Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec : De la primo enquête de Me Jean Pouliquen

Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie.
Albert Londres

Il nous l'avait promis...

Il l'a fait...

Alain, qui est plutôt habitué à les ramasser, vient de rendre sa copie.

Il était tout neuf sur la primo enquête de Me Pierre Pouliquen.

C'est bon un oeil neuf.

Et ça nous fait tous progresser.

Allons-y...

Ecoutons-le...

 

Remarques sur  la "primo-enquête" de Jean Pouliquen 

 

           

            Bernez Rouz (pp. 95-111) reproduit un texte (''sept feuillets d'une écriture fine et serrée'', qui ''semble avoir été écrit à l'automne 1923'', et qui "[lui] a été confié par le successeur de Me Pouliquen".

 

            Il est d'abord intéressant de se demander pourquoi, au juste, Me Pouliquen a éprouvé le besoin relater par écrit, et en grand détail, ses démarches et ses soupçons.

 

            Car il avait fait tout ce qui semblait adéquat dans la situation : se tenir en contact avec son beau-frère Louis et sa belle-soeur Jenny, alerter la Brigade mobile de Rennes, se renseigner auprès de Seznec, aller à Paris, être mis en relation avec le commissaire Vidal, etc.

 

            Or ce document aurait dormi dans un fond de tiroir entre l'automne 1923 et le moment où B. Rouz a entrepris son enquête. Il est étonnant que ni Jean Pouliquen (décédé d'un cancer en 1943), ni sa famille n'aient éprouvé le besoin de le conserver en un lieu moins professionnel.

 

            La motivation et l'histoire même de cet écrit semblent donc un peu problématiques.  

 

 

 

1. Histoires d'adresses

 

Pour entrer dans plus de détail, on trouve la mention du garage Hodey, "rue d'Orfeuil". (Rouz, p. 101). Si c'est Guillaume Seznec qui lui a fourni l'adresse du garage, comment a-t-il pu donner le nom de la rue, alors qu'il était ce fameux soir recru de fatigue ? Sauf, bien sûr, si Seznec avait vérifié ce nom de rue lors d'un second déplacement... On peut certes objecter que, la ''reconstitution à Dreux et à Houdan'' ayant eu lieu le 29 juin, Me Pouliquen a intégré dans sa ''restitution'' des propos de Seznec un détail qu'il avait pu apprendre ultérieurement par la presse.

 

Voici à présent un problème posé par une autre adresse, celle de la Chambre de commerce américaine, rue "Toutbout". La première mention (Rouz, p. 103) semble , là encore, provenir de ce que Guillaume Seznec aurait dit à Pouliquen. Mais la même erreur se retrouve (Rouz, p. 106), lorsque le même Pouliquen relate sa visite à le susdite Chambre de commerce : "(...) nous prîmes ensuite la direction de la rue Toutbout".

 

L'honorable notaire de Pont l'Abbé connaît donc l'adresse exacte d'un garage où il ne s'est jamais rendu, mais se trompe sur celle d'un organisme parisien auprès duquel il s'est, en personne, renseigné.

 

 

2. Histoires de dates

 

 

"Nous arrivâmes à Rennes, Louis Quemeneur, Seznec et moi le dimanche soir 10 juin et après avoir retenu nos chambres à l'Hôtel parisien (...) où mon frère et Seznec étaient descendus quinze jours auparavant ..." (Rouz, p. 104)

 

Quinze jours auparavant, c'est le samedi 26 mai... Dans la version "canonique", c'est évidemment dans la nuit du jeudi 24 au vendredi 25...

 

Mais il y a encore un malheur :

 

Rouz (note 178, p. 104) cite la main courante de la brigade mobile de Rennes, signée de l'inspecteur Fabrega : Pouliquen évoque "... un membre de notre famille parti à Paris pour affaires depuis une vingtaine de jours".

 

Ce qui nous ramène... au 21 mai... Or, le 21 mai (Rouz, p. 96), Pouliquen, à 20h30,  est (censé être) à table avec Quemeneur, à Landerneau...

