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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 880 articles.

Affaire Seznec : Et si tout ça s'était passé le mardi 22 mai 1923 ?

Avec le temps...
Avec le temps va tout s'en va
Mêm' les plus chouett's souv'nirs ça t'as un' de ces gueul's
A la Gal'rie j'Farfouill' dans les rayons d' la mort
Le samedi soir quand la tendress' s'en va tout' seule
Avec le temps...
Avec le temps va tout s'en va.
Léo Ferré

Je viens de relire mes notes de l'appel téléphonique de Jean-Yves Seznec en date du lundi 26 mars dernier.

J'avais laissé passer un détail, mais de taille.

Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa.

Alors, on reprend mes notes...

"Jean-Yves SeznecMais le gros problème dans cette affaire-là, c’est le début de l’enquête…

Ça veut pas dire que les gens qui ont été chargés de faire l’enquête étaient des nuls…

Liliane Langellier : Au début, vous savez bien, je l’avais écrit moi, le commissaire Vidal, il s’est polarisé sur Houdan !

JYS : Il s’est polarisé surtout sur certaines dates.

LL : Dans la nuit du vendredi 25 Mai au samedi 26 Mai… Ma mère est morte un 25 Mai, je ne vous raconte pas, j’étais déjà dans l’affaire Seznec…

Il y a des signes du Bon Dieu quand même…

Donc vous êtes en train de me dire, vendredi 25, samedi 26 et dimanche 27…

JYS : Ces dates-là ont été fournies par mon grand père !

Donc, tout le monde s’est polarisé à chercher des choses…

Et les témoins se sont fiés à ces dates-là pour resituer dans l’espace-temps leurs témoignages.

LL : Mais oui, parce qu’on essaye tous, on s’est polarisé sur le voyage…

JYS : Oui, mais le voyage, le voyage, le voyage, la date du voyage a été fixée par mon grand-père.

Les enquêteurs, c’est eux qui ont bafouillé après, ils se sont acharnés sur cette date-là qui était considérée comme réelle.

Jamais personne n'a pensé…

Tous les témoins, par exemple, même les banquiers, les machins qui ont dit « J’ai vu Quémeneur trois ou quatre fois.. » en fonction de ce que j’ai lu, hein !

Je ne me suis pas polarisé sur les lectures, ça ne m’a pas comme ça quelque part parasité !

Là je commence à lire, la preuve je commence à vous lire…

Je n’ai pas été pollué par tout ce qui a été écrit.

Oui, il y a une forme de pureté…

Je n’ai pas été parasité parce qu’après quand vous êtes parasité, vous avez lu un truc, vous ne savez plus si vous l’avez lu ou si c’est une réalité, vous voyez…

(...)

LL : Plus personne ne se soucie de savoir ce qui s’est passé ou non.

JYS : Exactement, c’est pour ça qu’en fait ça commence à me titiller et que je dis voilà, je vous dis : le point de départ des enquêteurs a été faussé.

Et tous les témoins après, vous vous rendez compte quand on vous demande l’enquête que vous avez fait il y a un mois, le 24 Machin, etc…

Et puis on dit « Ah oui je me souviens, j’ai vu Monsieur Untel et je l’ai vu deux jours avant qu’il fasse ça ! »

Et si on vous dit : il  fait ça telle date, il a fait ça le 25 Mai, vous dites, je l’ai vu deux jours avant, donc…

Ce que je suis en train de vous dire ça s’est passé le 22 !

Et puis vous écrivez ça, et puis c’est entériné, et puis longtemps après, on se fie toujours à ces dates-là…

LL : Je rigole, parce que je repense à ce qui s’est passé ici en Eure-et-Loir, les anciens disaient « Si c’est écrit dans le journal, c’est que c’est vrai ! »

JYS : Mais même pour un enquêteur, après c’est figé dans le marbre…

Après il le dira pas…

Vous en dérogez pas de ces dates-là…

Et si ça correspond pas à la réalité au départ que ça avait été des faits réels qui ne se sont pas passés à ces dates-là !

LL : Moi je pense que c’est trouble entre le moment où Guillaume a quitté Dreux, en gros, je parle du retour, là !

Quand il a quitté Hodey, après on n’a plus du tout de témoignages… Il quitte Hodey, je crois que c’est vers 16 h 30…

JYS : Ah ça vous en savez plus que moi…

Et après, personne ne le voit, d’accord ?

Mais si je vous dis que justement il y a un problème de dates !

LL : Bah oui, j’ai bien compris…

JYS : S’il y a un problème de date et que la date a été fixée par mon grand père…

LL : Volontairement ?

