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Affaire Seznec Investigation

Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec : Où l'on reparle des boulets...

Un beau parleur c'est un homme qui jongle très bien avec des boulets vides
Jules Renard (Journal. Edition 1935)

Je lis et relis qu'un morceau de mâchefer a été trouvé dans les dernières fouilles de Morlaix.
"Dans le cellier de la maison Seznec, nous avons trouvé, assez profondément, une couche de cendres et de machefer. Cette couche n'est pas très importante. Il ne s'agit donc pas d'un dépot habituel accumulé au fil des années. Selon Patrick Jegou, garagiste à Sizun, qui a participé aux fouilles, "Quelqu'un a vidé à cet endroit les résidus d'une chaudière. L'opération n'a pas été renouvelée par la suite. C'est quand même bizarre!". 
 
J'ai filé vérifier :
Le mâchefer est le reste d'une combustion au charbon.
nom masculin
  1. Scories, déchets solides provenant de la combustion de la houille.
     
     

 

Or, la chaudière de Seznec fonctionnait au bois.

Pas au charbon, au bois !

Pas avec des boulets.

Et la combustion du bois, ça n'a jamais fait du mâchefer !

 

Pour l'histoire de la chaudière...

Voilà ce qu'on pouvait lire dans mon article

 

Yves Le Saout et la piste de la chaudière morlaisienne :

 

(ndlr C'est Godoc qui m'avait envoyé le document)

 

Ce document s'intitule "L'affaire Seznec, la réalité... des survivants racontent". Il doit comporter environ 7 pages et a été envoyé le 20 Novembre 1998 à Madame la Garde des Sceaux à PARIS. Un exemplaire en a été remis au Parquet de MORLAIX et un autre à la Bibliothèque Municipale de MORLAIX.

Eléments ignorés de la Justice mais connus de beaucoup de Morlaisiens

- un matin, à l'arrivée des ouvriers sur le chantier, SEZNEC leur dit : Allez, tout le monde au bois aujourd'hui (pour abattre des arbres ou en ramener à la scierie) alors qu'en général il restait toujours une équipe sur le chantier. Un ouvrier, Jean-Marie CISSOU (ou CESSOU) déclare à SEZNEC : Ecoutez, Patron, maintenant je suis trop vieux pour aller comme ça au Bois et SEZNEC lui répond : Bon, alors toi tu restes là mais tous les autres s'en vont.

- cet ouvrier racontait ensuite : c'est tout de même curieux, la chaudière (c'est ainsi que l'on appelait la locomobile qui servait au fonctionnement de la scie) il n'y a pas eu de feu dedans depuis 8 jours et ce matin elle était encore chaude ! et il avait ajouté avoir vu SEZNEC, les manches de chemise relevées, vider la chaudière, ce qu'il n'avait jamais fait auparavant.

- des ouvriers, qui prenaient leur repas de Midi dans les cafés des environs disaient un jour : le Patron avait la réputation d'être toujours fauché mais ce matin il avait son portefeuille plein de billets (leun ar vilhejoù, en breton).

- mon père était Receveur d'Octroi et nous demeurions à Traon-ar-Velin dans la maison située à l'embranchement des routes de BREST et de CARHAIX et un jour Madame FAUDET, dont la maison jouxtait la Scierie, lui dit : mon fils Jules a été réveillé cette nuit en sursaut (la fenêtre de sa chambre donnait sur la scierie) par une "grande lueur" venant de la scierie et j'ai eu beaucoup de mal à le consoler, tellement il était effrayé.

- Madame LANC, qui tenait un débit de boissons à proximité, sort un jour de chez elle pour demander à une petite vieille demeurant tout à côté : mais qu'est-ce que vous brûlez ainsi dans votre fourneau, qui sent si mauvais ? Moi, répond cette personne, mais il n'y a pas de feu chez moi !

Tous ces faits sont survenus avant que l'affaire n'éclate au grand jour et, après, comme la Police n'a interrogé personne, tout le monde s'est tu.

......................

Pour conclure le tout et enfin passer à autre chose...

