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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 880 articles.

Affaire Seznec : L'arrêt de la Cour de Cassation

Il y a deux sortes de justice : vous avez l’avocat qui connaît bien la loi, et l’avocat qui connaît bien le juge !
Coluche / Le Chômeur

Merci, Marc du Ryez, en vous lisant, je m'aperçois que, depuis les nouvelles révélations des fils de Petit Guillaume, je n'ai pas ré-épluché l'arrêt de la Cour de Cassation du 14 décembre 2006...

Histoire de voir si ça colle avec cette thèse.

(ndlr Attention... C'est moi qui ai surligné certains mots en gras)

Président : M. Cotte
Rapporteur : M. Castagnède, conseiller
Avocat général : M. Launay
Avocat(s) : Me Baudelot, Me Bredin

............

I - SUR LES TEMOINS D’HOUDAN

Attendu que les témoignages de Paul Jeangirard, marchand de cycles, et de son épouse, ceux de Julienne Godefroy et de Renée Fouquet, l’une et l’autre employées à l’hôtel-restaurant du "Plat d’Etain", ceux encore de Maurice Garnier et d’Emile Nouvion, employés du chemin de fer, ont établi que Seznec et son compagnon de voyage se sont trouvés, fin mai 1923, un vendredi aux dires des secondes, à Houdan, vingt kilomètres après Dreux ; qu’ils ont acheté, vers 21 heures, une petite lanterne pour équiper l’arrière de leur automobile, avant de se présenter au "Plat d’Etain" ; qu’ils ont quitté le restaurant, à la fin du dîner vers 22 heures, juste avant d’être vus dans la cour de la gare, où leur automobile a heurté une barrière, et d’où ils sont repartis après s’être renseignés sur la route à prendre pour gagner Paris ; que Pierre Piau, chef de gare, et son épouse, eux aussi présents au moment de l’arrivée mouvementée du véhicule, ont situé cet événement le vendredi 25 mai 1923, se fiant au fait qu’ils étaient occupés à protéger les plantes de leur jardin, jouxtant la cour de la gare, d’une éventuelle gelée nocturne, comme celle survenue la nuit précédente ;

Attendu que Seznec a confirmé la teneur de ces témoignages quant au déroulement de la soirée à Houdan, jusqu’au détail du heurt sur la barrière ; qu’il en a déduit s’être trompé en situant à Dreux le départ pour Paris de Quéméneur par le train ; qu’en revanche, il a indiqué être arrivé vers 21 heures 15, 21 heures 30, à la gare d’Houdan où il a dit avoir déposé son compagnon devant le café voisin, avant de poursuivre seul le voyage en automobile ; qu’ainsi, il a contesté tant les indications fournies par les témoins sur les horaires, lesquelles excluaient que Quéméneur ait pu prendre, dans cette gare, le train pour Paris, le dernier de la journée étant déjà passé, que les déclarations des cheminots selon lesquelles la voiture avait poursuivi sa route, en sortant de la cour de la gare, sans que quiconque en soit descendu ;

Attendu que, pour remettre en question ces témoignages, il est soutenu que, d’une part, "Jean Gérard", entendu six fois, a précisé que Seznec et Quéméneur lui avaient acheté une lanterne à 20 heures et que, d’autre part, les serveuses du "Plat d’Etain" auraient pu se tromper en raison du changement d’heure intervenu entre les faits et le jour de leur audition ;

Mais attendu que, si les indications horaires fournies par Paul Jeangirard et non pas par "Jean Gérard", entendu seulement trois fois, comportent une part d’approximation, il reste que ce témoin a précisé qu’il avait fini de dîner, alors qu’il prend habituellement son repas vers 20 heures, qu’il avait dû allumer le gaz pour servir les deux clients, car il ne faisait plus assez clair, et qu’après qu’il leur eut suggéré de se rendre au "Plat d’Etain", son épouse avait eu cette réflexion : "A l’heure qu’il est, je ne sais pas si vous trouverez à manger " ; qu’en outre, les employées de ce restaurant ont précisé qu’à l’arrivée des deux voyageurs, les chaises étaient déjà placées sur les tables, comme tous les vendredis après le service ;

