quelque chose de complètement révolutionnaire et impossible. Et si elle est vraie, elle doit coller, c'est sûr.
M
Et enfin un dernier commentaire (je suis désolé, je n'arrive pas à mettre ces messages dans le bon ordre).
Ne serait-il pas possible que Petit-Guillaume, qui n'était qu'un enfant à cette époque, ait vu ses souvenirs se modifier, surtout avec le traumatisme qu'il aurait subi ?
Il est question ailleurs, comme date, du début mai. Ne pourrait-il avoir été témoin indirect de privautés que se serait permis Quéméneur, d'un rebuffade de sa mère, d'une chute de Quéméneur puis du départ de celui-ci et non de sa mort ?
Le serment trouverait là encore sa place, tout comme le désarroi de Seznec : Angèle et Petit-Guillaume doivent jurer pour que la mère ne soit pas déhonnorée.
On peut d'ailleurs continuer à imaginer Seznec vidant son sac dans la nuit du 25 à un Quéméneur qui ne sait pas qu'il sait. Cela rejoindrait les rumeurs connues de certains jurés.
Répondre
M
Le problème qu'on a avec Quéméner, c'est qu'on ne lui connaît pas la moindre liaison, et le pire, c'est que sa famille trouve ça parfaitement normal et applaudit. Il a de l'argent, il est sympathique, il parle bien, il paie des verres, il n'est pas franchement beau mais il "porte beau" (du haut de son mètre 57), il ne fait pas paysan endimanché. Et à 45 ans il est célibataire. Seznec suppose que Quéméner a pu dormir chez une gonzesse à Houdan (ou à Dreux, après tout), mais ça peut être parce qu'il lui faut bien trouver une explication au fait qu'on n'a pas pu Quéméner à la gare, donc ça ne veut pas nécessairement dire qu'il fréquentait des prostituées.

Il pouvait être homosexuel et d'une extrême discrétion. Il pouvait également être un peu plus qu'un frère pour sa sœur Jeanne. Mais c'est un mystère, on ne sait rien sur lui. 24 ans depuis sa majorité et rien de rien. Donc on ne sait pas s'il aime les femmes. On ne sait pas s'il trouve Marie Jeanne à son goût. Et pourquoi s'intéresserait-il à la femme de son pote, lui qui a été si discret jusque là, donc prudent ou simplement asexuel, alors qu'il doit y avoir des centaines de milliers de veuves de guerre qui ne diraient pas non ? Non, vraiment, je crois que ces rumeurs étaient infondées.
M
Chère Liliane,

Revoici le texte que je vous ai envoyé par mail hier, le tableau est malheureusement massacré.

D’après ce qu’on sait des dires de Petit-Guillaume, la mort de Quéméneur serait survenue un dimanche (seule journée où il est à la maison) Ce dimanche peut être le 20 ou le 27 mai. La date du 20 mai se heurte aux témoignages suivants (les noms sont cités d'abord, les dates correspondantes en dessous).

Jenny Quéméneur
Les 21, 22, 23 et 24
Accompagne son frère le 21 voir son beau-frère Me Pouliquen à St Sauveur puis revient avec eux à Landerneau. Est témoin de l’appel de Seznec. Le 22, reçoit Seznec pour dîner le soir. Le 23, prépare ses affaires notamment un costume qui ne sera pas retrouvé. Le 24, voit partir Quéméneur pour Rennes.
Procès-verbal du 26 juillet 1923.
Jenney Quéméneur n’a aucune raison de mentir. Peut-elle se tromper de date ? c’est possible mais il est difficile d’imaginer qu’elle se trompe à la fois pour St Sauveur et pour la venue de Seznec.

Pélagie Caradec
Les 22, 23 et 24
Bonne de Jenny et Pierre Quéméneur. Voit Seznec et Quéméneur partir le 22 et revenir, décrit leur tenue, est affirmative sur l’absence de boîte (dollars) et note qu’il n’y a rien dans le pardessus de son patron. Confirme les dires de Jenny sur les autres points.
Procès-verbal du 17 octobre 1923.
Mêmes remarques que pour Jenny Quéméneur.

Emile Lombard
Le 22
Propriétaire de l’hôtel des voyageurs à Brest. Confirme que Seznec et Quéméneur, qu’il connaît tous deux, ont déjeuné à son établissement et sont partis vers 13h30.
Procès-verbal du 4 octobre 1923.
N’a aucun lien avec l’affaire. Peut se tromper de date.

