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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 880 articles.

Affaire Seznec : Guillaume, les dernières années 1947/1954

Ecouter les autres, c’est encore la meilleure façon d’entendre ce qu’ils disent.
Pierre Dac

Revenons à Guillaume Seznec.

Il arrive au Havre le 1er Juillet 1947.

Il y a eu du changement dans la famille pendant son absence.

Jeanne, sa fille chérie, a épousé François Le Her.

Et lui a donné quatre mômes.

Jean-Claude (1934), Francette (1937), Bernard (1943) et Denis (26 décembre 1946).

On attendait d'ailleurs le grand père pour baptiser Denis. Car il sera son parrain.

Le Her...

L'escroc qui a pris l'affaire en main.

Et qui négocie cher, très cher, aux médias toutes les apparitions publiques de la famille.

Il a donc négocié l'apparition sur le quai du Havre (pour Paris-Match ?)

La jeune femme que l'on voit au bras des garçons n'est pas Juliette Le Her.

Je vous joins deux photos de la Juliette ci-dessous pour que vous puissiez comparer.

Revenons à l'arrivée de Guillaume Seznec au Havre.

On nous le présente comme un conte de fées. Ce 1er juillet 1947. Le Havre (et oui...). Le quai. Les enfants et les petits enfants sagement alignés. Le paquebot Colombie attendu par une foule en liesse. Le retour du bagnard sur sa terre de Bretagne....

Mais la réalité est toute autre. C'est un homme brisé que la police veille à faire débarquer à l'écart. Via le remorqueur L'abeille. A peine arrivé, Guillaume doit se soumettre aux formalités (Denis Seznec en page 382) :

"Seznec doit se plier aux formalités explique le planton de garde : photographie, anthropométrie, etc. N'oubliez pas que, s'il est libre, il n'en reste pas moins interdit de séjour dans les grands ports, et donc au Havre."

Et ce n'est que dans le restaurant d'un petit hôtel de Sandouville, la banlieue havraise, que Guillaume pourra enfin retrouver les siens. Toujours entourés par une meute de journalistes friands du dernier scoop !

 

Pour la suite, on nous raconte qu'il va très vite se recueillir sur la tombe de sa femme Marie-Jeanne à Plomodiern. Sur la tombe de son père Yves serait sans doute plus exact. Car Marie-Jeanne, morte le 14 mai 1931, est enterrée au cimetière de Saint-Ouen. Enfin était, car le bombardement allié du 21 avril 1944 se chargera d'achever les tombes.

Marie-Jeanne, sa grande absente et sa douleur... Marie, sa fille bien aimée, disparue la première... Le chagrin et la douleur. Qui ne font que commencer.

Jeanne, sa chère fille, n'était pas sur le quai. Les deux derniers petits, Bernard et Denis non plus. Ils sont restés dans la petite maison de Plourin-Ploudalmézeau. Où Guillaume va vivre. Enfin peu de temps. Car très vite son délicieux gendre va montrer sa tendre nature et manier l'injure le jour durant.

Maître Yves-Frédéric Jaffré, dans son livre "L'affaire Seznec" écrit en pages 200/201 :

Après s'être établi dans la banlieue parisienne, à Clamart, le couple, en 1939, s'était retiré à Kergleuchard, hameau de Plourin-Ploudalmezeau, près de Brest, dans le pays du Léon. Durant l'occupation, Le Her avait vécu dans une certaine aisance. L'époque était propice aux hommes aventureux. Il collecta les peaux, fabriqua des sabots de paille, se livra au marché noir des denrées alimentaires. Mais la période des gains faciles était terminée. Le retour de Seznec lui apportait une nouvelle source d'activités. Il s'efforça de l'exploiter. N'était-il pas le "témoin-martyr" ? Cette récompense lui était bien due.

Il organisa, au Havre, la réception de l'ex-bagnard. Avec une de ses fillettes, il fut seul à ce rendez-vous. Jeanne Seznec était absente. Il prétexta qu'elle était retenue au foyer par ses enfants.

Plus tard, l'épouse se plaignit d'avoir été évincée et frustrée d'une joie qui lui était due.

Le Her conduisit Seznec à Kergleuchard. De ce quartier général, il entendait diriger la révision, véritable impresario de son beau-père, il ménageait les entrevues avec les journalistes."

Ceci pourrait expliquer la série des photos du 17 juillet 1947. Que Le Her a sans doute monnayées. Comme il a du souffrir, Guilaume de poser devant une tombe qui n'était pas celle de sa femme. Mais se taire. Toujours se taire. Pour ne pas risquer d'envenimer les disputes de son charmant gendre avec sa fille Jeannette.

Il reste près de sa fille Jeannette...