Que l’élément de discussion tenant au changement d’heure ne peut être retenu comme nouveau ; qu’en effet, pour permettre aux jurés d’apprécier la portée de ce changement, la chambre des mises en accusation a ordonné un supplément d’information afin de vérifier le jour où il était intervenu ;

Attendu qu’il est encore prétendu que Quéméneur aurait passé un appel téléphonique depuis le "Plat d’Etain", élément dont on devrait déduire qu’il s’y trouvait avant 21 heures, puisqu’à Houdan le service des abonnés était interrompu à partir de cette heure-là ;

Attendu que, s’il est vrai qu’il constituerait un fait nouveau, ni les témoins ni l’inculpé n’en ayant fait état, cet appel téléphonique, dont l’existence est avancée pour la première fois, en 1930, par un certain Charles Huzo, se présentant comme homme de lettres, n’est étayé par aucun élément objectif et demeure à l’état de pure allégation ;

Attendu que, si les indications horaires fournies par les employés du chemin de fer, essentiellement par référence aux mouvements des trains et au service de la gare, apparaissent difficilement pouvoir être remises en question, il est soutenu qu’il y aurait eu méprise, de la part des cheminots, sur la date du 25 mai résultant des déclarations du chef de gare à propos d’une gelée constatée la nuit précédente, alors que le minimum enregistré, cette nuit-là, par la station de Trappes, a été de 4,3 degrés, cette précision météorologique constituant un fait nouveau ;

Mais attendu qu’outre qu’elle se fonde sur des données de température relevées à Trappes, à une distance de trente kilomètres d’Houdan, cette affirmation est mise à néant par les propres déclarations de Seznec, procédant de neuf interrogatoires et confrontations, justifiés par des divergences sur les horaires entre le prévenu et les témoins, déclarations selon lesquelles c’est au cours de la même soirée du 25 mai 1923 que, parvenus à Houdan, lui-même et Quéméneur ont acheté une lanterne, puis sont allés dîner au "Plat d’Etain" et se sont rendus sur-le-champ à la gare où ils se sont séparés, devant le café de la gare ;

Attendu qu’il est prétendu que le heurt d’une barrière, par la Cadillac dans la cour de la gare, précision donnée par l’inculpé, serait passé inaperçu des témoins qui n’en auraient pas fait état  ;

Mais attendu que Maurice Garnier a déclaré avoir vu surgir l’automobile dans la cour, avoir eu l’impression qu’elle allait s’écraser contre la barrière et avoir constaté qu’elle avait "fait machine arrière", puis qu’un homme en était sorti pour y remonter après avoir vérifié l’état du véhicule ;

Attendu qu’enfin, le ministère public invoque un nouvel élément de révision, selon lequel il n’y aurait pas eu de café sur la place de la gare d’Houdan, alors qu’il en existait un sur celle de la gare de Dreux ; qu’il en déduit que les deux voyageurs n’ont pu se séparer à Houdan ;

Mais attendu que les pièces de la procédure d’instruction comportent un plan de la gare d’Houdan et de son environnement dressé par un ingénieur des travaux publics de l’Etat ; qu’il y est figuré, devant la place de la gare, face au jardin du chef de gare, un bâtiment désigné comme étant le "café de la gare" et que, sur ce plan, Seznec, invité par le juge d’instruction, le 22 septembre 1923, à désigner l’endroit exact où Quéméneur était descendu de voiture pour le quitter, a tracé une croix en face de ce débit de boissons ;

Attendu qu’ainsi, il n’existe aucun fait nouveau de nature à remettre en question les déclarations des témoins d’Houdan."

Intéressant, non ?

On reprend :

"Seznec et son compagnon de voyage se sont trouvés, fin mai 1923, un vendredi aux dires des secondes"

On parle ici de Julienne Godefroy et de Renée Fouquet, les employées du Plat d'Etain à Houdan.

Vous avez bien lu ?

"fin mai 1923... un vendredi..."

Intéressant, non ?

Dans la thèse des deux voyages.

Qui vous dit que Guillaume Seznec n'a pas vraiment effectué son second voyage le vendredi 25 mai 1923, histoire de brouiller les pistes ?