Il est presque certain que les Seznec se chauffaient chez eux avec des boulets Bernot.

Oui, comme dans les anciennes cuisinières et les poêles Godin.

 

 

 

Ils ont peut-être tout simplement vider les cendres de leur poêle dans le cellier.

Et Seznec n'était pas Landru.

Bien que ce soit l'histoire de Landru qui ait agité les cerveaux des policiers au tout début de l'enquête.

Landru, le Barbe-Bleu de Gambais.

Ben oui, on était tout près de Gambais la dernière fois qu'on a vu Quémeneur vivant....

Et puis Landru - dont le fourneau avait été présenté au procès de Versailles - il a été exécuté le 25 février 1922.

Alors mai 1923...

De plus...

De plus, on a vu Seznec vider les cendres dans le Queffleuth.

C'est Bertrand Vilain lui-même qui nous l'écrit en page 115 de son ouvrage :

"Jean-Marie Cessou affirme avoir vu Seznec en bras de chemise aller vider les cendres dans la rivière."

Et en page 119 :

Toutes ces raisons nous laissent à penser que Seznec n'a jamais utilisé la locomobile pour se débarrasser de Quéméneur."

Alors c'est quoi ce mâchefer qui cherche à devenir célèbre ?

Hein, c'est quoi ?

Liliane Langellier

Grand merci à toutes et à tous pour les 17.406 visiteurs sur mes trois blogs depuis les fouilles de il y a trois semaines...

 
Les boulets Bernot

Les boulets Bernot

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Marc D. 17/03/2018 22:47

Je vais citer trois paragraphes écrits par Pouliquen, tels que cités par B. Rouz. Le premier se trouve page 102 de l'édition de poche (page 85 de l'édition originale, je crois) :

"Je demandais ensuite comment et par qui ils avaient été mis au courant de cette affaire. Il me répondit que M. Quemeneur correspondait par son intermédiaire avec un Américain dont il ne put d'abord me donner ni le nom ni l'adresse. Il alla alors me chercher une autre lettre d'un nommé Ackermann, citoyen américain, habitant Paris, et qu'il avait autrefois connu dans le camp américain de Brest. Dans cette lettre cet américain lui demandait une avance de dix mille francs lui promettant un intérêt mensuel de mille à mille deux cents francs."

Notez bien : "une autre lettre d'un nommé Ackermann", et non "une lettre d'un autre Américain, nommé Ackermann". Pouliquen lui demande le nom et l'adresse du contact, il ne peut répondre, alors il cherche dans ses courriers et il sort une lettre d'Ackermann !!! Si le contact n'est pas Ackermann, on se demande bien pourquoi il lui sort cette lettre de nulle part. Seulement, il va se reprendre après l'humiliation qu'il va subir de la part de Pouliquen, car celui-ci va le traiter plus ou moins ouvertement d'imbécile pour avoir cru à de telles âneries (Pouliquen juge immédiatement que la lettre d'Ackermann est un attrape-nigaud). Paragraphe suivant, donc :

"Comme je m'étonnais que des personnes comme eux habituées aux affaires, aient pu donner crédit à de pareilles absurdités, Seznec me déclara que ce n'était point cette personne qui lui avait offert l'affaire d'automobiles, que leur correspondant dans cette affaire, écrivait au contraire d'une façon impeccable et savait présenter son marché de telle façon que d'autres plus malins qu'eux auraient pu s'y laisser prendre, qu'en outre cette personne écrivait sur du papier portant en-tête Chambre américaine de Commerce de Paris, rue Toutbout [sic]. Ce qui avait encore augmenté leur confiance [c'est] que lui, Seznec recevait les lettres qu'il remettait à mon beau-frère après en avoir pris connaissance."