Gabriel Saleun
Le 22
Fondé de pouvoir d’une banque. Refuse d’accorder un prêt.
Procès-verbal du 28 juin 1923.
Témoignage indiscutable et ne pouvant se tromper de date si n’est pas complice.

Jean Le Verge
Le 22
Promet de vendre une voiture que Quéméneur, qu’il connaît, et Seznec viennent essayer à Lesneven, à 17 km de Landerneau.
Procès-verbal du 2 août 1923. N’a aucun autre lien avec l’affaire si ce n’est le malheur d’être propriétaire d’une Cadillac. La réalité de ses dires est attestée par la promesse autographe de Quéméneur. L’erreur sur la date est possible mais suppose que Quéméneur antidate (pourquoi le ferait-il?) et que Le Verge se trompe.

Julien Legrand
Le 22 et le 23.
Escompte une traite de Seznec puis reçoit Quéméneur le soir du 23.
Procès-verbal du 27 juin 1923. Ne peut se tromper de date, il porte lui-même celle-ci sur la traite. Indiscutable si pas complice.

Secrétaire de la mairie de St Laurent
Le 21
Reçoit la visite de Quéméneur le 21 au soir pour préparer le Conseil du 24 où Quéméneur doit intervenir sur une question de chemins.
« La Dépêche de Brest » du 29 juin 1923. N’a aucun rapport avec l’affaire, témoignage indiscutable et date indiscutable aussi.

Jean-François Abgrall
Le 24
Maire de Saint Sauveur. Fait patienter le conseil le 24 en attente de Quéméneur qui doit intervenir puis débute la séance par d’autres points. Voit arriver à dix heures par porteur une lettre d’excuses de Quéméneur datée du jour même et comportant le détail de la question des chemins. Le maire lit alors la lettre au Conseil.
« La Dépêche de Brest » du 29 juin 1923. N’a aucun rapport avec l’affaire, témoignage indiscutable : qui, à part Quéméneur, connaît dans le cercle de l’affaire les questions de chemins ruraux de Saint Sauveur ? d’autre part M. Abgrall connaît l’écriture de Quéméneur, voir Rouz.

René Dupuis
Le 24 juillet
Propriétaire de l’hôtel parisien, à Rennes, connaît Quéméneur qui a ses habitudes chez lui notamment pour y traiter ses affaires dans les salons fournis à cet effet (habitude chez Quéméneur, voir Rouz).
Procès-verbal du 1er juillet 1923. Indiscutable si n’est pas complice, mais quel serait son intérêt ?

Deux messieurs amis du journaliste de l’Ouest Eclair
Le 24
Prennent l’apéritif avec Quéméneur (rencontre fortuite) puis avec lui et Seznec. Parlent de mécanique mais en aucun cas de vente de voitures. Recommandent à Quéméneur et Seznec l’hôtel de Bretagne à Pré-en-Pail s’ils ont un jour à faire halte entre Rennes et Paris.
Ouest Eclair du 8 juillet 1923.
Témoignage peu probant car il y aurait pu y avoir substitution de personne concernant Quéméneur.
Intéressant tout de même car connus du journaliste et faisant un portrait surtout psychologique de Quéméneur proche de ce qu’on sait de lui.

D’autre part, Petit-Guillaume nous déclare qu’Angèle Labigou était là. Or, elle était dans sa famille (à la suite du décès accidentel de son frère) du 15 au 23 mai (procès-verbal du 30 juin 1923).

Enfin, les propos de Me Pouliquen disant que lui et Quéméneur se sont rendus aux courses de Commana le 20 mai sont très crédibles. En effet, ce dimanche de Pentecôte, il y a de nombreuses courses cyclistes en Bretagne (voir la presse) et Quéméneur est natif de Commana (qui, avec St Sauveur, lui a donné la victoire aux cantonales, voir Rouz) et conseiller général du canton. L’absence du conseiller général lors d’une activité de ce type aurait forcément été remarquée.
Répondre
M
Ma correction n'a pas été enregistrée, donc je la refais : je voulais dire "l'express de 21h59 à Dreux le 25 mai" et non le 27, bien entendu.
M
Effectivement, Marc, le terme "indiscutable" est mal choisi, je voulais dire "indiscutable quant à la date". Il y a deux catégories : Saleun et Legrand, certains quant à la date mais peuvent avoir menti. Le secrétaire et le maire Abgrall, certains quant à la date et ne peuvent avoir menti. Pour le témoignage Abgrall, notez que la lettre de Quéméneur a été lue devant tout le conseil.