" (Pierre Piau et son épouse) ont situé cet événement le vendredi 25 mai 1923, se fiant au fait qu’ils étaient occupés à protéger les plantes de leur jardin, jouxtant la cour de la gare, d’une éventuelle gelée nocturne, comme celle survenue la nuit précédente ;"

Et la voilà notre gelée nocturne.

"une éventuelle gelée nocturne, comme celle survenue la nuit précédente"

Qui va servir à dater l'événement.

"Paul Jeangirard et non pas par "Jean Gérard", entendu seulement trois fois, comportent une part d’approximation"

Une part d'approximation !

Oui, vous lisez bien : une part d'approximation.

Forcément si Seznec s'est débrouillé pour être vu deux fois..."

"il est soutenu qu’il y aurait eu méprise, de la part des cheminots, sur la date du 25 mai résultant des déclarations du chef de gare à propos d’une gelée constatée la nuit précédente, alors que le minimum enregistré, cette nuit-là, par la station de Trappes, a été de 4,3 degrés, cette précision météorologique constituant un fait nouveau ;"

ça y est on est en plein dans les gelées et les tomates.

Denis Seznec avait dû leur refiler son tableau de la météo de Trappes.

 

 

"Mais attendu qu’outre qu’elle se fonde sur des données de température relevées à Trappes, à une distance de trente kilomètres d’Houdan, cette affirmation est mise à néant par les propres déclarations de Seznec, procédant de neuf interrogatoires et confrontations, justifiés par des divergences sur les horaires entre le prévenu et les témoins"

Circulez, y'a rien à voir !

Houdan/ Paris = 52 km en 1923.

Houdan / Trappes = environ 32 km.

 

Houdan in Guide Michelin 1922.

 

"puis qu’un homme en était sorti pour y remonter après avoir vérifié l’état du véhicule ;"

Un homme...

Pas deux.

Selon Maurice Garnier. Employé du chemin de fer à Houdan.

Mais peut-être un homme par deux fois.

Pour bien marquer les esprits.

Et brouiller les témoignages...

Petit rappel :

Guillaume Seznec est convoqué par la Sûreté Générale le jeudi 28 juin 1923 à Paris.

Il s'y rendra librement.

On connait la suite...

Intéressant de re-lire ses toutes premières déclarations :

Dans Le Matin du mardi 26 juin 1923

"Le récit de M. Sezenec 

 BREST, 25 juin. — Telégr. Matin. — Voici ce que déclare M. Sezenec, le commerçant de Morlaix, qui, le 24 mai, quitta, en automobile, Landerneau en compagnie de M. Quemeneur : 
Le 24 mai, j'ai retrouvé à Rennes M. Quemeneur. Je me rendais à Paris pour y vendre une voiture automobile, vente dans laquelle était intéressé pour une part M. Quemeneur. Le soir de notre rencontre à Rennes. M. Quemeneur télégraphia de cette ville à M. Pouliguen, son beau-frère, notaire à Morlaix, pour le prier de lui adresser à Paris, au bureau restant du boulevard Malesherbes, un chèque de 80.000 francs sur la Société générale, somme dont il avait besoin pour traiter à Paris diverses affaires. Nous devions repartir de Rennes en automobile le lendemain 25 mai, à 5 heures du matin. 
 Nous prîmes notre petit déjeuner une heure plus tard, à Ernée, 28 kilomètres après Vitré. Puis, à midi, nous avons déjeuné au Mesle, dans la Sarthe, et en sommes repartis à 13 h. 30. Mais, à partir de Mortagne, nous eûmes des pannes successives, et, à 16 heures, une nouvelle panne nous immobilisa en pleine ville de Dreux. M. Quemeneur alla chercher un mécanicien local. On répara et nous repartîmes. Cependant, au bout de cinq ou six kilomètres, nous comprîmes que nous ne pourrions aller bien loin, car la voiture n'avançait pas, et nous revînmes à Dreux. 
 M. Quemeneur qui, de son côté, avait des rendez-vous urgents pour le lendemain, à Paris, où il devait se rencontrer avec quelqu'un à 8 heures du matin, avenue du Maine, décida de me quitter et de prendre le train. 
 — Tâchez de gagner Paris, me dit-il, si vous croyez la chose possible, avec la voiture. Vous m'y retrouverez à l'hôtel de Normandie, près de la gare Saint-Lazare. 
 La nuit tombait. Il était 21 h. 30 environ. Je pris la route de Paris, mais, hélas ! pour rester de nouveau en panne à 12 kilomètres de Dreux. Il était tard, et après avoir vainement tenté de réparer, je m'endormis dans la voiture, ayant abandonné tout espoir d'atteindre Paris. Je repartis le lendemain et revins à Morlaix, où je comptais faire réparer la voiture par mon mécanicien habituel, plutôt que de la faire réparer à Paris, où cela m'eût coûté beaucoup plus cher. Depuis, je n'ai plus eu de nouvelles de M. Quemeneur.
 