Seznec dit, "d'autres plus malins qu'eux auraient pu s'y laisser prendre", voulant dire : "Même vous, Monsieur Je-sais-tout, vous seriez tombé dans le panneau." Au passage, il admet que la lettre d'Ackermann qu'il a en main est une escroquerie flagrante, et que l'affaire d'automobiles en était une autre, maisbeaucoup mieux ficelée. Il est même possible qu'il ne se rende compte qu'à ce moment-là, malmené par Pouliquen, de l'invraisemblance de cette dernière affaire. Enfin :

"Comme j'insistais pour connaître le nom de ce correspondant il finit par me dire après un instant d'hésitation qu'il devait s'appeler Scherdy ou Cherry, et qu'il habitait boulevard Malesherbes numéro 6, 26 ou 16, il ne pouvait préciser."

Donc, la première adresse qui lui revient à l'esprit, c'est celle du bureau de poste restante n°3 !!! Il est vrai qu'elle a dû le tourmenter dans son sommeil, cette adresse. Quant au nom de l'autre Américain, il doit être tout autant exact, c'est-à-dire le premier nom à peu près Américain qui lui est venu à l'esprit. Il est possible qu'il se soit souvenu d'avoir entendu le nom de Gherdi, ou Gerdi (tel qu'il apparaissait sur la carte d'identité de Gherdi), mais ce qui me semble le plus probable, c'est qu'il invente un deuxième contact, pour ne pas subir davantage l'humiliation infligée par Pouliquen.

Marc D. 18/03/2018 15:22

Oui, il ne faut pas perdre de vue que, si Seznec est coupable, tout ce qui est contenu dans les demandes de révision est destiné à nous éloigner de la vérité. La piste Gherdi dispense d'approfondir la piste Ackermann (avec deux n, puisqu'il était né suisse, et son prénom était peut-être même Ernst).

"A-t-il seulement gagné Paris ? On ne le sait pas encore. C'est ainsi qu'il devait se rendre chez M. Ackerman, 16, rue de l'asile Popincourt, après avoir fait visite au mystérieux Sherldy, et qu'il ne s'y est pas présenté." (La Dépêche de Brest, 26 juin 1923)

Donc, au pire, Ackermann est l'un des deux contacts de Quéméner à Paris. Dans sa valise retrouvée au Havre, se trouve une carte sur laquelle Seznec recommande son ami Quéméner à Ackermann (elle peut avoir été écrite après le 25 mai, cependant). Et c'est à Ackermann que Seznec télégraphie le 9 juin pour lui demander s'il n'a pas eu "visite d'un nommé Quéméneur".

Le 12 juin, Pouliquen rencontre Ackermann. "Je demandais encore s'il n'avait pas entendu parler de marchés de vente ou d'achat d'automobiles ; sa femme prenant la parole répondit qu'il y avait quelques mois elle avait entendu son mari parler de ventes d'automobiles Cadillac à des Américains ; il avoua qu'il avait été effectivement question de cette affaire mais qu'elle n'avait pas eu de suite. Cette coïncidence me parut bizarre et je quittais Ackermann persuadé qu'il savait plus long qu'il ne voulait dire et qu'il avait été l'associé de Seznec."

La police a bien entendu interrogé Ackermann, mais apparemment pas de façon très musclée.

La Piste de Lormaye 18/03/2018 10:30

J'ai regardé l'importance que nos trois principaux auteurs accordent à Ernest Ackerman... Et combien de fois ils l'avaient cité :
- Me Langlois : 1 fois,
- Denis Seznec : 3 fois,
- Bernez Rouz : 18 fois.
Intéressant, non ?
Il faut bien dire que Gherdi va vite remplacer Ernest.
C'est Seznec lui-même qui va jeter son nom en pâture à Marie Jeanne dès le 16 août 1925.
C'était dans le but de ne pas quitter la France pour Cayenne.
Avec l'opportunité d'une révision sur un fait nouveau.
Il n'y a jamais eu la moindre demande de révision avec un fait nouveau concernant Ackerman...
On peut se demander pourquoi...