 

 

3. Histoire de dates (2)

 

(Rouz, p. 98) : '' Le mardi 29 mai j'assiste à une noce à Landerneau, et ma belle-soeur me fait savoir que mon beau-frère était parti à Paris (…) mais elle me fit savoir que mon beau-frère (…) ferait même son possible pour assister à la noce ; que cependant il ne fallait pas ss'inquiéter s'il n'était pas arrivé ce jour-là.''

 

Nous avons ici un problème qui n'est peut-être que grammatical. On comprend mal, en effet, comment Jeanne/Jenny Quemeneur a pu, pendant la noce (?) ''faire savoir'' à Pouliquen que Pierre, qui était évidemment absent (et ce quelque soient les hypothèses sur la date et le lieu de son décès) et en même temps qu'il ''ferait son possible pour assister à la noce''.

 

Passons sur ''ma femme étant rentrée à Landerneau le samedi soir de juin''. Ou, plutôt, passons sur ''rentrée à Landerneau'', alors que le couple semble quand même habiter Pont l'Abbé (86 kilomètres).  La mention du ''soir de juin'' demeure étonnante, sauf à considérer que Pouliquen se réfère au samedi 2 juin, puiqu'il ''enchaîne'' sur son télégramme envoyé le lundi 4 juin à la Société Générale pour se renseigner sur le sort de son chèque. Et c'est à partir du 30-31 mai et/ou des 1er-2 juin, que Pouliquen, qui (Rouz, 99) ''ne s'inquiétait pas outre mesure'', entame des démarches, la première étant de consulter la Société Générale à Paris pour s'inquiéter... de son chèque de 60000 francs. Dès lors, il est ''de plus en plus inquiet'', puis ''toujours plus inquiet'' (Rouz, ib.), tandis que Jeanne/Jenny ''pressent un malheur''. Et lorsque cette même Jeanne/Jenny lui rend compte de sa visite à Morlaix il ''ne peu[t] s'empêcher de [s]'écrier qu'il y avait eu un malheur et que Seznec n'était pas étranger''. Comment, donc, Pouliquen, qui ''ne s'inquiète pas'' en dépit de l'absence de son beau-frère à la noce du 29 mai, se met-il, en l'espace de deux ou trois jours, à croire à un ''malheur'', jusqu'à parler de ''catastrophe'' le 10 juin à l'inspecteur Fabrega ?

 

3. Histoires de lieux

 

Puis, c'est l'accélération : vendredi 8 juin, Pouliquen '' ne [peut tenir plus longtemps'' et décide d'aller voir Seznec le samedi 9, et, dès le lendemain, d'aller, en sa compagnie, à la Brigade mobile de Rennes. Assez curieusement, ce que Seznec aurait dit, dès le début, à Pouliquen, ''colle'' parfaitement avec la défense ultérieure : ''ils résolurent de revenir à Dreux, où mon beau-frère prit le dernier train pour Paris'' (Rouz, 102). Revenir, donc, de Houdan, où ils avaient dîné au Plat d'Étain. Et, dans la relation que Pouliquen donne de sa conversation avec Seznec, il est encore deux fois question de Dreux : ''après avoir déposé M. Quemeneur à la gare de Dreux'' et ''une auto incapable de fournir le trajet de Dreux à Paris''. Donc, le 9 juin, Seznec aurait bien parlé à Pouliquen de Dreux, d'où il était encore possible (?) de prendre un train pour Paris, (plaidoirie de Me Philippe Lamour), ou de retourner à Paris en changeant au Mans (hypothèse de Denis Seznec, citée par Langlois). Mais, le 26, avec Vidal, il confond Dreux et Houdan, ce qui entraînera la série d'interrogatoires et de versions contradictoires des employés des deux gares.  Trois hypothèses se présentent alors :

 

1/ Pouliquen évoque Dreux parce que, lorsqu'il écrit, Dreux est devenu, quand même, le lieu ''officiel'' de séparation des deux voyageurs, et il ''simplifie'' un peu les propos bien plus confus qui ont pu lui être tenus par Seznec, que ce dernier répétera à Vidal le 26.

