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Affaire Seznec Investigation

Le blog de Liliane Langellier. Premier blog sur l'affaire Seznec. Plus de 880 articles.

Affaire Seznec Investigation : Guillaume Seznec grand consommateur d'avocats !

"Un accusé est cuit quand son avocat n'est pas cru."

Pierre Dac

 

 

 

Cela semble un peu héréditaire. Cette curieuse fascination pour les avocats. On en a certes tous besoin. Un jour ou l’autre. Mais nous n’en faisons pas tous la collection. Alors que Guillaume Seznec : si. Prenons-les par ordre d’apparition dans la pièce de théâtre :

 

Maître Edouard Bienvenue. C’est le premier dont j’ai fait la connaissance dans cette affaire. Je n’ai toujours pas compris – vingt ans plus tard – pour quels motifs exacts Guillaume allait le consulter. Maître Bienvenue est établi à Saint Brieuc. Il est briochin (oui, c’est ainsi que l’on dit !) Dans un premier temps, nourrie au biberon de « Nous, les Seznec », je ne vois en Me Bienvenue que l’avocat consulté par Guillaume ce foutu 13 juin (une date qui ne porte pas chance à tout le monde…). Ainsi on peut lire en page 160 :

 

« - Qu’avez-vous fait à Saint-Brieuc le 13 juin ? poursuit le juge d’instruction (NDLR Campion, I do suppose)

- De bonne heure, j’ai rendu visite à mon avocat d’affaires, Me Bienvenüe, pour mon procès avec un huissier qui… »

 

J’ai alors tendance à le trouver fort peu sympathique cet avocat-là. Puisqu’il n’est pas fichu de se souvenir de la date exacte à laquelle il a rencontré Guillaume. Le 14 ? Peut-être ? Denis Seznec écrit en page 163 :

 

« Un moyen de s’assurer de la présence de l’avocat à Saint-Brieuc le 13 aurait été de consulter le cahier de présence du Tribunal de Commerce où il y avait séance ce jour-là … Me Bienvenue se souvenait avoir plaidé le jour même de la visite de mon grand-père. Eh bien que croyez-vous qu’on fit ? On négligea totalement cette source d’information…

Lors du procès, on oubliera toutes les hésitations du témoin et on s’en tiendra à sa première déclaration : Ce devait être le 14… »

 

Reconnaissons que si l’ami Guillaume n’est pas clair sur cette journée-là, son avocat ne l’est guère non plus.

 

S’ensuit alors toute une thèse de complot. Où l’on rappelle que Maître Edouard appartient à la famille de Foch. « Maître Bienvenue était le neveu du Maréchal Foch. Sa tante, Julie, était en effet l’épouse du héros de la Grande Guerre. » (cf ibid. page 535)

 

Ernest Godoc me fournira même tous documents existants sur la propriété de Ferdinand Foch « Trofeunteuniou », dit « Trof » près de Ploujean.

 

L’une de mes tantes tenait un célèbre café dans le XVe arrondissement de Paris, je ne me suis pas mise à l’alcool pour autant….

 

Mais nous ne savons toujours pas la vraie cause de la consultation de Guillaume auprès de son avocat Me Bienvenue à qui il écrira, le 8 octobre 1932 :

 

« Cher Maître,

Après dix longues années de tourments et de misères, il m’est matériellement impossible de rassembler mes souvenirs pour répondre avec exactitude à la question que me pose M. Hervé, ancien magistrat de Guingamp. Je me confie à vous donc, cher Maître, si vous vous souvenez de notre conversation du 13 juin 1923 pour tout dire publiquement. Non seulement que je ne vous tiens pas astreint au silence par le secret professionnel, mais je vous prie de tout dire à la lettre de notre conversation. Je vous relève vis-à-vis de moi de tout secret professionnel.

Agréez, cher Maître, l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

Signé : Seznec. »

 

Me Bienvenue se contentera de répondre qu’il n’est pas de la compétence d’un client de le relever du secret professionnel.’

 

Courte entrée en scène de deux autres avocats : Me Feuillat et Me Moro-Giafferi. Lire chez Bernez Rouz, en page 143 :

 

« Dans un premier temps, il prend comme conseil un avocat brestois, Me Feuillat, et un ténor du barreau parisien et un ténor du barreau parisien, Me Vincent de Moro-Giafferi. Celui-ci devient sous-secrétaire d’Etat chargé de l’enseignement technique le 11 juin 1924 dans un gouvernement composé d’un cartel de gauche (socialistezs, SFIO, radicaux et radicaux socialistes). Il ne peut donc assurer la défense de Seznec au procès, il désigne pour cela Me Kahn. »

 

Entrée en scène de Maître Marcel Kahn.

