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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec : Jeanne Le Her Seznec versus Petit Guillaume

Un frère est un ami donné par la nature.
Plutarque ; Œuvres morales, L'amour fraternel - Ier s. ap. J.-C.

Vous pouvez chercher...

Vous pouvez chercher comme je viens de le faire...

Il n'y a sur le Net aucune photo de Petit Guillaume.

Hors celle de sa mère avec ses quatre enfants..

Par contre, on en trouve beaucoup de Jeanne Seznec.

Ceci est le reflet de leur positionnement à tous deux sur l'affaire.

L'un se tait.

L'autre parle.

L'un se médiatise.

L'autre reste à l'écart.

L'une implique ses enfants.

L'autre les tient à l'écart.

Très à l'écart.

Vous avez là les différences majeures entre le frère et la soeur.

Mais, n'oublions pas...

N'oublions pas que nous sommes ce que l'on a fait de nous.

Une somme mémorielle de ce que nous ont inculqué...

Nos parents.

Nos grands parents.

Nous n'abordons pas la vie avec le même bagage.

C'est le rôle fondateur de l'amour parental.

Comme l'écrit le psychanalyste Jan-Claude Liaudet : 

"L'investissement que nous avons reçu de la part de nos premier interlocuteurs est un socle déterminant qui aura une influence sur notre personnalité, nos comportements."

Allez, honneur aux dames...

On commence par Jeanne.

Jeanne Seznec

Jeanne Seznec est le troisième enfant du couple Seznec.

Elle naît le 8 novembre 1912 à La Roseraie (Saint Segal).

Comme ses frères et soeurs, elle va aller très tôt en pension.

Au début de l'affaire Seznec, elle a 10 ans.

Fin 1924, à 12 ans, Jeanne est placée par Mgr Duparc sous le nom de Jeanne Marc (nom de jeune fille de Marie Jeanne) à La Providence Carmel de Lorient.

Elle y restera jusqu'à l'âge de 17 ans 1/2.

 

Denis m'a souvent raconté le souvenir le plus traumatisant de l'adolescence de sa mère.

En avril 1927, à l'âge de 13 ans et demi, elle va voir passer le train des bagnards qui quittent Saint Martin de Ré pour La Guyane.

C'est un souvenir qu'on retrouve dans le petit film de TF1.

Je pense toutefois que les bagnards allaient à pied pour monter sur le bateau La Martinière...

Mais cette histoire de train m'a longtemps hantée.

Comme quoi...

Ah j'ai retrouvé la bonne page chez Denis Seznec :

 

Voilà...

La mémoire familiale..

Peut être un peu éloignée de l'Histoire avec un grand H...

Mais qui vous marque jusqu'à la fin de vos jours.

Et puis voilà que, au printemps 1930, Jeanne va retrouver sa mère à Paris.

Marie-Jeanne meurt le 14 mai 1931.

Elle participe à sa première réunion pour la réhabilitation du bagnard en novembre 1931.

Au club du Faubourg..

Où elle rencontre François Le Her.

"Victor Hervé devait venir y parler. (...) Léo Poldès m'avait installée sur l'estrade où se trouvaient plusieurs personnes qui avaient connu mon père, et notamment le témoin Le Her" en page 138 du livre "Notre Bagne".

La suite, on la connaît :

6 octobre 1934 : Naissance de Jean-Claude Le Her à Paris

12 janvier 1935 : Mariage de Jeanne Seznec avec François Le Her

10 janvier 1937 : Naissance de Francette Le Her au Plessis-Robinson

4 octobre 1943 : Naissance de Bernard Le Her à Kergleuchard (Plourin-Ploudalmezeau, Finistère)

26 décembre 1946 : Naissance de Denis Le Her à Kergleuchard (Plourin-Ploudalmezeau, Finistère)

1er juillet 1947 : Retour du bagne de Guillaume Seznec

3 octobre 1948 : Jeanne Le Her tue son mari François Le Her

22 juillet 1949 : Acquittement de Jeanne Le Her aux Assises de Quimper.

 

De l'âge de 12 ans jusqu'à sa mort, à 81 ans, le 15 avril 1994, Jeanne ne vivra que pour et par l'affaire Seznec.

Presque 70 ans de combat !