 

2/ Seznec dit la vérité à Pouliquen, mais, devant Vidal, qui n'est pas le même interlocuteur en dépit de l'aspect un peu inquisitorial que l'on peut supposer à Pouliquen. Il fera semblant de confondre devant Vidal. Car le but du second voyage (hypothèse de Liliane Langellier, fondée sur le témoignage de ''Petit'' Guillaume, via ses fils Jean-Yves et Gabriel) aurait justement été de brouiller et les dates et les lieux.

 

3/ On citera pour mémoire cette dernière hypothèse : même si Seznec n'était pas très précis dans ses réponses à Pouliquen, ce dernier connaissait la vérité (séparation à Dreux), parce qu'il était complice d'on ne sait quelle machination...

 

 

Alain Delame

 

 

Bien sûr, que tout cela apporte de l'eau à mon moulin...

 

Puisque je ne cesse de dire et de répéter que Jean Pouliquen a mené l'enquête.

 

Et qu'il l'a menée d'une main de maître.

 

Toutes réflexions, pour faire avancer le sujet, sont les bienvenues.

 

Alors...

 

Alors ne vous en privez pas !

 

Liliane Langellier

 

 

P.S. Même de nuit, les gares de Dreux et de Houdan ne se ressemblent pas du tout !

 

P.S. 2 Sur son blog, Marc du Ryez nous décortique la famille du gars Ackerman(n) :

 

Johannes Achermann, voyageur

 

Et, grâce à lui, on avance pas à pas dans la connaissance de cet énigmatique personnage !

 

 

Hodey. Réclame.

Hodey. Réclame.

Dreux in Guide Michelin 1922.

Dreux in Guide Michelin 1922.

Dreux. La gare.

Dreux. La gare.

Houdan. La gare.

Houdan. La gare.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
On point supplémentaire concernant la banque brestoise. Je pensais me souvenir que le 22 mais le fondé de pouvoir n'avait pas été le seul à rencontrer Seznec. Philippe Lamour, dans sa plaidoirie, cite des actes de procédure (Cotes 310 et 403, 312 et 73 du supplément d’information, 313 et 70 bis du supplément d’information et cote 72 du supplément d’information)
et parle de trois dépositions : de Kernival, directeur, qui a brièvement parlé à Quéméneur, Salaun qui a regardé le dossier au fond, et Draeger, employé, sur le rôle duquel Philippe Lamour ne dit rien mais qui a vu Seznec et est sans doute un secrétaire.
Il est donc maintenant à peu près certain que Quéméneur s'est bien rendu à cette banque, qu'en pensez-vous ?
Répondre
M
Vous avez raison, c'est en confrontant les points de vue qu'on avancera.

Pour tout ce qui est "interprétation", j'ai une méthode : qu'aurais-je fait à leur place ?

Prenons le cas du chèque, cité par Marc. Supposons que je sois Me Pouliquen. Je fais un chèque de 60000 francs à mon beau-frère. C'est pratiquement 60000 Euros. J'apprends qu'on est sans nouvelle de mon beau-frère. Il n'est pas illogique que je me renseigne tout de suite sur les 60000 francs car c'est un point que je peux vérifier.
Me Pouliquen ne peut pas écrire la réalité qui est : "Je me suis inquiété pour mon argent. Rassuré sur ce point, je me suis inquiété pour mon beau-frère". Qu'en pensez-vous ?
Répondre
M
Nous sommes d'accord !

Cette affaire a fait beaucoup de victimes, Pierre Quéméner, d'abord.

Les familles Seznec, Pouliquen, Quéméner (Quéméneur ? Kemener ? j'ai bien du mal avec le nom) ensuite.

