Affaire Seznec Investigation : les débuts professionnels de Guillaume

Publié le par Liliane Langellier

Quelqu'un me disait récemment : "Mais, Guillaume Seznec, il n'était pas le pauvre lampiste décrit par son petit-fils. Il avait une bonne instruction. Et il n'avait pas si mal démarré que ça dans la vie."

Je me suis alors souvenue que j'avais en stock ce qu'on appelle le "Fonds de l'étude Raison du Cleuziou, avocat à Châteaulin". La fille de Me du Cleuziou avait légué ces différents documents aux Archives Départementales du Finistère en 1955.

Ces archives sont en accès libre pour tous ceux qui souhaitent les consulter sur place.

Je vous en livre donc ci-dessous un extrait concernant les débuts de Guillaume, juste après son mariage avec Marie-Jeanne, le 18 juillet 1906 :

 

Historique concernant M. Guillaume Seznec avec Mlle Marc et ses relations avec M. Marc, commerçant au bourg de Plomodiern

 

"Le 25 juillet 1906 Mr Seznec vient habiter avec les époux Marc, où il s’occupe des travaux dont M. Marc avait à faire soit pour le commerce ou les travaux des champs. Au mois d’octobre 1906, M. Seznec fit part à M. Marc qu’il avait l’intention de s’installer à son compte. Il voulait, disait-il, faire le marchand de bicyclettes. A la fin d’octobre 1906 il achète un fond de boutique avec M. Mignon de Châteaulin. Je lui ai charroyé 2 charretées de ces vieilleries. Au commencement de novembre 1906 il me prie de lui louer le magasin qui me servait à remiser des graines et faire des repas de noces, quand il n’y avait pas de place suffisante dans la maison principale, la prise de location annuelle était convenue à 150 F. Je me réservai le droit d’y déposer quelques sacs de graines qui m’auraient encombré ma maison, sans quoi le magasin valait 200 F / an de location. Le même magasin est loué actuellement à M Rinsec la somme de 250 F. La dernière huitaine de novembre 1906, M. Seznec va à Paris voir le salon d’automobiles. Il achète là une quantité de bicyclettes de soldes d’occasion de la Maison Cottereau de Paris.

Au mois de décembre 1906 M. Seznec me demande de lui louer une partie de ma grange pour y faire un atelier. Il était décidé de s’occuper des machines agricoles. Pour transformer une partie de ma grange en atelier j’avais coupé sur une de mes prairies un orme que j’avais scié pour servir de montants et toute la charpente nécessaire. J’avais coupé également un pin pour faire la volige et la cloison de clôture sur les poteaux. Je n’ai fait exécuter ces travaux que sur la proposition de M. Seznec de fournir à ses frais le zinc pour la couverture et tous ces travaux sans changer en rien la prise de location de 50 F par an. Fin décembre 1906, aussitôt les travaux terminés M. Seznec embauche l’ouvrier forgeron Tymen pour faire d’abord les outils nécessaires pour faire toute espèce de travail de forge. C’est alors il fut convenu entre Seznec et moi de nourrir, coucher et blanchir pour le prix de 40 F par mois. Il a été aussi convenu entre nous que le prix de location et de l’atelier ne courait que du 1er janvier 1907. En même temps il était convenu que Mr et Mme Seznec resteraient en garni et en pension chez moi et ils paieraient 50 F par mois chacun d’eux, seulement il y serait compris les frais de régaler ses clients quand ils viendraient acheter, et quand ils viendraient payer. La raison pour laquelle M. Seznec voulait rester en pension chez moi, c’est parce que, disait-il, Seznec était jeune, il n’était pas connu et puis il allait essayer une nouvelle branche de commerce dans laquelle ni lui ni moi n’avions aucune connaissance et il n’était pas sûr de réussir, tandis que habitant et mangeant chez vous, me disait-il, on croira que ce sera vous qui sera à la tête du commerce. Vous êtes connu partout et sous votre couvert, je crois être sûr de réussir. Ainsi fut convenu.