 De son côté, M. Le Grand, industriel à Landerneau, nous a dit : 
M. Quemeneur est venu me rendre visite précisément la veille de son départ pour Rennes. Il m'a informé qu'il s'occupait actuellement de l'achat d'automobiles américaines demeurées en France, et qu'il devait les livrer à Paris à un commissionnaire américain; nommé Scherdly, qui s'en rendait acquéreur au prix de 30.000 francs pièce. Il paraissait enchanté et me dit : 
 » — Nous allons bientôt rouler sur l'or ! 
 » — Mais, pour réaliser votre projet, lui dis-je, il faut beaucoup d'argent ! 
 » — Je mets 80.000 francs dans l'affaire, et Sezenec, de Morlaix, en met 40.000[.]
 "

Le Matin du 26 juin 1923

 

Et Marie-Jeanne, elle nous a dit quoi, pendant ce temps-là Marie-Jeanne ?

Quand Guillaume est auditionné pour la première fois par Jean-Baptiste Cunat, le mardi 26 juin, à la police mobile de Rennes.

Marie-Jeanne se défend comme le le peut :

In Rouz en page 95 :

"A Morlaix, pendant que Guillaume est entendu par les policiers rennais, Marie-Jeanne commente devant les journalistes la disparition de Pierre Quéméneur : 

(ndlr in L'Ouest-Eclair du 27 juin 1923.)

"Nous ne savons pas, dit-elle, quelle somme il possédait sur lui. S'il a été tué, c'est par quelqu'un qui devait le connaître encore mieux que nous. Nous sommes profondément affectés de tout ce malheur. Si mon mari avait fait la route sur Paris avec M. Quéméneur il aurait certainement partagé son sort." Précision intéressante, elle indique aux journalistes que Pierre Quéméneur avait laissé prévoir une absence d'un mois, ce que contredit la famille du conseiller qui affirme qu'il devait être présent à la noce de sa nièce le 29 mai."

 

L'Ouest-Eclair du 27 juin 1923

 

Intéressantes, non, ces toutes premières déclarations...

Et qu'il est donc agréable de travailler avec Marc D...

Loin de toutes ces polémiques salissant l'affaire.

A suivre.

Liliane Langellier

 

P.S. Demain samedi 7 avril 2018, à 18 heures...

La énième et ultime conférence de Denis Seznec,

en présence de France 2.

(équipe Laurent Delahoussse. 13 h 15 le dimanche)

à Gueltas.

Près de Pontivy:

 

Gueltas. L’affaire Seznec au cœur d’une conférence

Denis Le Her-Seznec, petit-fils de Guillaume Seznec, condamné pour le meurtre de Pierre Quéméneur en 1923, parlera de cette affaire qui n'a jamais été résolue, samedi.

Denis Seznec, petit-fils de Guillaume Seznec, du même nom de l’affaire dont le mystère reste encore entier, sera présent à Gueltas, samedi, pour parler de son grand-père et de l’enquête qui n’a jamais pris fin.

Petit retour historique : Pierre Quéméneur, conseiller général, disparaît durant un voyage qu’il a effectué les 24 et 25 mai 1923, entre la Bretagne et Paris, avec Guillaume Seznec. Il devient alors le principal suspect.

Plusieurs pistes

L’accusé est reconnu coupable le 4 novembre 1924, sans réelles preuves alors que Pierre Quéméneur n’a pas été retrouvé. Il est condamné aux travaux forcés à perpétuité, au bagne en Guyane. Il en sortira le 14 mai 1947. Il meurt sept ans plus tard.