Même la rencontre avec son mari est dans le cadre de l'affaire.

Je ne me permettrai pas de douter qu'elle ait aimé François Le Her.

Elle était jeune, inexpérimentée.

Lui, il avait déjà 39 ans et deux enfants d'un premier mariage.

Qui lui feront la misère.

Ses enfants aussi baignent dans cette ambiance.

Plus particulièrement les deux derniers : Bernard et Denis.

Denis raconte que, souvent, quand ils étaient à table, sa mère disait : "Un jour on va frapper à la porte et ce sera Pierre Quémeneur !"

Oui, oui, autant je suis plus que réservée sur les dates et les hypothèses avancées par Denis Seznec...

Autant je suis consicente de sa douleur.

En 1963, à 17 ans, il ouvre "la valise" in pages 45/46 (édition 2006)

 

On connaît la suite...

Petit Guillaume Seznec

Il est né le 1er Mars 1911 à Plomodiern.

 

On connait sa vie jusqu'au foutu 27 mai 1923.

Alors, lui aussi, traumatisme profond.

Lié par le serment, il ne pourra jamais dire ce qu'il a vu.

Et ainsi innocenter son père.

J'avais écrit un long billet sur ce site.

Le 13 Mars 1937, à 26 ans, il épouse Juliette Le Her.

Fille de François Le Her.

Après...

Après ce sera compliqué.

Juliette Le Her est une sacrée bourrique.

En 1942 (?) elle se barre vivre avec son frère Albert Seznec.

Et quand elle se trouve enceinte, elle colle l'histoire sur le dos de Petit Guillaume.

Anne Thérèse Seznec naît le 28 Février 1951.

Petit Guillaume accepte volontiers cette situation puisque l'enfant est vraiment une Seznec.

Il divorce de Juliette le 26 juin 1952.

Et épouse Claudie Neyret le 5 Mars 1955.

Claudie a alors 23 ans. Et lui 44 ans.

Elle lui donnera quatre enfants : Jean-Yves (1956), Ghislaine, Thierry et Gabriel (1966).

Il ne parlera pas à ses enfants avant l'année 1978.

Quand Jean-Yves commence à lui poser sérieusement des questions.

C'est à la même période qu'il se confie à Bernard Le Her.

Avec les conséquences qu'on connait.

Dans le seul et unique but de décourager Denis Seznec de sa dernière demande de révision.

Arrivent en janvier 1979 les émissions d'Europe 1 avec Pierre Bellemare, Marcel Jullian et Denis Seznec.

Emissions qui mobilisent la France entière pour sauver le bagnard Seznec.

Pour Petit Guillaume, il est grandement temps de parler à ses enfants.

Il meurt le 29 Juillet 1981.

Juliette Le Her meurt le 16 Janvier 2016 (et oui, presque centenaire !)

Claudie Neyret meurt le 22 Mars 2018.

......................

Ainsi l'une est en immersion totale dans l'Affaire...

Tandis que l'autre se tient bien à l'écart.

Ils ne sont pas fâchés les uns avec les autres.

Jean-Yves se souvient d'avoir régulièrement vu son oncle Albert (ndlr le bigot).

Il a vu également plusieurs fois Jeanne.

Jeanne vient aux obsèques de Petit Guillaume.

Parce que j'avais, sur mon blog, laissé supposer que Jeanne avait épousé Le Her pour mieux le circonscrire, oui, l'avoir à l'oeil...

Jean-Yves m'a gentiment recadrée le lundi 26 Mars dernier : 

"Jean-Yves Seznec : Je l’ai revue à l’enterrement de mon père.

(ndlr il parle là de sa tante Jeanne qui l'avait gentiment hébergé un soir au retour de vacances en Angleterre, l'été 1973)

Et je me suis aperçue que chaque fois qu’elle ouvrait la bouche elle parlait de ça.

Elle me disait, tu vas voir, il va être innocenté, après tu seras riche…

Pour moi elle n’était pas équilibrée…

Mon père disait "Jeanne, à cette époque-là, elle n’était pas à la maison. Elle ne connait rien de ce qui s’est passé. Elle a toujours voulu remuer l’histoire avec Le Her.  Le Her c’était un bandit… C’est pour ça que quand j’ai lu, quelque part dans votre écrit… Oui Le Her il a peut-être été acheté ou pas…"

Ils l’ont acheté pour un témoignage ou pas.