 

Mais j’allais en oublier, dans ma liste chronologique des entrées en scène :  

 

Me Joseph Gautier, dont la plaque orne l’entrée du 51, rue Vivienne à Paris et avec qui Guillaume aurait commencé sa journée du 2 juin 1923. Toujours pour la même histoire de ce différend avec un avoué de Morlaix Me Croissant ( ?).

 

Me Daniel Le Hire « le défenseur local de Seznec, très impliqué dans la vie politique morlaisienne, il se présente à des mandats électorats locaux sous l’étiquette « Liste républicaine d’ordre et de travail ». Il préside le mouvement silloniste dans une assemblée générale à Landerneau. » (Bernez Rouz en page 143.

 

Cher Maître Le Hire, qui va écrire la curieuse lettre suivante au juge Campion dès le 23 juillet 1923 :

 

« Monsieur le Juge d’instruction,

Je vous confirme l’entretien que nous avons eu ce matin. Il est bien convenu avec mon client, M. Seznec, qu’il renonce expressément  au bénéfice des articles 9 et 10 de la loi de 1897.

En ce qui concerne les interrogatoires, les confrontations et la communication du dossier, cette façon de procéder sera avantageuse à mon client, puisqu’elle permettra l’expédition plus rapide de l’instruction. De plus, puisque nous nous mettrons d’accord sur la date des interrogatoires et des confrontations, je pourrai toujours assister mon client.

Recevez, je vous pie, monsieur le Juge d’instruction, l’assurance de mes sentiments distingués.

Me Le Hire. »

 

Avant que ne s’ouvre son procès, Guillaume Seznec a déjà été en contact avec six avocats différents. Abondance de biens ne nuit pas… Pas si sûre….

 

 

C’est Me Marcel Kahn qui défend Guillaume lors de son procès du 24 octobre au 4 novembre 1924. Lire sur les journaux en page « Bibliographie » de ce blog, en cliquant sur :

 

Me Marcel Kahn va rester l’avocat de Guillaume au moins jusqu’à la mort de Marie-Jeanne (mai 1931). Est-ce l’un de ses collaborateurs, Me Luciani, qui accompagne Marie-Jeanne Seznec à Chartres pour la piste de Lormaye ? (cf Denis Seznec page 327)

 

Et puis vint le juge Charles-Victor Hervé. Et sa cohorte de galères. Y compris le procès qui opposa la famille Quéméner au Journal La Province. Au passage, n’oubliez pas la conclusion du petit Juge (page 139 chez Bernez Rouz) : « Je ne crois pas que ce soit pour étouffer l’affaire des Cadillac qu’on a arrêté et fait condamner Seznec » conclut-il dans le Journal La Province.

 

Retournons lire Yves-Frédéric Jaffré en page 186 :

 

« La famille assigna en dommages-intérêts, devant le tribunal civil ceux qu’elle estimait ses diffamateurs, MM. Hervé, Privat et Delahaye directeur du journal La Province.

MM. Privat et Delahaye choisirent pour défenseur Me Philippe Lamour. Pendant sept heures d’horloge, celui-ci prononça une plaidoirie remarquable où il exposa toutes les thèses de la révision. »

 

Me Philippe Lamour n’a pas défendu à proprement parler Guillaume Seznec mais sa plaidoirie reste l’acte fondateur pour tous les partisans de la révision du procès.

 

Cette plaidoirie du 5 octobre 1932 est téléchargeable sur : France Justice.

 

 

Au retour de Gullaume en France, en juillet 1947, nous trouvons Me Raymond Hubert devenu son avocat. Et qui sera en charge de la défense de sa fille Jeanne. Lors de son procès. Qui en parle, dans le livre de Claude Sylvane (page 204) :

 

« Tout à coup, j’entendis une voix :

- Elle est déjà la ?

C’était Maître Raymond Hubert. Il s’approcha de moi avec ce sourire paternel auquel je dois sans doute tout mon courage au cours des mois suivants :

Maître Raymond Hubert était l’avocat de mon père depuis son retour du bagne. Je ne le connaissais pas, mais je l’imaginais tout autrement. Je fus heureuse de le trouver si bon, si compréhensif, si pitoyable, si merveilleusement consolateur. J’ai su par la suite, de quelle façon spontanée il avait accepté de me défendre en apprenant mon arrestation. »

 

C’est en revenant d’un rendez-vous avec l’un des avocats assistant Me Hubert, Me Jean-Baptiste Biaggi, que Guillaume Seznec sera étrangement renversé, le 14 novembre 1953, au carrefour de l’avenue des Gobelins et du boulevard Saint Marcel.