Me Pouliquen a été trainé dans la boue, souvenez-vous de la phrase de Bernez Rouz à propos de ses enfants. Le pauvre frère de Pierre Quéméner, un homme falot et timide, a été pourchassé dans son hospice après avoir été accusé de tout...

Un des coupables en tout ça est l'opinion publique bretonne qui, après avoir hurlé "à mort" dans les rues de Quimper s'est ensuite enflammée en faveur de Seznec...

Mais tout cela nous éloigne des faits.

Cette montée de l'opinion publique fait que je me suis toujours attaché à privilégier les sources "du premier moment".
M
Nous aurions tous fait pareil, bien entendu. Et le jugement négatif souvent porté sur Pouliquen sur ce point vient, je pense, de la fausse idée que Quéméner lui a demandé de rembourser sa dette de 160.000 francs et qu'il n'obtient que 60 malheureux milliers de francs de ce radin de Pouliquen. La situation est tout autre. Premièrement, la dette Pouliquen, c'est un investissement de 100.000 francs et c'est possiblement un don, la dot de sa femme. S'ajoute une véritable dette de 60.000 francs à rembourser en août 1925, donc il a le temps.

Quéméner ne lui demande en fait qu'une avance pour quelques jours, puisqu'il est persuadé qu'il va doubler ou tripler sa mise rapidement. Quand la première livraison de 10 véhicules sera faite le 2 juin, il devrait avoir fait au moins 150.000 francs de bénéfice. Pouliquen n'a pas confiance mais il cède, car il est redevable de beaucoup à son beau-frère. Mais dans la lettre qui accompagne le chèque, il dit "N'oublie pas en tout cas que je ne pourrais disposer très longtemps de cette somme". Donc, quand Quéméner disparaît, si la somme disparaît avec lui, Pouliquen se retrouvera très vite dans une situation difficile. C'est pourquoi il fait opposition le plus rapidement possible. Si Quéméner revient, il pourra toujours s'arranger avec lui, mais en attendant de ses nouvelles, il faut sécuriser ce chèque.
A
Chère, Liliane, cher MArco,

Merci de votre commentaire, MArco.

Je m'en suis tenu à un commentaire "textuel" du document Pouliquen, mais vous avez raison d'y ajouter vos considérations sociologiques/financières.
Et la notion de "capital social" est effectivement très importante.
Ce qui explique en effet la "très grande activité." du notaire.
Comme quoi les approches peuvent se croiser et se recouper.

Alain
Répondre
M
Je pense comme MArco que les approximations de dates dans la section 2 d'Alain ne sont justement que des approximations. "15 jours" ça veut dire "environ deux semaines" en langage ordinaire. Quant à la "vingtaine de jours" de Fabréga, elle a visiblement été notée après le départ des trois hommes, compte tenu du style d'écriture : "M. Seznec qui n'avait jusqu'alors point pris la parole..." Ça ne ressemble pas à quelque chose qu'on écrirait en même temps que les gens parlent.

Concernant la section 3, il s'agit bien entendu d'un problème grammatical. Pouliquen fait de son mieux, et ça n'est tout de même pas trop mal dans l'ensemble, même plutôt bon, mais parfois il part dans une anacoluthe, comme presque tout le monde. Un accident syntaxique. Il faut alors essayer de comprendre ce qu'il a voulu dire (puisque c'est absurde tel que c'est, il faut corriger).

"Le mardi 29 mai j'assiste à une noce à Landerneau et ma belle-sœur me fait savoir que mon beau-frère était parti à Paris le 24 pour traiter une vague affaire d'automobiles ; elle ne pouvait me donner aucun renseignement précis ; mais elle me fit savoir que mon beau-frère ne devait pas être absent bien longtemps, qu'il ferait même son possible pour être de retour le 29 mai et assister à la noce ; que cependant il ne fallait pas s'inquiéter s'il n'était pas arrivé ce jour-là, ses affaires pouvant le retenir à Paris."

