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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 700 articles.

Affaire Seznec Investigation : Emma Bovary vs Marie-Jeanne Seznec

Jean Rochefort

 

Je ne vais pas vous en faire une thèse.

D'autres, bien plus calés, ne se sont pas privés de le faire avant moi.

Mais je ne souhaite pas laisser publier sans réagir de fausses vérités.

Qui pourraient influencer des jeunes ou des petits nouveaux arrivant sur l'affaire Seznec.

Et, puis, manque de chance....

Je connais bien le roman de Flaubert....

Non seulement pour l'avoir lu plusieurs fois mais aussi pour avoir donné un cours en mai 1988 aux élèves de Terminales du très chic collège anglais de Eton (où j'étais en reportage).

Cours qui se déroula dans le salon de leur professeur de Français : Monsieur Dubois.

Inutile de préciser que ces petites morveux, snobs à l'extrême, pensaient couler la Frenchie...

Mal leur en a pris.

Et en humilité ils ont gagné.

Dans le cas présent, la vie de Marie-Jeanne Seznec - qui est loin d'être un roman - n'a rien à voir, de près ou de loin, avec l'héroïne de Gustave...

 

1. L'éducation

Dès son plus jeune âge, Marie-Jeanne fait les marchés avec "Peps" son père. Qui vend des graines et quelques épices.

Elle est aimable, attirante pour le chaland. Elle sait sourire et elle bosse surtout très dur.

"Emma, élevée au couvent, parmi des jeunes filles du monde, Emma y a reçu une parfaite éducation. Elle a lu Paul et Virginie, a rêvé en lisant des romans sentimentaux et historiques, ou des poèmes romantiques. Elle a admiré des gravures représentant de jeunes hommes serrant dans leurs bras des ladies anglaises à boucles blondes. Toute cette éducation a nourri son "tempérament sentimental" et ses songes romanesques." (1)

 

2. Le mariage

Qui oserait douter que Marie-Jeanne Marc et Guillaume Seznec soient tombés amoureux l'un de l'autre. Mais les deux familles ne sont pas très "chaudes" pour le mariage. La suite de l'affaire le prouvera.

Les débuts du couple sont contés dans l'article : "Les débuts professionnels de Guillaume".

Marie-Jeanne aide son mari dans son entreprise. C'est elle qui tient la comptabilité. Et c'est d'aileurs elle qui s'en occupera (comme elle le pourra) jusqu'au bout.

Entre quelques fausses couches, et deux enfants morts en bas âges, elle lui donne quatre gamins. Marie, Petit-Guillaume, Jeanne et Albert.

En 1918, quand Seznec transporte sa blanchisserie à Morlaix et qu'il se fait aider par madame sa mère, Marie-Jeanne assure, de son côté, la blanchisserie de Saint-Pierre-Quilbignon.

Dollars ou pas, elle est commerçante. Et c'est certainement elle qui rapporte plus de blé que son mari pour le pain quotidien.

Emma Bovary, peu après son mariage, déchante rapide.

"Aux antipodes de l'homme rêvé, Charles déçoit Emma. Son manque de mystère et de raffinement désappointe la jeune femme. La vie humble et sans surprise qu'il lui offre lasse Emma. Heureusement une invitation du Marquis d'Andervilliers à un bal au château de la Vaubeyssard vient rompre la monotonie de son existence." 

Futilité de l'une et monotonie de sa vie quotidienne. Deux ressentis que Marie-Jeanne n'a pas eu le temps de connaître entre deux accouchements et trois lessiveuses !

 

3. La vie des deux femmes

Marie-Jeanne, même si elle est aidée par sa fidèle bonne Angèle Labigou, doit s'occuper des gamins, leur trouver de bonnes pensions, et, plus encore écrire aux notaires, huissiers, avocats, etc... Car Seznec est bien souvent absent pour des affaires douteuses mais il est surtout un mauvais payeur. Il est roublard. Et c'est son épouse qui s'abaisse à faire les courriers pour calmer - comme elle le peut - les créanciers.

Emma - qui n'a rien dans le cigare - rêvasse à longueur de journées. Elle n'aime pas Charles. Car il ne lui a pas apporté la vie décrite dans ses romans à trois balles (oui, oui, les ancêtres des éditions Harlequin).

"Charles, lui, est maussade, car la clientèle "n'arrive pas". Heureusement cette déception professionnelle est compensée par la naissance de sa fille. Emma donne naissance à Berthe. La jeune femme eût préféré un fils. Après le baptême, la petite est mise en nourrice, chez Mme Rollet. Un jour, Léon (ndlr le clerc de notaire qui la courtise vainement) accompagne Emma et sa fille chez la nourrice . Sur le chemin, Emma et Léon se donnent la main. Cette complicité ne passe pas inaperçue : "Dès le soir, cela fut connu dans Yonville, et madame Tuvache,la femme du maire, déclara devant sa servante que madame Bovary se compromettait"

Emma est, pour moi, le prototype de la chieuse désoeuvrée toujours mécontente de son sort. Elle a une jolie petite fille, elle voulait un fils. Elle ne risquait pas de l'élever, cela lui aurait sali ses blanches mains (qui ne connaissent pas les lessiveuses, je le rappelle)

Tandis que Marie-Jeanne tente de calmer les créanciers de Guillaume, Emma ruine son mari en toilettes diverses et variées. Pour.... Séduire.