 

 

Le rythme de changement des avocats s’est calmé avec le retour du bagne de Guillaume. Il m’en manque tout de même un à l’appel : Maître Charles Delaunay. Même si je sais qu’il fut l’avocat de Pierre Bonny. Même si je pense que sa défense fut éphémère. « Notons au passage, que cet avocat deviendra l’avocat de Guillaume Seznec après son retour du bagne en 1947 » écrit Guy Penaud (ouvrage sur Bonny en page 220) J’aimerais quand même bien savoir pourquoi. Car cela m’est fort désagréable.

 

Liliane Langellier

 

 

Me Raymond Hubert, Guillaume Seznec et Jeanne.

Me Raymond Hubert, Guillaume Seznec et Jeanne.

Me Bienvenue défend Seznec et de Jaegher vs Me Croissant in La Dépêche de Brest du 6 octobre 1923.

Me Bienvenue défend Seznec et de Jaegher vs Me Croissant in La Dépêche de Brest du 6 octobre 1923.

Me de Moro Giafferi in blog Me Denis Langlois

Me de Moro Giafferi in blog Me Denis Langlois

Me Kahn in blog de Me Denis Langlois.

Me Kahn in blog de Me Denis Langlois.

Maître Le Hire.

Maître Le Hire.

Me Philippe Lamour

Me Philippe Lamour

Guillaume Seznec avec Me Delaunay en 1947.

Guillaume Seznec avec Me Delaunay en 1947.

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A
Oui, mea culpa, j'ai confondu Emile et Marcel. <br /> Parce qu'Emile, ès qualités de responsable de la Ligue, était (Langlois, "Pour en finir...", p. 154) du fameux meeting à la salle Wagram en 1950... avec Me Hubert...
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A
" la famille avait une (fâcheuse) tendance à s'acoquiner avec des avocats de droite, quand ce n'était pas d'extrême-droite". Peut-être est-ce-vrai de Raymond Hubert (je n'ai pas encore eu le temps d'aller regarder les références de Skeptikos). C'est évidemment vrai de Biaggi, au vu de ses agissements subséquents pendant la guerre d'Algérie.Mais pas de Me de Moro-Giafferi, et encore moins d'Emile Kahn, qui sera secrétaire général, puis président, de la Ligue des droits de l'homme, de 1932 à sa mort, en 1958.<br /> Et, quoiqu'il en soit, Jean-Denis Bredin et Yves Baudelot (à moins qu'ils n'aient diablement évolué) sont, eux aussi, des gens "de gauche", même si la manière dont "Petit-Fils Premier" les a "substitués" à Denis Langlois relève de la muflerie la plus totale.
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L
L'avocat de Guillaume Seznec, lors du procès de Quimper en 1924, est Me Marcel Kahn. Et non Emile Kahn.
S
Bonjour<br /> <br /> le choix de Maitre Raymond Hubert est me pose lui aussi question.<br /> Bâtonnier en 1934, il avait été interrogé dans l'affaire Prince, ou Stavisky, on ne comprend plus très bien laquelle, tant elles sont entremêlées, et s'était aussitôt jeté dans la Seine. Suicide raté. Une description du personnage, assez pitoyable,est faite dans les mémoires (inédites ?) de De Lussatz.<br /> Il a été, entre autres, l'avocat de Papillon? Il était spécialisé avant la guerre, dans la défense, de rigolos un peu sordides.<br /> Je vous joins deux articles sur son "suicide"<br /> http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5419074b.image.r=hubert.f16.hl<br /> http://images.expressdumidi.bibliotheque.toulouse.fr/1934/B315556101_EXPRESS_1934_04_08.pdf
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L
Bonjour Skeptikos... Et oui, la famille avait une (fâcheuse) tendance à s'acoquiner avec des avocats de droite, quand ce n'était pas d'extrême-droite (remarquez, ça a empiré depuis...) Maître Langlois est l'exception qui confirme la règle.<br /> C'est quand même une pièce de théâtre où nombre d'acteurs ont leurs tiroirs des meubles du haut carrément en désordre...<br /> Il disait comment déjà Charcot : "Les nerveux s'attirent", oui, c'est bien ça finalement, les nerveux s'attirent !