Depuis, ses enfants et petit-enfants mènent la bataille pour prouver l’innocence de Guillaume Seznec.

Denis Seznec s’appuie sur le témoignage de Gabrielle Dauphin, qui aurait entendu des coups de feu pour au Manoir de Plourivo voir sa demande de révision du procès acceptée. Procès dont les requêtes sont rejetées années après années.

Plusieurs autres pistes s’entremêlent dont une qui mène au Canada, un témoignage d’un résistant policier originaire de Cannes qui affirme avoir rencontré l’assassin de Quéméner dans le camp de Plauen, en Allemagne, en 1945.

Plus récemment, des fouilles ont eu lieu à Morlaix, en février, dans l’ancienne maison des Seznec. Un os de provenance animale a été retrouvé. Les recherches ont été demandées par deux témoins, l’avocat de la famille et l’auteur d’un livre sur le sujet. 

 

Samedi 7 avril, à 18 h, salle Ellébore. Organisée par Gueltas’Anime. L’entrée est gratuite.

Une équipe de France 2 sera présente.

.................

"ses enfants et petits enfants"...

Yesssssss !

"Les recherches ont été demandées par deux témoins, l’avocat de la famille

et l’auteur d’un livre sur le sujet."

Yessssssss !

 

P.S. 2 Qui a écrit le paragraphe "Pierre Quéméneur" sur

la fiche Wikipedia

de l'affaire Seznec ?

#Jedemande

Parce qu'il va falloir être attentif aux écrits sur Wikipedia désormais.

Je préviens Denis Seznec.

Pour le paragraphe sur les fouilles de février dernier qui méritent 3 lignes, pas plus.

Et pour les ajouts divers et variés.

M.Bruno Cotte.Président de la Cour de Cassation en décembre 2006. Photo AFP.

M.Bruno Cotte.Président de la Cour de Cassation en décembre 2006. Photo AFP.

Le Monde du 16 décembre 2006.

Le Monde du 16 décembre 2006.

Mon dossier Seznec fin décembre 2017.

Mon dossier Seznec fin décembre 2017.

