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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec : Angèle Labigou, la soubrette au grand coeur...

Il faut, Toinette, que tu m’aides à exécuter mon dessein.
Molière. Le malade imaginaire.

 

Elle est la quatrième du serment...

Elle se serait faite tuer pour les Seznec.

Elle a quelque chose des soubrettes de Molière...

Oui, c'est Georgette de L'école des Femmes, c'est Dame Claude dans l'Avare, mais c'est surtout, surtout, Toinette dans Le Malade imaginaire.

Oui, elles sont effrontées.

Drôles.

Elles ont le verbe haut.

Et savent dire dans leurs mots ce que leurs maîtres n'osent exprimer.

Souvenez-vous... la scène de Toinette est tout bonnement prémonitoire ::

TOINETTE.- Ah, Madame !
BÉLINE.- Qu’y a-t-il ?
TOINETTE.- Votre mari est mort.
BÉLINE.- Mon mari est mort ?
TOINETTE.- Hélas oui. Le pauvre défunt est trépassé.
BÉLINE.- Assurément ?
TOINETTE.- Assurément. Personne ne sait encore cet accident-là, et je me suis trouvée ici toute seule. Il vient de passer entre mes bras. Tenez, le voilà tout de son long dans cette chaise.
BÉLINE.- Le Ciel en soit loué. Me voilà délivrée d’un grand fardeau. Que tu es sotte, Toinette, de t’affliger de cette mort !
TOINETTE.- Je pensais, Madame, qu’il fallût pleurer.
BÉLINE.- Va, va, cela n’en vaut pas la peine. Quelle perte est-ce que la sienne, et de quoi servait-il sur la terre ? Un homme incommode à tout le monde, malpropre, dégoûtant, sans cesse un lavement, ou une médecine dans le ventre, mouchant, toussant, crachant toujours, sans esprit, ennuyeux, de mauvaise humeur, fatiguant sans cesse les gens, et grondant jour et nuit servantes, et valets.
TOINETTE.- Voilà une belle oraison funèbre.
BÉLINE.- Il faut, Toinette, que tu m’aides à exécuter mon dessein, et tu peux croire qu’en me servant ta récompense est sûre. Puisque par un bonheur personne n’est encore averti de la chose, portons-le dans son lit, et tenons cette mort cachée, jusqu’à ce que j’aie fait mon affaire. Il y a des papiers, il y a de l’argent, dont je me veux saisir, et il n’est pas juste que j’aie passé sans fruit auprès de lui mes plus belles années. Viens, Toinette, prenons auparavant toutes ses clefs.
ARGAN, se levant brusquement.- Doucement.
BÉLINE, surprise, et épouvantée.- Ahy !
ARGAN.- Oui, Madame ma femme, c’est ainsi que vous m’aimez ?
TOINETTE.- Ah, ah, le défunt n’est pas mort.

 

Etonnant, non ?

J'ai rencontré pour la première fois Angèle en lisant le procès de Guillaume chez Denis Langlois.

Parce que, là, elle s'est vraiment surpassée.

Oui, à Quimper, le 1er novembre 1924 :

Son altercation avec Mme Le Flohic, est un succédané d'impertinence: :

"Est arrivée Mme Le Flohic, une voisine de Morlaix, qui a déclaré que, le 20 juin dans la soirée, Angèle lui avait dit : « La patronne est couchée depuis deux heures et le patron est en voyage. Il ne rentrera que demain. »

  • C’est des mensonges ! a hurlé Angèle de sa place.
  • Du calme, a dit le président. Vous êtes bien pressée, mademoiselle Labigou. Rassurez-vous, je vais vous appeler à la barre pour une confrontation.

Mme Le Flohic a répété, en précisant que, ce jour-là, elle avait gardé chez elle deux des enfants Seznec.

On a donc appelé Angèle.

  • Le témoin ment ! a-t-elle crié.

Mme Le Flohic s’est rebiffée.

  • Vous m’avez même dit que votre patronne était saoule !
  • C’est vous qui étiez saoule ! On n’a qu’à regarder votre figure.

Marie-Jeanne s’est dressée et a protesté.

  • C’est une honte !
  • Je vous en prie, madame, a lancé le président. Je ne vous ai pas appelée.
  • Je ne vais tout de même pas passer pour une « ivrognesse » !

Les rires ont fusé. Marie-Jeanne s’est retournée.

  • Ne riez pas, c’est très grave ! Le témoin que vous avez entendu a été payé par la police !