Marc D. 17/03/2018 01:41

Sans rapport avec cette histoire de mâchefer, sur laquelle je m'interroge beaucoup également... J'ai trouvé ceci dans "The Review of the American Chamber of Commerce in France" dans le fascicule d'octobre 1921, on annonce parmi les nouveaux membres élus, en tant que membre non-résident, Ernest R. Ackerman, du New Jersey, membre de la Chambre des Représentants à Washington. Et en décembre 1921, cet Ackerman est cité parmi les récents visiteurs du 32, rue Taitbout. C'est ici, pages 505, 530 et 606 : https://archive.org/details/review1921amer. Et la page Wikipedia d'Ackerman : https://en.wikipedia.org/wiki/Ernest_Robinson_Ackerman.

Aucun rapport avec "notre" Ernest Ackermann, mais quelle coïncidence, non ? Le modeste Ackermann aurait-il pu se procurer quelques pages du papier à lettre du prestigieux Ackerman, à en-tête de l'American Chamber of Commerce, rue Taitbout, pour faciliter ses affaires (arnaques) ? Seznec semble inventer "Scherdy" le 10 juin, poussé dans ses retranchements par Pouliquen (voir Bernez Rouz, page 103), n'osant pas confesser que c'est Ackermann qui les a bernés... ou a berné Quéméner. Je m'interroge, seulement. Je n'affirme rien.

La Piste de Lormaye 17/03/2018 16:29

Je n'ai rien de bien original à dire sur Ackerman...
C'est Mme Catherine Clausse qui avait fait le plus de recherches...
Sur son blog :
"Ernest ACKERMAN... l'Américain...celui qui s'est installé à Paris et que Pierre Quéméner devait aller voir.
D'abord, il n'est Américain que de nationalité, ayant laissé au porte-manteau sa Suisse natale, femme et enfants ! Entré sur le territoire américain par le Canada, il y résidera 8 années en Californie. Arrivé durant le premier trimestre 1918 avec les troupes alliées, il se retrouva à Brest au service du nettoyage et c'est très probablement là qu'il fera connaissance avec Guillaume SEZNEC. Parti de Brest pour s'installer sur Paris où il travaillera pour le service des cimetières américains (A.G.R.S.). Bigame, cela ne le dérangera pas pour convoler une seconde fois
en noces avec une Audoniene...qui finira par le planter là..s'apercevant peut-être qu'il a triché sur tous les coups.
Divorcé et remarié de suite avec une Brestoise qu'il emmena avec lui dans ses bagages.

Ce qui pourrait étonner, c'est qu'un BONNY n'ait jamais rien trouvé de ce type sur un gars comme celui-là !"

Marc D. 17/03/2018 14:19

En effet, Guy, il aurait fallu pousser l'enquête de ce côté, ne serait-ce que pour essayer de comprendre l'arnaque dans laquelle Quéméner s'était retrouvé (car on imagine mal que tout ça ait pu être entièrement vrai) et comment l'Américain avait gagné sa confiance. Si c'était Ackermann, Quéméner avait pu vérifier qu'un certain Ernest Ackerman était bien membre de l'American Chamber of Commerce in France, sans comprendre que ce n'était pas le bon. Quéméner/Quéméneur, Ackerman/Ackermann... Une lettre en plus, insignifiant pour Quéméner, juste un nom commercial. Ackermann aurait ajouté un n à son nom pour éviter la prononciation française Ackermant, tout comme lui il cherchait à éviter la prononciation Quéméné.

guy 17/03/2018 11:54

Il est étonnant que Ackermann soit passé entre les gouttes si facilement. Il a connu Seznec alors qu'il travaillait au camp américain de Brest à la fin de la guerre. Il lui a signalé plusieurs affaires concernant voitures et camions après. Il lui a signalé 'des tuyaux' dans une affaire de courses (?) juste avant le départ des lascars, courant avril ou début mai.
Ackermann avait toutes les qualités pour être ce mystérieux contact, non ? Surtout dans le cas, le plus probable, d'une embrouille.
S'il semble bien que Quéméneur soit enthousiaste devant la perspective d'une affaire avantageuse (témoignages Le Grand et Salaun) , il est difficile de cerner l'état d'esprit de son 'associé', il revient et s'en désintéresse très vite. Il était pourtant partie prenante d'un marché qui devait rapporter des millions.