Ou il est venu tout seul pour s’incruster.

Et donc elle n'a pas épousé Le Her pour garder à l’œil un témoin (vous dites comme ça sur votre blog)

Moi je pense que concrètement ce n'est pas juste.

Elle ne savait rien. Elle n’avait aucun ordre de qui que ce soit.

Et je pense que malgré elle, elle était victime parce que Le Her ayant de la bouteille, forcément il a eu la petite jeunette, elle lui plaisait certainement, et puis c’était lié à l’affaire…

Il a vu l’intérêt au début peut être celui de la femme…

Pour moi et pour mon père, c’est un escroc.

Ses différentes escroqueries, mon père en connaissait quelques-unes, il me les avait racontées…

Je pense que Le Her étant mariée à Jeanne, dans le couple, Le Her devait mener la barque, à mon avis. Pour, avec l’affaire, pouvoir glaner quelques sous à droite à gauche. C’était un escroc.

Mon père était conscient de tout ça et moi, je pense ça aussi.

Et Jeanne elle devait certainement, puisqu’elle s’est mariée avec, être amoureuse. Elle a eu des enfants. Après il y a la vie de couple, il y a les habitudes de couple qui se font, elle aussi elle a voulu glaner de l’argent.

En même temps qu'elle, elle avait une sorte d’ambiguïté, elle voulait que son père soit réhabilité.

Et puis, quand Le Her n’était plus de ce monde…

Liliane Langellier : La pauvre femme, le seul  homme correct qu’elle ait connu, c’était son père.

Et puis après, quelque part, d’une façon obsessionnelle, elle s’acharnait à continuer, ce qui déplaisait à mon père, forcément, elle s’acharnait à faire en sorte que l’affaire soit remise au goût du jour.

Dans le même temps, en plus du traumatisme pour ses enfants d’avoir perdu leur père, ils ont eu le traumatisme de l’histoire du grand père. Qui, tous les jours, revenait sur la table.

C’est pas étonnant que Denis soit comme ça !

Oui, il a des circonstances atténuantes, alors que nous, même si d’après le comportement de mon père, le traumatisme, il était différent, finalement on l’a mieux vécu même si finalement ça nous touche au plus profond de nos tripes.

Donc on n’a pas le même vécu.

Dans vos écrits, vous voyez, nous, on a été mis à l’abri, mais Jeanne, pour moi, elle a été victime de Le Her, c’est une victime de la vie."

Voilà.

Les enfants de Petit Guillaume ne sont nullement fâchés avec les deux enfants de Jeanne qui restent encore en vie : Francette et Denis.

C''était important de rappeler ici leurs deux parcours initiatiques.

Car complètement différents les uns des autres.

Oui...

Là où Jeanne a impliqué les siens...

Guillaume a protégé les siens...

Quand je vous disais en débutant ce billet qu'on est avant tout ce qu'on a fait de nous...

Capisce ?

Liliane Langellier

Enfants bretons.

Enfants bretons.

Jeanne Seznec. Acte de naissance.

Jeanne Seznec. Acte de naissance.

Petit Guillaume. Acte de Naissance.

Petit Guillaume. Acte de Naissance.

François Le Her. Acte de naissance.

François Le Her. Acte de naissance.

François Le Her. Acte de décès.

François Le Her. Acte de décès.

Jeanne Seznec et François Le Her.

Jeanne Seznec et François Le Her.

Jane Seznec en meeting avec Guillaume.

Jane Seznec en meeting avec Guillaume.

"Notre bagne" de Jane Seznec (en réalité écrit par Claude Sylvane)

"Notre bagne" de Jane Seznec (en réalité écrit par Claude Sylvane)

Communiqué Jeanne Seznec.

Communiqué Jeanne Seznec.

Communiqué Jeanne Seznec (2)

Communiqué Jeanne Seznec (2)

Communiqué Jeanne Seznec (3)

Communiqué Jeanne Seznec (3)

Communiqué Jeanne Seznec (4)

Communiqué Jeanne Seznec (4)

Jeanne Seznec et son père. Après l'accident de novembre 1953.