Tout le monde alors s’est mis à crier, Mme Le Flohic, Angèle, Marie-Jeanne. On ne s’entendait plus. Dépassé, le président martelait sa table. Angèle s’est précipitée sur Mme Le Flohic et un huissier a dû les séparer. La foule riait, sifflait, trépignait, comme au spectacle."

"La foule riait, sifflait, trépignait, comme au spectacle."

Quand je vous le dis, soubrette chez Molière.

Comme en témoignent les pages 253/254 chez Denis Seznec (édition 2006) :

 

Notre Angèle, elle a 48 ans en Mai 1923.

On la retrouve sur le recensement de Morlaix en 1921.

Oui, elle est née le 1er avril 1875 à Poullaouen, canton de Châteaulin.

Elle a 8 frères et soeurs.

Elle est un membre de la famille Seznec à part entière.

Souvenez-vous, dans le passif de la liquidation Seznec en 1925, on trouve Marie Seznec en pension chez les parents d'Angèle, au Huelgoat.

(voir ci-dessous)

En Mai 1921, elle va aller jusqu'à prêter de l'argent à son patron : 

in Bernez Rouz en page 56 :

"D'autre part, Seznec a emprunté 5030 francs à sa bonne Angèle Labigou le 1er mai 1921, avec un intérêt de 6 % par mois."

Elle a dû rester jusqu'au bout, fidèle, aux côtés de Marie-Jeanne.

Oui, jusqu'à la vente de la maison.De 1923 à 1925, elle sera sur tous les fronts, notre soubrette.

Sur le voyage à Paris, chez Bernez Rouz en page 74 :

"Angèle Labigou, la bonne, est catégorique : "M. Seznec a été de retour le lundi matin, il était environ 4 heures lorsqu'il m'a appelée, il faisait jour, grand jour même."

Elle témoigne aussi du retour de Seznec le 14 juin 1923.

Elle témoigne également de l'existence des dollars. 

in Bernez Rouz en page 123 :

"La bonne Angèle Labigou confirme les volumes de la boîte : "Invitée à faire connaître les dimensions de la boîte, le témoin les donne en coupant successivement une branche de roseau : la longueur correspond à 44 cm, la largeur à 16 centimètres et la hauteur à 11 cm."

(déposition d'Angèle Labigou, 30 juin 1923).

C'est encore elle qui refuse d'être témoin de la perquisition de Cunat et de ses sbires à la scierie en date du 6 juillet 1923.

Mais ce que dit Petit Guillaume à Bernard Le Her, est tout autre.

Angèle est témoin de la mort de Pierre Quémeneur dans le salon (ou la salle à manger d'apparat, on s'en fout, hein ?) des Seznec.

in Langlois en page 211 :

"La bonne Angèle était dans l'encadrement de la porte. Elle avait entendu elle aussi, elle était toute pâle."

Et Petit Guillaume insiste pour dire que seule Angèle et lui (en-dehors du couple Seznec) ont vu la scène.

in Langlois en page 212 :

"Personne en-dehors d'Angèle et moi."

Angèle va voir Petit Guillaume à l'école tous les samedis (Langlois page 215).

C'est elle encore qui confirme que Quémeneur venait souvent à Traon ar Velin :

in Langlois 233/234 :

"Marie Jeanne et la bonne Angèle confirment que Quémeneur venait souvent à Morlaix et couchait à la maison. "Environ deux fois par mois", précise Angèle."

Oui, elle est partout.

Sur tous les fronts Angèle !

C'est elle qui jurera avec Guillaume, Marie Jeanne et Petit Guillaume de ne jamais trahir le secret.

De ce qu'ils ont vu ce jour-là.

Elle n'aurait pas existé...

Il aurait fallu l'inventer.

Car cette pièce-là, sans la soubrette, ça ne l'aurait pas fait !

Liliane Langellier

Louise ou la servante bretonne de Paul Sérusier.

Louise ou la servante bretonne de Paul Sérusier.

Angèle Labigou au procès.

Angèle Labigou au procès.

Affaire Seznec : Angèle Labigou, la soubrette au grand coeur...
Angèle Labigou. Acte de Naissance.

Angèle Labigou. Acte de Naissance.

Elle était chouette quand même avec ses patrons, Angèle !

Elle était chouette quand même avec ses patrons, Angèle !

On retrouve sa dette dans la liquidation Seznec.

On retrouve sa dette dans la liquidation Seznec.

Décès d'Angèle.

Décès d'Angèle.

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