Car c'est l'unique but et le but unique de cette écervelée. Séduire.

Elle enquille peu discrètement les amants : le châtelain Rodolphe, qui va la larguer vite fait bien fait car elle est bien trop collante.... puis enfin ce cher Léon, retrouvé à Paris, qui finit par conclure...

Seulement voilà, à force d'être collante (c'est sa qualité principale) même Léon va finir par se lasser, c'est dire !

Dans le couple, c'est elle qui apporte la ruine et quand les huissiers se présentent pour le remboursement des dettes dues à l'achat de ses somptueuses toilettes... Qui ont bel et bien ruiné son mari....elle se finit à l'arsenic.

Du côté de Marie-Jeanne, elle, elle assume tout. Les visites à la prison. La gestion de la faillite de la scierie. Les enfants à placer sous son nom de jeune fille dans différents orphelinats. Et enfin elle se place comme bonne à tout faire à la Capitale. Mais elle soutient toujours et jusqu'à sa mort son mari. Car ce n'est ni sa belle soeur (Petitcolas) riche comme Crésus, ni sa belle-mère (qui la laissera enterrer comme un chien) qui viendront à son secours.

 

Conclusion

Marie-Jeanne a peut-être été la maîtresse de Pierre Quémeneur, je n'en sais fichtre rien. Ce que je sais, par contre, c'est qu'elle a bossé dur toute sa vie. Jusqu'à mourir dans une chambrette alors qu'elle s'était placée comme bonniche dans les beaux quartiers parisiens.

L'autre écervelée d'Emma n'a pas cassé un seul de ses jolies ongles à faire une seule fois la vaisselle.

Marie-Jeanne a aimé à en mourir.

Emma n'a jamais aimé qu'elle-même (et encore...)

Vous voyez un rapport, vous, entre ces deux femmes ?

Parce que, moi, pas.

Et quand on m'écrit : 

"Vous vous demandez ce que vient faire le bovarysme dans l'affaire Seznec... Et bien il vient faire qu'il explique peut-être le noeud du drame si l'on accepte la thèse de Maître Langlois".

Là, du coup, je ne sais plus, s'il faut en rire ou en pleurer.

Parce qu'entre nous, à quelle heure, elle aurait pu s'offrir le luxe de souffrir de bovarysme, Marie-Jeanne ????

 

 

Liliane Langellier

 

(1) Je me suis inspirée de l'analyse du roman de Flaubert que vous trouverez ici.

 

Les célèbres toilettes de Madame Bovary...

Les célèbres toilettes de Madame Bovary...

Une chieuse, quoi !

Une chieuse, quoi !

Jean Corentin Marc. Un grainetier avec un café sur la place principale de Plomodiern.

Jean Corentin Marc. Un grainetier avec un café sur la place principale de Plomodiern.

Marie-Jeanne Seznec à la fin de sa vie (bonne à Paris) in blog Me Denis Langlois.

Marie-Jeanne Seznec à la fin de sa vie (bonne à Paris) in blog Me Denis Langlois.

Madame Bovary en langage de jeunes ;)))))))))

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A
Je n'imaginais pas que la discussion aborderait ainsi la littérature française du XIXème siècle...
J'aurais bien aimé, chère Madame Langellier, assister à votre intervention sur "Madame Bovary" à Eton.
Cela devait valoir le coup...
Vous évoquez les "petits morveux" de cette "public school"; m'est revenu en tête une allusion, à Eton et autres, dans le film de Tom Hooper, "Le discours d'un roi". A un moment, Lionel Logue, l'orthophoniste du futur roi George VI, parle de "public school prigs". La traduction en frençais sous-titré dit : "les petits péteux des écoles privées".
"Petits péteux", "Petits morveux", le parallèle est assez saisissant...
Et, pour en revenir à Seznec et compagnie, il me semble nécessaire de souligner, puisque l'on parle d'écoles privées, que celles que fréquentaient Petit-Guillaume et autres étaient, à l'époque, les seuls établissements d'enseignement dont pouvait disposer une famille soucieuse de faire éduquer ses enfants dans cette chère Bretagne catholique. Encore aujourd'hui, il suffit de passer quelques heures dans un bourg breton pour constater que, même s'il n'en a plus le monopole, l'enseignement "privé" conserve sa prévalence.
On est loin d'Eton, Harrow, Winchester, Gordonstoun (en Ecosse), et de tous leurs "morveux"...
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L
J'ai le trac perpétuel... Et je suis une timide qui vit en surmultipliée.... Vous m'auriez surtout vu le matin même interviewer le "headmaster", un géant écossais à l'époque, que j'avais réussi à faire hurler de rire en émaillant mes questions de mots d'argot connus seulement des collégiens. Et appris la nuit même. C'est lui qui a demandé illico que je participe à un cours de Français. Cette chère Emma m'a sauvé la mise...Louée soit-elle !