J'avais oublié le télégramme de Rennes, effectivement, et sa "minute".
M
Je crois que vous abusez du terme "indiscutable" pour certains (ou nombre) d'entre eux, mais en effet, il me semble impossible d'accepter la date du 20 mai. Beaucoup trop de témoins, et surtout de documents autographes datés et signés par Quéméner pour la période du 20 au 24 mai. Le dernier étant la minute du télégramme de Rennes envoyé le 24 mai à 21 heures. Le site "L'affaire Seznec revisitée" le rappelait la semaine dernière.

Si on veut faire coller aux faits l'histoire de Petit-Guillaume dans sa version Jean-Yves et Gabriel Seznec rapportée par Liliane, il faut se reporter sur le 27 mai. En ce qui me concerne, j'admets que Pierre Quéméner a pu attraper l'express de 21h59 à Dreux le 27 mai (même si je pense qu'il ne l'a pas fait, mais c'était encore possible). Ensuite on a le témoignage de François Le Her, admis comme formel par la justice (il est simplement jugé suspect car contraire à la théorie de l'accusation mais on n'a pas pu démontrer qu'il était faux), donc on peut s'appuyer dessus. Pour la nuit du 25 au 26 à Paris, Quéméner peut s'être enregistré dans un hôtel sous un faux nom ou avoir dormi chez une connaissance. Quant à celle du 26 au 27, il l'aurait passée dans le train de nuit.

Il faut voir comment on peut faire coller les deux voyages, après ça. Cette partie peut avoir été ajoutée plus tard et ne pas faire partie du souvenir d'origine. Je ne crois pas que Seznec ait parlé de ces voyages les dimanches de juin 1923 à ses enfants. Il a sûrement évité le sujet. Et après ça, il était incarcéré.
M
Chère Liliane,

Une question se pose : les souvenirs de Petit-Guillaume sont-ils compatibles avec les choses que nous savons avec certitude ?

Pour cela, reprenons quelques uns de ces souvenirs.

L'incident se passe dans la matinée, entre 10 et 11 heures.
Il fait beau.
Seznec arrive en début d'après-midi (la discussion entre les époux Seznec et la bonne dure toute l'après-midi).
Petit-Guillaume est ramené à sa pension en fin de journée.

En ce qui concerne le temps : le 27 mai 1923, la presse nous dit qu'il y a une dépression, avec un vent de force moyenne et des averses. Cela correspond mal à l'idée de beau temps.

D'autre part, on sait de façon certaine (multiples témoins confirmant les dires de Seznec) que Seznec est en panne en plein centre ville de Vitré vers 13h30. Thierry a fort justement calculé que la Cadillac, ce jour-là, se trainait à 20 km/h, or il y a 220 kilomètres entre Vitré et Morlaix. Actuellement, il faut, nous dit GOOGLE, 2h24 pour faire le trajet. Or, il y a de nombreuses portions à 2x2 voies, la route est roulante et tous les gros bourgs le long de la route sont déviés, tout comme des villes comme Montauban-de-Bretagne, Saint-Brieuc et surtout Rennes.De plus, nous avons vu qu'il y avait des averses, chose très pénalisante sur une route simplement empierrée avec une voiture dont les essuie-glaces et les freins ne sont pas un point fort.
Il est donc extrêmement peu probable, même s'il n'y a pas panne, que Seznec soit à Morlaix plus tôt qu'en début de nuit.