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A
Bonjour, Marc, Bonjour Liliane,<br /> <br /> Décidément, il se passe tout le temps quelque chose aux Geleries Seznec-Quemeneur.<br /> Pendant que je revenais vers le blog de Marc et y laissais un court message, voilà que Marc lui-même argumente longuement ici.<br /> Je n'en retiens - pour l'instant - qu'une chose.<br /> Marc évoque la possibilité que "Quéméner prenne l'express de 21h59 pour Paris", et ajoute que "tout cela est parfaitement possible". J'admire cette honnêteté intellectuelle de la part de quelqu'un qui, tout au début du premier billet de son blog, écrit que, "Selon [lui], (...) Guillaume Seznec a tué Pierre Quéméner le 25 mai 1923 entre 22 et 23 heures, quelques kilomètres après Houdan sur la route de Paris,"<br /> <br /> Et, oui, chère Liliane, il va falloir reprendre tous les dires de Seznec.<br /> Et, oui encore, c'est un travail de bénédictin-e.<br /> Qui sont des religieux/religieuses travaillant EN COMMUNAUTE.<br /> <br /> alain
Répondre
L
Je n'ai pas la vocation...<br /> Bien que j'ai passé tous mes étés de 1999 à 2005 à l'abbaye Saint Michel de Kergonan de Plouharnel...<br /> Les moniales ont une ravissante maison d'hôtes dont elles ne réservent les chambres et la pension habituellement qu'à leurs familles.<br /> Et oui, j'étais pistonnée...<br /> Mon père spirituel a longtemps été un moine de Solesmes : le père Joseph Michel Marie Lemaire...<br /> Tout ça pour dire que je m'y connais en bénédictins...<br /> Et que, côté communauté, ça va le faire !
M
Bonjour, Liliane,<br /> <br /> Les témoignages de Houdan n'ont pas de date précise, en effet : un vendredi fin mai, c'est la précision maximale qu'on obtient d'eux. La principale raison pour laquelle ils ont été fixés au 25 mai, ce ne sont pas les tomates de Garnier, mais ce sont les dires de Seznec lui-même, et il y a eu confrontation entre les témoins et lui. Malgré ce que disait Garnier en 1933 (voir votre article du 3 avril "Les témoins du voyage de Guillaume"), ce ne sont pas seulement les policiers qui fixent la date, mais aussi Seznec... Et la date que les policiers suggèrent aux témoins de Houdan, ils la tiennent eux-mêmes de Seznec, et aussi de Pouliquen, mais Pouliquen la tient de Seznec !<br /> <br /> Pour être honnête, rappelons que Jeanne Quéméner dit que son frère est parti le 24 pour Paris, mais pour votre théorie, vous pouvez toujours dire qu'elle se trompe, et qu'elle n'a établi cette date que plus tard, après avoir téléphoné à Seznec (voyez d'ailleurs ma page consacrée au 4-9 juin 1923, où j'explique qu'il y a eu de grosses confusions chez nos auteurs concernant la visite chez Seznec de Jenny, qu'on appelait en fait Jeannie, y compris sur un recensement que vous avez reproduit, et qui s'appelait Jeanne à l'état civil ; dans la presse, on l'appelle "Mlle Quéméneur", et les mentions Jenny, Jeannie et Jeanne sont extrêmement rares).<br /> <br /> Pour revenir au sujet, une chose intéressante est d'étudier les heures du lever et du coucher du soleil au moment des faits et aux différents lieux traversés (je les mentionne en note le plus souvent possible sur mon site). Le 25 mai 1923, le soleil s'est couché à 19h36 à Paris, et 2 à 3 minutes plus tard à Houdan et à Dreux. Paul Jeangirard a dit qu'il "avait dû allumer le gaz pour servir les deux clients, car il ne faisait plus assez clair", il a donc certainement raison quand il dit qu'il était environ 20 heures, parce qu'à 21 heures (heure d'hiver, GMT à l'époque), il faisait déjà nuit noire ; par contre, à 20 heures, 22 minutes après le coucher du soleil, il faisait peut-être encore assez jour pour se promener dans la rue sans lumière (d'autant qu'il y avait le clair de lune), mais il faisait trop sombre pour travailler, et à l'intérieur des maisons encore plus.<br /> <br /> Concernant le moment où il aurait quitté Quéméner près de la gare, Seznec dit le 24 juin au journaliste de La Dépêche de Brest (article publié le lendemain) : "La nuit tombait à ce moment : il était environ 10 heures, 10 h. 30". Chose absurde, évidemment, sans compter qu'il croit, ou veut nous faire croire, ou sait que c'était à Dreux. Mais on voit qu'il se réfère au coucher du soleil pour situer l'heure (ou c'est le journaliste qui extrapole l'heure à partir de "la nuit tombait") et il (ou le journaliste) a tout faux, car la nuit tombait vers 20 heures.<br /> <br /> Dans sa déposition du 28 juin à Paris, Seznec dit : "nous avons jugé prudent de retourner à Dreux où nous sommes arrivés peut-être vers 21 heures". Et si c'était vrai ? Cette fois, nous sommes en dehors de votre théorie, mais si on rectifie (et non modifie) les heures, il peut être arrivé à Houdan à 20 heures, avoir mangé au Plat d'Etain et être reparti sur la route de Paris comme tous les témoins l'ont dit. Puis Quéméner (qui conduisait depuis Ernée, c'est-à-dire toute la journée depuis le petit-déjeuner, et est donc le seul responsable de la décision de rouler de nuit) a décidé de retourner à Dreux, sachant pertinemment qu'il n'y avait plus de trains à Houdan ce soir-là, et ils y sont arrivés largement à temps pour que Quéméner prenne l'express de 21h59 pour Paris.<br /> <br /> Comme je vous l'ai déjà dit, tout ça est parfaitement possible, mais il y a la valise, le carnet de dépenses et les fausses promesses de vente : c'est là que ça se complique.