 

Fin janvier 1907 M. Seznec reçoit une quantité d’instruments agricoles et des écrémeuses de M. Quernec (ortho ?) du Faou. Il avait reçu aussi à quelques jours d’intervalle des bicyclettes, il avait acheté aussi une vieille motocyclette et est alors pour y remiser ses motocyclettes et y installer une cuvette pour conserver des œufs au moyen de l’eau de chaux, qu’il m’a demandé à louer ma grange N° 2. Cette maison était divisée en 4 compartiments. Chaque compartiment était loué 50 F l’an. Aujourd’hui M. Seznec a loué 70 F chaque compartiment de la même maison.

Au mois de février, le 26, 1907, pour donner un plus grand essor au commerce de M. Seznec et le faire connaître aussi bien des constructeurs que des cultivateurs, j’avais organisé à mes frais un grand concours de charrues Braban. Comme j’avais fait une très large publicité, des constructeurs de tous les points de la Bretagne sont venus à mon appel assister, et présenter des instruments de toutes sortes. Ce jour M. Seznec a fait la connaissance des constructeurs et des cultivateurs arrivés vers le concours de totue la région, à partir de ce jour le commerce de M. Seznec augmentait tous les jours d’importance. Il ne pouvait suffire à lui seul de placer les écrémeuses qu’il vendait et essayer dans les fermes les charrues Braban ainsi que les semoirs perfectionnés, car le concours du 26 février avait donné un grand essor au progrès agricole dans notre région. Surtout dans le canton de Crozon. Au mois de mars 1907, il achète avec le voyageur de la maison Alcyon de Paris un stock de 50 bicyclettes. Pour écouler ces bicyclettes, il fallait courir beaucoup aussi fin mars il créait une succursale à Crozon. Il installe comme représentant et dépositaire à Crozon M. Graveran.

Au mois d’avril 1907, après le départ de son ouvrier Tymen, il s’adjoint un de mes fils Marc Pierre mécanicien et aussi mon autre fils Marc Charles, qui le secondait déjà depuis son installation. M. Seznec l’utilisait pour faire des courses, pour aider à l’atelier ou au magasin, soit pour déballer des marchandises au fur et à mesure qu’il les recevait, en emballer d’autres pour expédier à ses dépositaires et pour vendre des bicyclettes et instruments agricoles à la campagne, toujours accompagner M. Seznec qui au début était trop timide et manquait de tact pour vendre à la compagne.

Au mois de mars 1907, il créa un dépôt de bicyclettes à Quimper, où il avait comme représentant Monsieur L’Helgouach rue de la Providence. Il tenait là des bicyclettes et toutes les pièces détachées et les accessoires.

 

 

Au mois de mai 1907, il installe un dépositaire à Plogonnec dans le canton de Douarnenez. Ce dépôt était tenu par M. Capitaine. Il a vendu en 1907 10 bicyclettes.

Seznec avait aussi à Plogonnec un dépôt d’écrémeuses Garin chez Monsieur Hennion, mécanicien. Il avait un autre représentant et dépositaire de bicyclettes et d’instruments agricoles à Dineault chez M. Doaré mérachal-ferrant. Il avait créé encore en 1907 un représentant dépositaire à Port Launay, chez M. Vazelet, mécanicien. Il avait à Douarnenez comme représentant Monsieur Vigouroux. M. Seznec a vendu en 1907 98 bicyclettes, avec cela il a vendu une grande quantité de pièces détachées. La même année, il a vendu 40 écrémeuses Garin, 8 semoirs perfectionnés, 3 ou 4 simples.

Au mois de mai débordé de travail et de courses à faire il a pris Quéffélec qui n’est resté que 3 mois. Il est parti fin juillet aider son père à faire la récolte.

Marc Pierre est resté en 1907 du 1er avril jusqu’au 20 octobre.

En 1908 Mr Seznec en plus des dépôts et des représentants qu’il avait créés – en 1907 avait créé un représentant à St Ségal un autre  Heybon et un autre à St Nic Mr Guégueniat et à Argol Mr Droff.