Tout ça, c'est ce que lui dit Jeanne. Corrigeons tout ça en employant le style direct : "Pierre est parti à Paris le 24 pour traiter une affaire d'automobiles, sur laquelle je ne peux te donner aucun renseignement précis. Mais il ne devrait pas être absent bien longtemps. Il m'avait dit qu'il ferait même son possible pour être de retour le 29 mai et assister à la noce. Cependant, il ne faut pas s'inquiéter s'il n'est pas arrivé aujourd'hui, ses affaires ont pu le retenir à Paris."

Concernant le 2 juin, il manque un mot, évidemment. C'est pourquoi j'ai corrigé la phrase ainsi sur mon site : "Mais ma femme étant rentrée à Landerneau le [premier] samedi soir de juin". Une fois encore, l'absurdité doit amener une correction. Mais il reste l’ambiguïté "rentrée à Landerneau". On pourrait penser qu'il voulait dire "rentrée de Landerneau", mais ça voudrait dire qu'il a oublié de nous dire qu'elle est partie à Landerneau. En fait, je suppose que sa femme vivait à Landerneau en 1919 avec Pierre et Jeanne avant leur mariage, et quand elle va les voir, elle "rentre" à Landerneau pour une petite visite. Le journal La Presse du 25 juin cite Pouliquen : "Mon beau-frère, qui est âgé de 45 ans, a-t il déclaré, vivait avec ses sœurs." Donc je pense qu'elle fait un aller-retour à Landerneau le 2 juin, et quand elle rentre le soir ("de" Landerneau, cette fois-ci) à Pont-l'Abbé, il lui demande des nouvelles de Pierre, parce qu'il est inquiet. Pour son chèque, oui, je sais.
Répondre
M
Voici ce que nous dit Bernez Rouz, j'ai retrouvé la phrase, p 222 :
"Pouliquen ... avai(t) plus d'intérêt à préserver un membre influent de la famille dans les sphères politiques et économiques que de s'en débarrasser."
Répondre
M
Il est certain, tout d’abord, que Me Pouliquen et Pierre Quéméneur ne se tiennent pas en totale affection (Pierre fait quelques affaires dans le dos de son beau-frère). En réalité, leur lien est de famille et d’intérêt.

Le mariage Pouliquen / Mlle Quéméneur est une excellente affaire pour les deux familles :

- la famille Quéméneur gagne un homme de loi, c’est toujours très utile dans la bourgeoisie de province ;

- la famille Pouliquen gagne un homme politique, un conseiller général ce n’est pas rien.

Bernez Rouz en parle d’ailleurs, il insiste sur ce capital social très important pour Me Pouliquen, je ne sais plus comment il en parle mais il en parle.

Notez que la famille Quéméneur a « investi » dans « l’affaire Pouliquen ». Le prêt est nominalement fait par Pierre mais Bernez Rouz nous révèle qu’en réalité trois Quéméneur sont derrière ce prêt, et que Pierre a signé à leur profit des reconnaissances de dette.

Ce décor étant campé, quels sont les intérêts pour agir de Me Pouliquen ? Ils sont simples, sa position sociale menacée et son intérêt financier.

La position sociale. N’oublions pas que nous vivons dans la France du qu’en dira t’on, de la rumeur, si importante en province. Quéméneur disparaît et n’est pas retrouvée : la rumeur va enfler, Me Pouliquen sera le beau-frère d’un disparu dans des circonstances mystérieuses, sans doute un personnage pas très clair ce Pierre Quéméneur, bref la catastrophe sociale pour Me Pouliquen. L’assassinat de Quéméneur est prouvé : Me Pouliquen devient le beau-frêre de la Victime Innocente (et accessoirement l’homme qui a sauvé la réputation des Quéméneur).

L’intérêt financier. Quéméneur disparu s’ouvre une période de trente ans pendant laquelle :
- les dettes doivent être consignées à terme (et donc Me Pouliquen doit consigner la première partie de sa dette à échéance en versant la somme à la Caisse des dépôts et consignation) ;
- les affaires de Quéméneur vont péricliter ;
- les biens ne pourront être vendus.