JYS : Oui volontairement.

LL : Il était malin quand même…

JYS : Tout le monde a cherché autour de cette date-là parce que…

LL : Oui je comprends.

J’ai mis hier La Dépêche de Brest, le tout premier article, parce que c’est important les premières fois…

Le grand père il avait déjà eu le temps d’élaborer son scénario.

JYS : Bah, si ça c’est pas passé à cette date-là…

Et puis regardez bien, quand vous parlez du beau temps, ce jour-là, il faisait mauvais.

Il faisait peut-être beau justement, parce que c’est pas le même jour.

Et puis quand les témoins disent – schématiquement parce que moi, j’ai pas dans la tête tout ce que vous connaissez, hein ?

Par contre j’ai d’autres choses que vous ne connaissez pas forcément.

J’ai pas besoin de précisions pour moi dans ma tête parce que j’ai une donnée, une donnée qui est différente.

Quand certains témoins ont dit « ah bah ce jour-là il gelait » et que d’autres ont dit « ah bah non il gelait pas… »

LL : Ah ça c’est le coup des tomates à Houdan !

JYS : Voilà. Et bien, dites-vous bien, regardez bien parce que du coup j’ai relu l’histoire, regardez, c’est pas les mêmes dates.

Dans la réalité.

LL : Mais je sais… Alors là Houdan…

JYS : Ça correspond pas aux mêmes jours.

Il y a en effet quelque chose qui s’est passé à cette date-là.

LL : Vous n’êtes pas en train de me dire qu’il est rentré beaucoup plus tard de Paris ?

JYS : ..., je ne sais pas de quoi vous parlez…

LL : Mais si, vous me dites que ça correspond pas les dates…

JYS : Non.

LL : Donc ça signifierait que Seznec il est rentré plus tard de Paris ?

JYS : Non, je suis en train de vous dire en gros, quand on parle du voyage à telle date, ce voyage-là n’a peut être pas été fait à telle date mais que la date a été donnée par mon grand père et que tout le monde a suivi parce que, en fait, d’après ce que j’ai compris : la disparition de Quémeneur n’a jamais arrangé le grand père.

.........................

Oui...

On devrait toujours lire et re-lire ses notes.

Jean-Yves m'a bien dit le 22 Mai.

Oui, le Mardi 22 Mai 1923.......

C'est ce que j'avais compris...

Et je m'étais arrêtée à tort sur la date.

Mais heureusement Marc a envoyé illico son commentaire...

Qui a éclairé le sujet :

"Par contre, pour le 22 Mai,Jean-Yves Seznec ne vous a pas dit que Quéméner était mort ce jour-là. Il fallait considérer la phrase en entier : "il a fait ça telle date, il a fait ça le 25 mai, vous dites, je l'ai vu deux jours avant, donc ce que je suis en train vous dire ça s'est passé le 22." Il aurait dû dire le 23, d'ailleurs. Il imaginait un témoin essayant de dater ce qu'il a vu et le faisant par rapport aux dates fournies par les policiers (et d'ailleurs rapidement, par la presse, en long, en large et en travers)".

Donc...

Aucune date précise pour le déroulé des faits.

Nous savons seulement...

Nous savons seulement que Pierre Quémeneur est rentré avant Guillaume...

Avec une idée coquine derrière la tête.

Allez histoire de se détendre...

Je vous la dis maintenant la version de mon pote médecin...

Lui, il me dit que Pierrot il a pu mourir comme le président de la République Felix Faure...

Oui, en épectase.

M'enfin, ça c'est son côté salle de garde, et ça n'engage que lui, hein !

Et moi, je suis bien trop romantique pour adhérer à sa version.

Et puis la suite, on la connaît tous.

Marie-Jeanne se défend.

Repousse ou gifle le conseiller général.

Qui recule, rate une marche et va s'éclater le crâne sur un accoudoir de fauteuil.

Un lourd fauteuil en bois (on s'en tape de savoir s'il est breton ou non le fauteuil, hein ?)

Jean-Yves, il m'a dit quelque chose de terrible.

Qui m'a tourneboulée...

Et que je partage avec vous, juste là :

"Et le drame de sa vie, le drame de la vie de mon père, c’est le fait d’avoir juré !

Pour lui, il n’a jamais pu dire, donc il n’a jamais pu sauver son père.

Il n’a pas pu sauver son père."

Et là, j'ai la gorge serrée.

Et là, je laisse tout ça à votre aimable réflexion.

Liliane Langellier

P.S. Pour le deuxième voyage, Jean-Yves a retenu le nom du chauffeur mécanicien Samson.