Jusqu'à ce que, pour un mot de trop, suite à une entourloupe de Le Her, qui lui refile un chèque en bois en remboursement des 10.000 francs que Seznec lui a avancés sur son pécule du bagne, il trouve refuge près de la chère Madame Bosser, dans le hameau de Rudeval, juste à côté de Riec-sur-Belon.

Juste avant, il a largement eu le temps de rencontrer le juge Hervé. La L.D.H. est au pouvoir. Elle a toutes les manettes. Et elle ne va pas les lâcher de si tôt

A peine une année de répit et de soucis en pensant au mauvais ménage que vit sa petite Jeannette, et c'est la tragédie du 3 octobre 1948 :  le meurtre de François Le Her. Nouveau choc. Retour à Plourin-Ploudalmézeau. Bataille pour garder les enfants à Kergleuchard, le temps que Jeanne est emprisonnée à Landerneau.

Lire sur ce blog : L'affaire Seznec : le huis clos de la mort de François Le Her

Voilà sa fille bien-aimée criminelle !

Le nouveau cauchemar de se retrouver aux assises de Quimper. Où il va courageusement témoigner.

 

Et puis vint enfin, l'acquittement de Jeanne Le Her / Seznec. Le 22 juillet 1949.

Mais ce procès ne se passe pas sans haine. Car c'est alors qu'un être trouble, Juliette Le Her Seznec, fille du premier mariage de François Le Her, épouse de Guillaume, le fils aîné des Seznec, puis compagne d'Albert, le second, va sortir de l'ombre, sous le fallacieux prétexte de défendre son père. Et en profiter pour salir l'ex-bagnard.

"De nombreux incidents émaillent les journées du procès. Surtout au moment où l'on fera comparaître Juliette Le Her, la fille du premier mariage de mon père. Une confrontation terrible. Venue cracher une telle haine contre ma mère et tous ces "Seznec, maudits et assassins", que son avocat lui-même doit intervenir et lui demander de se taire : "Je vous en prie, madame, cela suffit, taisez-vous !" Ses mensonges ne duperont personne. Bien au contraire, ils se retourneront contre elle. Le procès est devenu l'attraction de l'été. La presse en fait ses gros titres. Le public, lui, est déchaîné. Au point que le président devra à nouveau faire évacuer la salle. L'atmosphère est si tendue qu'à l'issue de sa comparution, cette "témoin" - si maladroitement activée par ceux qui, dans l'ombre, voulaient nuire à ma mère et mon grand-père - devra être escortée par la police jusque dans la gare de Quimper, la foule voulant la lyncher !"

Dans "Nous, les Seznec" de Denis Seznec, en page 396 de l'édition 2006.

Toute la petite famille quitte l'endroit maudit de Kergleuchard le 28 novembre 1949 pour rejoindre le Tarn-et-Garonne. Où se trouve un certain Léon Sacré, grand soutien de Seznec. Ils vont alors habiter Saint-Nicolas-de-la-Grave, près de Moissac. "Rue la Mothe-Cadillac" ironise Denis Seznec (page 400). Seule, Francette, boursière au lycée, est restée à Brest.

C'est au début de février 1950 que Claude Sylvane va descendre les retrouver quelques jours. Pour recueillir la matière de son livre : "Jane Seznec - Notre bagne". Livre qui se vendra à des milliers d'exemplaires. Et dont la promotion servira de base à une grande tournée en France sous prétexte de réhabilitation. Mais dont la famille Seznec ne verra jamais un kopeck.

Lire sur ce blog : L'Affaire Seznec : "Notre bagne" de Jane Seznec

"Quand, ce 26 avril 1950, vous avez débarqué à la gare d'Austerlitz, épuisés par douze heures de voyage, tu n'avais qu'une idée : dormir. Jeanne a rassemblé vos bagages. Debout sur le marchepied, tu te disposais à descendre, quand sur le quai un homme a crié :

- C'est lui. Il est là !

Aussitôt une foule t'a entouré, submergé.

- Seznec ! Seznec !

C'était surtout des Bretons avec, ici et là, plusieurs coiffes blanches du Fniistère. On t'a embrassé, encouragé, serré cent fois la main. Tu étais trop fatigué pour répondre, tu te contentais de sourire en hochant la tête, mais tu étais heureux. Même à Paris, tu n'étais pas seul. Même à Paris, on affirmait ton innocence. Une petite fille a offert des fleurs à Jeanne. D'un seul coup, tu as eu envie de pleurer." in Denis Langlois, page 371.