A Trégarvan Lagadec le monopole de l’écrémeuse Garin pour les cantons de Châteaulin et Le Faou. La même année il a eu le monopole de la bicyclette Alcyon pour l’arrondissement de Châteaulin et celui de Quimper. On peut juger si Mr Seznec avait quelques temps à perdre. Il recevait tous les jours des marchandises, soit par charrette ou par colis postal les petites pièces et les pièces pressées. Mr et Madame Seznec avaient une très grande correspondance, entre ses dépositaires et ses représentants d’une part, ses fournisseurs d’autre part et ses clients. Madame Seznec ne descendait rarement avant 11 heures pour le courrier, elle passait toutes ses matinées à écrire, car c’était elle qui faisait presque toute la correspondance et tenir la comptabilité. Seznec lui avait assez à faire ses commandes, visiter ses dépôts et ses représentants, et courir les fermes, vendre et placer les écrémeuses ou autres instruments.

En 1908, au mois de Mars Seznec prend encore comme garçon Quéffélec. Depuis le 20 octobre 1907 départ de Marc Pierre. Seznec n’avait que Marc Charles avec lui. Quéffélec reste du 1er mars jusqu’au 30 octobre, son père ayant besoin de lui pour remplacer son frère qui allait au service. Pendant tout le temps qu’il a été avec Seznec il a été en pension chez moi, à 40 F par mois. Il a été envoyé chez Damoy en pension pendant un mois, croyant avoir la pension pour 30 F par mois, mais voyant que Damoy ne donnait pas la pension  moins de 43 F par mois, ils l’ont retourné chez moi qui ne lui faisait payer que 40 F par mois.

Le 26 mai 1907 Madame Seznec donne la naissance à un fils. Pendant sa grossesse avancée elle ne pouvait pas s’occuper de grand-chose. Après sa guérison, elle aboutit ( ?) le sein, ce qui lui fit tarir son lait, ne voulant pas envoyer son enfant en nourrice, Seznec achète une chèvre pour allaiter son enfant que je lui ai nourri pendant 6 mois. L’eenfant meurt au mois d’octobre, 5 mois et demi après sa naissance, d’une méningite. Maame Seznec ayant été très éprouvée avec la naissance de son enfant et des suites des couches, ne pouvait pas se consoler e la mort de son fils. Au mois de novembre M. Seznec se décide de faire un voyage à Paris avec sa femme pour lui faire oublier la perte de son fils. Ils restent 10 jours à Paris voyage compris.

 

Au printemps de 1907, Monsieur Seznec m’accompagnait aux foires et marchés pour se faire connaître de mes clients auxquels on distribuait des circulaires, et des prospectus de bicyclettes et d’écrémeuses, en même temps que nous mettions des affiches au nom de Seznec dans les principaux débits, en même temps dans les foires et marchés il créait des relations avec les cultivateurs et puis quand il avait quelque chose à transporter il profitait de ma voiture.

 

Le 1er novembre 1908 ses magasins ont été incendiés juste le lendemain que Mme Seznec venait d’accoucher d’une fille. C’est en faisant des sauvetages dans son magasin qu’il a été brûlé. Il a reçu de la Compagnie d’Assurances, pour les marchandises brûlées et avariées la somme de 7.895 F. Il faut remarquer que c’était pendant la morte saison et avant la réception des marchandises pour l’année suivante. Cette somme de 7.895 F. il les a reçus des mains de Mr Michel son assureur. Mr Seznec avait Monsieur Lafolie avoué comme mandataire.

 

Le témoin Roignant nous avait causé d’un commencement d’incendie qui avait eu lieu dans le magasin Seznec fin septembre 1908 lors de mariage de Marie Marc ma fille avec Mr Guéquinou ( ?) Le repas de mariage avait été fait dans la grande salle qui se trouvait au-dessus du magasin Seznec. Le bal a été fait dans cette salle aussi jusqu’à minuit environ. Le magasin est resté ouvert jusqu’à la fin du bal. On avait supposé que quelqu’un par inadvertance aurait déposé ou jeté un bout de cigare sur un sac de Roygras ( ?) qui se trouvait là.