A ces faits s'ajoute une opinion : si Quéméneur avait débarqué du train de Paris en tout début de matinée, où serait-il bien passé dans une ville comme Morlaix un dimanche matin, avec ses messes, pendant plus de 4 heures et sans que personne ne le reconnaisse ?
Répondre
M
Correction : arrivée matinale le 27 mai, bien sûr, non juin.
M
Ayant lu à l'instant l'article de presse dont Liliane nous donne des photos dans son dernier billet, je vois que Marie Jeanne situe l'arrivée de Jean Pouliquen et Louis Quéméner le 10 juin vers 6h30. Je me doutais bien que Pouliquen avait exagéré l'heure de son départ de Landerneau, car il aurait fait tout le trajet de nuit. Il devait encore penser en heure d'hiver lui aussi. Il est donc probablement parti vers 5 heures à l'aurore et arrivé à 6h30, en plein jour. Seznec n'était pas debout mais les gens ne s'étaient pas encore adaptés à l'heure d'été. Cela ne change rien à ce que je disais sur la possible arrivée matinale de Pierre Quéméner le 27 juin, à 7h08 heure d'été dans un train parti de Paris la veille à 20h05 heure d'hiver. D'autant qu'Angèle et Marie Jeanne étaient apparemment plus matinales que Guillaume.
M
Bonjour, MArco. Quand Pouliquen rend visite à Seznec le 10 juin, il part de Landerneau à 4 heures du matin. Il y a 39 km jusqu'à Morlaix selon la carte routière Michelin de 1922, et il doit traverser Landivisiau. La meilleure moyenne qu'il peut faire, c'est sûrement 50 km/h, mais disons 40 donc il arrive à 5 heures, c'est-à-dire environ un quart d'heure avant le lever du soleil ! Seznec est encore au lit, et ne se présente qu'une demi-heure plus tard. Il est à peu près sûr que tout le monde se lève très tôt, à l'époque. Il ne faut pas gaspiller les heures de soleil comme on le fait aujourd'hui.

Mais le 27, on a une difficulté supplémentaire : le changement d'heure à 23 heures la veille. Donc finalement, ce train de 6h08, il n'arrive qu'à 7h08 heure officielle (mais il est à peu près sûr que les gens n'ont pas changé d'heure immédiatement, car Angèle et Marie Jeanne parlent de plein jour à 4 heures du matin pour le 28, ce qui est impossible). En tout cas, ce qui compte, c'est le soleil, et à l'heure d'été le soleil se lève vers 5h20, donc vous pensez bien qu'à 7h08 tout le monde est debout depuis longtemps. Et au pire Angèle peut le faire patienter dans la salle à manger.
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Bonjour Marc.

Pour le trajet, j'avais repris la démonstration de Thierry Lefebvre, que j'avais trouvé convaincante, il faudrait regarder ce point très en détail. Il y a plusieurs pistes : refaire finement le calcul ; essayer de voir à quelle heure il est raisonnable qu'un enfant rejoigne sa pension...

Pour l'arrivée Quéméneur, il me semble (mais je n'arrive pas à mettre la main sur le passage) que Petit-Guillaume nous dit qu'il voit la scène vers 10h30 / 11h. Cela fait un énorme laps de temps. D'autre part, si Quéméneur arrivé bien à 6h08, il est rue de Brest vers 6h20 du matin, je ne sais si les Seznec sont levés mais ce n'est pas en tout cas le moment où un enfant joue dehors...

Pour la météo, je vais voir s'il y a quelque chose sur les données publiques.
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Bonjour, MArco. J'ai évoqué ce timing très récemment en commentaires. S'il ne se retrouve pas bloqué 4 heures juste avant Rennes (s'il a donc menti sur ce point) et si tout se passe bien, il peut être à Morlaix vers 18h30, soit plus de 2 heures et demie avant la nuit. Plus tôt, ça semble impossible, par contre. J'ai même regardé s'il pouvait laisser sa voiture à la gare de Rennes et prendre un train : ça le met à 18h24 à Morlaix, donc ça ne change rien.

Pour ce qui est du temps, on n'en a que des échos très imprécis. On peut avoir des averses le matin et une après-midi magnifique. Pluie à 7 heures du matin le 28 mai à Brest : 2 mm (dans les dernières 24 heures). Ça n'est pas énorme. Une pluie faible, c'est 2 mm par heure. Là, c'est en 24 heures. Donc une averse et c'est fini, et cette averse peut avoir eu lieu en pleine nuit.

Qu'est-ce qu'il aurait fait à Morlaix le matin ? Mais justement, il n'a rien d'autre à faire de d'aller directement chez Seznec, donc il arrive par le train de 6h08, il n'y a pas encore foule et personne ne fait attention à lui. Un petit moustachu d'âge moyen en costume, à cette époque-là, ça n'a vraiment rien de spécial, c'est même invisible.