Mais la réalité au quotidien est toute autre. Dans ce Paris XIIIe. Où Jeannette loue un petit deux pièces. Dans une cité, rue du Chevaleret, près de la gare de Bercy. Et cherche du travail. Garde malade la nuit. Fabricante de lustres le jour à la maison. Continuant à se battre pied à pied pour l'Affaire. Et pour nourrir tout son petit monde. Oui, Jeannette est une battante et une courageuse. A moins de 40 ans, l'assistanat, elle, elle ne connait pas !

Guillaume, lui, sort souvent pour marcher. Il emmène parfois avec lui ses petits enfants. Tout particulièrement Denis. Qui est son filleul.

"Il allait marcher tous les jours jusqu'au cimetière de Saint-Ouen" Jean-Yves Seznec.

Et puis arrive le 15 novembre 1953.

L'étrange accident du carrefour des Gobelins, boulevard de Port-Royal à Paris. Là encore, je vais jouer l'avocat du diable. Guillaume, lors de son accident, sortait de chez Me Biaggi. Avait-il eu de mauvaises nouvelles sur une réhabilitation en cours ? Réalisait-il qu'il ne pourrait jamais s'en sortir ? Qu'il ne pourrait jamais dire la vérité ?

Suite à ce traumatisme crânien, il est hospitalisé pendant quelques semaines à l'hopital de La Pitié. Il y fait un curieux rêve qu'il révèle à sa fille Jeanne.

Lire sur ce blog : Le rêve de Guillaume et la piste de Lormaye

Seznec et le plan de Plourivo (in Denis Langlois).

Le 5 décembre 1953, Guillaume Seznec, sorti de l'hôpital,est conduit à Plourivo par le directeur de l'hebdomadaire Radar.

Radar à qui Guillaume a vendu ses mémoires en exclusivité.

Jeanne pense immédiatement "Plourivo". Voilà ce que nous en dit Me Jaffré en page 207 :

"Le vendredi 11 décembre 1953, il put effectuer le voyage lointain et difficile de Paris à Plourivo. Sur les lieux, enfin, il allait préciser, "matérialiser" son rêve, montrer la dalle et faire surgir le cadavre... Le dimanche 13, plus de 10.000 curieux, venus en cars, en voitures de tourisme, assiégèrent la propriété.

Seznec apparut, habillé d'un ample pardessus, et d'un épais chandail à col roulé. Les yeux étaient aigus et la démarche sans hésitation. Dans l'assistance de policiers et de journalistes, il fut le seul à ne jamais glisser sur les cailloux de la grève ni dans l'escalade des ravins. Cependant, lorsqu'il parlait, on ne pouvait discerner s'il était en état de veille ou de sommeil. Il désigna une fontaine mais les fouilles restèrent vaines. Parfois, il était évident que le délire le visitait encore. A des journalistes, il raconta les obsèques de Pierre Quéméneur, au cimetière de Plourivo. Il y avait assisté, mais il lui avait été interdit d'en faire état pour sa défense."

Il sera prouvé que ce traumatisme crânien sera bien la cause de sa mort le 13 février 1954.

Guillaume avait 75 ans.

1er juillet 1947 / 13 février 1954, à peine 7 années de retour sur le sol de France. Mais que de misères !

Depuis ce jour de juillet 1947, Il a vécu dans un monde pire que celui qu'il avait quitté.

Amaigri, vieilli prématurément, Il a flotté dans les dernières années de sa vie comme flotte un ballon dont le fil échappe à la menotte d'un enfant.

Ce fameux fil qui nous échappe encore aujourd'hui.

Liliane Langellier

P.S. Je sais par Jean-Yves Seznec que Guillaume a vécu quelques temps chez Petit Guillaume à Magny-en-Vexin.

Avec Claudie Neyret et la maman de Claudie Neyret.

Qui s'entendait très bien avec l'ex-bagnard.

Mais quand Petit Guillaume a osé être plus pressant pour savoir où Pierre Quémeneur avait été enterré...

Seznec est reparti illico chez Jeanne à Paris XIIIème.

Guillaume Seznec et ses petits enfants.

Guillaume Seznec et ses petits enfants.

Les enfants Seznec en juillet 1947 au Havre.

Les enfants Seznec en juillet 1947 au Havre.

Juliette Le Her chez Langlois.

Juliette Le Her chez Langlois.

Juliette Le Her en 1949.

Juliette Le Her en 1949.

Guillaume Seznec et le juge Hervé.

Guillaume Seznec et le juge Hervé.

Seznec et Le Her au cimetière de (?) Photo vendue par Le Her.

Seznec et Le Her au cimetière de (?) Photo vendue par Le Her.

Jeanne Seznec à Plourivo après l'accident de Seznec.

Jeanne Seznec à Plourivo après l'accident de Seznec.

Jeanne Seznec et son père mourant.

Jeanne Seznec et son père mourant.

Guillaume Seznec. Acte de décès.

Guillaume Seznec. Acte de décès.

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