#JDCJDR

P.S. 2 Merci Alain pour la recension de votre lecture édifiante de "Histoire de la Bretagne et des Bretons" de Joël Cornette (Seuil 2005), et pour nous citer ce qui concerne le mobilier (eh oui, le fameux fauteuil).

S'agissant de l'évolution de l'habitat et du mode de vie en Bretagne au cours du dernier quart du XIXème siècle, Cornette (page 260) écrit :

"les bancs qui entourent la table-huche prennent de l'élégance et du confort, avec des accoudoirs et des dossiers sculptés."

Sicut dixit.

P.S. 3 Angèle, la bonne, avait un grand coeur et... Un sacré tempérament !

Voir ci-dessous le témoignage de Paul Baron in Le Petit Parisien du 2 septembre 1923.

"La bonne dit alors que son patron était très fatigué n'ayant pas dormi depuis deux jours"

Mais Guillaume Seznec, lui, nous déclare qu'il a dormi toute la journée du lundi 28 mai à 

L'Hôtel de France de Pré en Pail... In Radar du 27 décembre 1953 :

"A petite allure, j'ai gagné Pré-en-Pail. Complètement exténué, je suis allé me coucher à l'Hôtel de France. J'y suis resté toute la journée du lendemain. Si mes souvenirs sont exacts, cela se situe dans les journées du samedi 26 et dimanche 27 mai."

 

 

" L'illusion est la première apparence de la vérité "

Rabîndranâth Tagore.

Tableau des températures relevées à Trappes enMai 1923.

Tableau des températures relevées à Trappes enMai 1923.

La rue de Brest n'est guère éloignée de la gare de Morlaix.

La rue de Brest n'est guère éloignée de la gare de Morlaix.

Les tomates de Piau (Gare de Houdan) chez Denis Seznec.

Les tomates de Piau (Gare de Houdan) chez Denis Seznec.

Le plan de Brest pour suivre les déplacements de nos deux zèbres.

Le plan de Brest pour suivre les déplacements de nos deux zèbres.

Témoignage Baron in Le Petit Parisien du 2 septembre 1923.

Témoignage Baron in Le Petit Parisien du 2 septembre 1923.

Samson R.M. (Registre Matricule).

Samson R.M. (Registre Matricule).

Radar du 27 décembre 1953.

Radar du 27 décembre 1953.