Jeanne Seznec et son père. Après l'accident de novembre 1953.

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M
Bonjour, Liliane. Un billet touchant. On comprend dans quelle atmosphère ont grandi les enfants et petits-enfants de Guillaume Seznec.

Jeanne est nommée "Marie-Jeanne" dans son acte de naissance mais "Jeanne-Marie" en marge. Je pense que l'officier d'état civil a fait une erreur dans l'acte, probablement à cause du fait qu'il venait d'écrire "Marc Marie Jeanne son épouse". Et il y avait déjà une Marie Seznec, donc il était préférable d'éviter une "Marie Jeanne" (sans parler de la confusion possible avec la maman). L'intention était certainement "Jeanne Marie".

Il y a aussi le problème des traits d'union. La maman s'appelait "Marie Jeanne" sur son acte de naissance. Elle a signé "M. J. Marc" sous son acte de mariage. Elle est nommée "Marie Marc" sur son acte de décès. C'est pourquoi je l'appelle généralement "Marie Jeanne" sans trait d'union, mais je crois que je pourrais en mettre un, puisqu'elle utilisait les deux prénoms ensemble, et je crois que ses communiqués de presse étaient signés "Marie-Jeanne Seznec".

Par contre, concernant Joseph Marie Seznec, je ne pense pas que le prénom "Guillaume" ait été oublié lors de la rédaction de son acte de naissance. On a ajouté plus tard en marge : "dit Guillaume". S'il s'était agi d'un oubli, il aurait été possible d'ajouter le prénom manquant plus tard, sans le "dit". Je crois que c'est arrivé à un de mes ancêtres ; je vérifierai. De plus, sous son acte de mariage, il a signé "J. Seznec" (à 28 ans). J'en déduis que "Joseph" était son prénom usuel jusque là. C'est son beau-père Jean Corentin Marc qui a déclaré la naissance de Marie en 1908, puis il a signé "G. Seznec" sous l'acte de naissance de Guillaume Corentin Marie (alias Petit-Guillaume) en 1911, alors que l'acte désignait le père de l'enfant sous le nom de "Joseph Marie". J'ai l'impression que Joseph a décidé tout seul de s'appeler Guillaume vers l'âge de 30 ans.
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M
J'ai donc fait des vérifications dans ma généalogie. Au moins trois de mes ancêtres ont utilisé un prénom ne figurant pas sur leur acte de naissance. Pour deux d'entre eux, c'est assez anecdotique, car il s'agit d'un prénom additionnel et leur prénom usuel est resté le même. Par contre, pour le troisième, il s'agit d'un changement de prénom complet puisqu'il est né avec deux prénoms qu'il utilise au moment de son mariage dans sa signature, mais en utilise un troisième comme prénom unique au moment de la naissance de ses enfants, un peu comme Guillaume Seznec. Dans les trois cas, aucune mention n'a été ajoutée à l'acte de naissance concernant ce changement ou ajout de prénom. Mais je crois que j'ai déjà vu des cas (concernant ou non mes ancêtres) de rectification de prénom dans les registres d'état civil.

Dans le cas de Joseph Marie Seznec, l'inscription en marge "dit Guillaume" n'est pas signée et semble assez récente, compte tenu du style d'écriture. Je pense qu'elle a été ajoutée après sa mort, comme simple indication.

Denis Langlois dit qu'on avait ajouté par erreur en marge de l'acte de naissance de Joseph Marie Seznec une date de décès, par confusion avec son frère Hervé, mort en 1884, et qu'il a fallu présenter un recours devant le tribunal de Brest pour corriger cela. On ne trouve pas de trace de cette mention et de cette rectification sur l'acte présenté sur votre blog, mais il faut dire que les actes d'état civil sont établis en double : une copie reste en mairie et l'autre part au greffe, qui la reverse aux archives départementales après 75 ans. La photo que vous nous avez fournie est probablement la copie des archives. J'imagine que la mention de décès erronée n'est présente que dans la copie conservée par la mairie de Plomodiern. Denis Langlois ajoute qu'à cette occasion : "On en profite pour ajouter aux prénoms officiels la mention « dit Guillaume »." Cette mention semble tardive et purement indicative sur la copie des archives, mais il serait intéressant de voir la copie de mairie.