 

Le témoin Roignant avait, disait-il, brisé la grande porte vitrée sur le magasin. Nous avions beau crié de l’intérieur de ne pas briser cette porte, qu’il n’y avait pas de flammes, il n’y avait que la fumée, et nous voulions éviter de donner de l’air, mais malgré nos observations Roignant qui est un abruti, a brisé la porte au même instant un courant d’air s’est établi dans le magasin et ça a commencé à flamber. Si Roignant n’avait pas brisé la porte, il n’y aurait pas eu pour 20 francs de dégâts. Grâce à lui, il y en eut pour 7 à 800 francs.

 

Le magasin valait 200 F par an en location. Je le laissai pour 150 F à Seznec mais je me réservai d’y mettre quelques sacs de graines dans le magasin lorsque ma maison aurait été trop encombrée.

Seznec de son côté mettait des marchandises dans ma grange et même quelques fois chez moi. On s’entendait bien là-dessus.

Le témoin Pirion Jean vous avait dit que Mr Seznec avait coupé du froment sans préciser quelle année. C’était huit jours après son mariage.

Le témoin Vigouroux a fauché avec Seznec et moi en 1907. J’ai 4.000 de foin à peu près à couper. Un homme coupe 3.000 de foin dans sa journée, j’ai demandé pour m’aider l’ouvrier Vigouroux, vers les 9 heures du matin. Mr Seznec était parti chercher une faux et vient nous aider à 4 heures du soir. Nous avions fini.

Au mois de janvier 1909 j’ai cédé à Mr et Madame Seznec tous mes biens, maisons, terres, et tout le commerce que je faisais moins les graines dont Mr Seznec ne voulait pas s’en occuper. Je me suis réserver tout le mobilier et le matériel servant au commerce et au labourage des terres. J’ai consenti à laisser à Mr Seznec une part du mobilier après ma mort estimé la somme de 1.500 F.

 

Je fais le commerce de graines tous les ans du 1er mars jusqu’au mois d’octobre. Au mois de janvier et février 1909, Mr Seznec ayant commencé à déblayer les constructions qui lui avaient été incendiées, j’avais proposé à Mr Seznec de prendre ma charrette et mon cheval pendant le mois de janvier et celui de février parce que je ne devais courir les foires et les marchés avec des graines qu’à commencer de mars, voilà pourquoi n’ayant plus d’avoine dans le courant de janvier, j’avais été prendre 300 livres d’avoine chez Damoy, parce que Seznec m’avait dit que puisque j’avais la complaisance de lui donner mon cheval et ma voiture, je travaillais aussi moi-même avec mes 2 fils Pierre et Charles – ainsi que mon père – au déblaiement des constructions. J’avais dit à Mr Damoy en prenant l’avoine que si Seznec ne les payait pas, je le pourrais. Mais Seznec les avait payés comme promis."

 

Et bien oui, il était loin d'être sot, Guillaume Seznec....

Cet extrait - riche de renseignements - nous le prouve. Il était même entreprenant.

Il avait des idées et il les mettait en pratique pour tout ce qui concernait les vélos et la mécanique.

Marie-Jeanne l'aidait aux comptes.

Ses beaux-frères, Pierre et Charles, étaient déjà présents dans l'histoire.

Ils le seront encore, plus tard, mais ça, c'est une autre histoire.

 

Liliane Langellier

 

 

Chez les Marc. Plomodiern.

Chez les Marc. Plomodiern.

Papier à lettres Jean Corentin Marc (Archives départementales du Finistère)

Papier à lettres Jean Corentin Marc (Archives départementales du Finistère)

Les MARC en 1896 (recensement)

Les MARC en 1896 (recensement)

Les MARC en 1906 (recensement)

Les MARC en 1906 (recensement)

L'incendie. In Ouest-Eclair du 5 novembre 1908.

L'incendie. In Ouest-Eclair du 5 novembre 1908.

L'incendie in Le Finistère du 7 novembre 1908.

L'incendie in Le Finistère du 7 novembre 1908.

in Ouest-Eclair du 8 novembre 1908.

in Ouest-Eclair du 8 novembre 1908.

Les MARC en 1911 (recensement)

Les MARC en 1911 (recensement)

Publié dans Guillaume Seznec

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