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M
Chère Liliane, tout comme Marc, je ne pense pas qu'il soit arrivé malheur à Quéméner le 22 mai.<br /> <br /> Il y a cette minute du télégramme rennais (qui, et ce n'est nulle part remarqué, et cela montre que Me Pouliquen se trompe parfois, et en tout bonne foi, comporte la mention "à mon adresse recommandée", ce qui veut dire que c'est Quéméneur qui demande une lettre chargée, alors que dans son envoi du 22 il n'en parlait pas).<br /> Il y a la lettre que JF Abgrall lit au Conseil municipal de Saint-Sauveur, qui été écrite par Quéméneur le matin même et qui comporte des détails que lui seul peut connaître.<br /> Il y le registre de l'hôtel de Rennes où il attend loge et avant dîne, alors qu'il y est connu.<br /> Il y a le témoignage de Jenny qui prépare ses affaires le 23 (Marc a raison de dire qu'un témoin peut se tromper sur la date. Il est cependant très improbable que Jenny se trompe car elle a déjà dû se demander le 29 (et on lui a très certainement demandé) lors de la noce quand Pierre était parti exactement, et c'était cinq jours avant, on ne se trompe pas à ce point).<br /> Il y a la rencontre chez Julien Legrand le 23 (et cet homme est très malade, quand la police vient le voir il est alité, il ne se relèvera pas, il est mort quelques mois plus tard ; quel intérêt aurait-il en cette affaire ?).<br /> La journée du 22 est, elle, très chargée.<br /> Le matin, passage chez Legrand. Arrivée à Brest vers 9h. Appel à Me Pouliquen. Visite à la banque et discussion. Attente de la décision et visite au café de M. Saleun. Déjeuner et départ à 13h30. Discussion à Lesneven et promesse de vente Le Verge. Retour à Landerneau. Lettre à Me Pouliquen. <br /> Je ne vois pas Quéméneur allant à Morlaix (une heure de route avec la Panhard).<br /> En revanche il se passe quelque chose que nous ne savons pas, ce 22 mai. Quéméneur, auparavant mystérieux, se confie à Me Pouliquen et a un besoin pressent d'argent, et ce à 9h du matin. Seznec lui a dit (ou peut-être montré) quelque chose. Pourquoi Seznec lui parle-t-il de Brest au téléphone le 21 ? pour rencontrer quelqu'un ? ce n'est pas pour la banque, Quéméneur ne décide d'y aller qu'après que Me Pouliquen lui a fait part de ses difficultés à mobiliser une somme très importante. L'affaire des Cadillac accélère, si je puis dire.<br /> Le 23, elle s'emballe : Quéméneur se rend le soir chez Julien Legrand, qui est étonné et le trouve bizarre. Le 24, il part en disant une chose à son entourage tout en mentant à JF Abgrall. Que se passe-t-il le 23 ? le matin, Seznec est à Landerneau, il accomplit les formalités que Quéméneur a préparé. Il met ensuite sept (!) heures pour rallier Morlaix, qui est à une heure... il me semble avoir lu un entrefilet suivant lequel Quéméneur aurait eu un dîner le 23 avec des notables, l'avez-vous en mémoire ?
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M
Bonsoir, MArco. J'étais très occupé aujourd'hui et ce sera pareil demain, mais je crois que vous soulevez des points très intéressants et qu'il faudra étudier tout ça en détails.
M
Bonjour, Liliane. Cette page de "Nous, les Seznec" est entièrement pompée sur la plaidoirie Lamour, avec quelques ajustements. Il est vrai qu'il n'avait pas tort sur ce point. Les horaires sont extrêmement imprécis.<br /> <br /> Par contre, pour le 22 mai, Jean-Yves Seznec ne vous a pas dit que Quéméner était mort ce jour-là. Il fallait considérer la phrase en entier : "il fait ça telle date, il a fait ça le 25 mai, vous dites, je l’ai vu deux jours avant, donc ce que je suis en train de vous dire ça s’est passé le 22." Il aurait dû dire le 23, d'ailleurs. Il imaginait un témoin essayant de dater ce qu'il a vu et le faisant par rapport aux dates fournies par les policiers (et d'ailleurs, rapidement, par la presse, en long, en large et en travers).<br /> <br /> Prenons Jeanne Quéméner, par exemple. Seznec dit qu'il a retrouvé Quéméner le 24 à Rennes et qu'ils sont partis pour Paris le lendemain. Seznec lui dit même que Quéméner est parti le 24 au matin de Landerneau, donc quand elle témoigne, elle dit : mon frère est parti le 24 de Landerneau. Qu'elle en soit sûre ou non, parce que le voyage tel que raconté par Seznec jusqu'à Dreux n'est remis en cause par personne, tout ce qu'il dit est considéré comme une base de travail.<br /> <br /> Prenons maintenant les témoins de Vitré. Ils ont lu dans le journal que Seznec est reparti de La Queue-lez-Yvelines en direction de la Bretagne le 26 au matin et qu'il a dormi à Pré-en-Pail dans la nuit du 26 au 27, et ils se souviennent très bien de ce gars louche ayant l'air d'un chauffeur avec sa Cadillac, c'était fin mai, donc c'est sûr, c'était le 27 ! Ils ont vu une carte de visite sur le tableau de bord, il y avait un nom qu'on pouvait presque lire dessus... Ah, oui, c'était "Quéméneur", l'homme qui a disparu et dont toute la France parle !<br /> <br /> Ils sont comme ça, les témoins. Moi, j'ai vu un accident en bas de chez moi aujourd'hui, j'ai vu les gens remplir le constat, j'ai vu la remorqueuse embarquer une voiture, mais je ne sais déjà plus à quelle heure c'était ! Ni la couleur des voitures. Et dans un mois, je ne saurai plus quel jour c'était, si c'était il y a 3 ou 6 semaines. Mais les témoins de 1923, ils se souviennent qu'il était 22h10 quand une voiture est passée près de la gare de Houdan, une chose qui arrive tous les jours parce que la gare c'est tout droit, et Paris c'est à droite, et il n'y a pas de rond-point à l'époque.<br /> <br /> Ce que l'on sait, c'est que Pierre Quéméner était vivant le 24 mai à 21 heures quand il a envoyé un télégramme de Rennes, la minute étant un autographe assez peu discutable. Et si c'était un faux, pourquoi demander un chèque barré ? Pour être sûr de ne pas pouvoir récupérer l'argent ? Bon, ça pourrait être un faux par quelqu'un de particulièrement brillant, d'accord, une personne qui décide de perdre l'accès à cette somme pour s'acheter un alibi. Tout ça pour se planter lamentablement ensuite avec une promesse de vente pitoyable, une liste de dépenses bidon, etc.
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