On voit que si la mort de Quéméneur n’est pas prouvée, c’est aussi une catastrophe financière pour Me Pouliquen.

La position sociale et l’intérêt financier, voici deux moteurs très forts pour l’action, Me Pouliquen joue très gros dans cette affaire, ça explique à mon avis parfaitement sa très grande activité.
Répondre
M
D'accord avec ça. Et je pense que c'est aussi dans sa personnalité. C'est un homme d'action, et il a les moyens de cette action, donc rien ne l'arrête.
M
Je m'aperçois que dans le texte ci-dessous, que j'ai "tapé à la ligne", je fais du Pouliquen sans le savoir, écrivant moi-même des choses incompréhensibles, remplaçant par exemple Quéméneur par Seznec !
Répondre
M
Cher Alain, chère Liliane,

Voici qui est effectivement bien intéressant.

Je suis un "fan" de Me Pouliquen qui, de mon point de vue, a fort souffert de cette affaire alors qu'il n'y était pour rien, mais je vous indique cela juste pour signaler que je ne suis pas impartial.

Bernez Rouz nous indique que le document a été rédigé à l'automne 1923 mais il ne donne pas les raisons de son opinion. De mon côté, je verrais cela rédigé beaucoup plus tôt, sans doute immédiatement après la confrontation du 28 juin 1923 entre Me Pouliquen et Seznec. C'est en effet lors de cette confrontation que Seznec donne des détails sur les lieux (et sans doute le garage Hodey) et à ce moment-là tout le monde pense "Dreux" et non Houdan car c'est ce que dit Seznec et ce qu'il y a dans le carnet. Ce n'est qu'ensuite que le problème Houdan apparaît (exactement le lendemain) quand le commissaire Vidal et Seznec refont le parcours.
Sur le fond, je ne pense pas du tout stupide, après une telle confrontation, de coucher sur le papier ce qu'on a raconté et de le stocker dans l'armoire forte de l'étude, lieu bien plus sûr que n'importe coffre-fort d'un domicile.

A propos des erreurs, c'est exact, il y en a. Elles ne me paraissent pas de bien grande importance : Toutbout pour Taitbout, certes. Notez qu'il est certain que Me Pouliquen y est allé, c'est confirmé par M. Boole.
La phrase alambiquée relative au mariage que vous citez est évidemment fautive. Me Pouliquen écrit deux fois que sa belle soeur fait savoir alors que la seconde partie doit être attribuée à Pierre Quéméneur qui avait fait savoir, etc...
Pour la présence de Mme Pouliquen à Landerneau, c'est assez simple : Mme Pouliquen reste sur place à Landerneau après la noce et revient le samedi à Pont l'Abbé et Me Pouliquen appelle Jenny depuis Pont l'Abbé. On voit en relisant la phrase qu'elle est bâtie de façon hâtive et que le quantième du mois manque.

Pour les dates à Rennes, nous sommes là encore dans un peu d'à peu près, mais on notera que, pour les quinze jours (qui sont en réalité 16) l'écart est vraiment minime et que pour la vingtaine de jours l'écart est aussi bien imputable à Seznec, qui était le principal témoin car ayant accompagné Seznec, et qui ne dit rien non plus. Il me semble inconcevable que Seznec n'ait pas expressément cité le 24, et probable que M. Fabréga que M. Fabréga n'a pas voulu s'embarrasser de détails.

Je pense donc qu'il ne faut pas s'arrêter outre mesure aux détails d'un aide-mémoire (on voit que des choses parfaitement claires sont écrites à peu près) mais plutôt à son idée générale.

Sur le reste, à savoir la très forte implication de Me Pouliquen, je suis d'accord mais cela me semble compréhensible, pour des raisons que je vous expliquerai ultérieurement.
Répondre
L
"Pour des raisons que je vous expliquerai ultérieurement"..
Yesssss!
Je ne peux pas attendre !