Répondre
L
Oui, cher Marc...<br /> Pour Pouliquen, j'avais repris la primo-enquête chez Bernez Rouz...<br /> Parce que c'est lui qui fixe toutes ces dates de la Pentecôte...<br /> Lui...<br />
M
Cela dit, je crois que tout ça n'est qu'une construction intellectuelle et collerait mieux avec un retour le 28 mai, mais il n'est pas interdit d'examiner à fond la possibilité du 20 mai.<br /> <br /> S'il y a eu deux voyages, le premier ne s'est probablement pas fait dans la Cadillac de Seznec mais dans une autre Cadillac. Seznec dit dans La Dépêche de Brest du 27 juin : "Le marché dont il s'agissait comprenait cent véhicules, dont les dix premiers devaient être livrés le 2 juin. C'est pourquoi M. Quéméneur s'était empressé d'écrire à de nombreux garagistes de Nantes et de bien d'autres villes pour demander des voitures américaines." D'ailleurs, dans votre version, ils ont encore un peu de temps pour en amener 10 à Paris le 2 juin, alors qu'avec un premier voyage le 25 mai, ça va être très dur.<br /> <br /> Le 23 mai (après la mort de Quéméner, dans votre théorie), Seznec se rend au garage Jestin pour récupérer sa Cadillac (avec une fausse lettre de Quéméner ou simplement au culot), demande une autorisation de déplacement pour le véhicule, indique les dates du voyage (4 jours à partir de cette date) et la destination, et précise bien qu'il sera accompagné de Quéméner, ce document lui servant à authentifier le second voyage. Puis le lendemain il part de Morlaix sur la route de Paris, accompagné d'un ami un peu filou, celui qui l'a aidé à enterrer Quéméner dans les bois (de Jaëgher ?).<br /> <br /> Avec une théorie à deux voyages proches dans le temps, il peut y avoir un chassé-croisé entre les témoignages, d'ailleurs. Hodey a peut-être vu de Jaëgher le 25, tandis que Jeangirard a vu Quéméner le 18, par exemple. Et la police n'y voit que du feu et recombine tout ça en un seul voyage avec une seule Cadillac.<br /> <br /> Je crois qu'il va y avoir des points très difficiles avec cette théorie, comme le fait que Pouliquen, Marianne et Jeanne Quéméner ont passé le lundi de Pentecôte (21 mai) à Saint-Sauveur avec Pierre Quéméner, un souvenir facile à dater. Pouliquen a également reçu un appel téléphonique le 22 mai de Quéméner, qui lui demande une avance. Cet appel est suivi d'une lettre datée du 22 et d'un télégramme daté du 24 qui peuvent être des faux, mais qui arrivent logiquement peu après l'appel. Dans votre théorie, il faudrait supposer que Quéméner appelle Pouliquen le 20 mai au matin de chez Seznec en prétendant être à Brest puisqu'il sait que Pouliquen déteste Seznec, ou bien un peu avant, mais pas trop longtemps avant la lettre datée du 22.
L
Génial !<br /> J'espère que Jean-Yves et Gabriel lisent aussi les commentaires...
M
En fait, on ne sort pas de votre théorie dans mes dernières explications, car il vous faut faire revenir Quéméner de son voyage du 18 mai. Il se rend donc à Paris, il dort à l'hôtel près de la gare Montparnasse, pour être à l'heure au rendez-vous à la brasserie avec... Ackermann, très certainement, qui doit lui présenter le vrai patron de l'affaire, Scherdly ou quelque chose comme ça. Mais Quéméner, lors de ce rendez-vous, voit que c'est une arnaque, et ne voyant pas Seznec arriver, l'ayant attendu toute la journée dans les bars les plus proches de la gare Saint-Lazare, pense qu'il a renoncé et décide de se rendre à Morlaix par le train de nuit. Il prend celui de 20h05, le 19 mai, et arrive à Morlaix le 20 mai à 6h08. Personne ne le remarque dans la rue quand il se rend chez Seznec, juste un bourgeois qui passe avec sa petite valise ou serviette de documents. Marie Jeanne lui dit qu'il peut rester à attendre son mari toute la journée et même dormir là si nécessaire. Et des idées lui montent à l'esprit pendant toutes ces heures passées avec elle... Allez, c'est cadeau.
L
Merci Marc...<br /> J'envisage un prochain billet en recroisant tous les dires de Seznec à la presse sur ce foutu voyage...<br /> Un vrai travail de bénédictin(e) !